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  • il y a 1 jour
Avec Nicolas Simon, professeur de médecine et addictologue à l’AP-HM
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##C_EST_A_LA_UNE-2026-08-06##

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News
Transcription
00:00On vit une accélération jamais connue à Marseille, la consommation de krach dans la rue fait de plus en plus
00:06de ravages.
00:07La ville appelle l'État, riverains, élus, associations de réduction des risques, réunis en collectif,
00:14réclament tous des moyens à la hauteur de l'explosion de la consommation dans les rues de cette deuxième ville
00:19de France.
00:20Vous êtes nombreux à nous appeler sur ce phénomène dont on ne parle pas beaucoup.
00:23C'est vrai qu'on a parlé tout à l'heure de la DZ Mafia, de cette pieuvre qui n
00:28'en finit plus de s'étendre, qui fait peur dans les villes et même dans les villages.
00:32Puisque vous vous souvenez de cette information tombée il y a quelques semaines selon laquelle le maire d'Alès avait
00:37été menacé à tel point qu'il a fallu envoyer les gendarmes
00:41pour l'extirper de l'endroit où il était parce qu'il était menacé.
00:45Et vous êtes nombreux à nous appeler. Alors on est en ligne avec Corinne. Bonjour Corinne.
00:49Oui bonjour monsieur Cardoz.
00:52Ça fait du bien d'entendre une voix heureuse et rayonnante comme la vôtre.
00:57Bon c'est bien, vous êtes du côté de Bayonne et vous souhaitiez intervenir également sur ce sujet. J'ai
01:03l'impression que ça vous inquiète.
01:05Ah bah oui, je pense que c'est un sujet qui inquiète énormément de gens.
01:08Nous à Bayonne, on est comme partout en France, on commence à être concernés par tout cela.
01:15Malheureusement. Après, effectivement, quelle est la solution ? Je ne sais pas trop parce qu'effectivement, il y a un
01:20manque de moyens de police.
01:22Alors moi, pour moi, je pense que le fait d'avoir retiré les îlotiers il y a 20 ans ou
01:27je ne sais plus combien de temps,
01:29c'est-à-dire que ça a laissé la... bah voilà, il n'y a plus la police de proximité.
01:32Du coup, ça a laissé la place, la rue, à qui veut la prendre et c'est ce qui s
01:36'est fait en fait.
01:37Je pense que là déjà, ça a commencé après. C'est un vrai fléau.
01:41Mais alors, quelle est la solution ? Parce que je sais qu'il y a un manque de moyens, mais
01:44il y a un manque de moyens partout.
01:45Ben oui.
01:46Je vous dirais, c'est-à-dire pour le krach, pour la pédocrimialité, etc.
01:53Et puis en plus, vous coupez une tête, il y en a dix autres qui poussent.
01:55Donc franchement, je ne sais pas du tout quelle est la solution.
01:59Vraiment, je sais que... mais c'est un vrai fléau.
02:01C'est vrai que...
02:02Quel est le constat que vous faites à Bayonne ? Vous êtes confronté directement à...
02:07Il y a des quartiers maintenant où effectivement, il y a des règlements...
02:11Ah non mais vraiment, on en est, il y a des règlements de comptes, quoi.
02:14Des courses-poursuites, etc. On le voit sur les réseaux et on se dit qu'en fait, maintenant, tout le
02:19monde est impacté.
02:19Et y compris les petits villages, comme vous disiez, maintenant, de toute façon, ils vont se réfugier.
02:24Ou comme maintenant, dans les grandes villes, ils sont un peu grillés.
02:26Ben, ils vont là où ils peuvent se faire de l'argent, de toute façon. Ça, c'est sûr.
02:30Absolument. Mais il y a... Le problème, c'est que... En fait, on en parlait l'autre fois avec mon
02:34compagnon.
02:34C'est-à-dire que... En fait, on voyait à la télé, il y a 20 ans, aux Etats-Unis,
02:38vous savez, ces histoires.
02:39Et on se disait, ouais, de toute façon, ça n'arrivera jamais.
02:41Bon ben là, on y est. Je pense qu'on est en plein dedans.
02:43Par contre, que faire ? Là, pour le coup, je ne sais pas trop si...
02:48Vous savez ce qu'ils avaient fait avec la police, là, les...
