Pular para o playerIr para o conteúdo principal
  • há 2 dias
Just outside Paris, in a peaceful clearing surrounded by woods, a French flag flies above a bare concrete pad. Here, on February 21, 1944, Nazi occupiers executed 23 Resistance fighters by firing squad. After the executions, the Nazis highlighted many of the murdered fighters on a notorious red poster, labelling them as foreigners, communists, and Jews. 23 FOREIGNERS — OUR BROTHERS tells the stories behind some of the faces on that poster, exploring their lives through archival photos, letters they wrote on the eve of their deaths, and moving interviews with their descendants.
Transcrição
00:05Transcrição e Legendas por Quintena Coelho
00:30Outlet pour dames
00:36Dans ma mémoire, il y a aussi indélébile, l'accent goyeur, la rage de Raymond Kogitsky, l'homme à la
00:43blouse bleue.
00:45Pour rejoindre son atelier drapillé sœur, il descendait la rue de la Mar deux fois par jour, le matin et
00:51après déjeuner.
00:54Pensait-il alors à ses deux petites sœurs, à son frère, à sa mère, à sa grand-mère, à sa
00:59tante, à son oncle, à son cousin de trois ans quand il passait devant cette plaque en mémoire aux écoliers
01:05juifs assassinés ?
01:10Cet atelier dans lequel il a travaillé seul pendant 40 ans a disparu lui aussi.
01:16Plus tard, Raymond Kogitsky, je l'ai rencontré pour de vrai.
01:21Et je me souviens de lui, se levant brusquement pour réclamer devant un parterre d'étudiants ébahis une minute de
01:28silence en mémoire de ses camarades fusillés.
01:31Ses camarades de l'affiche rouge.
01:45Dans les rues de ce belle ville que Raymond Kogitsky n'a jamais quittée, où se loge-t-elle l
01:50'empreinte de son histoire ?
01:52Où est-elle aujourd'hui l'empreinte de leur histoire à tous, ceux de l'affiche rouge, dans les rues
01:57de Paris, dans les mots, dans les cœurs de ceux qui portent leur nom ?
02:03Il était tout le temps, tout le temps, tout le temps à travailler.
02:07De 8h à 20h, c'est fou quand on y pense.
02:10Il disait toujours qu'il ne croyait pas en Dieu, mais il était très mystique.
02:14En fait, je pense qu'il croyait en Dieu, mais il n'y croyait pas.
02:16Il répétait toujours des anecdotes et il disait « Mais Dieu, il est venu. Il a séparé la mer Rouge
02:20en deux. Et à Auschwitz, il était où ? »
02:23Il n'est pas venu à Auschwitz.
02:25Il te racontait des choses sur la résistance ?
02:27Oui, il y avait des anecdotes qui revenaient.
02:29Il y a une anecdote où il te disait qu'il s'était pris un coup de fusil.
02:34Enfin, il s'est pris une balle. Il dit « La balle, elle est ressortie. »
02:37Donc il arrive, il va voir un médecin et il saigne. Il n'est pas bien, il est jeune.
02:44Et le médecin le voit et il dit « Je ne peux pas vous prendre, je vais appeler police secours.
02:47»
02:48Alors à chaque fois, il a dit « Non, je ne reste pas. »
02:52Enfin, ils ont quitté le médecin. Finalement, il a été malade toute la nuit et il a survécu.
02:56Et il disait toujours « Ce jour-là, Dieu, il était avec moi. »
03:00Mais Dieu, il n'était pas là pour sa mère, sa soeur, ses frères. Il n'était pas là en
03:05fait.
03:06Et c'était une famille de blonds et de roux.
03:09Et je voulais savoir à quoi elle ressemblait.
03:11Donc je l'embêtais pour voir parce qu'il y avait une enveloppe avec des grandes photos.
03:15Il y avait plein de photos.
03:17Et il ne voulait pas l'ouvrir.
03:18Et un jour, il accepte.
03:20Donc on sort l'enveloppe, on s'assoit sur son canapé où il lisait le Télé 7 jours.
03:26Et on commence à sortir toutes les photos.
03:28Et il regarde.
03:30Déporté, déporté, déporté, déporté.
03:32Et en fait, toutes les personnes de son entourage, toute sa vie en fait avait disparu.
03:38Il n'y avait plus personne.
03:39Et c'est la seule fois où je l'ai vue pleurer.
03:41Et donc moi, je pleurais à Chaudelinde.
03:43Et lui aussi.
03:45Et il m'a dit, en fait, je ne peux pas regarder tout ça.
03:53Qu'est-ce qu'il t'a transmis, toi, tu crois, ton grand-père ?
03:59De la force et une certaine intransigeance.
04:04Il avait quelque chose aussi...
04:05C'est ça qu'il nous a transmis.
04:07Il nous a aussi transmis l'angoisse de la disparition.
04:13Peu importe où on allait, si quelqu'un partait faire une course, se promenait sur la plage, au travail et
04:19qu'on mettait du temps à revenir, l'attente lui était insupportable.
04:23Et l'attente nous devenait insupportable, puisqu'il devenait fou et qu'il imaginait systématiquement que le pire était arrivé.
04:29Et il tournait, il tournait, il tournait, mais elle est où, mais qu'est-ce qu'elle fait, etc.
04:31On se parlait d'aller se balader 20 minutes sur la plage.
04:35Et un jour, j'ai lu son livre.
04:37Et dans son livre, il raconte que son frère, ils étaient descendus en zone libre et ils doivent passer.
04:42Il est parti chercher le passeur, je crois.
