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Cette photo entre Christine Kelly et Hervé Damoiseau ne me choque pas.

Mais elle pose une question de mémoire.

Après le mouvement social de 2009 en Guadeloupe, Hervé Damoiseau avait tenu des propos renvoyant des Guadeloupéens contestant la situation économique de l’île vers le Sénégal.

Dans le même temps, il reconnaissait lui-même que la vie était trop chère en Guadeloupe.

Alors près de vingt ans plus tard, une question mérite d’être posée : maintient-il ces propos aujourd’hui ?

Et surtout : peut-on raconter le parcours d’un puissant acteur économique guadeloupéen sans confronter aussi cette partie de son histoire ?

Le débat dépasse largement une simple photo. Il touche à la vie chère, au LKP, au pouvoir économique, à l’appartenance et à la mémoire de la Guadeloupe.

Démarche journalistique ou mémoire sélective ?


#Guadeloupe #ChristineKelly #Damoiseau

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Cette photo en réalité ne me choque pas après coup, mais ce qu'elle semble oublier par contre, oui.
00:06Parce que derrière le sourire de Christine Kelly et d'Hervé Damoiseau, il y a une phrase que la Guadeloupe
00:11n'a pas oubliée.
00:12Christine Kelly, elle-même guadeloupéenne, annonce avoir discuté avec le dirigeant des Roms Damoiseau,
00:18des enjeux de la filière, avant un article dans le JDD, donc le journal du dimanche.
00:22Concrètement, qu'une journaliste rencontre un grand industriel français n'a rien de scandaleux en réalité, ce n'est pas
00:28choquant.
00:29C'est même son travail.
00:30Mais le journalisme, alors à moins que je ne me trompe, ne consiste pas seulement à donner la parole au
00:36pouvoir,
00:37il consiste aussi à le confronter à sa propre mémoire.
00:40Car dans le documentaire Guadeloupe, une colonie française consacrée à l'après-grève de 2009,
00:46il ne faut pas oublier que Hervé Damoiseau déclarait ceci.
00:49Les premiers vendeurs d'esclaves, c'était des nègres qui vendaient des nègres aux blancs.
01:00Et puis, puisqu'on se plaint autant de la Guadeloupe et de son système,
01:04les Guadeloupéens sont en grande partie sénégalais.
01:07Qu'est-ce qui leur empêche d'aller visiter le Sénégal pour voir si on est mieux en Sénégal qu
01:10'en France
01:10puisque le pouvoir colonialiste est si désagréable que ça ?
01:14Il opposait ensuite le Sénégal à la France,
01:17puisque le pouvoir colonialiste serait, disait-il, avec une certaine pensée d'ironie, si désagréable.
01:24Est-ce que vous voyez le déplacement ?
01:26Des Guadeloupéens parlaient de vie chère, de bas salaire et de rapports économiques.
01:30Lui leur répondait par une origine africaine supposée.
01:34Comme si, pour ceux qui ne l'ont pas compris,
01:35des cendres de personnes africaines retiraient le droit de contester chez soi.
01:40Comme si, pour certains, la Guadeloupe était une appartenance naturelle
01:45et pour d'autres, une faveur dont il faudrait se montrer reconnaissant.
01:49Et voici la contradiction dans tout cela.
01:51À la même époque, Hervé Damoiseau reconnaissait lui-même, je cite,
01:55« Le LKP a raison, la vie est trop chère ».
01:57Il s'est également défini comme créole et guadeloupéen à 100%.
02:02Alors pourquoi son appartenance serait-elle incontestable
02:06tandis que celle des Guadeloupéens qui protestent pourrait être renvoyée au Sénégal ?
02:11Voilà, je pense, la véritable question que cette rencontre devrait permettre de poser.
02:16Monsieur Damoiseau, maintenez-vous aujourd'hui encore ces propos.
02:20Est-ce que vous les regrettez ?
02:21Comprenez-vous ce qu'il révèle du rapport entre pouvoir économique, origine et légitimité en Guadeloupe ?
02:28Peut-être que l'article, je ne m'avance,
02:30mais peut-être que l'article à venir posera ces questions, et je l'espère.
02:34Mais s'il raconte uniquement la réussite du rhum d'un moiseau,
02:37en oubliant ce pan de l'histoire, ce ne sera pas un portrait complet.
02:41Ce sera comme une mémoire sélective.
02:43On peut parler avec tout le monde,
02:45mais parler ne doit jamais signifier effacer.
02:47Maintenant, selon vous, est-ce une véritable démarche journalistique
02:51ou une banalisation d'un mépris qui reste à interroger ?
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