02:50Comment ils avaient fait ça, là ? Sur les points de craque, etc.
02:54Mais ça ne fonctionne pas. Parce qu'ils se mettent plus loin.
02:57Donc, bon, je ne sais pas.
02:58Ce qui est sûr, c'est que... Ce qui est sûr, c'est que c'est un combat de tous
03:01les instants.
03:02Et il ne faut surtout, évidemment, pas baisser les bras.
03:04Et ce n'est pas parce qu'on a face à soi une pieuvre
03:07que les enquêteurs et que nos moyens ne doivent pas lutter.
03:13Ah non, non. Surtout pas.
03:14Surtout pas, il ne faut pas...
03:15Ben non, parce que justement, je pense que c'est ce qui fait qu'on leur a laissé la place,
03:19entre parenthèses, l'Etat.
03:21Et en fait, du fait... Et du coup, maintenant, ben voilà.
03:23Maintenant, comment faire pour revenir en arrière ?
03:25Mais il ne faut surtout pas lâcher.
03:26Bien sûr.
03:27Surtout pas.
03:27Avec cette interpellation dont vous avez certainement entendu parler,
03:30vous étiez peut-être avec nous aux alentours de 8h15,
03:33on était avec un spécialiste qui nous expliquait effectivement
03:36que l'un des six fondateurs a été interpellé et logé en Algérie,
03:43où il doit pointer, mais on n'a aucune certitude et aucune garantie
03:47sur le fait que ces activités criminelles ne se poursuivent pas.
03:51C'est-à-dire qu'on sait que les six têtes de réseau sont tous logés,
03:56tous identifiés, certains en prison, et tous continuent d'agir.
04:01C'est ça.
04:02Ben, on l'a vu de toute façon avec celui qui avait le monsieur de la DZ de Masia,
04:06qui avait de la prison, commandité, le meurtre de quelqu'un.
04:10Enfin, vous vous rappelez de cette histoire ?
04:11Tout à fait.
04:11Et donc, alors moi, ce qui m'a interpellée, effectivement,
04:14c'est le monsieur, il est laissé en liberté,
04:17même s'il est en Algérie, mais il est quand même laissé en liberté en attendant.
04:20Et en fait, effectivement, on sait où ils sont, ils n'arrivent pas à aller.
04:24Je ne sais pas.
04:24J'avoue que c'est quelque chose, on se demande pourquoi on n'arrive pas à les atteindre plus que
04:28ça.
04:28Mais par contre, le fait est, je pense que, vous vous en mettez en prison,
04:33mais il y en a dix derrière.
04:34En fait, c'est ça le drame.
04:35Donc, en fait, c'est vraiment, comme vous l'avez dit, une pieuvre,
04:39qui maintenant, malheureusement, est partout, partout, partout.
04:43Comment faire pour y remédier ?
04:44Par contre, ça va être très long, je pense.
04:46Mais il ne faut surtout pas lâcher.
04:47C'est sûr qu'il faut donner des moyens aux associations sur le terrain.
04:50Pour les gamins de 10 ans, 12 ans, pour 50 euros, ils font les choux,
04:54je ne sais plus comment on appelle ça.
04:56Tout ça, il y a tout ça qui ne va pas.
05:00Absolument, Corinne.
05:01Merci pour votre témoignage du côté de Bayonne.
05:04Et très belle journée à vous.
05:05J'imagine qu'il doit faire beau aujourd'hui à Bayonne, non ?
05:07Il fait très, très beau.
05:08Ça va être une belle journée.
05:09Il ne doit pas faire trop chaud, en plus.
05:11Non, chez nous, en fait, depuis une semaine, il fait moins chaud,
05:13donc c'est très agréable.
05:14Bon, c'est formidable, il y a des motifs d'espoir.
05:17Passez une très belle journée du côté de Bayonne.
05:19On va prendre Hector, qui est en ligne et qui est du côté de Montpellier.
05:24Hector, en plus, il sait de quoi on parle,
05:26puisque lui, il est policier.
05:28Bonjour, Hector.
05:30Oui, bonjour, bonjour.
05:31Soyez le bienvenu sur Sud Radio.
05:34On a envie de vous entendre, effectivement, au 0826 300 300.
