00:01Vincent Derosier, RTL Matin.
00:03Cédric Jubilard a avoué, après avoir nié pendant 5 ans et demi,
00:06il a avoué à la justice avoir étranglé sa femme Delphine
00:09lors d'une dispute dans leur maison.
00:11C'était la nuit du 15 au 16 décembre 2020.
00:14Et le procès de Cédric Jubilard, prévu au mois de septembre,
00:17est donc renvoyé au premier semestre 2027.
00:20Le colonel Patrick Pégeaud est avec nous dans ce studio.
00:22Bonjour à vous.
00:23Bonjour.
00:23Colonel, chef du suivi des opérations judiciaires pour la Gendarmerie nationale.
00:26Alors on va parler avec vous bien sûr de cette enquête hors normes de près de 6 ans.
00:31Mais d'abord, je voulais qu'elle se taise, je l'ai attrapée par le coup,
00:34je l'ai serrée, elle est tombée inerte.
00:36Ces aveux de Cédric Jubilard lors de son audition sont-ils crédibles selon vous ?
00:41Alors ça c'est l'enquête qui va le démontrer.
00:43De toute façon nous avons été saisis d'une nouvelle commission revogatoire
00:46par la juge d'instruction qui va permettre aux enquêteurs de la gendarmerie
00:51et plus particulièrement ceux de la section de recherche de Toulouse
00:53de déterminer et de confronter les déclarations de Cédric Jubilard
00:58à la réalité des témoignages et des faits qui seront relevés.
01:03Et donc ensuite nous apporterons ces conclusions lors du procès
01:07qui se tiendra au premier semestre 2027.
01:09Parce qu'il raconte également avoir improvisé, avoir placé le corps dans le coffre de la voiture
01:13et avoir roulé sans destination précise sur la route qui menait à Corte-sur-Ciel.
01:17Oui tout à fait, c'est-à-dire que le travail des enquêteurs va être de confirmer ou d'affirmer
01:21les déclarations de Cédric Jubilard, de comprendre comment Delphine Ossaguen a été tuée,
01:27à quelle heure, la manière dont elle a été tuée et est-ce qu'il y avait préméditation ou pas.
01:32En tout cas, est-ce que ce récit qu'il fait correspond au travail de vos enquêteurs
01:36pendant toutes ces années, même si vous le dites c'est l'enquête qui va le dire ?
01:39Ça, de toute façon, c'est compliqué de se positionner là-dessus.
01:45L'idée, ce n'est pas d'anticiper sur les futurs actes d'enquête,
01:49mais de vraiment mener une enquête avec le professionnalisme et la rigueur
01:54des enquêteurs de la Gendarmerie nationale.
01:56Vous avez parlé de préméditation, c'est la question.
01:59Pour l'instant, lui décrit une explosion de colère.
02:01Oui, c'est ce qu'il décrit, vous avez raison.
02:03Vous avez le sentiment qu'il a tout dit aujourd'hui ?
02:06Ça, lui seul le sait et le reste de l'enquête le déterminera.
02:10En fait, le travail d'enquêteur n'est pas un travail de sentiment.
02:14Nous n'avons pas à avoir des sentiments par rapport à ça.
02:16Nous devons garder les faits de manière impartiale, de manière professionnelle,
02:19de manière rigoureuse et ensuite, nous rendrons nos conclusions lors du procès.
02:25Pour prendre un exemple, un seul, il y a ce téléphone de Delphine Jubilard
02:28qui n'a jamais été retrouvé.
02:30Lui dit l'avoir jeté dans une poubelle à 50 mètres de la maison
02:33avec une paire de bouts et un manteau.
02:35Oui, tout à fait.
02:37Ensuite, à voir si c'est crédible ou pas.
02:40Il y a un certain nombre.
02:41Vous savez, c'est une enquête où il y a eu 15 000 actes de procédure,
02:4527 tomes d'instruction.
02:47Donc, on a déjà beaucoup enquêté.
02:48C'est une enquête qui a duré pendant 3 ans
02:50avec une dizaine d'enquêteurs de la section de recherche de Toulouse.
02:53Donc, tous ces actes vont être confrontés aux déclarations de Cédric Jubilard.
02:57On va parler des fouilles.
02:58Est-ce que vous confirmez que les fouilles sont arrêtées, qu'elles ne reprendront pas ?
03:02Les fouilles sont arrêtées parce que ces fouilles se sont déroulées jeudi et vendredi dernier.
03:08Et vendredi après-midi, les magistrats ont eu la certitude
03:13que nous ne retrouverions plus d'autres éléments sur le champ.
03:17C'est des fouilles qui impliquaient des chiens spécialisés dans la recherche de restes humains.
03:23Ce sont des fouilles qui impliquaient aussi des drones.
03:26Ce sont des fouilles qui impliquaient une centaine de gendarmes.
