00:01RTL Matin, Vincent Derosier
00:058h16 sur RTL, l'invité de RTL Matin, on est en ligne avec le directeur général du CHU de Bordeaux.
00:10Bonjour Vincent Nicolas Delpech.
00:12Bonjour Vincent Derosier.
00:14Alors, la France a connu le Covid, vous avez connu l'épidémie de Covid, il y a eu des attentats.
00:19Pourtant vous affirmez aujourd'hui n'avoir jamais connu une crise d'une telle ampleur.
00:22Qu'est-ce qui la rend pire que toutes les autres ?
00:26Ce qui la rend pire, c'est son ampleur.
00:30Nous avons depuis Quatrebourg évacué 240 000 personnes en Gironde.
00:37L'évacuation de 240 000 personnes, je crois que ça ne s'est jamais produit en France depuis la Seconde
00:41Guerre mondiale.
00:42Et le deuxième caractère de cette crise, c'est l'imprévisibilité.
00:48Le feu, comme vous le savez, comme cela a été évoqué sur votre antenne, le feu, il progresse sans la
00:56moindre prévision possible.
00:59Et c'est ce qui rend très difficile notre anticipation de la crise.
01:05Alors, 240 000 personnes évacuées, bien sûr toutes ces personnes n'arrivent pas au CHU de Bordeaux chez vous.
01:10Mais vous, depuis le début du week-end dernier, vous avez dû réorganiser vos services.
01:14Quelle est la situation et qui est arrivé chez vous ?
01:18Oui, en fait, dans ces 240 000 personnes, il y a des malades.
01:24Puisqu'il y a des dizaines d'EHPAD qui ont été évacués et deux hôpitaux.
01:29Et donc, le CHU, lui, avec les autres hôpitaux et cliniques privées de la Gironde, il doit prendre en charge
01:37les personnes évacuées de ces EHPAD et de ces hôpitaux.
01:40Mais il doit aussi assurer la couverture médicale du grand hub qui a été organisé au Parc des Expositions à
01:48Bordeaux,
01:49où ont été accueillis plus de 700 patients durant ces trois derniers jours.
01:57Vous voyez, nous, on doit être là en termes de réponse de l'offre de soins sur les personnes évacuées.
02:04Mais on doit être aussi, pour le CHU, par exemple, être en capacité de prendre en charge les blessés directs
02:11des incendies.
02:12Nous sommes l'hôpital qui doit prendre en charge les sapeurs-pompiers qui sont sur le front.
02:17Alors, justement, les blessés directs, de quoi souffrent les patients ? Ils sont brûlés, intoxiqués ?
02:21Il y a des personnes peut-être vulnérables qui ont décompensé ?
02:25Pas encore. Il y a eu très peu de victimes directes de l'incendie.
02:30Puisque dans les évacuations, et c'est l'avantage de procéder à ces évacuations massives, c'est qu'on protège
02:36les populations.
02:37Et s'agissant des soldats du feu, il y a eu une quarantaine de sapeurs-pompiers blessés.
02:42Il y en a encore eu deux cette nuit qui ont été pris en charge au CHU, mais de façon
02:46légère.
02:47Il n'y a pas eu de blessés graves, heureusement, à date.
02:49Et nous espérons que ce soit ainsi à l'avenir.
02:54Et s'agissant de la population, nous ne constatons pas non plus d'aggravation de la population sur les pathologies
03:03pulmonaires ou autres à ce stade.
03:05Évidemment, il faut prévoir.
03:08Alors justement, prévoir jusqu'où vous pouvez pousser les murs du CHU ?
03:12Parce qu'on imagine que ce n'est pas assez grand et qu'il a fallu accueillir tous ces patients
03:16très très rapidement.
03:18Oui. Pour accueillir toutes les personnes évacuées malades, nous avons créé en 24 heures 250 lits supplémentaires.
03:28Alors comment on fait ça ? On fait ça, on est en période estivale, il y a des unités qui
03:33sont fermées, on les a réouvertes.
03:35Comment on les réouvre ? En faisant un appel au volontariat que j'ai lancé vendredi dans la journée.
03:43Et auprès de l'ensemble des hospitaliers du CHU, les 4300 professionnels se sont portés volontaires.
