00:00Marie-Sève, vous êtes touchée par cette histoire, vous êtes la directeur de l'Institut pour la Justice,
00:04vous avez un regard transversal sur ce qui se passe dans la société aujourd'hui,
00:09comment vous réagissez par rapport à ce qui s'est passé.
00:11C'était mardi, je crois, cet automobiliste poignardé à Paris lors d'une altercation,
00:16ce cycliste poignardé lors d'une altercation avec un automobiliste à Paris,
00:21comment vous réagissez avec ce qui s'est passé à Caen l'année dernière,
00:24après une bagarre, un homme prend sa voiture, fonce comme ça sur un imbrébus,
00:28deux morts, six personnes en urgence absolue, vous qui avez un regard transversal,
00:33vous vous dites, voilà, encore une année, une saison qui s'annonce compliquée,
00:40quelle est votre réaction ?
00:41Alors moi, j'ai déjà dit, je ne sais pas si vous vous en souvenez,
00:46j'ai grandi au Québec, et le Québec est une société très apaisée,
00:49et en grandissant là-bas, je suis rentré pour faire mes études de droit en France, à Toulouse,
00:54et j'étais vraiment marqué par quelque chose qui se manifeste bien dans ces histoires-là,
00:58c'est par le niveau de tension permanente qui règne dans nos rues en France.
01:04Et on sent que ça peut dégoupiller à tout moment.
01:07Et en l'occurrence, une altercation banale routière dans Paris,
01:10entre un cycliste et un automobiliste, que ça se termine en coup de couteau,
01:17c'est bien la preuve qu'il suffit d'une étincelle pour faire exploser le gaz.
01:22Moi, j'ai assisté cet été, je suis allé au musée du Bourget,
01:25qui est en Seine-Saint-Denis avec mes enfants,
01:27et au retour du musée du Bourget, sur la route, sur le périphérique,
01:31j'ai vu une voiture me faire une queue de poisson,
01:33et faire une queue de poisson à un motocycliste qui était à côté de moi.
01:37Bon, moi, je n'ai pas trop apprécié la queue de poisson,
01:39mais je me suis arrêté là.
01:41Je suis resté derrière cette voiture, ce mauvais conducteur.
01:45Mais le motocycliste, lui, n'a pas du tout apprécié,
01:47et ils se sont invectivés, je ne plaisante pas,
01:49pendant une bonne cinq, voire dix minutes,
01:52ils se sont invectivés l'un l'autre,
01:54ils ont terminé le conducteur de la voiture,
01:58qui essayait d'écraser le motocycliste,
02:01qui continuait à l'insulter, à lui faire des doigts d'honneur à travers la vitre.
02:04Et je me dis, en fait, c'est quoi ce bazar ?
02:10C'est intéressant ce que vous dites, Pierre-Marie Sèvres,
02:12c'est-à-dire que vous parlez de cette atmosphère de tension permanente.
02:15Lorsqu'on va en Pologne, on ne la sent pas.
02:17Lorsqu'on va au Québec, on ne la sent pas.
02:19Lorsqu'on va dans d'autres pays, on ne la sent pas.
02:21Non mais pourquoi on la sent en France, selon vous ?
02:24Parce qu'on met ça sur le dos du Covid, par exemple.
02:26On met ça sur le dos des gens, les gens sont à vous, je pense.
02:29Bien avant ?
02:30Ça va être bien avant, je pense qu'on a un substrat culturel.
02:32Pourquoi dans d'autres pays, on ne sent pas ça ?
02:33On va se balader à Rome, on ne sent pas cette atmosphère non plus.
02:36Amsterdam aussi, c'est très piste.
02:38Amsterdam, pareil.
02:39Ah ouais, c'est vrai.
02:39Pierre-Marie Sèvres et Gabriel Cuget.
02:40Je pense qu'il y a un substrat culturel, vous savez.
02:43Les Romains disaient que les Gaulois étaient querelleurs.
02:45Bon, ok, d'accord.
02:47Je pense qu'il y a un substrat culturel qui fait qu'en France,
02:49on aime la querelle et existe.
02:51Les débats sont plutôt chauds.
02:53Bon, maintenant, l'éléphant au milieu de la pièce,
02:56c'est quand même qu'on a eu,
02:57de plus longue date que les autres pays d'Europe,
02:59et de façon plus anarchique que les autres pays d'Europe,
03:01on a eu une immigration depuis 40-50 ans en France,
03:06qui fait qu'on a des gens qui ne sont pas intégrés depuis 40 ou 50 ans,
03:10dont leurs enfants maintenant sont là.
03:12On a nourri un ressentiment à travers l'éducation nationale même,
03:15à travers les institutions françaises.
03:17On a nourri un ressentiment à l'égard de la France,
03:20et donc des Français sur la colonisation,
03:23sur le passé de manière générale,
03:25qui fait que la France, comme dit Jérôme Fourquet,
03:29la France n'est plus un pays, c'est un archipel.
