00:00Monsieur, merci d'être là. Je voudrais déjà que vous réagissiez au témoignage de Vanessa, qui est ouvrière agricole.
00:07Déjà, Benoît Biteau, sur votre territoire de la Charente-Maritime, que je connais bien, on en est où ? L
00:14'état des lieux, à date.
00:16Alors, on est en grande difficulté, et la difficulté sur ce territoire lié à l'eau est souvent très exacerbée,
00:24parce qu'on est sur un territoire qui est très éloigné de ce qu'on appelle les châteaux d'eau,
00:28c'est-à-dire les montagnes qui stockent l'eau via les enneigements
00:33et qui sont très, très éloignées de notre territoire qui est plutôt proche de l'océan et donc plutôt proche
00:40de l'exutoire que de la source.
00:42Et donc, on est dans une difficulté extrêmement importante.
00:47Vous, vous êtes agriculte. Votre spécialité, monsieur le député ?
00:50Moi, je suis en polyculture, polyélevage. J'élève des vaches, des chèvres, des chevaux de trait, des baudets du poitou
00:55et des poules pondeuses.
00:56Et en grande culture, je produis des productions végétales qui sont toutes dédiées à l'alimentation humaine.
01:02Moi, j'élève des herbivores qui ne mangent que de l'herbe.
01:05Et donc, toutes mes surfaces qu'on appelle des terres arables, les terres cultivées, sont dédiées à l'alimentation humaine.
01:10Je produis 18 espèces différentes, des légumineuses, des espèces panifiables, des espèces oléagineuses pour faire de l'huile.
01:20Enfin, voilà, il y a beaucoup de diversité dans une logique agronomique de mélange d'espèces entre elles.
01:25C'est-à-dire que quand la moissonneuse batteuse vient dans le champ, il y a au moins deux graines
01:29dans la trémie qu'on sépare ensuite.
01:30Enfin, voilà, bon.
01:31C'est un modèle agronomique abouti.
01:33Ok. Et vous, Benoît Biteau, avant de laisser la parole également à notre deuxième invité, Patrick Legras, quelles conséquences la
01:39sécheresse a sur votre exploitation ?
01:42Pour réagir au témoignage de Vanessa, en vérité, ce qu'on constate cette année, c'est deux paramètres.
01:48Effectivement, un paramètre de sécheresse avec des difficultés liées à la pénurie d'eau et un autre paramètre qu'on
01:54a tendance à occulter, qui est la canicule.
01:57C'est-à-dire que même des cultures, même très très bien irriguées, vont souffrir de ces températures très élevées,
02:04parce qu'on connaît ce qu'on appelle le zéro de végétation en agronomie, c'est-à-dire le moment
02:09où tout s'arrête.
02:11On le connaît sur les températures négatives, on connaît tous les dégâts du gel qui brûlent absolument tout.
02:16Et ça, on a l'habitude d'être confronté à ce phénomène-là.
02:22Ce qui se passe avec le dérèglement climatique, c'est qu'on a exactement le même phénomène à l'autre
02:27bout, c'est-à-dire avec des températures positives, avec soit des plantes qui brûlent sur pied, même irriguées, même
02:33irriguées, j'insiste, ou des plantes qui ne fécondent pas.
02:37C'est-à-dire que, je vous ai parlé de lentilles, enfin je ne vous en ai pas parlé, mais
02:39je produis beaucoup de lentilles, et bien à 28 degrés, en pleine fleur, il fait 28 degrés pendant une période
02:45plutôt longue, ce qu'on a vécu cette année, les fleurs ne fécondent pas.
02:50Et donc même irriguées, même irriguées, on n'arrive pas à produire des lentilles.
02:54Et donc on a deux phénomènes qui sont conjoints et qui sont directement liés au dérèglement climatique.
02:59Je comprends bien, Benoît.
03:00Et l'écueil, je veux juste finir avec une phrase, l'écueil, c'est de penser qu'en irriguant, on
03:06va régler les problèmes, alors qu'on doit réinventer les pratiques agricoles, parce que même en irriguant, on aura des
03:11productions à cause de la canicule, à cause des températures qui ne fonctionnent.
03:15Ok, j'ai bien entendu, mais là vous parlez de la culture, Benoît, j'adore votre côté passionné, et je
03:18l'accède vraiment, je trouve ça génial, et on sent que vous êtes de toute façon un homme de terrain,
03:23mais je suis désolée, mais en termes, entre autres, d'irrigation pour l'élevage, là, on a un vrai souci.
03:30C'est-à-dire qu'on est obligé de...
03:31Ben non, je ne suis pas d'accord avec vous, madame.
03:33Je ne suis pas d'accord avec vous.
03:34Alors attendez, on va donner la parole également, je sais que vous êtes aussi, c'est pour ça que je
03:37vous embête un peu, un éleveur.
03:38Je voudrais donner la parole aussi, monsieur Benoît Biteau, à monsieur Patrick Legras, pour aussi avoir son avis.
03:44J'aimerais avoir votre avis, parce que je vais vous poser la question à tous les deux, est-ce qu
03:47'on peut éviter les conséquences de la sécheresse ?
03:51Patrick Legras, vous, état des lieux dans la Somme ?
03:54Alors, je vais reprendre un peu ce qui a été dit auparavant.
03:56En fait, on n'a pas un manque d'eau, on a une mauvaise gestion de l'eau.