04:44Mais il n'est jamais revenu.
04:46Et en fait, je me suis dit, c'est ça.
04:48Mon grand-père, il sait ce que c'est que quelqu'un qui part et qui ne revient jamais.
04:52C'est un double héritage, en quelque sorte.
04:57C'est un héritage de force et de blessure.
05:05Mais il n'a pas subi, c'est ça aussi.
05:10Et ça veut aussi dire que dans le pire du temps, on peut toujours faire quelque chose.
05:16Et on peut toujours y survivre.
05:21Être footballeur, devenir résistant.
05:26J'ai toujours été intriguée par Rino Della Negra.
05:31Rino.
05:33Entré à 18 ans dans le détachement italien des FTP MOI
05:36et dont le nom est encore scandé aujourd'hui comme une mémoire,
05:40comme un viatique,
05:41les soirs de match par les supporters du Red Star de Saint-Ouen.
05:46Il y a joué entre janvier 1943 et son arrestation en novembre,
05:51avant d'être fusillé aux côtés de ses compagnons le 21 février 1944.
05:58On disait qu'il courait comme une flèche.
06:02Ça devait devenir un grand sportif, un grand footballeur.
06:07C'était le frère à papa.
06:09Et on était jeunes, mais où on a commencé à connaître Rino,
06:16c'est au cimetière militaire d'Argenteuil,
06:19où on y allait régulièrement,
06:21avec ma grand-mère et puis mon père,
06:24qui était le frère à Rino.
06:27Mais à la maison, on n'en parlait pas.
06:29Et la grand-mère, elle disait jamais rien.
06:32Là-dessus, sa souffrance, elle était dans le silence.
06:40Et je pense que papa aussi.
06:49Je pense que papa aussi.
06:54Et maintenant, avec le recul, on comprend mieux.
07:06Je réalise pourquoi cette grand-mère, elle ne parlait jamais,
07:09qu'elle était toujours dans son coin.
07:11Elle s'habillait en noir toute sa vie.
07:14Toute sa vie, elle était en noir.
07:32Et dans votre enfance, vous vous souvenez, par exemple,
07:34des lettres que Rino a écrites avant d'être fusillée ?
07:38Moi, je sais les avoir vues dans le tiroir de la chambre de ma grand-mère,
07:43vu qu'elle habitait avec nous.
07:45Mais c'est tout.
07:46Il y avait les coupes.
07:47La photo de Rino, il y en avait partout dans la chambre à la mamie.
07:53Elle s'appelait Anna.
07:56Et nous, on l'appelait mamie la noire,
07:59parce qu'elle était toujours habillée en noir.
08:02Rino, il aurait pu se contenter d'être footballeur.
08:05Pourquoi il est devenu résistant, à votre avis ?
08:08Apparemment, c'est pour la liberté,
08:11et la liberté de faire du sport.
08:13Parce qu'il devait être...
08:16Il devait partir en Allemagne, en travail forcé.
08:20Et donc, forcément, il a voulu rester ici.
08:24Et il n'avait pas trop le choix, quoi.
08:26Il a commencé à travailler à 14 ans chez Chausson,
08:31puisque Anna, sa maman, travaillait chez Chausson.
08:34Ensuite, il a travaillé dans une cimenterie.
08:38Et puis, après, il a travaillé dans un garage à Mazagrande,
08:43justement, puisque Mazagrande, c'était le quartier italien.
08:47Et il était en pays de connaissances.
08:50Jusque cette période de janvier 1943,
08:55où il a refusé le travail obligatoire.
08:59Et là, il est rentré en février 1943 dans la clandestinité.
09:03Et c'est là qu'évidemment, il a commencé à...
09:06En fait, il est adopté dans tout un cercle d'amis
09:08qui jouent au foot, pas au Red Star au début,
09:11mais dans le club d'Argenteuil, qui a eu plusieurs noms.
09:15Et tous ses amis, c'était des amis italiens,
09:17dont beaucoup, presque tous, avaient fui le fascisme.
09:20Et donc, il a commencé par distribuer des tracts.
09:23Et ensuite, entre février 1943 et novembre 1943,
09:29le moment où il s'est fait arrêter,
09:31évidemment, il a fait un certain nombre d'actions.
09:34La famille n'a jamais su.
09:35Quand il a été arrêté, évidemment, c'était terrible.
09:38Et quand il a été fusillé, c'était le drame terrible.
09:42Parce qu'on a fait parvenir à sa maman
09:49ses vêtements troués et ensanglantés,
09:53avec mise à disposition.
09:56Et sa maman, évidemment, elle voulait mourir.
10:00Ils sont tombés de haut quand il a été arrêté.
10:04Ils ne savaient pas, vraiment.
10:05Ils ne savaient pas.
10:12Chers parents, c'est deux lignes pour vous dire
10:15que je suis condamné à une peine très forte.
10:19Je regrette beaucoup de jamais vous avoir dit
10:22ce que je faisais.
10:25Mais il le fallait.
10:28Faites comme si j'étais au front
10:29et soyez tous aussi courageux que moi.
10:35Je n'ai jamais manqué de rien
10:37et vous avez toujours été pour moi le paradis.
10:42Je veux que vous alliez embrasser tous les parents.
10:45Mon oncle Francisco, ma tante Mimi,
10:50mes cousins et cousines, Nénette, Titi, Pierrot
10:53et toute la famille en Italie.
10:56Enfin, j'embrasse tout Argenteuil
10:58du commencement à la fin.
11:02Je termine en vous souhaitant à tous
11:04un meilleur avenir
11:05et vous embrasse tous un million de fois.
