Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 semaines
Retrouvez les émissions en intégralité sur https://www.france.tv/france-2/telematin/toutes-les-videos/
Télématin reçoit le professeur Amine Benyamina, psychiatre addictologue.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00À présent d'accueillir notre invité du jour.
00:01Ensemble, on va parler de ce procès historique qui a lieu en ce moment même aux Etats-Unis.
00:06Celui contre Meta, c'est-à-dire Facebook, Instagram, vous savez, ses réseaux sociaux.
00:10L'entreprise américaine est accusée d'avoir sciemment rendu accro les jeunes utilisateurs
00:15sans se soucier du danger pour leur santé mentale.
00:18Cette dépendance aux réseaux sociaux, on en parle avec vous.
00:20Bonjour, professeur Amin Benyamina, vous êtes psychiatre en addictologie,
00:24coprésident aussi de la commission d'experts Enfants et Écrans.
00:28Pourquoi il est important ce procès ?
00:30Il est important parce que c'est un procès qui a été mené par des parents,
00:36par des associations américaines et qui a rassemblé beaucoup de procureurs et beaucoup d'Etats.
00:42C'est un procès important parce qu'au sein de ce procès, la question qui a été la nôtre,
00:46les scientifiques sur le caractère addictogène, c'est-à-dire le fait que les réseaux sociaux
00:50puissent rendre dépendants, d'une certaine manière a été tranché par la justice.
00:54Il fera jurisprudence parce qu'il y a de fortes chances que Meta se retrouve
00:57à devoir évidemment payer et il aura pour conséquence de pouvoir appliquer cette décision
01:05en dehors des Etats-Unis.
01:06C'est ça, ça nous concerne tous.
01:07Ça va nous concerner puisque vous avez signalé le fait que j'ai été avec Serval Mouton,
01:12président de la commission Écrans à la recherche des temps perdus,
01:14qui a été évidemment installé par le président de la République,
01:16dans laquelle la question du caractère addictif, addictogène a été posée.
01:20Évidemment, sur le plan clinique, moi je suis chef de service et je vois des patients, j'ai des étudiants,
01:26on sait qu'on a tous les attributs d'une dépendance liée aux réseaux sociaux.
01:29C'est-à-dire, comment ça fonctionne en fait ?
01:31On appelle ce qu'on appelle une addiction sans substance.
01:33C'est facile lorsqu'il s'agit d'un produit qu'on connaît connaissant comme la cocaïne, l'alcool et
01:37le tabac.
01:38Pour ce qui est des produits ou bien des comportements, c'est plus compliqué.
01:41Alors, une seule réelle addiction sans substance a été reconnue par les classifications internationales,
01:47c'est le jeu pathologique.
01:48En revanche, on se rend bien vite compte qu'on a les mêmes attributs, les mêmes risques
01:51et les mêmes prises en charge finalement lorsqu'on a affaire à un réseau social.
01:55Donc c'est proche des gens qui vont au casino sans cesse et qui se ruinent, etc.
01:59Mais on a en même temps un produit qui répond au même standard pour rendre dépendant.
02:05Comme les casinos ?
02:06Absolument.
02:06C'est-à-dire une instantanéité, une accélération rapide ou bien une stimulation d'un système
02:12qu'on appelle le système de récompense.
02:14Et puis surtout, le produit qui vous est proposé, c'est un produit que vous attendez.
02:18Et on le sait parfaitement que ces opérateurs ont une technologie extrêmement puissante
02:24dans ce qu'on appelle les algorithmes.
02:25Ce sont des algorithmes qui s'adaptent à vous, à moi, pour pouvoir nous proposer du contenu
02:31qui fait que l'on est sur un caractère exponentiel lié à cette dépendance.
02:35Ça n'a jamais de fin, ce n'est pas comme un film qui s'arrête.
02:38C'est on scrolle, on scrolle, on scrolle sans s'arrêter.
02:40Complètement.