03:31Nous sommes chacun sur nos îles,
03:34et on a cette...
03:36Si bien, une altercation sur la route,
03:38c'est une histoire de fierté.
03:39Oui, une confrontation culturelle.
03:42On sent bien, effectivement,
03:44que derrière, par exemple,
03:46là, lorsque vous dites l'histoire de Constant,
03:48l'intervieweuse lui pose la question,
03:50et effectivement, eux, ce sont des gens qui ne parlent pas français.
03:52Lorsqu'on voit ce qui s'est passé à Caen,
03:54hier soir, là aussi,
03:55c'est un russe d'origine tchétienne.
03:57Donc, on voit que tout n'est pas lié à l'immigration,
04:00mais l'immigration a un rôle important.
04:02Un dernier mot, peut-être, Gilbert Collard.
04:04Ensuite, le mot de la fin, Gabriel Cluzel,
04:06sur cette émission.
04:07Gilbert Collard, vous parliez tout à l'heure du profil de la victime
04:09et à l'immigration, effectivement,
04:11qui a aussi un rôle dans cette augmentation,
04:15peut-être, de la violence, peut-être ?
04:18Lacan, dans son séminaire sur la criminologie,
04:21c'est un document fondamental pour comprendre le crime,
04:24disait que le crime, c'est un échec de la parole.
04:28Or, là, la victime nous donne un élément fondamental.
04:32Il ne pouvait pas se parler.
04:35Il ne parlait pas la même langue.
04:38Donc, aucune communication,
04:40même pas pitié,
04:42même pas vous me faites mal,
04:44même pas c'est horrible,
04:46ne pouvait être entendu par les brutes.
04:49Merci beaucoup, Gilbert Collard.
04:51Les brutes du silence.
04:52Les brutes du silence.
04:53Merci d'avoir été avec nous pendant ces deux heures d'émission,
04:57Gilbert Collard.
04:58Le crime et l'échec de la parole,
05:00nous dit-il, Gabriel Cluzel, le mot de la fin.
05:03Moi, je pense que le climat actuel,
05:06l'espèce de tension, d'ambiance,
05:07pour reprendre votre mot,
05:08qui existe, est liée à deux phénomènes,
05:10la conjonction de deux phénomènes
05:12qui se sont arrivés en même temps,
05:13que c'est un véritable feu d'artifice,
05:15avec, en France, l'interdit d'interdire,
05:18on a perdu cette construction du surmoi,
05:22comme on dit,
05:22cette espèce de corset de conscience,
05:26qui faisait qu'on s'empêchait d'une certaine violence,
05:31on résistait à ces impulsions,
05:33ça c'est évident,
05:34on se maîtrisait,
05:35et la justice faisait le boulot derrière.
05:37Et puis, l'arrivée sur notre sol,
05:40de fait, même si, encore une fois,
05:42évidemment, toute la population immigrée n'est pas concernée,
05:45mais il se trouve qu'un certain nombre de personnes
05:47fuient, précisément, quand ils viennent en France,
05:49des rapports sociaux extrêmement conflictuels,
05:51qui sont culturels dans leur pays,
05:53mais malheureusement,
05:54certains les rapportent dans leur bagage,
05:57et les recréent chez nous,
05:58parce qu'ils ne connaissent pas d'autres façons
06:00de fonctionner socialement.
06:01Merci Gabrielle Cluzel,
06:03merci Pierre-Marie Sèvres d'avoir été en direct avec nous,
06:06merci Gilbert Collard,
06:07merci Magérardine,
06:08merci mon cher Fabrice Laffitte.
06:10Bonjour Clélie Mathias,
06:12comment s'est passé votre été ?
06:13Eh bien très bien,
06:14bonjour à vous,
06:14et bonjour à tous,
06:16je suis absolument très heureuse de reprendre le micro.
06:20Alors quel est le programme aujourd'hui ?
06:21Europe 1 Info,
06:22de 13h à 14h tous les jours,
06:24aujourd'hui on va...
06:24Qu'est-ce qui se passe à Caen ?
06:26Vous avez vu ce véhicule qui a foncé sur un groupe,
06:30il y a quand même deux morts,
06:31neuf blessés,
06:32donc le bilan est lourd,
06:33on s'interrogera,
06:33on en débattra.
06:35Excellente émission,
06:36excellente journée à tous,
06:37sur un pain,
06:38merci.
06:38On vous retrouve lundi,
06:39demain c'était Eliott Deval de 11h.
06:40Ah oui, c'est déjà le week-end.
06:43Petite rentrée,
06:44petite mise en douce.
06:45Retour à la plage.
06:46C'est comme à l'école,
06:47on commence un jour,
06:48et après il y a plus une pause.
06:5111h, 13h demain,
06:52Eliott Deval sur un pain,
06:53excellente après-midi.
06:56Allez, bonjour.