11:09Gros baiser, gros baiser, gros baiser.
11:13Courage et confiance.
11:18Votre fils, chéri,
11:21et qui vous aime jusqu'à la dernière minute de sa vie.
11:24Rino, la plus grande preuve d'amour,
11:29c'est de donner sa vie pour ceux qu'on aime.
11:35Dans une autre lettre à son frère et à ses copains,
11:39Rino avait écrit
11:39« Allez chez Tony, faites un banquet
11:42et prenez tous une cuite en pensant à moi. »
11:45Et cette phrase, résolument tournée vers la vie,
11:48au seuil de la mort,
11:50elle me bouleverse.
11:58Sur l'affiche rouge,
11:59parmi les dix photos,
12:01tout en haut à gauche,
12:02il y a celle de Thomas Helleck.
12:04J'avais lu les incroyables mémoires d'Hélène,
12:07sa mère.
12:08Venue de Hongrie,
12:10elle tenait un petit restaurant
12:11pour ouvriers et étudiants au quartier latin,
12:13rue de la montagne Sainte-Geneviève.
12:17Thomas est avec la plupart
12:19de ses camarades fusillés
12:20enterrés au cimetière d'Ivry,
12:22à côté de la stèle dédiée à Missac Manouchion.
12:27Thomas a écrit deux lettres avant de mourir.
12:29La première,
12:30il l'a adressée comme une bouteille à la mère
12:32à sa concierge
12:33pour qu'elle la transmette à ses parents,
12:35des juifs hongrois
12:36dont ils ignoraient
12:36s'ils étaient encore vivants.
12:39Dans un ultime geste d'amour filial,
12:41il y affirme pour les préserver
12:43ne pas avoir été torturés.
12:47La deuxième lettre envoyée,
12:48elle était pour les copains.
12:51Freyne, le 21 février 1944.
12:55Chers amis,
12:56je vous écris cette lettre d'adieu
12:58pour vous confirmer,
12:59s'il en est besoin,
13:00que j'étais pure dans mes intentions.
13:02Je n'ai pas ici le temps de faire de longues phrases creuses.
13:06Tout ce que j'ai à vous dire,
13:08c'est que vous ne devez pas vous attrister,
13:10mais être gay au contraire,
13:12car pour vous viennent les lendemains qui chantent.
13:15Adieu,
13:15et gardez ma mémoire dans vos cœurs
13:17et parlez quelquefois de moi à vos enfants.
13:20Thomas et Lecq.
13:22Là, il dissume pas Tommy ?
13:23Non, il dissume Thomas.
13:24C'est drôle.
13:26Thomas, Tommy, Tommy c'est pour sa mère,
13:28Thomas c'est pour une sorte de postérité générale.
13:32Et par contre,
13:34quand il dit
13:35parlez quelquefois de moi
13:38à vos enfants,
13:40sa mère a impliqué,
13:41si j'ose dire,
13:42cette espèce de,
13:42c'est pas une consigne,
13:43mais de souhait,
13:44et elle a demandé
13:45est-ce que tous les aînés mâles
13:48qui sont de sa famille
13:50s'appellent Thomas ?
13:52Et donc toi,
13:52tu t'appelles Thomas ?
13:53Moi, je m'appelle Thomas,
13:54il y en a un autre
13:54qui est à Brooklyn.
13:56Parce que toi,
13:57t'es né quand ?
13:58Je suis né 29 août de 46.
14:00Oui, c'est ça.
14:01Deux ans après sa mère.
14:09Et tu vois,
14:10il y a d'autres choses
14:10qui m'ont...
14:11J'étais pure dans mes intentions.
14:16C'est...
14:17Je sais pas,
14:17oui,
14:17ça me fait penser
14:18au « je meurs sans haine »
14:19de manoufiance,
14:20c'est-à-dire...
14:21C'est des combattants,
14:22c'est pas...
14:23C'est des soldats,
14:24c'est pas des...
14:26C'est pas des hordes
14:27d'assassins.
14:30Je veux dire,
14:31ils ont...
14:31S'ils ont tué,
14:32ils l'ont pas fait
14:32pour le plaisir.
14:35Je meurs,
14:36mais je vous demande
14:36de vivre,
14:37car nous nous retrouverons
14:38tous un jour.
14:42Tu vois,
14:42moi,
14:42ce qui me frappe,
14:43c'est cette certitude,
14:44en fait.
14:45Pas du tout
14:46dans une sorte
14:46de postérité du héros,
14:48mais quand il dit
14:49« Adieu,
14:49que ma mémoire reste
14:50dans le cœur
14:51de ceux qui m'ont connue
14:52ou non, d'ailleurs. »
14:53Mais c'est...
14:54Toi,
14:54c'est...
14:55C'est probablement une mémoire...
14:57Enfin, je sais pas,
14:57là, on est dans les projections,
14:59mais qui est de l'ordre
15:00de...
15:01De la rage
15:02et de la vitalité.
15:03J'ai l'impression
15:03que ça,
15:04c'est quelque chose
15:04qui est en toi.
15:06Oui, je pense, oui.
15:07Je pense que...
15:09Dans mes moments de...
15:10Enfin,
15:10j'ai écrit dans le livre
15:11à un moment,
15:11je pense que j'ai
15:12quelque part
15:14surabondé
15:14en soif de vie
15:17pour donner à Thomas
15:18la vie qu'il n'a pas eue.
15:21Pour donner à Thomas
15:21les femmes qu'il n'a pas eues,
15:23pour donner à Thomas
15:25les ouvertures
15:25sur le monde
15:26qu'il n'a pas eues.