05:37Vous pouvez nous appeler sur cette double actualité
05:40dont on parle depuis un petit moment maintenant,
05:43avec à la fois cette interpellation d'un des six chefs de la DZ Mafia
05:49logé en Algérie, mais pas forcément extradé,
05:53qui n'est pas emprisonné non plus.
05:55Tout ça, on en a parlé.
05:57Et la situation, vous nous le dites, Hector, pour vous,
06:01elle est préoccupante.
06:02Je le disais, double actualité,
06:04parce qu'il ne faut pas oublier les consommateurs en France, évidemment.
06:06Ah, ben, on est face à un problème qui est double, voire triple.
06:12Le premier problème, c'est effectivement,
06:16le mec, il est en Algérie,
06:17les mecs, ils sont, en fait, dans des pays étrangers,
06:19ils continuent à jouer leur business.
06:21Donc, ils sont, entre guillemets,
06:22ce que je dis entre guillemets,
06:23parce qu'il fut un temps où il y avait des trafics,
06:26notamment pendant la guerre d'Algérie,
06:27notamment les trafics d'armes,
06:28où l'État français a été particulièrement efficace
06:31pour aller traquer, au-delà de nos frontières,
06:34les trafiquants d'armes
06:35qui nous cassaient les pieds à fournir des armes,
06:37au WFLN.
06:39Mais bon, ça, il faut avoir une volonté politique derrière.
06:42Le deuxième point, c'est l'occupation du terrain.
06:44Vous êtes face à un trafic de drogue, d'accord ?
06:48Il faudrait voir ça comme une guérilla.
06:50C'est-à-dire que si vous faites ce qu'on fait régulièrement,
06:52parce que l'histoire de la déserté de la matière,
06:54on le voit.
06:55Lorsqu'on envoie des forces mobiles dans les quartiers,
06:58parce qu'il y en a tous les jours,
06:59c'est occupé, les VTRFs agissent dans les quartiers,
07:03font un travail de dingue en plus.
07:05Le seul problème, c'est que notre action est totalement limitée.
07:09Il faudrait qu'il y ait des procureurs,
07:11enfin des magistrats qui aient vraiment du courage,
07:14au bout d'un moment.
07:15C'est-à-dire qu'on a identifié exactement les points de deal.
07:18On sait plus ou moins où sont les...
07:20C'est très simple.
07:21Vous envoyez des forces mobiles,
07:23vous avez un mandat,
07:26c'est simple, on va dire, une réquisition.
07:29Vous fouillez les bâtiments de la cave ou au grenier,
07:31vous faites sortir tout le monde.
07:32Et vous fouillez.
07:33Par contre, il faut mettre des moyens.
07:35Mais par contre, après ça, c'est une opération coup de poing.
07:37Le truc, c'est que derrière, il faut qu'il y ait de la prison.
07:41Il y ait vraiment des sanctions fermes.
07:43Il faut que les biens soient saisis.
07:45Il faut que les gens soient expulsés des logements sociaux.
07:48Alors ça, évidemment,
07:50oh mon Dieu, nous allons expulser ces gens de logements sociaux.
07:53Enfin, c'est une guerre à...
07:55C'est une grosse guerre à faire.
07:56C'est une guerre à plusieurs niveaux.
07:58C'est ce que vous nous racontez, Hector.
07:59À côté de ça, évidemment, il y a les consommateurs.
08:03Alors nos chers consommateurs,
08:04ou nos chers députés,
08:05les filles, ça va être encore des malades.
08:07Non.
08:08Les consommateurs, c'est très simple.
08:09Il faut les traiter exactement de la même manière.
08:11C'est-à-dire que, par exemple,
08:12vous êtes un étudiant
08:14qui va prendre son petit morceau de site
08:17pour faire une petite soirée.
08:19On vous chope.
08:19Ah bon, tu es étudiant en médecine.
08:21Eh bien, c'est très bien.
08:22Eh bien, pendant dix ans,
08:23tu n'as pas le droit de passer ton...
08:25Tu as une amende, évidemment.
08:27Ça serait plus...
08:28D'ailleurs, ça ne s'est pas ça à 500 balles.
08:29Ce serait, pendant dix ans,
08:30interdit de passer son concours.
08:32Un avocat automatiquement rayé du barreau
08:34pendant, pareil, dix ans.
