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  • il y a 2 jours
Dans les Hautes-Vosges, Patrick Crouvezier fabrique et pose des essis, ces planchettes de bois fendu qui habillaient autrefois toutes les fermes de la région. Un savoir-faire en voie de disparition, désormais inscrit sur la plateforme du programme national Per Durare.
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Il faut du temps pour comprendre ce que fait Patrick Crouvezier. Du temps, justement, c'est ce qui définit son métier. Pour couvrir un mètre carré de façade, il travaille une journée entière. Pour une ferme de 170 mètres carrés, il faut compter six mois de fabrication en hiver, puis deux mois de pose à la belle saison. « Un arbre a mis 2 000 ans à pousser, une façade va tenir une centaine d'années, donc on est dans une autre échelle de temps », résume-t-il. Patrick Crouvezier est faiseur d'essis, le seul à exercer ce métier en micro-entreprise dans les Vosges. Ces planchettes d'épicéa fendu à la main, que les paysans vosgiens clouaient eux-mêmes sur les murs exposés au vent et à la pluie depuis le Moyen Âge, il en a fait sa vocation tardive, son équilibre.

Un savoir-faire si rare qu'il vient d'être intégré au projet Per Durare, initiative nationale portée par l'Institut pour les Savoir-Faire Français et la Fondation d'entreprise AG2R LA MONDIALE, dont l'objectif est de recenser et de préserver les métiers d'art menacés de disparition sur une plateforme numérique.

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Aujourd’hui, des métiers d’art séculaires deviennent des métiers rares !
« Connaissance des Arts » défend depuis plus de dix ans ces métiers souvent méconnus, au carrefour de la main et de l’esprit, de l’artisanat d’art et de la création.
Il devient aujourd’hui nécessaire de se mobiliser pour que les artisans d’art soient reconnus comme de véritables créateurs et que soient mis en œuvre les moyens nécessaires à la transmission et à la pérennisation de leurs savoir faire.
Transcription
00:05Musique
00:21Dans les Vosges, on utilisait ces planchettes de bois faites à la main
00:24pour rhabiller les anciennes maisons, les anciennes façades exposées au vent dominant.
00:29C'est une protection idéale contre le vent, la pluie, tout en laissant respirer le mur qui est derrière.
00:38Donc pour faire des essais, on utilise de l'épicéa, c'est un bois qui garde moins l'humidité que
00:42du sapin.
00:43On peut en faire dans d'autres essences qu'on n'a pas dans la région.
00:48Moi j'utilise de l'épicéa mais d'altitude, un bois qui a poussé très lentement,
00:52avec un accroissement très lent, donc des cernes très serrées,
00:56ce qui fera la durabilité de mes planchettes.
01:03Je coupe en rondelles de 33 cm, c'est une longueur ancestrale, c'est le pied du roi je crois.
01:28Donc l'idéal c'est de les écourcer et ensuite je les fends en quartier, toujours dans l'axe du
01:35cœur.
01:35Parce que le bois, quand il est fendu en quartier, il ne se déforme plus.
01:39Donc pour les fendre en quartier, j'utilise un départoir.
01:43C'est un outil qui ressemble à une hache, sauf qu'on tape dessus avec une mailloche.
01:48C'est fait pour éclater le bois, pour écarter la fibre.
01:58Après j'utilise un départoir un peu plus petit pour faire mes essies.
02:03Donc c'est des planchettes qui vont être fondues toujours,
02:07en gardant la fibre du bois, ce qui fait la qualité de mes planchettes.
02:18J'ai un marqueur qui me trace quatre essies, avec une petite fente.
02:22La rame du départoir vient à la fente.
02:26Et là avec la mailloche, j'éclate mon bois, pour réaliser mes planchettes.
02:43Donc j'utilise un bord d'âne, appelé une doleur en Vosgien.
02:47Ça, il y en a dans toutes les régions de France.
02:50Elle me sert, à l'aide de mes pieds, à pincer ma planchette de bois brute,
02:56que je vais rectifier à l'aide d'une plane.
02:58Donc je vais déjà rectifier un côté.
03:01Après je vais rectifier la planéité, tout en faisant attention de ne pas toucher au pureau.
03:08Le pureau, c'est la partie qui va rester apparente en extérieur, la partie visible.
03:12Donc celle-là, c'est celle qui doit être étanche à l'eau.
03:15Et donc c'est la fibre naturelle, on ne doit pas y toucher.
03:20Par contre, c'est recouvert les deux tiers.
03:22Donc sur les deux tiers, je peux rectifier sa planéité pour que les scies du dessus se surproposent correctement.
03:30Il faut que l'air circule entre mes planches.
03:34Donc je redresse qu'un minimum sans être parfait.
03:38C'est le défaut du bois qui fait sa qualité.
03:41Sur la partie pureau, c'est que l'eau va glisser dessus.
03:45Elle ne va pas s'infiltrer directement.
03:48Après, l'hygrométrie ambiante va faire que le bois va quand même être humide.
03:52Mais le moindre coup de vent va faire ressécher le bois.
03:56C'est pour ça que l'épicéa va être un très bon bois pour ça.
04:02C'est très long à fabriquer.
04:04Je réalise seulement un mètre carré par jour.
04:06Pour une ferme qui va faire 100, 110 mètres carrés, voire plus,
04:11je peux passer au minimum six mois de fabrication tout l'hiver
04:15pour deux mois de pause en été.
04:17Donc on comprend que c'est très long à réaliser.
04:21Et c'est la raison principale que ça s'est perdu au fil du temps.
04:25Tous les anciens fabriquaient eux-mêmes leurs bardeaux, leurs acis.
04:30Comme ils fabriquaient leurs râteaux, leurs sabots,
04:32ils fabriquaient ça en hiver, entre la traité des vaches et les travaux à la ferme.
04:37C'est peut-être pas vraiment un métier.
04:39C'est un savoir-faire qui se transmettait de génération en génération depuis le Moyen-Âge.
04:43Il n'y a plus que des anciens qui connaissent encore ce savoir-faire.
04:47C'est pour ça que j'ai voulu continuer à transmettre aux futures générations
04:53ce savoir-faire qui me paraît très pertinent
04:56vu que c'est du bois local fabriqué à la main,
05:00avec une durabilité exceptionnelle,
05:04sans traitement chimique, sans rien.
05:06Le fait que ça se perde mérite qu'on s'y attarde.
05:15Sous-titrage Société Radio-Canada

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