15:27Et là aussi,
15:28je travaille pour le fantôme.
15:29Enfin,
15:29je travaille pour le fantôme.
15:31Mais bon,
15:31c'est pas plus mal.
15:33J'ai bien travaillé
15:33pour quelqu'un.
15:36Comme lui,
15:37c'est créé...
15:39Comme lui,
15:40c'est créé
15:40une forme de liberté
15:41inouïe
15:42dans cette époque.
15:44Le jour où
15:45il casse la gueule
15:45au lycée Saint-Louis,
15:48un jeune mec
15:49qui lui dit
15:50qu'on est juif
15:50et mettais
15:51qu'on ferme sa gueule
15:51et où le bourre de coup
15:53il l'envoie carrément
15:54à l'hôpital,
15:56il rentrera dans la résistance
15:57le lendemain.
15:58Mais ce jour-là,
15:58il choisit libre.
16:01Et c'est quoi ?
16:02C'est les grandes actions
16:04de résistance
16:04qu'il a faites ?
16:05il y a la première
16:06qui est,
16:07moi,
16:07je trouve extraordinaire
16:09parce qu'il vient
16:10quand même
16:10du peuple du livre.
16:14Avant d'entrer
16:14dans la moille,
16:15il l'a fait tout seul
16:16parce que
16:17je crois qu'il était
16:18à l'école boule
16:18et il n'était pas mauvais
16:19en électricité
16:21et en maniement
16:22de choses
16:23qui font boum.
16:24Il a évidé
16:25l'exemplaire
16:26du capital
16:27de son grand-père
16:28en allemand.
16:29Il a mis une bombe
16:30dedans
16:31et il l'a foutue
16:32dans les rayons
16:33de la librairie
16:35qui s'appelle
16:36La Pensée Universelle
16:37qui était,
16:38tu regardes la Sorbonne,
16:39c'est celle qui était
16:39à gauche
16:39sur le coin de Blumich.
16:41La librairie Rive Gauche
16:42qui est une librairie
16:43collaborationniste.
16:43Voilà, c'est ça.
16:45Et il a fait péter
16:46un gouré.
16:47Ce n'est pas une légende
16:48cette histoire ?
16:51Tu souris beaucoup.
16:53Oui, je ne suis pas
16:57triste,
16:58je suis fier
16:58de cette histoire,
16:59je ne suis pas
16:59accablé
17:00de cette histoire.
17:03De quoi tu es fier ?
17:05Alors, de quoi je suis fier ?
17:07Je suis fier que,
17:12au cœur d'un grand cauchemar
17:15que l'histoire humaine
17:15a inventé,
17:17il y a,
17:20entre les 250 du ghetto
17:22de Varsovie,
17:24les compétences juifs
17:25de Lameuil
17:26et quelques autres,
17:27ceux de Lyon,
17:28etc.,
17:29des gens qui ont dit,
17:30des juifs qui ont dit,
17:31tu veux ma peau ?
17:32Viens la chercher.
17:37Et à ce propos,
17:41vous êtes comme moi
17:41au courant des événements
17:42dans lesquels on vit
17:44ces temps-ci.
17:46Et la première fois
17:47que j'étais venu ici,
17:48devant cette tombe,
17:49où il y a une étoile
17:50de David,
17:52qu'est-ce qu'il y a
17:52sur cette tombe ?
17:53Il y a écrit
17:55Adjudant FTPF,
17:56Electoma.
17:57Ça, ça veut dire
17:58qu'il est reconnu
17:58par l'armée française
17:59comme un combattant français.
18:01Et puis,
18:01il y a une étoile de David
18:02qui dit combattant juif
18:05de la FTP,
18:07comme d'autres sont
18:07rois, polonais,
18:09etc.,
18:09etc.,
18:09etc.
18:10Et j'avais écrit
18:12dans mon livre
18:12qu'il avait au moins
18:14gagné,
18:17par son combat
18:18et son courage,
18:19le lieu d'une tombe
18:20devant laquelle
18:21on pouvait se recueillir
18:21en paix.
18:23Et maintenant,
18:24après ce qui s'est passé
18:25le 7 octobre,
18:27et je tiens à ce qu'on en parle,
18:29ce n'est plus un endroit
18:30devant lequel on se recueillit
18:30en paix,
18:31c'est un endroit
18:31où on peut avoir peur.
18:32Moi, par exemple,
18:33j'ai peur qu'on vienne
18:33la profaner cette tombe.
18:36J'ai peur même
18:36qu'on dise
18:37que c'est tourné
18:38dans le cimetière.
18:38D'ailleurs,
18:39je ne le dis même pas
18:39parce que je n'ai pas
18:39envie de le dire.
18:41J'ai peur que des crétins
18:43profanateurs de sépulture
18:44viennent la bousiller
18:45uniquement parce qu'il y a
18:46une étoile de David
18:47dessus.
18:49C'est une peur
18:49que je n'avais pas avant,
18:50mais maintenant,
18:51je l'ai.
18:57Ça, c'est identité judiciaire,
18:59typique de photos
19:00qu'on te prend,
19:01qu'on t'arrête,
19:01d'accord ?
19:02Portrait face profil,
19:03préfecture de police,
19:05police française.
19:06Ça, c'est une photo
19:07de presse.
19:08C'est une photo
19:10pour un journal
19:10qui s'appelle
19:11Le Petit Parisien.
19:12On voit Thomas
19:13devant la prison de Fresnes
19:16avec une clé à molette.