04:00Ça, c'est le premier point.
04:01Pourquoi on a une mauvaise gestion de l'eau ?
04:03Parce que la France était un pays, depuis des dizaines d'années, où l'eau n'était pas un souci.
04:08À la différence de d'autres pays plus désertiques ou plus délicats, comme l'Espagne, comme tous ces pays du
04:16sud de l'Europe ou de l'Afrique,
04:17qui, eux, gèrent l'eau, réduisent la vitesse d'eau qui part à la mer, font tout ce qu'ils
04:23peuvent pour que cette eau descende dans les nappes et qu'il y ait le moins de pertes possibles.
04:27Donc, aujourd'hui, si on fait un peu une synthèse, depuis quelques dizaines d'années, on a augmenté la réglementation
04:34et on a aidé l'eau à aller plus vite à la mer
04:38pour un respect de la biodiversité, parce qu'il fallait que le monde aquatique puisse remonter les cours d'eau
04:44pour aller à la source.
04:45Donc, le problème, c'est que l'hiver, la quantité d'eau qui descend est perdue parce qu'elle part
04:52très vite à la mer.
04:54Alors, la démarche, par contre, je suis d'accord avec M. le député sur la démarche.
04:59Aujourd'hui, on a une année extrêmement catastrophique au niveau des températures, mais je suis désolé, vous allez dans d
05:07'autres pays bien plus désertiques,
05:08avec des pivots d'irrigation, ils arrivent à produire les cultures que l'on produise.
05:13Alors, ça dérange, mais c'est la réalité.
05:15Mais moi, je voudrais venir...
05:16Juste avant que vous développiez, moi, j'aimerais bien avoir votre état des lieux à vous dans votre exploitation.
05:21Vous êtes dans la Somme, j'ai annoncé que Dunkerque n'a pas eu d'eau depuis 45 jours.
05:25Vous êtes juste en dessous, vous, de la Somme. Comment ça se passe sur votre exploitation ?
05:30Si on prend les cultures en céréales, comme c'est une culture d'hiver qui a pris l'eau du
05:33printemps, on s'en sort moins mal,
05:35c'est-à-dire on a perdu 20% de rendement, mais toutes les cultures de printemps, on va perdre
05:40entre 20, 30, 50, 80% des rendements.
05:44Je dis bien rendement parce que lorsque j'entends des politiques qui nous disent qu'on va perdre quelques milliers
05:49d'euros par exploitation,
05:51non, c'est des dizaines de milliers d'euros qu'on va perdre par exploitation.
05:55Les gens, là, on confond revenu et chiffre d'affaires.
05:58Lorsqu'on perd 50% des rendements, on ne perd pas 50% du revenu.
06:03On perd 100% du revenu et on doit remettre la main à la pâte au niveau de notre argent
06:09privé.
06:09Là, moi, je vais vous dire une seule chose pour essayer d'élever le débat.
06:13Je vais vous prendre un seul exemple.
06:15Aujourd'hui, l'eau, elle vient de nous.
06:16Elle vient bien de la campagne et de nos champs, les paysans, là.
06:20Elle vient de là et elle va à la ville, cette eau, pour nourrir, ce qui est logique,
06:24pour arroser, pour désaltérer, pour être utilisée par l'industrie.
06:33Eh bien, moi, je souhaiterais que l'on débattre, parce que c'est là où est la source du problème.
06:37Je souhaiterais que l'on débattre des 30 milliards de mètres cubes qui arrivent et que l'on utilise.
06:4325 milliards sont perdus.
06:45Où va cette eau ?
06:47Évidemment, je le sais et on pourra en aller.
06:49Où va cette eau ?
06:50Pourquoi n'est-elle pas réutilisée ?
06:52Pourquoi est-elle perdue pour tout le monde ?
06:54Parce qu'une fois qu'elle est rejetée, elle est perdue pour tout le monde,
06:58donc elle part à la mer.
06:59Et c'est là que se situe le problème d'une France qui, dans l'opulence de l'eau,
07:04est arrivée en une dizaine d'années, à force de réglementation, d'organisation et d'écologie,
07:10qui n'est pas forcément un mal, mais une écologie non cadrée
07:14et non, on va dire, orientée avec le besoin de cette agriculture.
07:20Où va cette eau et pourquoi est-elle perdue ?
07:22Patrick, la question est posée.
07:24Je vous propose de revenir avec nous dans quelques instants.
07:27Vous savez qu'en radio, on a des pauses obligatoires.
07:29Ça s'appelle la pub.
07:30Patrick Legras, président de la Coordination Rurale des Hauts-de-France
07:33et producteur, entre autres, de céréales, de lin, de betteraves et de pommes de terre,
07:36pose la question.
07:37Où va l'eau ?
07:38Eh bien, on essaiera d'y répondre.
07:40Avec vous, Patrick Legras.
07:41Avec vous, Benoît Biteau.
07:43Et avec vous, je vous rappelle la question que je vous pose.
07:45sécheresse et est-ce que Benoît n'apporte pas là une réponse ?
07:49Avec l'agriculture qui souffre,
07:52est-ce que nous pouvions éviter les conséquences de la sécheresse ?
07:54On en parle avec vous sur Sud Radio dans quelques instants.
07:57Restez avec nous.
07:57On accueillera aussi Jean-Paul au 0826 300 300
08:00qui lui aussi veut donner son avis.
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