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Face à des usines sous-utilisées et à la poussée des marques chinoises, l’automobile européenne cherche un second souffle. Au risque d’ouvrir grand ses chaînes de production à de nouveaux rivaux.
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00:00Vous voyez, cette usine, située dans la banlieue de Rennes, elle fabrique des Citroën à la chaîne depuis les années
00:0560.
00:06Sauf que dans deux ans, de nouvelles voitures vont sortir de ces lignes d'assemblage, et pas n'importe lesquelles.
00:11Stellantis est en train de bâtir une co-entreprise avec Dongfeng pour utiliser l'usine de Rennes.
00:17Dongfeng, c'est une marque automobile emblématique chinoise, fondée à la toute fin des années 60.
00:22Pas de problème pour produire des véhicules chinois à condition que je reste Stellantis, avec les statuts Stellantis, avec les
00:28accords Stellantis,
00:30Dans toute l'Europe, ce type de partenariat entre marques européennes et chinoises se multiplie.
00:34Le but, faire tourner les usines de nos constructeurs qui sont aujourd'hui au ralenti, faute de vente.
00:40En Europe, les ventes de voitures neuves n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant Covid.
00:44La meilleure solution pour reprendre cette technologie qu'on a laissée partir, c'est de faire la course avec eux,
00:49et de regarder ce qu'on est capable de prendre. C'est ce qu'ils font d'ailleurs quand on
00:53va travailler en Chine avec eux.
00:54Alors évidemment, ça pose question.
00:56Le risque, c'est effectivement qu'en laissant produire des voitures chinoises en Europe,
01:01on les laisse s'implanter plus rapidement, et donc évidemment qu'on vende moins de voitures en termes de part
01:05de marché.
01:06Je m'appelle Harold Grand, je suis journaliste vidéo aux Echos,
01:09et aujourd'hui je vous explique pourquoi serrer des écrous et fabriquer des carrosseries
01:13n'a jamais été aussi stratégique pour l'Europe.
01:21Avant de vous parler des voitures chinoises, il faut que je vous parle d'usines.
01:24Parce qu'une usine de voitures, c'est un peu particulier.
01:27C'est rentable seulement si ça tourne à fond, ou presque.
01:30On estime qu'une usine est à l'équilibre quand elle fonctionne à 80% de ses capacités
01:35sur un roulement de deux équipes par jour, 5 jours sur 7.
01:38En dessous de ce pourcentage, une usine automobile perd de l'argent.
01:42Pendant des décennies, ce chiffre, c'était pas du tout un problème en Europe.
01:45Terre de constructeurs historiques comme Renault, Peugeot ou encore Volkswagen.
01:49Mais ça, c'était avant.
01:50Il y a eu des crises, comme en 2008 par exemple, il y a eu le Covid, il y a
01:55eu la crise des
01:55semi-conducteurs.
01:57Yann Duvert est journaliste aux Echos spécialisé dans le secteur automobile.
02:00Mais le principal problème et le plus récent, c'est l'augmentation des prix et la transition
02:06vers l'électrique qui fait baisser les ventes.
02:09Depuis le Covid, on est à moins 20% de ventes en France.
02:12Donc si on vend moins de voitures, on en produit moins.
02:14Et donc ça fait de la place dans les usines.
02:16De l'autre côté de la planète, c'est tout l'inverse.
02:19La Chine produit tellement de voitures neuves qu'elle ne sait plus quoi en faire.
02:23Rien que sur les 6 premiers mois de l'année 2026, plus de 650 nouveaux modèles ont été
02:28présentés.
02:29Sur place, près de 150 marques de voitures dites nouvelles énergies, c'est-à-dire
02:33électriques ou hybrides rechargeables, se font la guerre pour convaincre les clients.
02:37Le problème, c'est que le marché arrive à saturation.
02:40Tous les Chinois qui peuvent se le permettre ont déjà une voiture électrique ou hybride
02:43et n'ont pas besoin d'en changer.
02:45Sur le marché chinois, ça se passe très mal pour les marques chinoises.
02:48C'est-à-dire qu'il y a beaucoup, beaucoup de concurrence et une guerre des prix qui
02:51est assez sanglante.
02:52Du coup, les marques chinoises exportent vers l'Europe, mais veulent aussi s'implanter
02:56en Europe parce qu'en Europe, il y a plus de marge et plus de rentabilité pour elles.
03:02L'autre problème, c'est qu'en Europe, les constructeurs qui produisent des véhicules
03:05100% électriques en Chine doivent payer des droits de douane.
03:08Et ça, c'est le cas depuis fin 2024.
03:10En plus des 10% minimum sur le prix de vente instauré par la Commission européenne,
03:15certaines marques doivent même s'acquitter d'une surtaxe.
03:18Les modèles du géant BYD sont par exemple taxés à 27% et ça peut même monter jusqu'à
03:23plus de 40% pour certaines marques comme MG, propriété du groupe chinois SAIC.
03:28C'est en partie ce qui les incite à venir produire directement localement chez nous en Europe.