03:28Et donc, nous avons eu la certitude que nous ne retrouverions plus rien sur ce champ.
03:32Donc, pour le moment, elles sont en effet arrêtées.
03:34Donc, il aurait été utile de retrouver, mais vous dites que c'est impossible
03:38et donc qu'il n'y a plus rien à retrouver.
03:40Sur le champ, nous considérons qu'il n'y a plus rien à retrouver.
03:42Nous avons retrouvé, comme vous le savez, quelques ossements.
03:45Mais nous considérons qu'il n'y a plus rien à retrouver sur ce champ.
03:47Pourquoi l'endroit où a été retrouvée la dépouille n'avait jamais été fouillée ?
03:51Alors, vous savez, l'endroit où a été retrouvée la dépouille, c'est à 10 km de Cagnac.
03:56Donc, à la fois, ça semble proche.
03:59Je veux dire, 10 km en secteur rural, vous le faites en 10 minutes.
04:02Mais néanmoins, la surface d'un cercle de 10 km de rayon, c'est 300 km².
04:07C'est trois fois la surface de Paris.
04:08Donc, vous imaginez bien que nous ne pouvions pas fouiller trois fois la surface de Paris,
04:13qu'il a fallu faire des choix qui correspondaient aux habitudes de Cédric Jubilard, notamment.
04:18Et donc, cet endroit n'a pas été fouillé parce que ce n'était pas possible de le fouiller, tout
04:21simplement.
04:22Qu'est-ce que ces ossements retrouvés ont permis d'apprendre,
04:25au-delà de la confirmation qu'il s'agit bien de Delphine Jubilard ?
04:28Alors, le principal fait, c'est bien entendu la confirmation qu'il s'agit bien de Delphine Osaguel.
04:35Ce qui n'était pas évident, je veux dire, les os étaient en mauvais état
04:38et il a fallu toute la technicité de l'IRCGN pour permettre de trouver cet ADN.
04:44Ensuite, les os continuent d'être exploitées, sachant qu'on en a trouvé, comme vous le savez, relativement peu.
04:49Ce qui fait que ce sera forcément compliqué d'avoir des éléments probants liés à ces ossements.
04:55Vous parlez d'expertise, quelles techniques ont été utilisées, justement ?
04:59Alors, ce sont des techniques d'extraction qui ont été mises en œuvre par l'IRCGN,
05:05sachant que les os étaient en mauvais état, étaient anciens.
05:08Donc, il y a un protocole d'os ancien qui permet de maximiser les chances de trouver de l'ADN.
05:13Encore une fois, nous n'étions pas sûrs de trouver de l'ADN sur ces os
05:15et nous sommes très satisfaits que l'IRCGN a réussi à en trouver.
05:19Vous dites qu'ils ont finalement peu parlé, malgré cette haute technicité,
05:24ils ont peu parlé ces ossements ?
05:25Alors, pour le moment, on en est au début.
05:27Je veux dire, pour le moment, la principale recherche qui a été faite,
05:30c'était l'ADN de Delphine Ossakène et donc que nous avons trouvé sur les os.
05:33Ils n'ont pas fini de parler ?
05:34Mais ils n'ont peut-être pas fini de parler.
05:36Sans les aveux de Cédric Jubilard, on n'aurait peut-être jamais retrouvé Delphine Jubilard, en fait ?
05:41Sans les aveux de Cédric Jubilard, je pense que nous n'aurions jamais retrouvé le corps, en effet.
05:45Ou en tout cas, les ossements qui en restent.
05:47C'est l'épilogue de presque six ans d'enquête de la gendarmerie, de vos enquêteurs.
05:51Est-ce que vous avez aujourd'hui un sentiment de fierté du devoir accompli ?
05:56Alors déjà, nous avons le sentiment qu'un pas vers la vérité a été fait.
06:00Et dans ce cadre-là, c'est vrai que nos premières pensées se tournent vers la famille et les proches
06:05de Delphine Ossakène,
06:07en espérant que ça va les aider à faire un petit peu le deuil.
06:10Et ensuite, nous avons le sentiment du devoir accompli, en effet.
06:14Notre devoir, c'est de rechercher la vérité.
06:17D'identifier ce qui s'était passé le jour des faits.
06:21Ça a été une enquête longue, comme vous le savez.
06:23Pas de corps, pas de pistes évidentes au début.
06:28Et néanmoins, au bout de trois ans d'enquête, nous avons réussi à trouver des indices graves et concordants
06:32qui impliquaient Cédric Jubilard, que nous avons présenté au procès, avec la condamnation que vous connaissez.
06:37Toutes les branches de la gendarmerie judiciaire ont été impliquées.
06:40Ça a été, pour le coup, on le disait, une enquête hors normes.
06:42Ça a été une enquête hors normes, avec 15 000 pièces de procédure.
