00:00Avant de brûler les croyances du Congo et de l'Angola, les missionnaires les ont d'abord redessinés.
00:05Au XVIIe et XVIIIe siècle, des capucins européens observent les pratiques religieuses, les objets rituels, les remèdes et les interdits
00:14alimentaires d'Afrique centrale.
00:15Mais leur objectif n'est pas seulement de comprendre, non.
00:18Il faut rendre ces pratiques lisibles à un public européen et de ce fait les faire entrer dans une catégorie
00:25déjà toute prête, l'idolâtrie.
00:27Regardez ces aquarelles. Une chèvre vivante est placée sur une pierre.
00:31Un homme s'agenouille devant elle, les bras tendus comme vous le voyez.
00:34La scène est construite pour évoquer, tout simplement, aux yeux d'une personne européenne, une statue posée sur son piédestin.
00:41Et derrière cette représentation se trouve une référence très lisible, évidente pour un chrétien.
00:47L'histoire biblique du Vaudor.
00:49Pourtant, ce dessin n'est pas une simple copie de la réalité.
00:52Il mélange des détails observés en Afrique centrale avec des codes visuels venus d'Europe.
00:56Cécile Fromont, dans son ouvrage, son magnifique ouvrage qui s'appelle Congo et Angola, le dit ainsi à la page
01:02136, je cite.
01:03Des images, non seulement de l'Afrique centrale, mais aussi issues de l'Afrique centrale.
01:07Ces images, comme vous le voyez, sont précieuses, bien évidemment, parce qu'elles conservent la trace d'objets, de gestes
01:14et de pratiques parfois disparues.
01:15Mais elles deviennent d'un autre côté aussi trompeuses.
01:18Lorsqu'on les regarde comme des photographies neutres, elles ne montrent pas seulement une croyance.
01:23Elles indiquent aussi aux spectateurs comment ils doivent la juger.
01:27Dans cette logique, missionnaire, demander l'intervention d'un saint relève de la faute.
01:31Mais chercher la guérison auprès d'un spécialiste local peut devenir de la superstition, de la sorcellerie, voire même une
01:39action démoniaque.
01:40Et le paradoxe est immense ici.
01:42Les religieux recueillent les connaissances locales sur les plantes et la médecine.
01:46Ils apprennent même de ces savoirs, tout en condamnant une partie de ceux qui les transmettent.
01:50Puis derrière, ils viennent avec la destruction.
01:52Cécile Fromont, toujours dans l'ouvrage, à la page 141, dit ceci, je cite.
01:56Les frères s'efforçaient de mettre la main sur ces artefacts et de les détruire souvent par le feu.
02:01Les peintures que vous voyez montrent alors des bâtiments incendiés, des objets rituels dispersés et des populations représentées comme terrifiées.
02:10Voilà pourquoi ces images doivent être lues, je dirais, sur deux niveaux, à deux facettes.
02:15Elles sont d'abord des archives exceptionnelles de la rencontre entre l'Europe, le Congo et l'Angola.
02:22Oui, mais elles sont aussi des instruments, les instruments d'une conquête religieuse.
02:26Car le pouvoir n'était pas seulement de détruire un objet, c'était de décider qu'une pratique était une
02:32foi et qu'une autre n'était qu'une superstition.
02:35Celui qui impose les mots finit, finit très souvent, par décider de ce qui mérite d'être conservé et de
02:42ce qui doit être brûlé.
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