00:00RTL Matin.
00:01Les ministres de l'intérieur de l'Union Européenne se réunissent à 10h en urgence par visioconférence
00:06pour tenter de faire front commun après la crise migratoire sans précédent de Ceuta.
00:11Bonjour Fabrice Légéry.
00:13Bonjour.
00:14Eurodéputé, Rassemblement National, ancien patron de Frontex,
00:17l'agence européenne de garde frontière et de garde côte, vous l'étiez,
00:20patron entre 2015 et 2022.
00:22Alors les images, elles ont fait le tour du monde.
00:23Fin juillet, des dizaines de milliers de migrants sont entrés à pied ou à la nage à Ceuta,
00:28cette enclave espagnole d'Afrique du Nord.
00:31Qui est responsable d'abord, selon vous, de cet afflux soudain et massif ?
00:35Je crois que la politique laxiste du gouvernement espagnol de Pedro Sanchez
00:40a pour beaucoup incité ceux qui avaient envie de jouer avec une crise migratoire
00:46à tester les limites, à tester les possibilités en Espagne et pour l'Union Européenne.
00:52Donc il y a eu depuis plusieurs mois en Espagne une politique de régularisation
00:56annonçant 500 000 régularisations de clandestins
00:59qui finalement va se terminer autour de 1 million
01:03avec une conséquence sur l'ensemble de l'espace Schengen
01:06puisque ces personnes régularisées pourront circuler temporairement dans l'espace Schengen.
01:12Donc ça c'est l'élément, je dirais, de contexte politique espagnol.
01:15Et puis il y a eu une décision de justice de la Cour suprême espagnole
01:20au début du mois de juillet qui a indiqué que les autorités espagnoles n'avaient plus le droit
01:26de reconduire immédiatement de Ceuta vers le Maroc les clandestins
01:31alors qu'il existait un accord entre l'Espagne, il existe un accord entre l'Espagne et le Maroc
01:37mais cette décision de justice a estimé que si des migrants arrivent à la nage
01:42c'est-à-dire nage quelques centaines de mètres d'une plage marocaine
01:46vers une plage de Ceuta en Espagne
01:49à ce moment-là, on ne pouvait pas les reconduire.
01:53Donc il y a eu, si vous voulez, à mon avis, la conjonction des deux
01:55qui a provoqué cet afflux
01:56et puis peut-être des tests géopolitiques
02:00des tests de tous ceux qui ont un intérêt à créer le chaos migratoire en Europe.
02:05Alors Pedro Sanchez dit que cette décision de justice est mal interprétée
02:08mais alors vous, vous pointez la politique espagnole
02:10il y a des témoignages quand même qui montrent que le Maroc n'a pas fait grand-chose
02:13pour empêcher les migrants de passer
02:16qu'il pourrait s'agir d'un message d'avertissement
02:18à cause du dossier du Sahara occidental.
02:21Je crois qu'il faut évidemment que l'Espagne
02:24dans sa relation bilatérale avec le Maroc puisse clarifier cela
02:28il faut également que l'Union Européenne
02:31qui paye des sommes conséquentes au Maroc
02:35dans le cadre d'une coopération en matière migratoire
02:39devront pouvoir expliquer
02:41et je pense que, en tout cas, le conseil qui a lieu aujourd'hui
02:46par visioconférence entre les ministres de l'intérieur des pays de l'Union Européenne
02:51devra également évoquer cette question.
02:54Pour ma part, je participerai, je pense que c'est dans la semaine
02:58à une réunion exceptionnelle au Parlement européen
03:01de la commission qui s'occupe des questions migratoires
03:05et où je suis membre et coordinateur de mon groupe
03:07et donc nous avons bien l'intention de faire la lumière
03:12avec le commissaire européen, les autorités espagnoles
03:16et y compris les autorités locales.
03:18Vous avez été patron de Frontex pendant 7 ans
03:20et c'est une situation que vous avez connue, vous, en 2021
03:22un afflux de 10 000 jeunes marocains
03:25qui étaient venus faire pression
03:26le Maroc les avait laissés passer en Espagne ?