06:45Toutes les branches de la gendarmerie judiciaire, mais aussi les gendarmes départementaux,
06:49les gendarmes mobiles pour les recherches, les hélicoptères, les maîtres de chiens,
06:52les plongeurs, les spécialistes de l'IRCGN, des sciences comportementales.
06:59Toute la gendarmerie a été appliquée en appui de la section de recherche de Toulouse.
07:03Patrick Pégeot, est-ce qu'on connaîtra un jour la vérité ? Comment allez-vous faire ?
07:07Nous allons continuer d'enquêter. Nous espérons, bien entendu, découvrir la vérité.
07:12Nous allons continuer d'enquêter jusqu'au futur procès,
07:14pour essayer d'apporter la vérité à la famille Delphine Ossaguel.
07:19Des doutes ont parfois été exprimés sur votre travail,
07:22le travail de la gendarmerie judiciaire pendant l'enquête.
07:25Par exemple, au tout départ, la défense avait dit que la scène, quand vous êtes arrivée,
07:28n'avait pas été suffisamment sécurisée.
07:31Vous savez, au début, vous avez deux gendarmes primo-intervenants qui interviennent
07:34et qui, à mon avis, ont le bon réflexe de considérer que c'est une affaire qui est grave.
07:40Et dès le début, font appel aux renforts et aux enquêteurs de la section de recherche de Toulouse.
07:44Donc, je pense que les réactions étaient extrêmement bonnes.
07:48Ensuite, à deux gendarmes, vous ne pouvez pas tout faire en primo-intervenant à 4h du matin
07:52sur une scène et dans un décor que vous ne connaissez pas.
07:56Vos enquêteurs avaient la conviction, mais pas de preuve, en fait, au départ.
08:00Au début, vous n'avez pas de conviction.
08:01Vous arrivez à un certain nombre d'hypothèses.
08:03Il y avait de très nombreuses hypothèses.
08:05L'hypothèse de la disparition volontaire, l'hypothèse de l'enlèvement, l'hypothèse du meurtre.
08:10Au début, une enquête judiciaire, c'est de nombreuses hypothèses.
08:13Et au fur et à mesure, on ferme les hypothèses pour arriver aux indices graves et concortants
08:17qui impliquaient Cédric Jubilard.
08:18Vous avez l'impression que Cédric Jubilard s'est joué de vous à jouer avec vous, en niant, puis en
08:24changeant ?
08:25Je pense qu'il n'est pas question de jeu.
08:27Je pense qu'il y a une stratégie de défense qui a été mise en place,
08:30que nous, de notre côté, comme je le répète, nous avons enquêté.
08:33Nous avons enquêté d'une manière rigoureuse, d'une manière minutieuse,
08:36en récoltant des preuves.
08:38Et c'est notre travail.
08:38Vous parlez de preuves, il y a eu ces lunettes cassées pendant l'enquête.
08:42La seule paire que Delphine Jubilard portait, déjà abîmée, retrouvée en plusieurs morceaux.
08:46Vous pouvez nous raconter ce détail de l'enquête ?
08:49Alors, sur ce détail, pas forcément.
08:53C'est vrai que nous avons trouvé un certain nombre d'éléments.
08:56Ce sont les lunettes cassées.
08:59Ce sont aussi des témoignages.
09:00Des témoignages de cris dans la nuit.
09:03Les témoignages, comme vous le savez, de la mère de Cédric Jubilard, de son fils.
09:06Et l'ensemble de ces éléments nous ont poussés à avoir quand même une certaine idée
09:15sur la mise en cause de Cédric Jubilard.
09:17Une double expertise avait permis de montrer que les dommages causés sur ces lunettes
09:22n'avaient pu être provoqués que par un point des coups physiques adultes.
09:26Tout à fait.
09:26Ça devait être une intervention extérieure sur ces lunettes.
09:29Ça ne pouvait pas être des lunettes qui étaient juste tombées ou sur lesquelles on s'était assis dessus.
09:33Ça sous-entendait une intervention extérieure.
09:35Quelle leçon vous tirez de cette enquête qui a presque duré six ans, on le disait ?
09:39Alors la leçon de cette enquête, je dirais que déjà, la détermination et la pugnacité.
09:44Je veux dire, cette enquête a duré six ans, c'est extrêmement long.
09:47Mais à la fin, on commence à toucher à la vérité.
09:49C'est une grande satisfaction.
09:51Et puis pour nous, juste pour dire que la gendarmerie,
09:54ce qui anime les enquêteurs de la gendarmerie, c'est de trouver la vérité.
09:57La vérité et de rechercher la vérité.
09:59Ce n'est pas de chercher un coupable, c'est de chercher le coupable et la vérité.
10:02Son procès qui devrait se tenir au premier semestre 2027 permettra, selon vous, de découvrir la vérité ?
10:08Je l'espère.
10:09Merci beaucoup, colonel Patrick Pégeot, d'avoir été ici.
10:11Merci.
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