00:00Vincent Derosier, RTL Matin.
00:03Bercy estime que 130 000 salariés ne peuvent pas plus travailler et réunit donc ce matin à 9h les représentants
00:10des entreprises.
00:10Bonjour Michel Picon.
00:11Bonjour.
00:12Président de l'U2P, l'Union des entreprises de proximité.
00:15C'est près de 4 millions d'entreprises, des artisans ?
00:18Ah oui, le secteur artisanat, commerce et profession libérale c'est un peu plus de 3 500 000 entreprises dans
00:25notre pays.
00:25Voilà, c'est dit l'idée. Alors l'idée n'est pas de distribuer des subventions, c'est ce qu
00:30'a dit hier le ministre de l'Industrie.
00:31Il était à votre place ici dans ce studio. Vous risquez d'être déçu tout à l'heure à Bercy.
00:36Non mais déçu, on ne va pas forcément l'être tout de suite parce qu'on connaît la situation et
00:41les marges budgétaires du pays.
00:433 500 milliards de dettes, un emprunt aujourd'hui sur les marchés qui est à plus de 4% pour
00:49l'État.
00:49Donc on est conscient de tout ça. On connaît les possibilités mais ce n'est pas parce que c'est
00:57difficile qu'on doit abandonner tout un tissu économique d'une région.
01:02Il y a 3 catégories de gens qui sont touchés. Il y a ceux qui ont brûlé.
01:07Ceux-là, je pense que les assureurs vont prendre leur part et faire leur travail.
01:13Ils vont être aidés prioritairement.
01:15Je n'ai pas de doute là-dessus, y compris sur les pertes d'exploitation qui vont être accompagnés pendant
01:2012 mois, voire 24 mois selon les contrats d'assurance qu'ils ont souscrits.
01:24Et puis il y a ceux qui n'ont pas brûlé, qui sont dans un périmètre d'interdiction où ceux
01:29-là, selon les contrats des assureurs, ils pourront être accompagnés ou pas.
01:35Donc là, il faut, et c'est ce que je vais dire ce matin à Bercy, que l'on demande
01:40aux assureurs d'être un peu plus compréhensifs que ce qu'ils pourraient l'être par rapport à des clauses
01:46écrites dans leur contrat.
01:47Et puis après, il y a tous ceux qui, aujourd'hui, ne sont pas forcément dans le périmètre ni d
01:52'interdiction ni d'évacuation et qui n'ont pas brûlé, mais qui n'ont plus de clients.
01:56D'abord, parce qu'il y a eu quelques annonces locales, notamment de madame la préfète de Gironde, qui a
02:04dit ne venez pas en Gironde.
02:06Alors d'abord, ce n'est pas toute la Gironde qui est infectée.
02:09Il y a des zones encore où on peut aller passer des vacances agréables.
02:12Et moi, j'encourage, au contraire, tous nos concitoyens à privilégier cette zone-là.
02:16Et tous ces gens-là qui ne sont pas au cœur du sinistre, mais qui n'ont plus d'activité,
02:23c'est dramatique pour eux, parce que la saison, elle est plus qu'avancée.
02:27Donc, quelle est l'urgence à défendre pour vous à Bercy ?
02:30Ce n'est pas forcément pour ceux qui ont tout perdu parce que les assurances vont faire le boulot.
02:34C'est pour ceux qui ont dû évacuer ou qui ont perdu de l'activité ?
02:38Tout à fait. L'urgence, elle est pour ceux qui n'ont plus d'activité, plus d'activité parce que
02:44ça a été évacué.
02:45Donc là, il faut qu'on cadre.
02:46Et l'urgence, elle est pour tous ceux qui ne sont pas dans le périmètre et qui n'ont pas
02:50été évacués, mais qui n'ont plus de clients.
02:52Et plus de clients parce qu'il y a des fumées, parce qu'il y a plein de choses, voire
02:56même à Bordeaux aussi, c'est un peu compliqué.
02:58Voilà. Donc, il va falloir qu'on trouve tout de même les moyens avec l'État pour concentrer, cibler pour
03:04ceux qui en ont vraiment besoin, pour ceux qui sont dans une difficulté importante.
03:10Alors, des choses ont été faites. Déjà, le report des cotisations sociales, le report des engagements fiscaux.
03:16On va rentrer dans le détail des mesures.
03:18Alors, simplement, écoutez, c'était dans le journal de 7h30, ce restaurateur de Lacanau.
03:23Alors, lui, il a tout dressé, il est prême, il n'y a pas de clients.
03:26On a fait 16 couverts au lieu d'au moins 130, voire 150, 160.
03:31Là, l'après-midi, je vais fermer parce que normalement, aussi, l'après-midi, c'est important.
03:33Mais là, regardez sur le parking, il y a trois pédos.
03:35Donc, il y a tous les jeunes dans les campings, les saisonniers qui sont là, qui attendent de nos nouvelles,
03:40qui ne savent pas quoi faire et nous non plus, d'ailleurs.