19:17Pourquoi est-ce
19:17qu'il a une clé à molette ?
19:19Parce qu'au dos
19:19de la photo,
19:20il y a écrit
19:21« ELEC,
19:22dérailleur de train,
19:24terroriste,
19:25juif,
19:25non, pardon,
19:26jugé à Paris. »
19:28Juif hongrois.
19:30Juif hongrois,
19:30oui, pardon.
19:31Jugé à Paris
19:33par une cour martiale
19:34allemande.
19:35Il y a écrit
19:36« Le dérailleur ».
19:37Donc Thomas
19:38tient
19:39dans la mise en scène
19:40qui va servir
19:41à la presse
19:42Collabo
19:42et aux Allemands
19:44à expliquer
19:44que la résistance
19:45est faite
19:45par des métèques,
19:46des juifs
19:47et des gens
19:48pas bien propres
19:49sur eux,
19:50donc par des étrangers.
19:53Pour cette campagne
19:54de presse,
19:54lui,
19:55il sera
19:55le dérailleur.
19:57Ça,
19:57c'est un gros plan
19:59de la même séance
19:59de photos.
20:00Toutes ces photos,
20:00c'est la même séance.
20:01C'est le matin
20:01avant qu'on les emmène
20:03tous se faire fusiller
20:04au Mont Valérien.
20:06C'est le même jour
20:06où les lettres
20:07ont été écrites.
20:08Ils ont écrit
20:09les lettres,
20:10on les a mis
20:10dans la cour,
20:11ou l'inverse,
20:11je ne sais pas.
20:12Et après,
20:13au Mont Valérien.
20:14Les Allemands
20:15avaient décidé
20:16de donner du retentissement.
20:18Ils ont exécuté
20:19beaucoup de résistance
20:20sur le moindre retentissement.
20:22Mais là,
20:23ils ont monté ce procès,
20:24tout le monde connaît l'histoire,
20:26pour expliquer aux Français
20:26qu'ils étaient défendus
20:27par des métèques,
20:28des juifs,
20:29des communistes,
20:29des panormaux,
20:30etc.
20:34Il n'y avait pas
20:35de résistance française.
20:36C'était,
20:37comme d'habitude,
20:38l'étranger.
20:40Une bonne vieille histoire
20:40de l'étranger.
20:44Et comme toujours,
20:45les photos,
20:46elles nous regardent.
20:48C'était l'ultime regard
20:49de quelqu'un
20:50que quelqu'un
20:51pouvait adresser
20:52à qui ?
20:53À sa mère,
20:54à sa famille,
20:57au monde entier,
20:58aux gens qui étaient dehors,
20:59qui étaient dans la vie
21:00et qui resteraient dans la vie.
21:02C'est un regard
21:02qui est très, très émouvant
21:03parce qu'il est très angélique,
21:04en fait.
21:05C'est le regard
21:05de quelqu'un
21:06qui est en train
21:06de s'en aller.
21:07Parce que derrière
21:08ce regard,
21:09il y a la mort.
21:11C'est le dernier regard
21:12au vivant.
21:23Au cimetière d'Ivry,
21:24elle est sur le mur,
21:26derrière les autres tombes.
21:28Une plaque,
21:29une photo qui me hante.
21:32Celle d'Olga Bancic,
21:33la seule femme
21:34du groupe
21:35de l'affiche rouge.
21:37Elle n'a pas été fusillée
21:39avec les autres,
21:40mais déportée
21:41à la prison de Stuttgart
21:42et exécutée
21:43quelques semaines
21:43après ses compagnons.
21:46Olga,
21:47de son vrai prénom,
21:49Golda.
21:51Née en Bessarabi,
21:52engagée au Parti communiste
21:53dès l'adolescence,
21:55incarcérée
21:55dans les prisons roumaines
21:56dès l'âge de 16 ans.
21:58Une vie qui se mesure
22:00au fil des photos
22:01anthropométriques.
22:06Dans le 11e arrondissement
22:07de Paris,
22:07un square porte désormais
22:09son nom.
22:10Elle s'appelait Pierrette,
22:11je crois,
22:11c'était son nom de guerre.
22:11Elle s'appelle Pierrette,
22:13oui.
22:14Quel était son rôle
22:15dans le groupe ?
22:15Son rôle,
22:16ça a été le même
22:17que celui d'un certain nombre
22:19d'autres femmes
22:20qui étaient
22:22d'apporter les armes
22:24lors des actions,
22:27de rapporter ensuite
22:28les armes
22:30de façon à ce que
22:32ceux qui avaient tiré
22:34sur un soldat
22:35ou sur Julius Ritter
22:37ne soient pas pris
22:39les armes à la main.
22:40Donc les femmes
22:42ont eu
22:43très largement
22:44ce rôle
22:45et pas seulement
22:46Olga.
22:48Et d'ailleurs,
22:49dans la perquisition
22:50qui a suivi
22:51son arrestation,
22:54les brigades spéciales
22:56ont retrouvé
22:56à son domicile
22:58tout un arsenal,
23:00c'est-à-dire
23:00qu'il y avait
23:00un certain nombre
23:01d'armes
23:01qui étaient
23:02au domicile
23:03d'Olga Van Schick.
23:04Pourquoi
23:05Olga Van Schick
23:06n'a pas été fusillée
23:07avec les autres ?
23:09D'une façon générale,
23:11je sais qu'il y a eu
23:12quelques exceptions,
23:13mais les nazis
23:14ne fusillaient pas
23:15les femmes.