02:40Et vous avez face à cela des jeunes, puisqu'il s'agit de ça, mais des moins jeunes aussi,
02:45qui se retrouvent totalement isolés et qui ont un rapport finalement au produit
02:49qui devient, ou au comportement qui devient de la même manière,
02:53une espèce d'équivalent d'un produit addictif.
02:56Ça peut aller jusqu'où la dépendance concrètement ?
03:00Comment ça se manifeste pour les jeunes ?
03:02Les conséquences les plus importantes qu'on a signalées dans notre rapport,
03:04c'est d'abord l'isolement, les troubles du sommeil, le problème métabolique,
03:08la prise de poids.
03:09Mais ça, c'est le consensus simple et facile.
03:11Monsieur et madame Tour, les parents peuvent le voir.
03:13C'est le décrochage scolaire, c'est l'isolement, c'est tout ça.
03:16Mais on a aussi de fortes suspicions, ce qu'on appelle une co-occurrence,
03:20c'est-à-dire le fait d'avoir aussi des pathologies psychiatriques qui sont majorées,
03:23notamment les troubles nonctueux, les troubles dépressifs,
03:26par exemple le TADA, les troubles d'hyperactivité avec déficit de l'attention.
03:29Il y a un certain nombre de défilés psychiques et psychiatriques
03:31qui sont associés à ce type de raisonnement.
03:35Ce qui est terrible, c'est que ces plateformes le savent.
03:39Alors c'est tout l'objet du procès, c'est ça en fait.
03:41C'est de comprendre si ça a été sciemment créé pour rendre addict
03:45et que ces plateformes savaient qu'en plus il y avait des dangers pour la santé des enfants.
03:50Imaginez bien que je suis un tout petit peu, grâce à vous, ce qui se passe aux Etats-Unis.
03:54On a vu des témoignages de lanceurs d'alerte à l'intérieur même de cette maison
03:58signalant à Mark Zuckerberg et à son staff direct qu'il y a des risques...
04:02Le créateur de Facebook et Instagram.
04:04Il y a des risques liés à ce type de projet.
04:07Mais c'est du grand cynisme.
04:09On retrouve ça exactement...
04:10C'est le même modus du vendus.
04:11C'est le même mécanisme d'action qu'on a vu avec les lobbies du tabac dans les années 60
04:16-70.
04:17Pareil pour le lobby de l'alcool.
04:19On est sur une stratégie lobbyiste très puissante
04:22et qui très clairement avance comme un rouleau compresseur
04:25et qui se fait finalement son argent
04:28et sa captation sur la santé de nos jeunes.
04:30Alors peut-être un point...
04:32Vous alliez peut-être me poser la question.
04:34Ce procès arrive au moment où vous savez qu'en France, on a eu un arrêté de la cour...
04:38Il allait y venir.
04:39Voilà.
04:40Du Conseil constitutionnel qui clairement vient censurer un texte qui est très remarquable.
04:45On peut peut-être rappeler pour nos téléspectateurs...
04:47Allez-y, je vous laisse le faire.
04:48Il y avait donc une loi qui prévoyait d'interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans.
04:53Le Conseil constitutionnel vient de censurer avec cet argument de liberté d'expression.
05:01Vous, je sais que vous étiez favorable à cette loi d'interdire au moins de 15 ans.
05:05Pour vous, c'est une grave erreur ce qui est en train de se passer ?
05:08Je ne peux pas évidemment dire que le Conseil constitutionnel a fait une erreur.
05:12Il est dans son droit et Dieu merci, entre guillemets,
05:15il est là pour essayer de rappeler le droit.
05:19Le problème, c'est qu'à un moment donné,
05:20la logique du droit telle qu'elle est exprimée par le Conseil constitutionnel
05:24vient se télescoper avec la logique scientifique.
05:27Le principe même d'une addiction, c'est la privation de la liberté.