03:43Alors, les restaurateurs, table vide, la saison est foutue pour eux. Qu'est-ce qu'on fait ?
03:46Ben oui, elle est très compromise, parce qu'on est le 1er août, là, en ce moment, et déjà, c
03:54'est difficile.
03:55Qu'est-ce qu'on fait ? Il faut d'abord, pour tous ceux qui ont des salariés, il y
03:59a le dispositif d'arrêt partiel.
04:01Je sais que ce n'est pas suffisant, parce que ça laisse un reste à charge important.
04:05Mais ça permet de délester les salaires que l'on doit payer au mois de juillet à ses salariés.
04:11Ensuite, après, il faut reporter ses échéances.
04:14Ce sont les dispositifs qui ont été pris.
04:17Nous avons des discussions avec la Fédération des banques.
04:20J'avais les directions générales de plusieurs banques hier, qui tous acceptent de reporter les prêts.
04:27Et puis, ensuite...
04:28Les étalements de paiement de cotisation.
04:30Les étalements de paiement.
04:31Il faut mettre ces gens dans la sécurité, qu'ils ne se retrouvent pas avec des intérêts sur des impayés
04:38qu'ils ne pourraient pas assumer.
04:40Et puis, il faut qu'on travaille avec l'État pour accompagner ceux pour qui l'entreprise risque de disparaître.
04:47Alors, comment on va le faire ?
04:49Moi, je sais bien que quoi qu'il en coûte, que l'on a connu pour le Covid, on n
04:55'est plus dans ces conditions-là.
04:58Pendant le Covid, les prêts garantis par l'État.
05:02L'État empruntait de l'argent en moins de 1%.
05:04On facturait aux gens 0,25%.
05:06Aujourd'hui, on en prend 4%.
05:08Il y a eu une promesse chiffrée du gouvernement hier.
05:108000 euros pour les professionnels, ceux qui ne peuvent vraiment plus faire autrement.
05:152000 euros maximum pour tous ceux qui se situent dans la zone d'évacuation.
05:19Le compte est bon, là ?
05:20Non, non, mais il est loin d'être bon.
05:22D'abord, c'est une mesure qui a été prise par le CPSTI, c'est-à-dire la sécurité sociale
05:27des indépendants.
05:28Elle est ciblée sur les toutes petites entreprises, sur les travailleurs indépendants.
05:33Bon, pour les aider, les 8000 euros, c'est sur ceux qui sont véritablement sinistrés.
05:38Les 2000, mais je ne dis pas que c'est dérisoire parce que ce n'est pas le mot,
05:42mais ce n'est pas à la hauteur des besoins de ce monsieur qui vient de s'exprimer,
05:47un restaurateur qui n'a plus de clients.
05:49Lui, ça va se chiffrer par beaucoup, beaucoup d'argent.
05:52Donc, il faudra que l'État, nous trouvions ensemble les moyens.
05:56Alors, est-ce que nous nous appelons à la création d'un fonds de solidarité ?
05:59Parce que je pense qu'il y a une émotion dans le pays,
06:02comme on a pu la connaître au fond, sur Notre-Dame de Paris,
06:07en proportion toute gardée, bien évidemment.
06:09En fond de solidarité, de soutien financier, qu'est-ce qu'il faut mettre dedans ?
06:12Il faut qu'on appelle l'ensemble de nos concitoyens, l'ensemble des entreprises,
06:16parce que vous savez, quand ce monsieur ne travaille pas, ce restaurateur derrière,
06:19c'est toute une chaîne qui ne travaille pas.
06:21Ce sont les gens qui le fournissent,
06:23ce sont les agriculteurs qui lui font dans les circuits courts,
06:27leur donnent leurs produits.
06:28Mais qui contribue à ce fonds et combien il faut mettre dedans ?
06:30Il faut que tout le monde puisse contribuer, tous ceux qui peuvent le faire.
06:34Il faut que l'État incite à ça, avec un dispositif fiscal,
06:38qui permet à ce que tous ceux qui vont donner pour reconstruire la Gironde,
06:43et la reconstruire, ce n'est pas que planter des arbres,
06:46c'est aussi soutenir son secteur économique,
06:48et bien puisse déduire de leurs impôts le don qu'il ferait.
06:52C'est vrai pour les grandes entreprises aussi.
06:54Je sais qu'il y en a déjà, Engie a annoncé, versé 25 000 euros, je crois.
07:01C'est peu, à la hauteur de Engie, mais je souligne quand même qu'ils l'ont fait.
07:05Et beaucoup d'autres peuvent le faire.
07:07Donc on va travailler là-dessus.
07:09Faut-il que l'État accepte les déductibilités fiscales de ses dents sur ce fonds de solidarité ?
07:14Le gouvernement a donné assez peu de chiffres pour l'instant.
07:16Vous, vous parliez de ces petites structures qui risquent de mettre la clé sous la porte.