23:16Alors je me suis
23:17beaucoup posé
23:17la question
23:18de pourquoi
23:18on ne fusillait
23:19pas les femmes.
23:21Fusiller,
23:22c'est quand même
23:22une mort de soldat,
23:24malgré tout.
23:25Donc la partition
23:27qui a été faite
23:28par les nazis,
23:29c'est les militants
23:31de la MOI,
23:31de la main-d'oeuvre
23:32immigrée qui étaient
23:32arrêtés
23:33et qui n'étaient pas
23:34dans le combat armé
23:35étaient déportés.
23:37Et ceux qui étaient
23:38dans le combat armé
23:39étaient tous jugés,
23:41même si la justice
23:43était très expéditive,
23:46condamnés à mort
23:47et fusillés.
23:50Est-ce qu'on ne fusille pas
23:52une femme
23:53par une sorte
23:53de délicatesse ?
23:55Ou parce qu'on considère
23:56qu'une femme
23:57ne peut pas être soldat ?
23:59Donc, pour la femme,
24:00c'est la mort.
24:03Alors, on a dit beaucoup
24:05qu'elle avait été
24:06exécutée à la hache.
24:08Mais en fait,
24:09c'est tout simplement,
24:10tout simplement,
24:11façon de parler,
24:12guillotiné.
24:16C'est une lettre
24:18absolument poignante
24:20qu'Olga arrive
24:24à faire parvenir
24:27à sa petite-fille,
24:29sa très petite-fille.
24:31C'est presque un bébé encore,
24:34Dolorès,
24:35qui pense que
24:37sa petite-fille
24:40comprendra
24:42ce qu'elle a fait.
24:44Et alors ça,
24:44c'est un point commun
24:45de toutes ces lettres.
24:46C'est le sentiment
24:48que leur sacrifice
24:50va servir au bonheur
24:52de l'humanité.
24:53Et toutes les lettres,
24:55pratiquement sans exception,
24:56se terminent
24:57par des voeux de bonheur
24:58dans un monde
24:59qui sera autre,
25:01puisque eux,
25:02par leur sacrifice,
25:04auront contribué
25:05à changer ce monde.
25:08Ma chère petite-fille,
25:09mon cher petit-amour,
25:11ta mère écrit
25:12la dernière lettre,
25:13ma chère petite.
25:14Demain, 6 heures,
25:16le 10 mai,
25:16je ne serai plus.
25:19Mon amour,
25:21pleure pas.
25:21Ta mère ne pleure pas non plus.
25:23Je meurs
25:24avec la conscience tranquille
25:25et avec toute la conviction
25:26que demain,
25:27tu auras une vie
25:28et un avenir plus heureux,
25:30plus tranquille que ta mère.
25:31Mon cher enfant,
25:33ton père
25:34est pour toi
25:35une mère aussi.
25:37Il t'aime beaucoup.
25:38Tu ne sentiras pas
25:39le manque de ta mère.
25:41Mon cher enfant,
25:42je finis ma lettre
25:43avec l'espérance
25:45que tu es heureuse
25:46pour toute ta vie
25:47avec ton père,
25:49avec tout le monde.
25:50Je vous embrasse
25:51de tout mon cœur,
25:53beaucoup,
25:54beaucoup.
25:54Adieu, mon amour,
25:55ta mère,
25:56Penchik Golda,
25:57Stuttgart,
25:599 944.
26:03Ces mots
26:03qui racontent
26:04les douleurs secrètes
26:05de la mort.
26:06Mon amour,
26:08tu ne sentiras pas
26:08le manque de ta mère.
26:12Était-ce seulement possible,
26:14Olga ?
26:22L'un de ceux
26:23de l'affiche rouge,
26:24l'Espagnol
26:24dont j'ai toujours trouvé
26:25le nom si noble,
26:26Celestino Alfonso,
26:28est enterré
26:28à part de ses autres camarades.
26:30À Ivry aussi,
26:31mais au cimetière communal.
26:33À quelques mètres
26:34de sa tombe,
26:35il y a celle
26:35de son fils,
26:37Juan.
26:38Celestino est mort
26:38à l'âge de 28 ans,
26:40Juan avait alors 3 ans.
26:42Quand il est mort
26:42à son tour
26:43en 1973,
26:44sa fille Juana
26:45en avait 6.
26:47Mon père s'appelait
26:48Juan,
26:48il m'a appelée Juana.
26:50Juan,
26:50c'est le nom
26:51que Celestino lui a choisi.
26:52J'ai l'impression
26:53qu'il y a un fil
26:54entre nous deux
26:56toujours présent.
26:57Je sens qu'on ne fait qu'un.
26:59C'est un sujet
27:00qui n'a pas été abordé
27:00avec ma mère.
27:02La seule chose
27:02qu'elle a pu me dire,
27:04c'est que
27:05mon père avait été
27:07tout petit,
27:08pleurer son père
27:09avec sa mère
27:11au cimetière,
27:12que tous les dimanches
27:13ils allaient au cimetière
27:14et que ça avait été
27:15douloureux pour lui
27:16parce qu'il avait
27:18pleuré un héros,
27:19mais un héros
27:20qu'il ne connaissait pas,
27:21qu'il n'avait pas vu
27:22et puis qui disparaît
27:23du jour au lendemain.
27:25Et puis après,
27:26c'est une histoire
27:27que j'ai recherchée
27:29à l'adolescence
27:33où j'ai commencé
27:34à entendre parler
27:37de cette histoire
27:38mais plutôt dans
27:39les livres
27:40ou les films,
27:43un peu à l'école,
27:44un peu au lycée.
