00:01RTL Matin, Vincent Derosier
00:06Ne lui parlez pas de son cancer, mais de son cow-boy.
00:10Après un livre, en 2021, Clémentine Sellerier a choisi de revenir sur son combat contre le cancer
00:15dans un spectacle sur scène, mon cow-boy, donc présenté au Festival d'Avignon.
00:20Bonjour Clémentine Sellerier.
00:21Bonjour.
00:22Alors quand on parle d'un cow-boy, on a l'image du chapeau, sûrement de la chemise en flanel,
00:27du pistolet à la ceinture bien sûr.
00:28Votre cow-boy, à vous, il ne ressemble pas du tout à ça ?
00:30Ben si, exactement.
00:32C'est comme ça que vous l'avez imaginé ?
00:34Il est très grand.
00:35Ben oui, je l'ai représenté, mais c'est exactement comme ça.
00:38C'est Vincent Deniard qui l'interprète.
00:41Il a un beau chapeau, il a un beau jean.
00:44Il est très beau d'ailleurs, il est très grand.
00:47Il est un peu surdimensionné, comme je dis dans le spectacle.
00:49Non, mais c'est comme ça que je me suis représenté mon cancer.
00:53Donc je pense que c'est un hommage à l'imaginaire.
00:56Ce n'est même pas un hommage, c'est de dire que l'imaginaire dans des épreuves,
01:00quelles qu'elles soient, que ce soit un cancer, le sida, un enfermement, la prison, la guerre,
01:06ça peut vous sauver la vie.
01:08Je veux dire, de croire en ce en quoi on imagine, d'avoir cette projection et de s'y accrocher,
01:15je pense que c'est quelque chose qui peut vraiment nous sauver, en plus de la médecine bien sûr.
01:21Cette image du cow-boy, vous vous souvenez quand elle est arrivée dans votre esprit ?
01:25Parce qu'il y avait l'image du cow-boy déjà, vous vous souvenez peut-être dans les campagnes de
01:29pub des paquets de cigarettes.
01:30Alors peut-être qu'il y a eu une association qui s'est faite dans votre cerveau.
01:32Non, non, pas du tout.
01:33Non, non, pas du tout.
01:34C'est parce que moi j'aime les cow-boys.
01:36Je trouve qu'ils sont beaux, sûrement.
01:38Et je me suis représenté, il est venu comme ça dans mon cerveau.
01:44Quand l'oncologue m'a annoncé que j'avais un cancer, quand la gastro-entérologue m'a annoncé que j
01:52'avais un cancer,
01:52j'ai vu un cow-boy, je me suis représenté un cow-boy qui me tenait en joue, qui me
01:57disait
01:57« Viens, on va se battre ».
01:59Et je lui disais « Ouais, ouais, t'inquiète pas, on va se battre, viens, on va dehors, je vais
02:02te pourrir,
02:02tu ne me fais pas peur, je vais te pourrir ».
02:03Et c'est ce qui se passe dans le spectacle.
02:05Et je pense que mon imaginaire, qui est évidemment très, très cultivé,
02:09parce que je suis comédienne, vous voyez ce que je veux dire,
02:10donc c'est quelque chose que, je pense qu'il est venu me tendre la main, mon imaginaire,
02:14à ce moment-là, pour me donner de la force.
02:16Je me suis dit « Bon, allez, il faut croire à ma vision, à ce que je… »
02:22Et puis j'écris un bouquin, d'ailleurs, l'action…
02:24Les mots défendus en 2021, votre livre.
02:27Mais ça, si vous voulez, la projection, non pas tomber, mais c'est difficile,
02:32il y a des gens qui n'ont pas la chance, comme moi, d'être comédienne,
02:36et de, vous voyez ce que je veux dire, de projeter, d'avoir une forme de…
02:40Enfin, de folie, ce n'est pas de la folie, c'est une forme d'imaginaire très poussé,
02:45mais il y a des gens qui n'ont pas ça.
02:47C'est un adversaire à combattre, en fait, vous le décrivez comme un mec toxique,
02:50votre cow-boy, une menace permanente, mais aussi un moteur.
02:54Oui, parce que je vous ai dit, parce que quand, après, quand il est plus menaçant,
03:00c'est-à-dire quand il est plus dangereux, parce que vous êtes guéri quand même,
03:04enfin, vous êtes guéri, vous êtes en rémission, ce mot que je déteste,
03:07mais si vous voulez, il vous lâche la grave quand même, parce qu'il a été opéré,
03:10je vous dis, il a été anéanti par la chimio, mais il devient, oui, un espèce de moteur,
03:16parce que je vous dis, quand vous survivez d'un truc comme ça,
03:21vous vous dites, mais je n'ai pas de temps à perdre,
03:23il faut absolument que je fasse ceci, que je fasse cela, que je fasse...