03:29Oui, alors à l'époque, l'Espagne n'avait pas souhaité le soutien de Frontex en 2021
03:36de manière générale, l'Espagne ne souhaitait pas que l'agence Frontex
03:41donc l'agence européenne, n'intervienne à Ceuta ou à Méli
03:44qui est la deuxième enclave espagnole
03:48qui se trouve géographiquement en Afrique du Nord
03:52En tout cas, ce qu'il faut, de mon point de vue, c'est assurer le rétablissement
03:57de la frontière extérieure de l'Espagne et de l'Union Européenne
04:00avec le Maroc, cette frontière terrestre
04:02Il faut évidemment faire en sorte qu'on surveille le bras de mer à cet endroit-là
04:09que bien entendu, on fasse en sorte que personne ne puisse se noyer
04:13Je rappelle qu'il y a quand même 60 migrants qui ont perdu la vie
04:17une soixantaine à peu près dans ces événements-là
04:20Donc 83 morts, c'est le bilan minimum de données
04:2283, oui
04:23Voilà, donc les chiffres ne cessent d'évoluer de jour en jour
04:27Donc je crois qu'il faut absolument tenir cette frontière
04:29et envoyer un message très ferme à tous ceux qui auraient envie de la tester
04:33Et puis il faut de manière très active
04:37qu'on puisse, que ce soit l'Espagne à titre individuel
04:40ou avec le soutien de Frontex, puisque vous éloquez l'agence
04:43Il faut pouvoir renvoyer ces clandestins de Ceuta vers le Maroc
04:50mais aussi vers d'autres pays d'origine
04:53parce qu'on se concentre sur des Marocains
04:55mais je lis qu'il y a aussi des milliers de nationalités subsahariennes
05:01et donc qui ne sont pas des Marocains
05:03et le Maroc ne reprend pas ces subsahariens qui sont des étrangers
05:08pour les Marocains également
05:09Donc c'est une situation qu'il faudra examiner avec beaucoup d'attention
05:12et il faudra agir avec beaucoup de fermeté et de détermination politique
05:16Parce qu'aujourd'hui on est dépendant du bon vouloir des pays tiers
05:19pour sécuriser nos frontières et renvoyer les migrants
05:22Je crois que l'une des leçons qui doit être tirée par les dirigeants européens
05:27c'est qu'il faut être capable de protéger nous-mêmes
05:31c'est-à-dire nos états membres à la frontière extérieure
05:34protéger notre frontière extérieure
05:37l'appliquer avec détermination les règles qui disent que
05:40si quelqu'un ne remplit pas les conditions pour entrer chez nous
05:44et bien cette personne ne doit pas rentrer
05:46et ne pas laisser affaiblir notre droit
05:49par tout un tas de fables qui sont racontées
05:52par des ONG, par des interprétations farfelues diverses et variées
05:55qui essaient de nous faire croire
05:57j'ai connu cette situation comme directeur de Frontex
06:00on essaye de me faire croire qu'on n'a pas le droit
06:02d'empêcher les migrants illégaux d'entrer illégalement en Europe
06:07c'est une fable politique, idéologique
06:09qui fait le jeu de certains
06:10et donc il faut agir avec détermination politique
06:13Alors plusieurs états membres, l'Italie, le Danemark
06:16en tête ont appelé à suspendre l'Espagne
06:18de l'espace Schengen
06:20exclure l'Espagne de Schengen
06:22ou fermer les frontières intérieures
06:24est-ce que ce n'est pas une fausse solution
06:26alors que Ceuta est sur le continent africain
06:28et hors de cet espace Schengen ?
06:30Alors juridiquement et politiquement
06:33Ceuta est dans l'espace Schengen
06:37même si il est vrai que traditionnellement
06:40les autorités espagnoles filtrent
06:42les personnes qui montent sur des bateaux
06:44ou dans des avions
06:46entre Ceuta
06:47donc c'est une ville espagnole
06:49située géographiquement en Afrique du Nord
06:50et d'autre part le reste du continent espagnol
06:54donc il y a normalement une deuxième frontière
06:56on va dire, un deuxième filtre
06:58mais il faut absolument que les autorités espagnoles
07:02empêchent ces migrants
07:03qui sont à Ceuta encore
07:05de s'embarquer vers le reste de l'Espagne
07:07parce qu'en quelques heures
07:09ils pourraient arriver en France
07:11ou dans d'autres pays
07:12et je m'inquiète quand même d'entendre
07:15de lire qu'en Espagne
07:16il a été décidé que des soi-disant
07:18mineurs étrangers isolés
07:20seraient répartis sur le reste
07:23du territoire espagnol
07:24à partir de Ceuta
07:25et donc ça veut dire que c'est une dissémination
07:28dans tout le reste de l'Europe
07:29donc pour répondre à votre question
07:32oui, il faut envoyer un avertissement
07:35au gouvernement espagnol
07:37qui est notoirement laxiste
07:38ce gouvernement socialiste
07:40et effectivement
07:43rétablir les contrôles aux frontières
07:46intérieures
07:46notamment entre la France et l'Espagne
07:49est quelque chose que le Rassemblement National
07:50la quasi-totalité des 60 000 migrants
07:52sont repartis
07:53vous parlez de laxisme
07:54mais ils sont tous repartis
07:55c'est ce qu'on nous dit
07:57mais on voit aussi
07:58que les autorités locales espagnoles
08:01qui ne sont pas socialistes
08:02le président, maire de la ville autonome
08:05de Ceuta mais espagnol
08:08qui est du parti populaire
08:10donc le parti de droite
08:11on va dire pour faire simple
08:12s'inquiète quand même
08:14que des milliers de ces migrants
08:16restent encore à camper dans la ville
08:18donc il va falloir que les autorités
08:20à la fois espagnoles
08:21au niveau national
08:22et au niveau local
08:23nous expliquent la situation
08:24Alors l'Espagne est sous pression
08:26cette réunion des ministres de l'intérieur
08:27dont vous parliez dans la matinée
08:29en visioconférence
08:30qu'est-ce qui peut sortir d'une réunion
08:33comment les 27 peuvent faire bloc ?
