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Avant de détruire les objets religieux du Kongo et de l’Angola, les missionnaires européens ont commencé par représenter les croyances africaines à travers leurs propres codes.

Dans Kongo et Angola, 1650-1750. Une rencontre en images, publié par CNRS Éditions, l’historienne Cécile Fromont montre que ces aquarelles sont à la fois des archives exceptionnelles de l’Afrique centrale et des instruments de conversion religieuse.

Elles conservent la mémoire de pratiques, d’objets et de savoirs locaux. Mais elles transforment aussi certaines croyances en « idolâtrie », certains spécialistes en « sorciers » et certains objets en preuves supposées de superstition.

Qui possède le pouvoir de décider qu’une croyance est une religion… et qu’une autre n’est qu’une superstition ?



#HistoireAfricaine #RoyaumeDuKongo #Angola #HistoireDesReligions

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Personnes
Transcription
00:00Avant de brûler les croyances du Congo et de l'Angola, les missionnaires les ont d'abord redessinés.
00:05Au XVIIe et XVIIIe siècle, des capucins européens observent les pratiques religieuses, les objets rituels, les remèdes et les interdits
00:14alimentaires d'Afrique centrale.
00:15Mais leur objectif n'est pas seulement de comprendre, non.
00:18Il faut rendre ces pratiques lisibles à un public européen et de ce fait les faire entrer dans une catégorie
00:25déjà toute prête, l'idolâtrie.
00:27Regardez ces aquarelles. Une chèvre vivante est placée sur une pierre.
00:31Un homme s'agenouille devant elle, les bras tendus comme vous le voyez.
00:34La scène est construite pour évoquer, tout simplement, aux yeux d'une personne européenne, une statue posée sur son piédestin.
00:41Et derrière cette représentation se trouve une référence très lisible, évidente pour un chrétien.
00:47L'histoire biblique du Vaudor.
00:49Pourtant, ce dessin n'est pas une simple copie de la réalité.
00:52Il mélange des détails observés en Afrique centrale avec des codes visuels venus d'Europe.
00:56Cécile Fromont, dans son ouvrage, son magnifique ouvrage qui s'appelle Congo et Angola, le dit ainsi à la page
01:02136, je cite.
01:03Des images, non seulement de l'Afrique centrale, mais aussi issues de l'Afrique centrale.
01:07Ces images, comme vous le voyez, sont précieuses, bien évidemment, parce qu'elles conservent la trace d'objets, de gestes
01:14et de pratiques parfois disparues.
01:15Mais elles deviennent d'un autre côté aussi trompeuses.
01:18Lorsqu'on les regarde comme des photographies neutres, elles ne montrent pas seulement une croyance.
01:23Elles indiquent aussi aux spectateurs comment ils doivent la juger.
01:27Dans cette logique, missionnaire, demander l'intervention d'un saint relève de la faute.
01:31Mais chercher la guérison auprès d'un spécialiste local peut devenir de la superstition, de la sorcellerie, voire même une
01:39action démoniaque.
01:40Et le paradoxe est immense ici.
01:42Les religieux recueillent les connaissances locales sur les plantes et la médecine.
01:46Ils apprennent même de ces savoirs, tout en condamnant une partie de ceux qui les transmettent.
01:50Puis derrière, ils viennent avec la destruction.
01:52Cécile Fromont, toujours dans l'ouvrage, à la page 141, dit ceci, je cite.
01:56Les frères s'efforçaient de mettre la main sur ces artefacts et de les détruire souvent par le feu.
02:01Les peintures que vous voyez montrent alors des bâtiments incendiés, des objets rituels dispersés et des populations représentées comme terrifiées.
02:10Voilà pourquoi ces images doivent être lues, je dirais, sur deux niveaux, à deux facettes.
02:15Elles sont d'abord des archives exceptionnelles de la rencontre entre l'Europe, le Congo et l'Angola.
02:22Oui, mais elles sont aussi des instruments, les instruments d'une conquête religieuse.
02:26Car le pouvoir n'était pas seulement de détruire un objet, c'était de décider qu'une pratique était une
02:32foi et qu'une autre n'était qu'une superstition.
02:35Celui qui impose les mots finit, finit très souvent, par décider de ce qui mérite d'être conservé et de
02:42ce qui doit être brûlé.
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