03:33Elles viennent contourner d'une part les droits de douane qui ont été mis à l'entrée
03:36de l'Europe sur les véhicules électriques mais aussi bientôt sur les hybrides rechargeables.
03:41Et elles anticipent les futures règles du Made in Europe.
03:43Début mars, la Commission européenne a proposé la loi dite sur l'accélération industrielle.
03:48Selon ces futures règles, il y aura un taux de composants européens minimum pour les voitures
03:54afin de bénéficier de soutien public.
03:57Et c'est ça qu'elles viennent chercher.
04:00Ce que vous voyez sur ce graphique, c'est le taux de remplissage de nos usines automobiles
04:05en France.
04:06Et ce qui saute aux yeux, c'est qu'aucune d'entre elles n'approche les 100%.
04:09La tendance est la même partout en Europe.
04:12Sur l'ensemble du continent, les usines automobiles ne fonctionnent qu'à 55% de leur capacité
04:17en moyenne.
04:18Dans le jargon, on dit qu'elles sont en sous-utilisation.
04:20Prenons l'exemple de Stellantis, le groupe derrière Peugeot, Citroën, Opel, Jeep ou encore
04:25Fiat, le groupe qui est aussi propriétaire de l'usine de Rennes, dont je vous parlais
04:28en début de cette vidéo.
04:29Et bien cette usine a un taux de remplissage de 46% aujourd'hui, contre 71% en 2017.
04:36Et sur ces 24 usines en Europe, le groupe Stellantis fait tourner à moins de 50% 14 d'entre
04:42elles.
04:43C'est le cas de Mulhouse ou encore de Poissy en France.
04:45On est loin des 80% qui permettent de rester à l'équilibre.
04:48Stellantis dans son plan stratégique prévoit de réduire de 800 000 unités ses capacités
04:53de production.
04:54Donc il y a Poissy qui va arrêter d'assembler des voitures, qui va être reconverti.
04:59Mais il y a d'autres sites qui vont être aussi concernés, notamment des sites en Italie,
05:04dont on ne connaît pas encore l'identité, mais qui sont en cours d'arbitrage.
05:09Pour éviter le scénario catastrophe de la fermeture d'une usine et les cases sociales
05:13qui vont avec, certains constructeurs européens sont au pied du mur.
05:16Le groupe Sherry a repris un ancien site Nissan à Barcelone, par exemple, en s'associant
05:22avec une petite marque locale qui s'appelle Ebro.
05:24A côté de ça, Lipmotor, qui est le partenaire de Stellantis, va occuper l'usine de Madrid
05:30et une partie de l'usine de Saragosse.
05:32Sinon, Gilly a fait une co-entreprise avec Ford pour utiliser son usine près de Valence,
05:37en Espagne aussi.
05:39Et en France, Stellantis toujours est en train de bâtir une co-entreprise avec Dongfeng,
05:43qui est un autre de ses partenaires, pour utiliser l'usine de Rennes.
05:47Alors forcément, du côté des salariés et de leur avenir, beaucoup de questions se posent.
05:52Pour les salariés qui ont un rapport à Stellantis assez fort,
05:56produire des véhicules d'une marque autre, c'est pas un souci.
06:00Laurent Huxell est délégué syndical central, CFE-CGC, chez Stellantis.
06:05En condition que je reste Stellantis, avec les statuts Stellantis, avec les accords Stellantis,
06:11leur attente est beaucoup là-dessus.
06:14J'ai une usine qui tourne à moitié, ok, allons chercher un business complémentaire.
06:19Si c'est un business qui vient de Chine et qu'on doit produire des véhicules chinois, pourquoi pas ?
06:23Ce qui est sûr, c'est que sur les routes européennes,
06:25les voitures chinoises sont de plus en plus nombreuses.
06:28En à peine 5 ans, les marques chinoises ont déferlé sur l'Europe.
06:31En mai, plus d'une voiture électrique sur 10, vendue sur le continent, était chinoise.
06:35Je pense qu'on a déjà perdu beaucoup de souveraineté en France
06:40et que la seule solution pour reprendre la souveraineté, c'est effectivement être dans la course.
06:46C'est-à-dire continuer à dire je ferme la porte, je laisse rentrer personne et je vis en vase
06:51clos.
06:52C'est pas une solution.
06:54Il faut ouvrir la porte et maîtriser l'ouverture de porte.
06:58Bon, j'ai quand même une dernière question.
07:01Remplir nos usines qui ne tournent plus à fond, certes, sur le moment,
07:04c'est bon pour l'emploi.
07:05Mais à long terme, dépendre d'un acteur étranger
07:08pour faire tourner un secteur aussi important que l'automobile en Europe,
07:12est-ce que c'est pas risqué ?
07:13Aux échos, Yann a même écrit un papier dans lequel il parle d'un potentiel risque
07:17de cheval de troie pour l'industrie automobile européenne.
07:24Vous avez peut-être remarqué quelque chose depuis le début de cette vidéo,
07:27mais il y a une marque française dont je vous ai pas parlé, Renault.