08:35Moi je crois qu'il faut rappeler
08:37les règles en matière de contrôle
08:40aux frontières extérieures
08:41il faut rappeler la fermeté
08:43la volonté de tous les Etats membres
08:46d'une majorité en tout cas
08:47d'Etats membres de l'Union Européenne
08:49de contrôler les frontières extérieures
08:51afin d'empêcher ce genre de phénomène
08:53et il faut aussi une politique active
08:57d'expulsion
08:58nous avons au Parlement européen
09:00voté d'une manière définitive
09:04il y a quelques semaines
09:05un règlement qui s'appelle
09:06règlement retour
09:07c'est-à-dire sur les expulsions
09:09de migrants
09:09qui est un règlement extrêmement sévère
09:11comme jamais
09:12ni la France
09:13ni l'Union Européenne
09:15n'en a connu
09:16et je pense
09:17que c'est un premier outil
09:21qui devrait être utilisé
09:22que l'Espagne souhaite l'utiliser
09:25ou non
09:26et je note d'ailleurs
09:27que Emmanuel Macron
09:28et son gouvernement
09:29malheureusement
09:30ne s'expriment pas
09:32dans le sens de la fermeté
09:33Dernière question Fabrice Légeri
09:35vous êtes visé depuis le mois de mars
09:36par une enquête de la justice
09:37après une plainte pour complicité de crime
09:39contre l'humanité
09:40notamment une plainte
09:42de la Ligue des Droits de l'Homme
09:43qui vous accuse d'avoir facilité
09:45durant votre mandat
09:46le refoulement d'embarcations
09:47de migrants
09:48ainsi que des interceptions
09:49par les gardes-côtes libyens
09:51de bateaux
09:51qui tentaient alors
09:52de rejoindre l'Italie
09:53qu'est-ce que vous répondez aujourd'hui ?
09:55Tout d'abord je réponds
09:56que pendant les années
09:57où j'ai dirigé Frontex
09:58l'agence sous ma direction
10:00a sauvé à peu près
10:02400 000 vies
10:02en Méditerranée
10:04je réponds que
10:05ceux qui sont complices
10:07de faire
10:08prendre des risques
10:09aux migrants
10:10ce sont des criminels
10:11et malheureusement
10:12les criminels
10:12les trafiquants
10:13les passeurs
10:13et malheureusement
10:14il y a aussi
10:16comme l'a révélé Frontex
10:17il y a encore quelques semaines
10:19des suspicions très fortes
10:21que des ONG
10:21sont elles-mêmes impliquées
10:23dans le trafic de migrants
10:24donc évidemment
10:26lorsque des personnes
10:27sont proches
10:28de la côte libyenne
10:29et qu'elles risquent
10:32de se nourrir
10:32Donc c'est la faute
10:33des passeurs
10:33et des ONG
10:34C'est la faute
10:35des passeurs
10:38essentiellement
10:38c'est parfois
10:40une complaisance
10:42des ONG
10:43une complaisance
10:43idéologique
10:44opérationnelle
10:45et puis surtout
10:45je rappelle
10:46que le droit international
10:47le droit de la mer
10:47dit que
10:48lorsque on détecte
10:50des embarcations
10:51qui sont en train
10:52d'être en détresse
10:53et bien
10:54on a le devoir
10:54d'aider
10:55les autorités
10:56qui sont compétentes
10:57et les gardes-côtes libyens
10:59sont compétents
11:00au large de la Libye
11:01Merci beaucoup
11:02Merci Fabrice Légeri
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