27:46D'ailleurs,
27:46j'avais une prof
27:47d'histoire
27:49qui n'aimait pas du tout
27:51l'affiche rouge,
27:53qui m'a plutôt pointée
27:56du doigt
27:58comme petite fille
27:59de communiste
28:01jusqu'au jour
28:02où j'ai fait
28:03la plus belle rencontre
28:04de ma vie.
28:04C'était ma belle-mère
28:06qui était donc
28:07juive polonaise
28:08qui s'appelait
28:09Blanche Prager
28:11et quand elle,
28:12elle a su que j'étais
28:13donc la petite fille
28:14de Célestino,
28:15elle était tellement,
28:18tellement fière
28:20de m'avoir
28:21dans sa famille.
28:22Je sais qu'elle l'a dit
28:23à tout le monde,
28:25elle était,
28:29pour elle,
28:30c'était hyper important,
28:31tellement
28:32que j'ai compris.
28:34En fait,
28:35c'est à ce moment-là
28:36que j'ai intégré
28:37cette histoire
28:38et j'ai été fière.
28:39En fait,
28:40je suis passée
28:40de quelque chose
28:42de triste,
28:43mélancolique,
28:44qui était douloureux,
28:46à un sentiment
28:48de fierté.
28:49Comment tu te l'imaginais,
28:51ton grand-père,
28:51quand tu étais petite ?
28:53Si on t'en parlait ?
28:54On m'en a peu parlé,
28:56donc petite,
28:59je l'imaginais
29:00comme quelqu'un
29:01de très fort,
29:03quelqu'un qui dégainait
29:05facilement,
29:06qui n'avait pas peur
29:08de l'autre.
29:10Donc pour moi,
29:10c'était une force,
29:12quoi.
29:12Quand je pense
29:13à mon grand-père,
29:14c'est quelqu'un de fort
29:16qui peut,
29:17même s'il n'est pas là,
29:18qui me protège encore,
29:19quoi.
29:20Quand il allait
29:21chez sa mère,
29:22ses armes étaient
29:23planqués dans la cuvette
29:26des toilettes en haut.
29:28Et ce qu'on a toujours
29:29entendu aussi,
29:30c'est qu'en fait,
29:32il n'aurait jamais dû
29:33quitter son arme.
29:34Et sa mère lui aurait dit
29:36mais non,
29:37laisse ton arme.
29:40En fait,
29:40il a été attrapé
29:41en sortant de chez sa mère,
29:42parce qu'il allait voir
29:44sa mère régulièrement.
29:46Et elle lui avait dit
29:47laisse ton arme.
29:50Ce qu'elle n'aurait
29:51peut-être pas dû faire
29:51parce que j'ai toujours
29:54entendu que s'il avait
29:55eu son arme,
29:56il n'aurait jamais
29:56été attrapé.
29:57Parce que c'était
29:58le meilleur tireur
29:59du groupe,
30:00parce que c'était
30:00le meilleur tireur
30:03qui tirait super bien
30:04et qui ne se serait
30:05pas laissé faire
30:05et qu'il n'aurait jamais
30:08été attrapé.
30:09Mais bon,
30:10il a obéi
30:11à sa mère.
30:12Et donc,
30:13il a laissé son arme
30:15et il s'est fait prendre.
30:17J'ai fait des recherches
30:18et j'ai fait mon oral
30:20du brevet à sujet
30:22et j'ai toujours essayé
30:23d'essayer de comprendre,
30:26de le connaître
30:28parce qu'on n'a pas
30:29beaucoup d'informations
30:30à sujet.
30:30Donc j'ai vraiment
30:31essayé de me renseigner
30:33sur lui.
30:34Donc j'ai fait
30:35cet oral du brevet
30:37et puis j'ai aussi
30:38une affiche
30:41que j'ai utilisée
30:42pour me déguiser
30:43quand j'étais enfant
30:45à un mardi gras.
30:46Justement,
30:46je m'étais déguisé
30:47en Séguestineau.
30:55C'est toi
30:55qui l'avais convectionné ?
30:57Oui,
30:57avec ma mère
30:58qui avait bien participé.
31:01Il s'était mis
31:02comme ça,
31:03en milieu.
31:03Il était
31:04entre deux pancartes.
31:06Ça rentre pas maintenant,
31:08mais...
31:09Frène,
31:1021 février 1944.
31:14Mes chers parents,
31:15sœurs et frères,
31:16ma chère femme
31:17et fils,
31:19aujourd'hui,
31:20à trois heures,
31:21je serai fusillée.
31:22Je ne suis qu'un soldat
31:24qui meurt pour la France.
31:26Je vous demande
31:27beaucoup de courage,
31:29comme j'en ai moi-même.
31:30Ma main ne tremble pas.
31:32Je sais pourquoi je meurs
31:34et j'en suis très fière.
31:36Ma vie a été
31:38un peu courte,
31:39mais j'espère
31:40que la vôtre
31:41sera plus longue.
31:42Je ne regrette pas
31:44mon passé.
31:45Si je pouvais
31:46revivre,
31:48je serais encore
31:48le premier.
31:50Je voudrais
31:51que mon fils
31:52ait une belle instruction.
31:53À vous tous,
31:54vous pourrez réussir.
31:56Ma chère femme,
31:57tu vendras mes vêtements
31:58pour te faire
31:59un peu d'argent.
32:00Dans mon colis,
32:02tu trouveras
32:02450 francs
32:04que j'avais
32:04en dépôt à Freyne.
32:06Mille baisers
32:07pour ma femme
32:08et mon fils.