05:30Lorsque vous avez des plateformes qui jouent sur la privation de la liberté,
05:34en mettant en avant le fait que les personnes sont libres de pouvoir jouer ou de pouvoir scroller,
05:39on arrive sur un moment donné où la science l'a montré dans le passé,
05:43et la clinique aussi, qu'on peut, d'une certaine manière,
05:47confisquer temporairement la liberté pour la rendre totalement.
05:50C'est le cas de l'alcool, du tabac.
05:53Voyez-vous, à moins de 15 ans, il est interdit de consommer du tabac et de l'alcool.
05:56Vous faisiez même le parallèle avec les jeux d'argent.
05:59Complètement.
05:59C'est interdit aux moins de 18 ans, par exemple.
06:01Tout à fait.
06:01Cette liberté de pouvoir jouer, c'est-à-dire s'exposer d'une certaine manière,
06:06c'est offrir nos jeunes à des plateformes qui savent qu'elles peuvent en faire ce qu'elles veulent.
06:11Donc, cette notion de liberté doit aussi sortir du périmètre, du couloir du juridisme
06:18pour pouvoir voir ce qui se passe dans la santé.
06:20Mais surtout, vous dites que c'est une mesure de protection d'urgence de la santé.
06:23On est là-dedans, on est dans un...
06:24Tout à fait.
06:25On ne se rend pas compte de l'ampleur.
06:27Est-ce que ça touche énormément de jeunes, pas que les jeunes d'ailleurs ?
06:30Mais ça touche tout le monde.
06:31Et pourquoi on a mis l'accent sur les jeunes ?
06:33Parce que les jeunes s'entendent devenir.
06:34Le cerveau est en maturation au-delà de 15 ans,
06:37même si on a mis la barre à 15 ans, c'est ce qu'on appelle la majorité, finalement, numérique.
06:43C'est au-delà.
06:44Et donc, c'est le futur citoyen.
06:45Ce sont les gens qui dirigeront ce pays, qui sont d'une certaine manière captifs.
06:49Une fois que vous avez capté l'attention,
06:51que vous avez finalement retiré cette liberté de s'abstenir,
06:54c'est ce qu'on a d'ailleurs publié dans une tribune,
06:58Servan Mouton et moi, hier, dans le journal Le Monde,
07:00vous avez affaire à une population qui est sous influence.
07:04Cette notion de liberté doit être vraiment vue à l'aune de ce qui se passe en réalité.
07:08Ne soyons pas les idiots utiles, comme je l'ai entendu,
07:10de la part de certains politiques, et parfois même de certains confrères,
07:15qui, sous l'effet d'une énonciation de la liberté,
07:19oublient que certaines libertés peuvent être confisquées
07:22pour les rendre de manière plus importante.
07:25Moi, je suis psychiatre.
07:26Il m'arrive d'hospitaliser des personnes sous contrainte.
07:29Je leur retire leur liberté le temps de les traiter,
07:31de leur rendre leur vraie liberté une fois qu'ils vont mieux.
07:33Donc, il faut vraiment sortir son périmètre.
07:35On fait ça aussi pour les addictions aux écrans, aux réseaux sociaux ?
07:38Pour l'instant, ce n'est pas le cas.
07:39Mais quand on a affaire, par exemple, à quelqu'un qui fait une grosse décompensation psychotique,
07:44pour ne pas le laisser se balader, être mal,
07:47on le soigne, on le remet dans le chemin,
07:49dans le droit chemin qui est le sien,
07:50avec sa liberté de pouvoir, évidemment,
07:53être libre avec la pleine conscience de ce qu'il est.
07:56Merci beaucoup, professeur Amin Benyamina,
07:58d'avoir été avec nous pour parler de cette addiction aux réseaux sociaux
08:01qui, vous l'aurez compris, nous concerne tous.
08:04Addiction aux écrans, même plus largement.
08:05Vous êtes psychiatre en addictologie, je le rappelle.
08:08Merci beaucoup.
Commentaires

Recommandations