03:26Les gens me disent, vous êtes hyperactif, mais heureusement,
03:30il faut créer dans ces cas-là, il faut avancer plus vite encore qu'avant, quoi.
03:34Alors, c'est très imagé, vous parlez beaucoup en métaphore,
03:37vous dites aussi que prononcer le mot cancer dans un dîner
03:40provoque la même réaction que si on prononçait le nom d'Hitler, c'est pas rien.
03:43Ben oui, ben oui, mais oui, ou alors, enfin, mais oui,
03:48c'est ça qu'il faut arrêter.
03:50Pourquoi la société a autant de mal avec ce mot cancer encore ?
03:53Parce que je ne sais pas, mais je ne sais pas,
03:55il faut demander à la société, moi je ne comprends pas.
03:57Moi, j'aurais adoré dire, oui, ben dans un dîner, enfin dans une bouffe,
04:02ben oui, j'ai le cancer là, mais je vais me faire opérer, tout va aller bien.
04:05Parce que les gens se disent, mais elle est folle, oui.
04:09Pourquoi ? Parce que ça a été pendant longtemps peut-être aussi,
04:12quand même, associé à la mort.
04:14Parce qu'il y avait beaucoup moins de gens qui étaient guéris,
04:17en tout cas en rémission, vous voyez ce que je veux dire.
04:20Et maintenant, ça a changé quand même, même si c'est encore terrible.
04:24Mais c'est vrai qu'il faut libérer la parole.
04:27Parce que c'est en libérant la parole qu'on libère aussi le mal.
04:31Le mal devient plus léger, si vous voulez.
04:34Plus on en parle, moins les gens vont avoir peur ou honte.
04:38Parce qu'on a peur ou honte.
04:40Parce qu'on se dit, ils vont me rejeter, etc.
04:42C'est terrible, c'est pour ça aussi que j'ai fait ce spectacle.
04:46Parce que ça désamorce un drame, vous voyez ce que je veux dire.
04:49Voilà, ça a un côté...
04:50Alors pour le coup, dans la pièce, vous intégrez de vrais mémos vocaux
04:54enregistrés sous Chimio, vous parlez de choses très crues.
04:56Oui, comment vous le savez, ça ?
04:57La photo de votre premier transit après l'opération,
05:01il y avait un besoin de vérité sans filtre.
05:03Ah ben évidemment.
05:05Mais de toute façon, vous dites transit,
05:07vous n'osez pas dire que...
05:09Non, je vous laisse le dire.
05:10Caca au gros propos.
05:11Ben oui.
05:13Pour ne pas braquer les auditeurs qui sont au petit déjeuner.
05:16Non, mais pourquoi braquer ?
05:18Mais il n'y a pas de bras braqué.
05:19Les gens savent que...
05:20Enfin, je veux dire, on est tous faits pareils.
05:22Je veux dire, si on ne va plus...
05:24Comme on dit, quand on a un bébé, le docteur,
05:27le pédiatre dit, il va à la selle, votre enfant...
05:31Pardon, mais aller à la selle, c'est la base de notre vie.
05:34Si on ne va plus...
05:35Si la mécanique ne marche plus de ce côté-là,
05:38on meurt, c'est très simple.
05:40Donc oui, ce n'est pas que je montre tout ça.
05:43Je partage des moments qui sont des moments...
05:45Enfin, c'est avec humour, évidemment.
05:47C'est très léger.
05:48D'ailleurs, personne ne m'a jamais reproché ça dans le spectacle.
05:51C'est très...
05:52C'est vraiment un partage sur des moments de vie.
05:55Moi, si vous voulez, la première fois
05:57que j'étais aux toilettes quand j'étais opérée
05:59un mois après mon opération,
06:01alors que j'étais avec des sondes et des trucs...
06:03Enfin, bref, ça a été un miracle.
06:05Ce miracle, c'est un miracle.
06:07Ce n'est pas...
06:07Il n'est pas honteux.
06:09C'est quelque chose de...
06:10C'est extraordinaire.
06:11C'est comme les petits.
06:12Les petits, quand ils font la première fois
06:14gros popos, on va dire,
06:15comme ça, ce sera moins choquant,
06:17eh bien, ils sont émerveillés.
06:19Enfin, ils sont tout contents.
06:20Enfin, je veux dire,
06:21si vous voulez, on n'est pas grand-chose.