03:50Et vous voyez, aujourd'hui, il y a 430 personnes sur ces 4500 professionnels qui sont en train de travailler
03:58alors qu'ils ne devaient pas l'être.
04:00Et grâce à ces 430 personnes, nous ouvrons des unités complémentaires.
04:06Nous avons ouvert les 250 lits nécessaires pour prendre en charge les patients et les résidents.
04:12Vous disiez 4300 volontaires, c'est bien ça ?
04:15Oui.
04:15Sans eux, ça n'aurait pas été possible ?
04:17Sans eux, ça n'aurait pas été possible.
04:19Vous avez dû rappeler du personnel en vacances également ? Les soignants sont sur le pont ? Les gens sont
04:25revenus ?
04:25C'est l'appel au volontariat qui a fonctionné.
04:28Il y avait certainement des gens en vacances parmi les volontaires, mais ils se sont tous mobilisés.
04:34Vous savez, il y a une mobilisation à Bordeaux, en Gironde, totale.
04:38C'est très impressionnant.
04:40Les gens vivent cette crise incroyable et sont présents et répondent présents aux appels divers
04:48qui se sont faits par l'hôpital, le CHU, mais également les collectivités locales.
04:54Vous le disiez, il y a les victimes directes du feu, des fumées.
04:58Puis il y a le quotidien, il y a l'explosion des appels au 15.
05:02Comment vos équipes gèrent le tri, l'afflux de personnes ?
05:05Alors, le vrai sujet, ça a été l'augmentation des appels au 15.
05:10Et ça, on a dû vraiment renforcer les effectifs du SAMU pour répondre à ces...
05:18Les gens étaient surtout angoissés.
05:20Quand vous avez tous les soirs des afflux de fumée sur l'agglomération bordelaise,
05:24les gens sont angoissés et appellent le 15.
05:26Et donc, il a fallu renforcer impérativement la plateforme de régulation.
05:32Et on a eu jusqu'à 3600 appels jour, samedi, dimanche.
05:38Là, ça se calme un peu.
05:40D'habitude, l'été, pour avoir un titre de comparaison ?
05:43Oui, 2000, 2100.
05:45Donc presque deux fois plus.
05:46Oui, presque deux fois plus.
05:47Donc vous mesurez l'ampleur.
05:49Mais ce qui est intéressant de noter, c'est qu'il y a eu énormément d'appels.
05:53Mais le nombre de passages aux urgences n'a pas augmenté.
05:57En fait, les gens sont angoissés.
05:59Les gens se posent des questions.
06:00Mais ils ne sont pas malades à cette date.
06:02Donc ça, c'est un travail à faire.
06:04Rassurer les gens.
06:05Emmanuel Macron en a parlé hier en déplacement à Bordeaux.
06:08L'aspect psychologique.
06:09Va y avoir des vrais traumatismes dans les jours, semaines, mois à venir ?
06:13Assurément.
06:14Le président de la République a rencontré les forces des sapeurs-pompiers,
06:18des forces de sécurité des collectivités locales et des hôpitaux.
06:22Le CHU était là à la rencontre avec le président.
06:26Nous avons pu partager avec lui l'enjeu de la prise en charge psychologique des jours à venir.
06:33Il y a certaines personnes qui vivent des drames.
06:35Quand vous perdez votre maison, quand vous ne savez pas,
06:39quand vous pourrez réintégrer les villages où vous avez vécu.
06:43C'est un traumatisme très fort.
06:45L'angoisse permanente de l'imprévisibilité de ce feu est aussi un facteur d'anxiété.
06:53Et donc, avec l'hôpital Perrins, nous préparons la prise en charge psychiatrique de la population.
07:00Vous la préparez comment ? Avec plus de psychologues, des renforts ponctuels ?
07:04Absolument. Nous anticipons cet afflux de patients avec des renforts évidemment médicaux et infirmiers.
07:15On parle beaucoup des patients, mais dans quel état physique et psychologique sont vos soignants,
07:19tous ceux qui sont revenus travailler avec une situation qui est imprévisible pour eux aussi ?
07:23La situation, elle est paradoxale.
07:27C'est une envie d'être au rendez-vous, une mobilisation générale des hospitaliers du CHU.
07:34Mais c'est aussi pour certains des gens qui ont vécu les évacuations.