07:30Renault n'a pas de problème de surcapacité dans ses usines.
07:33Déjà parce que Renault est assez petit et a rationalisé son outil de production.
07:37On pense notamment à l'usine de Flin qui a été reconvertie.
07:41Vous avez bien entendu la reconversion.
07:43C'est une autre option face à un ralentissement de l'activité.
07:46Certaines usines de Renault s'apprêtent même à fabriquer à plus long terme
07:49des drones pour l'armée française.
07:51Avant d'ouvrir certaines de ces usines au groupe chinois,
07:54Stellantis a aussi diversifié son activité.
07:57Stellantis, dans la période Covid, avait par exemple mis en place la fabrication de masques.
08:02Quand on était en pénurie, on voit bien que quand on veut le faire, on est capable de le faire.
08:07Après, il faut mesurer l'enjeu et puis l'enjeu industriel.
08:11Donc quand on décide de diversifier son activité, il faut le regarder à long terme.
08:17Et il faut effectivement regarder quels sont les sujets de souveraineté.
08:22C'est tout le sujet ici avec les constructeurs chinois.
08:25Qu'est-ce qu'on obtient en échange ?
08:27Qu'on apprenne des chinois comme les chinois ont appris de nous quand on a été travaillé en Chine.
08:33D'ailleurs, tous les constructeurs automobiles ont été travaillés en Chine.
08:37Et on voyait que c'était intéressant de travailler avec les collègues chinois
08:41qui n'avaient pas les mêmes méthodes de travail et qui apprenaient des fois très vite,
08:45alors que nous, on était des fois dans des carcans très procéduriales.
08:49On disait, il faut cette étape-là, avant cette étape-là, etc.
08:51Selon Laurent, travailler main dans la main avec des chinois, c'est aussi faire le pari de la performance.
08:56L'intégration verticale, les chinois en font beaucoup plus.
09:00Est-ce que finalement, avec l'arrivée des chinois, on ne va pas intégrer de façon plus verticale
09:05les choses qu'on a laissées partir chez des fournisseurs et des fournisseurs de rang 1, 2, 3
09:10qui allaient produire très loin ?
09:12C'est l'autre face de la pièce chinoise dans l'automobile, la chaîne de production.
09:16Car pour produire une voiture, les grands constructeurs dépendent d'autres entreprises moins connues,
09:21les fournisseurs.
09:22On peut citer par exemple Valeo, Bosch ou Forvia.
09:25Sur ce terrain-là aussi, les acteurs chinois mettent le paquet.
09:28Depuis le milieu des années 2000, des entreprises chinoises ont investi dans plus de 130 fournisseurs
09:33automobiles, notamment en France et en Allemagne.
09:36Ça va du joint pour moteur au système de conduite autonome, en passant par les antennes
09:40pour connectivité sans fil.
09:42Forcément, moi je repense à mon cheval de Troie.
09:44Le risque, c'est effectivement qu'en laissant produire des voitures chinoises en Europe,
09:49on les laisse s'implanter plus rapidement et donc on accroisse la concurrence chinoise
09:53et donc évidemment qu'on vende moins de voitures en termes de part de marché.
09:57C'est un risque qui est complètement identifié, mais a priori, les constructeurs européens
10:01n'ont pas vraiment le choix aujourd'hui.
10:02D'autant plus qu'un autre modèle se profile, encore plus vertical, celui de la construction
10:07pure et dure d'usines chez nous.
10:09C'est ce qu'a choisi BYD, le géant chinois de l'électrique, qui vend désormais deux
10:13fois plus de voitures que Tesla au niveau mondial.
10:15Ils ont décidé de construire leur propre usine en Hongrie, où ils vont produire industriellement
10:21à partir de la fin d'année.
10:23Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne vont pas partager des usines en Europe à l'avenir,
10:26mais pour l'instant, c'est la solution qu'ils ont trouvée.
10:29Ils ne sont pas les seuls.
10:30MG, qui fait partie du groupe SAIC Motors, va construire une usine en Espagne aussi.
10:36Au total, depuis fin 2023, 10 projets d'usines flambant neuves ont été annoncés par des
10:41groupes chinois dans l'Union Européenne.
10:43Bon, si on avait des doutes, là au moins, il n'y en a plus.
10:46Les marques chinoises sont en Europe pour rester, et pour rester longtemps.
10:51Merci d'avoir regardé ce décryptage automobile.
10:53Si le business des voitures électriques vous intéresse, mon collègue Olivier vous avait
10:57raconté la saga passionnante du géant chinois de la batterie, CATL, qui équipe aujourd'hui
11:01près de la moitié des voitures électriques dans le monde.
11:04N'hésitez pas à nous dire en commentaire si vous voulez qu'on traite d'autres sujets
11:07auto.
11:08Et si vous êtes sur la plage et vous préférez nous écouter, on est aussi dispo en podcast
11:12sur Apple Music et Spotify.
11:14Ciao !
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