08:36Des sanctions où ça serait vraiment dissuasif.
08:39Oui, vous appelez à des sanctions professionnelles
08:42qui seraient doublées.
08:43C'est parce que nous, par exemple,
08:44je vous donne un exemple.
08:45Un policier qui s'est chopé.
08:47Nous, on a double peine.
08:48C'est-à-dire qu'on a...
08:49Évidemment, parce que le juge
08:51ou un policier qui a chopé,
08:52il n'y a aucun droit à l'erreur.
08:54Et en plus de ça,
08:55il y a une sanction administrative.
08:56Nous, la double peine, elle existe.
08:58Oui.
08:59Nous, la double peine, elle existe.
09:00Et vous dites qu'elle n'existe pas forcément
09:02pour tous les métiers.
09:03Non, non.
09:04Parce que vous prenez un gars,
09:07vous regardez,
09:08il a un casier judiciaire,
09:10comme le bras.
09:12Voilà.
09:12Parce qu'il fait mal, d'ailleurs.
09:13Ce qui leur fait mal,
09:14c'est quand on leur met...
09:15Quand ils prennent des amendes,
09:16justement, pour...
09:18Notamment,
09:20soit pour le tapage,
09:22soit...
09:22C'est sûr, c'est entre guillemets.
09:23Maintenant, c'est du harcèlement.
09:24On voit, par exemple,
09:25les articles de Libération
09:27qui disent
09:28« Oui, vous vous rendez compte,
09:28ce jeune, il arrive...
09:29Il a 18 ans. »
09:31Ok, formidable.
09:31Il a déjà 10 000 euros
09:33de dettes en amende.
09:34Mais que fait-il ?
09:35Et ensuite, à côté de ça,
09:36il y a les gens du commun.
09:37Les gens du commun
09:38qui travaillent
09:39et qui vivent dans ces endroits-là.
09:40C'est aussi à eux aussi
09:42de tenir un peu leur quartier.
09:45Parce que moi,
09:46je vous donne un exemple.
09:47Je viens d'une petite île
09:48de Méditerranée
09:50où le gamin
09:51qui se fait choper
09:52en train de faire pipi
09:53ou caca
09:54dans la cage d'escalier,
09:55ça ne va pas se passer comme ça.
09:58Vous voyez ce que je veux dire ?
09:59Oui, oui, je vois très bien.
10:00C'est-à-dire qu'en fait,
10:01les gens,
10:01c'est un espèce de...
10:03C'est quatre points à tenir.
10:04C'est-à-dire que même
10:05dans des villes comme Bayonne,
10:06les Fiers-Masques,
10:08je m'étonne que...
10:09Parce que moi,
10:09fut un temps, Bayonne,
10:10il me semble que les Basques,
10:12ils tenaient quand même
10:14le pavé.
10:15Et là, plus du tout.
10:16Ça arrive dans des petites villes
10:17périphériques aussi.
10:18Et pareil.
10:19Donc, qu'est-ce que ça veut dire ?
10:20Une fois que les villes périphériques,
10:22c'est-à-dire que c'est avec nos villages,
10:23nos petits villages français
10:24qui vont se laisser marcher dessus,
10:27je ne pense pas que ça va...
10:30Je ne pense pas que ça va le faire.
10:31Ça va craquer à un moment donné.
10:32Il y a un très gros travail à faire.
10:34Merci Hector.
10:35Je rappelle que vous êtes
10:36du côté de Montpellier,
10:37que vous êtes policier.
10:38et effectivement, vous nous dites
10:39la situation, elle est très préoccupante
10:41concernant, d'une part,
10:42la DZ Mafia,
10:43cette pieuvre qui s'étend,
10:44et de l'autre côté,
10:45la consommation de drogue
10:47qui évolue.
10:49Évidemment,
10:49l'un ne va pas sans l'autre.
10:51Et justement,
10:52on est avec un expert,
10:54un professeur de médecine.
10:56Bonjour Nicolas Simon.
10:58Oui, bonjour.
10:59Bonjour aux éditeurs.
11:00Bonjour à tous.
11:01Monsieur, et merci infiniment
11:02monsieur d'être sur l'antenne
11:05de Sud Radio.
11:06Vous êtes professeur de médecine
11:07et addictologue
11:08à l'assistance publique
11:10des hôpitaux de Marseille.