06:24Clémentine Scellarié, il y a eu votre livre.
06:25Est-ce que vous aviez besoin
06:26d'un échange plus direct avec le public ?
06:28Comment ils réagissent
06:30quand vous faites de l'humour sur ce sujet ?
06:32Ben, ils rient.
06:32Ils rigolent.
06:33Ils rigolent.
06:34Mais vraiment, et c'est merveilleux
06:36parce que ça, c'est le miracle.
06:37Mais si vous voulez,
06:38j'avais besoin de partager ça
06:40pour partager la force de l'imaginaire.
06:43Pour tous ceux qui sont concernés
06:44de près ou de loin
06:46par une maladie,
06:47quelle qu'elle soit,
06:48par un enfermement,
06:49par n'importe quelle épreuve terrible,
06:51j'avais besoin de partager ça
06:53parce que c'est important de partager ça.
06:55C'est important de partager
06:56la chance qu'on a
06:58d'avoir un imaginaire féroce
07:00et de faire rire les gens
07:01avec des choses,
07:02quelquefois,
07:03qui peuvent, eux,
07:04prendre pour tout le temps
07:05comme quelque chose de dramatique,
07:06comme un fléau,
07:07alors qu'il n'y a pas plus drôle
07:09et énergique
07:10que des gens qui ont la maladie.
07:12Moi, j'en ai rencontré plein.
07:14J'ai des copains
07:14ou des copines de cancer,
07:15comme je les appelle,
07:16et je voulais partager ça
07:18parce que je vis avec moi
07:20comme tous les gens
07:21qui ont le cancer
07:21et qui sont guéris,
07:23enfin, qui sont en rémission,
07:24nanana,
07:25ils vivent avec ça
07:26toute leur vie.
07:27Il faut raconter cette vie-là
07:29parce qu'elle n'est pas anodine,
07:30parce qu'il y a
07:31un espèce de dialogue
07:32avec cette chose
07:33qui nous poursuit,
07:35qui est là,
07:36qui n'est plus malveillante
07:38comme au départ,
07:40mais qui est quand même là
07:41et qui vous change la vie.
07:43Moi, je sais que,
07:44si vous voulez,
07:45je ne sais pas comment
07:45vous expliquer ça,
07:46c'est que je voulais montrer
07:47ce cow-boy,
07:48cette présence,
07:49il y a des moments
07:50où quand je n'ose pas,
07:52par exemple,
07:52dire à un homme
07:53qu'il me plaît
07:53ou que je n'ose pas
07:54faire telle chose,
07:55que je suis timide,
07:56je n'ose pas appeler
07:57tel metteur en scène,
07:58tel metteuse en scène,
07:59je me dis,
07:59bouge-toi le cul
08:00et c'est mon cancer,
08:01c'est mon cow-boy
08:02qui me dit,
08:03bouge-toi les fesses,
08:04fais-le,
08:04n'aie pas peur,
08:05tu n'as plus de temps en perte,
08:06je veux dire,
08:07vas-y.
08:08Dernière petite question,
08:09Clémentine,
08:09c'est l'arrière,
08:10cette pièce,
08:10mon cow-boy,
08:11c'est une étape,
08:11vous avez envie
08:12de le faire revivre
08:13d'une autre manière
08:13ce cow-boy encore ?
08:14Oui,
08:15je vais faire un long métrage,
08:16je vais faire un long métrage,
08:18une autofiction
08:20très personnelle
08:21mais très pleine d'humour
08:23où on verra le cow-boy
08:25sur un cheval,
08:26cette fois,
08:26parce qu'on ne pouvait pas
08:27aller au chien qui fume
08:27à Vignon,
08:28c'est compliqué d'avoir un cheval,
08:30mais je veux,
08:30oui,
08:30je veux aller au bout du truc
08:32parce que je trouve
08:33que ça libère beaucoup,
08:35les gens me disent
08:36des choses très chouettes,
08:38les réactions sont extra,
08:39c'est un truc en fait
08:40sur la vie,
08:41mon spectacle,
08:41ce n'est pas un truc
08:43du tout sur mon cancer,
08:44c'est un truc sur
08:45la réactivité,
08:46le pouvoir de l'imaginaire
08:48sur le réel.
08:50Et c'est un message
08:51d'espoir pour tous ceux
08:52qui sont aujourd'hui
08:53atteints d'une maladie,
08:54d'un cancer.
08:54Merci beaucoup Clémentine
08:55Sellerier d'avoir été
08:56l'invité de RTL ce matin.
08:57Sous-titrage Société Radio-Canada
08:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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