32:09Mille baisers
32:09pour tous.
32:11Adieu tous.
32:13Célestino,
32:14Alfonso.
32:24Faire des choses
32:25où je me dépasse,
32:26je me prouve
32:27que je n'ai pas peur,
32:28que je suis forte
32:29comme lui.
32:32Je pense que
32:34c'est ça.
32:37et puis c'est aller vers lui.
32:39Je fais de l'alpinisme,
32:41c'est aller tout là-haut.
32:44Aller vers mon père,
32:45aller vers mon grand-père.
32:51Et être forte.
32:59Et j'y arrive bien.
33:05Célestino Alfonso
33:05avait écrit
33:06une autre lettre
33:07adressée à sa femme
33:07et à son fils.
33:09En espagnol,
33:10celle-là.
33:13Elle se terminait
33:14par ces mots
33:15écrits en français
33:16« Je meurs pour la France ».
33:20Querida esposa
33:21et hijo,
33:23hoy
33:23soy fusilado
33:25a las tres horas.
33:28No regreto
33:28mi pasado,
33:30si hubiera que
33:30recomenzar,
33:32sería otra vez
33:32el primero.
33:35Yo vos pido
33:35mucho coraje
33:36que mi hijo
33:38tenga una buena
33:39educación
33:39entre toda la familia
33:41podréis alcanzar.
33:48La carrière
33:49des fusilliers
33:50du Mont-Valérien
33:52avec les poteaux
33:53d'exécution
33:54qui étaient installés
33:55là,
33:55sur ce versant-là
33:56et de l'autre côté
33:58le peloton
34:00d'exécution
34:02d'une quarantaine
34:03de soldats allemands
34:04le 21 février
34:051944.
34:09C'est les seules
34:10photos connues
34:11retrouvées
34:12aujourd'hui
34:12d'une exécution
34:13au Mont-Valérien.
34:14Elles ont été prises
34:15on le sait
34:16par Clémence Rutter
34:17qui est un sous-officier
34:19de la FED Gendarmerie.
34:21Il est très probablement
34:22motard estafette
34:23qui accompagne
34:24les camions militaires
34:26qui emmènent
34:27les condamnés
34:28pour être exécutés.
34:30Et Clémence Rutter
34:33vient sans doute
34:34à l'endroit
34:34où on se trouve
34:35aujourd'hui,
34:37à peu près
34:37là où on se trouve
34:38et il prend trois photos
34:40de 12 hommes
34:42du groupe
34:44de l'affiche rouge
34:44fusillé
34:45ce 21 février 1944.
34:47On a dans le cas
34:47de ce groupe
34:48les petits papiers allemands
34:51qui indiquent
34:51les heures
34:53officielles
34:54du décès.
34:55Missak Manouchian
34:56qui fait partie
34:56du premier groupe
34:58de quatre
34:58à être fusillé
34:59ce 21 février 1944.
35:01Sa mort a été constatée
35:03à 15h22.
35:04Ils ont été
35:05les 22 membres
35:07du groupe
35:08de l'affiche rouge
35:08fusillés ce jour-là
35:09ont été fusillés
35:10entre 15h22
35:11et 15h56.
35:13Là c'est
35:14Rino de la Negrin ?
35:16Probablement.
35:17On est sûr
35:18qu'ils ont été fusillés
35:19en même temps
35:20ensemble.
35:22Après,
35:23comment ils ont été
35:24placés
35:25sur chaque poteau
35:26on n'aura jamais
35:28de certitude.
35:29Là on semble
35:30reconnaître
35:31Marcel Rehman
35:31ici
35:32exactement
35:33avec le pull
35:35tel qu'il a été
35:36pris en photo
35:37souvent
35:37sur les photos
35:38de l'affiche rouge
35:40de la brochure
35:40de l'armée du crime
35:42et à côté
35:42très très vraisemblablement
35:44Celestino Alfonso
35:47qui a priori
35:48n'a pas les yeux
35:49bandés
35:50et a refusé
35:51d'avoir les yeux
35:52bandés.
35:57Là peut-être
35:58c'est Thomas Elec
35:58ici
35:59on n'en sait
36:00pas grand chose.
36:05Et donc
36:05
36:06ils étaient
36:0640 dans le peloton
36:07A priori
36:08c'est un peloton
36:08d'exécution
36:09de 40 soldats
36:11allemands
36:11ce qui est
36:11très impressionnant
36:13avec des tireurs
36:13debout
36:14des tireurs
36:15assis
36:16qu'on nous imaginait
36:19cette puissance
36:21de feu
36:21face à 4
36:22FTP
36:24attachés
36:26menottés
36:27aux poteaux
36:30et cet arbre
36:31qui depuis des années
36:32a grossi
36:33c'est sans doute
36:34l'arbre qu'on voit
36:35qu'on voit ici
36:39et on voit bien
36:40sur cette photo
36:41et sur là
36:41où on se trouve
36:42aujourd'hui
36:42que la clairière
36:44a finalement
36:45très peu
36:46changé
36:52ils étaient
36:53vingt et trois
36:54quand les fusils fleurirent
36:55écrivait Louis Aragon
36:57vingt et trois
36:58qui donnaient leur coeur
36:59avant le temps
37:00vingt et trois étrangers
37:02et nos frères
37:03pourtant
37:04vingt et trois
37:05amoureux de vivre
37:06à en mourir
37:08vingt et trois
37:09qui criaient la France
37:10en s'abattant
37:10à en mourir
37:40Amém.
Comentários

Recomendado