11:11Je le disais en préambule
11:13il y a quelques minutes,
11:15les autorités marseillaises,
11:18quand je dis les autorités,
11:19ce n'est pas seulement la municipalité,
11:21mais ce sont aussi des riverains,
11:24des élus,
11:25des responsables d'associations,
11:29de réduction des risques,
11:31qui sont désormais réunis en collectif
11:33et qui réclament des moyens
11:34à la hauteur de l'explosion
11:35de la consommation dans les rues
11:37de la deuxième ville de France.
11:38Alors, c'est intéressant
11:39d'avoir votre point de vue
11:40parce que vous,
11:41évidemment,
11:42vous êtes du côté de l'addiction.
11:45Est-ce que vous aussi,
11:46vous constatez une recrudescence
11:49et une grande consommation
11:51en particulier de krach ?
11:55Alors, effectivement,
11:56depuis quelques années,
11:58on voit une poussée.
12:00Alors, ça a commencé par la cocaïne,
12:01maintenant c'est le krach.
12:04Parler d'épidémie,
12:05ce n'est peut-être pas tout à fait approprié
12:07parce que ce n'est pas la définition,
12:09mais on voit vraiment une explosion
12:11du nombre de consommateurs.
12:15Et s'agissant de la cocaïne,
12:17c'est des consommateurs
12:17qui touchent absolument
12:18tous les niveaux sociaux.
12:19Et c'est sûr qu'en face de ça,
12:21on est sous-doté en moyens.
12:25Ça, c'est très clair.
12:25Justement,
12:26quand vous dites
12:27tous les milieux sociaux,
12:31évidemment,
12:32sans trahir le secret médical,
12:34mais quels sont
12:35les domaines d'activité
12:37que vous constatez
12:38qui sont touchés
12:39par la consommation
12:40de cocaïne ?
12:43Alors, la cocaïne,
12:44c'est déjà
12:46le milieu festif,
12:47c'est-à-dire tout ce qui est
12:49et la restauration,
12:50par exemple.
12:51Mais dans ma consultation,
12:53vous avez aussi bien
12:54des chefs d'entreprise
12:55que des gens
12:55qui sont sans emploi.
12:57C'est extrêmement varié.
12:59Donc, il n'y a pas
13:00un profil particulier
13:02de consommateur de cocaïne.
13:03Comment vous l'expliquez,
13:04justement,
13:05cette plus grande consommation
13:06aujourd'hui ?
13:07C'est quoi ?
13:07C'est le désarroi ?
13:09C'est une société
13:10à laquelle on croit moins ?
13:12Qu'est-ce qui explique
13:14qu'il y a une plus grande
13:15consommation de drogue
13:16aujourd'hui
13:16qu'il y a quelques années ?
13:19Alors, je pense que
13:20la difficulté de notre question,
13:22c'est qu'elle ne touche pas
13:23que le médical,
13:24entre parenthèses.
13:25C'est aussi un problème,
13:26évidemment, de société.
13:27Donc, je ne suis pas
13:27complètement légitime.
13:28Mais en tout cas,
13:29ce que me disent
13:29les patients en consultation,
13:30c'est quelque part
13:31une perte de sens.
13:33Une perte de sens
13:34dans la vie,
13:34dans un certain nombre
13:35de choses.
13:36Et puis,
13:36une volonté
13:38d'aller vite,
13:39d'avoir rapidement
13:40du plaisir,
13:41d'avoir rapidement
13:42ressentir des sensations
13:44de façon beaucoup
13:45plus exacerbée.
13:47On n'accepte plus
13:48d'attendre aujourd'hui,
13:49si vous voulez.
13:50Il faut que ça soit instantané,
13:51il faut que ça soit immédiat,
13:52il faut que ça soit rapide,
13:53il faut que ça soit efficace.
13:55Et je pense que c'est tout.
13:56Enfin,
13:57j'ai le sentiment
13:57que c'est un peu un problème
13:58effectivement
13:59qui touche toute la société.
14:00Puis, à côté de ça,
14:01vous avez un produit
14:01qui est de plus en plus disponible
14:03et qui est plutôt moins cher
14:06et avec des concentrations
14:08de cocaïne
14:09de plus en plus importantes.