07:39Les hospitaliers du CHU, ils vivent aussi dans les villages et dans les villes qui ont été évacuées.
07:44Et donc, il y a une solidarité interne qui permet de les héberger chez les uns, chez les autres.
07:49Et le CHU a permis de l'hébergement aussi massif de professionnels.
07:56Et puis, il y a ce qui fait du bien, Vincent Drozier, c'est aussi la solidarité nationale.
08:06Il y a des équipes de tous les SAMU de France, de tous les CHU de France qui se sont
08:12mobilisés
08:13et qui sont venus nous prêter main forte depuis vendredi,
08:16à la fois sur le hub des expositions pour assurer les transports,
08:21pour venir renforcer les équipes du CHU.
08:25Et puis, cette solidarité nationale, elle s'est manifestée aussi encore hier matin
08:30par l'appel de Brigitte Macron qui, pour la fondation des hôpitaux,
08:34nous propose une aide exceptionnelle pour le CHU et les hôpitaux girondins.
08:40Et vous voyez, ces éléments-là, ça fait du bien et ça nous permet de continuer.
08:46Alors, vous parlez d'aide de solidarité qu'on a vue, qui est très forte depuis quelques jours.
08:52De quoi avez-vous besoin aujourd'hui ?
08:55Ce dont on a besoin, c'est de matériels qui permettent de mieux prendre en charge
09:01les personnes évacuées, notamment des EHPAD.
09:05Il y a des matériels, on construit de nouveaux EHPAD, vous comprenez ?
09:11Parce qu'elles arrivent en plus souvent sans leurs soignants ?
09:14Et sans leurs soignants et sans matériel.
09:17Sur le hub, il y a certaines personnes qui ont été évacuées d'EHPAD
09:21et qui ont été installées au hub du parc des expositions sur des lits picots.
09:24Évidemment, nous, on les a transférées désormais dans des structures plus conformes.
09:31Mais quand même, on a besoin de lèvres malades, de matériels d'amélioration,
09:36de prise en charge classique pour les personnes âgées et les personnes âgées fragiles.
09:41Et c'est ça dont on a besoin.
09:43Donc, si c'est de l'argent et un budget de la santé en haut, c'est très rapidement.
09:46C'est ça que vous dites ce matin ?
09:48Oui, enfin, là, on est dans la gestion de crise.
09:51On a des moyens.
09:53Le vrai sujet, c'est des moyens nouveaux, très rapidement accessibles.
09:57Et ça, on va s'en occuper.
09:59On va s'en occuper par nos propres moyens.
10:01Puis, on va s'en occuper aussi grâce à la fondation des hôpitaux.
10:04Une dernière question, Vincent-Nicolas Delpeche.
10:06La chaleur revient, on le disait.
10:07Le président de la Fédération hospitalière de France
10:09dit que nos hôpitaux, faute d'adaptation au réchauffement climatique,
10:13vont encore souffrir et ne sont pas prêts.
10:16Il est prêt, votre CHU ?
10:18Le CHU de France est l'un des meilleurs CHU de France.
10:22Et il y a un autre paradoxe, c'est que c'est le plus vétuste.
10:24Et donc, nous venons de traverser deux séquences caniculaires.
10:29Et nous avons anticipé ces séquences caniculaires par un plan calicule.
10:34Et nous avons, pour vous donner une idée,
10:38200 climatiseurs dans ce plan, 100 rafraîchisseurs, 900 ventilateurs
10:43qui ont été déployés en plus de l'existence.
10:46Et franchement, la dernière séquence caniculaire, elle a été terrible à Bordeaux.
10:50Et nous avons réussi à la franchir et à la vivre sans encombre.
10:54Merci beaucoup, Vincent-Nicolas Delpeche, directeur général du CHU de Bordeaux,
10:59d'avoir été l'invité de RTL.
11:00Alors, vous parliez de solidarité dès demain.
11:03Notez le mercredi, Julien Courbet présentera une émission spéciale
11:06de 9h15 à 10h consacrée aux pompiers.
11:09Cette solidarité, ce soutien national aux soldats du feu
11:12avec des témoignages de terrain, mais aussi tous ces appels à la solidarité
11:16partout sur le territoire.
11:17Ce sera une journée spéciale sur RTL.
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