07:20Vous arrivez à évaluer le nombre de patrons vraiment en danger aujourd'hui ?
07:24Écoutez, oui.
07:25Le périmètre, c'est 10 000 entreprises.
07:27Quelles sont celles qui sont susceptibles d'y laisser leur peau ?
07:31On n'a pas encore d'éléments précis,
07:34mais je pense qu'on peut affirmer qu'il y a plus de la moitié de ces 10 000
07:39qui sont en danger de disparition.
07:42Et donc ça nécessite une mobilisation générale de tous.
07:47Alors la sécurité sociale, les caisses d'assurance maladie, le CPSTI y participent,
07:54les URSAF participent, tout le monde va se mettre, les banques vont s'y mettre.
07:58Il faut que les assureurs soient un peu compréhensifs sur les clauses
08:01pour ceux qui n'ont pas brûlé mais qui sont dans des zones d'interdiction.
08:05Voyez-vous, si tout le monde fait un petit effort,
08:07si tout le monde se colle là-dessus,
08:09enfin on n'est pas face à l'ensemble du pays qui est paralysé.
08:12On a une zone, on a deux départements en difficulté,
08:15les Landes et la Gironde.
08:17Ce n'est pas insurmontable.
08:19Ce n'est pas insurmontable.
08:20On doit pouvoir arriver à dégager des ressources et des moyens
08:26si on s'y met tous, assureurs, banquiers, Etats
08:30et puis l'ensemble des Français qui adorent cette région
08:33parce que c'est une région magnifique.
08:35Et moi je dis aux Français, ça va s'arrêter là, enfin je l'espère.
08:38Votre fonds de soutien là, vous vous dites, c'est une formalité ?
08:41Bercy va vous mettre un coup de tampon et vous pourrez appeler le don.
08:43Une formalité, oui, c'est une discussion après difficile.
08:46Et puis ce fonds, il pourra aussi être abondé par l'Etat
08:49dans les moyens qui sont les siens aujourd'hui.
08:51Etat, les Français malheureux, les...
08:53Les collectivités locales, je pense que la région ouest doit jouer son rôle,
08:58les départements doivent jouer leur rôle.
08:59Les plus grosses entreprises, les ultra-riches aussi, vous les avez à donner...
09:02Oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr.
09:03Bien sûr, tous ceux qui le peuvent et le petit coup de main de l'Etat,
09:07c'est de dire, pour encourager, il y aura une déductibilité fiscale de ces dons.
09:11Et ça, on le concentrera.
09:13Il ne s'agit pas d'arroser très large, comme on l'a fait pendant le Covid,
09:18parce que parfois, ça a été un peu décrié d'ailleurs par la suite,
09:21des aides ont été données alors qu'elles n'étaient pas vitales
09:24pour ceux qui les ont reçues.
09:26Là, il faudra qu'on soit très précautionneux sur chaque euro d'argent dépensé,
09:31que ce soit vraiment pour sauver une entreprise et ses salariés.
09:34Et entre les assurances et les aides, si elles doivent être très ciblées,
09:37qu'il faut vérifier avant que l'entrepreneur en a vraiment besoin,
09:40est-ce que ce laps de temps ne risque pas de leur être fatal pour les plus petites structures ?
09:44Oui, c'est pour ça qu'il faut aller vite.
09:46C'est pour ça qu'il faut aller vite.
09:47Et en fait, le lien, c'est les banquiers.
09:51J'étais encore hier avec le directeur général d'une banque
09:55qui s'est engagée à ce que tous ces conseillers rencontrent, appellent ses clients
10:00en leur disant, on va vous faire une facilité de caisse à taux zéro
10:04pour vous permettre d'attendre qu'un jour, trois semaines,
10:09que des choses un peu plus structurées se mettent en place.
10:12Et puis, tout de même, tout n'est pas perdu.
10:14Je dis, moi, à tous les Français, dès que ça va se calmer,
10:18on a tous, si on ne donne pas au fond de solidarité,
10:21on a tous le devoir d'aller là-bas et de donner un coup de main au mois d'août,
10:26au mois de septembre.
10:27Je pense à tous nos amis recités.
10:28Donc, c'est un appel à aller passer ses vacances là-bas ?
10:30Oui, mais bien sûr.
10:31Mais bien sûr, en septembre, tous ceux qui ont prévu de partir en septembre,
10:35les choses seront classées, terminées, je le souhaite.
10:38Vous leur dites, là où les pompiers ne doivent pas être gênés,
10:41partez en Girondeur.
10:42Eh bien sûr, aller donner un coup de main,
10:44simplement en allant dans un restaurant, en allant à l'hôtel,
10:47en allant dans un camping, au mois de septembre,
10:49il fait beau là-bas.
10:51Et si on a une mobilisation de tout le pays,
10:53on arrivera à sortir toutes ces entreprises et leurs salariés,
10:57cette économie régionale du bazar dans lequel malheureusement elle se trouve.
11:02Merci beaucoup Michel.