14:10Donc,
14:10de plus en plus accrocheurs.
14:11C'est intéressant ce que vous nous dites.
14:13C'est aussi cette culture
14:13de l'immédiateté,
14:15cette culture d'une société
14:16qui veut aller toujours plus vite,
14:18qui pousse peut-être
14:18les consommateurs,
14:19j'ai envie de dire,
14:20à prendre le train en marche
14:21et à surtout pas
14:23ralentir le rythme.
14:24Et j'ai envie de dire,
14:25c'est peut-être plutôt
14:26le contraire qu'il faut faire.
14:27Peut-être qu'il faut
14:28encourager tout le monde
14:29à ralentir
14:30et à pas forcément
14:31courir trop vite.
14:32Peut-être que ça aiderait
14:33un certain nombre de gens
14:34à prendre le temps
14:35et à ne pas forcément
14:36plonger dans la drogue.
14:38Tout à fait.
14:39Dans la prise en charge
14:40des patients,
14:41c'est vraiment une prise en charge
14:42qui doit être complète,
14:42mais c'est souvent
14:44réapprendre
14:45à avoir des plaisirs simples.
14:47Oui, souvent.
14:49Alors, à Marseille,
14:51à Marseille,
14:52vous êtes,
14:53je rappelle Nicolas Simon,
14:54que vous êtes professeur
14:54de médecine et addictologue
14:56à l'assistance publique
14:57des hôpitaux de Marseille.
14:58C'est une ville
14:59où il y a
15:00un tissu associatif
15:01et social,
15:02comme on dit,
15:02qui est quand même
15:03très très fort,
15:05où il y a beaucoup
15:06d'associations
15:06qui viennent en aide
15:08à ceux qui
15:10sont dépassés
15:11et qui ont plongé
15:12dans la drogue.
15:14Est-ce qu'il y a
15:17une différence
15:17entre le krach ?
15:18Comment on peut définir
15:19justement le consommateur
15:20de krach
15:21par rapport
15:21aux consommateurs
15:22de cocaïne ?
15:23Là, vous nous avez
15:24dépeint
15:25les consommateurs
15:26de cocaïne,
15:27mais est-ce que
15:27c'est une typologie
15:28différente
15:29pour les craqueux,
15:30comme on dit ?
15:32Oui, quand même.
15:33Après, vous avez
15:34des consommateurs
15:34de cocaïne
15:35qui passent au krach,
15:36mais quand on regarde
15:36des consommateurs
15:37de krach,
15:38c'est souvent
15:38quand même
15:39des milieux
15:39plus défavorisés
15:41ou en tout cas
15:43ils s'isolent
15:44beaucoup plus rapidement
15:45parce que c'est
15:46une modalité
15:47de consommation
15:48de la cocaïne.
15:48Du krach,
15:49c'est une cocaïne
15:50qui a été modifiée,
15:51si vous voulez.
15:51Dans la présentation,
15:52il faut modifier
15:53de façon à avoir
15:54un effet beaucoup plus violent
15:56et comme ça va être,
15:57enfin, quand je dis
15:57violent, brutal,
15:58si vous voulez,
15:59avec un pic
15:59de sensation
16:00beaucoup plus importante,
16:01une descente
16:02qui va être
16:02beaucoup plus importante,
16:03donc ça va être
16:03beaucoup plus accrocheur.
16:06Donc l'addiction
16:06est plus forte ?
16:08En tout cas,
16:09elle est plus forte
16:10et elle va surtout
16:11arriver beaucoup
16:12plus rapidement.
16:13Et donc,
16:14elle vous fait
16:15effectivement décrocher,
16:16vous fait vous désociabiliser
16:17beaucoup plus rapidement
16:19que d'autres substances.
16:21Et donc,
16:22ça signifie que
16:23si le krach avance,
16:25c'est autant
16:26de consommateurs
16:27qui vont se retrouver
16:29en marge
16:29de la société,
16:30après c'est plus difficile
16:31de remonter la pente
16:32lorsqu'on est craqueux ?
16:36En tout cas,
16:36pour nous médecins,
16:37c'est plus compliqué
16:38effectivement d'avoir
16:39de bons résultats
16:40avec des consommateurs
16:41de krach
16:41qu'avec des consommateurs
16:42de cocaïne.
16:43C'est les patients
16:43qui pour nous
16:44sont plus sévères
16:45quelque part.
16:45Qu'est-ce qu'il faudrait
16:46faire, professeur,
16:48face à ce fléau
16:50aujourd'hui ?
16:50Vous par exemple,
16:51qu'est-ce que vous réclamez ?
16:53Qu'est-ce que vous
16:54pourriez dire
16:54aux autorités
16:55pour essayer
16:56de faire en sorte
16:57qu'on puisse mieux
17:00lutter
17:00contre ces consommations ?
17:05En fait,
17:06dans la prise,
17:08quand on veut
17:08s'occuper de ces patients,
17:09il faut vraiment
17:10avoir une prise en charge
17:11qui est
17:12multi-casquette,
17:13si vous voulez.
17:14Il y a le côté médical,
17:16il y a le côté associatif,
17:17il y a le côté hospitalier.
17:19Alors,
17:19vous avez raison
17:20de dire que le milieu
17:21associatif à Marseille
17:21est particulièrement
17:22bien développé.
17:23Il y a quand même
17:23énormément d'associations
17:24qui s'occupent
17:25des addictions.
17:26Là où on pêche,
17:28très honnêtement,
17:29c'est au niveau hospitalier.
17:31on n'a pas clairement
17:33aujourd'hui
17:34les moyens
17:35d'hospitaliser les gens
17:36pour leur permettre
17:37un sevrage
17:38et puis pour avoir
17:39ce qu'on appelle
17:40des soins de suite
17:41derrière,
17:42c'est-à-dire pouvoir
17:42les réinsérer,
17:45leur redonner
17:45quelque part
17:46une vie,
17:48un fonctionnement
17:49normal quelque part.
17:51Dernière question,
17:53Nicolas Simon,
17:54professeur de médecine
17:55et addictologue
17:57à la PHM.
17:59quel est le taux
18:00de ceux
18:01qui s'en sortent ?
18:02Quelle est la part
18:03de ceux
18:04qui s'en sortent
18:04parmi ceux
18:05qui viennent vous voir ?
18:06Je ne parle pas forcément
18:08à l'échelon national
18:08mais ça nous donnera
18:09quand même
18:09une indication.
18:11Vous,
18:11vous êtes au contact
18:12et vous êtes en mesure
18:13peut-être de mesurer
18:15c'est quoi ?
18:15C'est 10 ?
18:16C'est 20 ?
18:16C'est 30% ?
18:17Plus ?
18:19C'est davantage
18:21mais il y a un biais
18:23dans votre question
18:24parce que les patients
18:25qui viennent me voir
18:26en consultation,
18:27c'est des patients
18:27qui veulent s'en sortir
18:29alors que les associations
18:31qui vont vers les patients
18:33dans la rue
18:33ils ne sont pas forcément
18:35au même stade
18:36de leur démarche.
18:38Quelqu'un qui prend rendez-vous
18:39en consultation de médecine,
18:41d'addictologie
18:42dans l'hôpital de la Timone
18:44c'est que déjà
18:46il a déjà bien avancé
18:47dans sa réflexion.
18:48Donc forcément
18:49nous on va avoir
18:50de meilleurs résultats
18:51mais il y a un biais
18:52si vous voulez.
18:53C'est sûr que le médecin
18:53qui va directement
18:54au contact des gens
18:55qui sont dans la rue
18:57lui ça sera
18:58beaucoup plus compliqué.
18:59Merci beaucoup
19:00Nicolas Simon
19:01et on a bien compris
19:03effectivement
19:03ça signifie aussi
19:04je prolonge
19:05ce que vous venez de dire
19:06mais ça signifie
19:07que le travail
19:08des associations
19:08le travail
19:09des acteurs sociaux
19:11et du tissu associatif
19:12il est essentiel
19:13parce que
19:14ce sont eux
19:15qui permettent
19:16de convaincre
19:16les consommateurs
19:18de pouvoir venir
19:19chez vous
19:19et effectivement
19:20de faire cette démarche
19:21pour aller
19:22vers le sevrage.
19:23Merci Nicolas Simon
19:24de nous avoir éclairé
19:27sur ce difficile sujet
19:28dont on voulait parler
19:29ce matin
19:29sur Sud Radio.
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