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  • il y a 2 mois
Claire Thoury, présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), ancienne présidente du comité de gouvernance de la Convention citoyenne sur la fin de vie, se félicite de l'aboutissement du processus démocratique. Le texte est voté une dernière fois, mercredi, par les députés. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-15-juillet-2026-2628597

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Transcription
00:00Notre invitée est présidente du CESE, le Conseil économique, social et environnemental
00:05et ancienne présidente du comité de gouvernance de la Convention citoyenne sur la fin de vie.
00:10Bonjour Claire Toury.
00:11Bonjour.
00:11La loi créant un droit à mourir, donc légalisant en France le suicide assisté,
00:16voire l'euthanasie, va être, sauf surprise, adoptée cet après-midi par les députés,
00:21sans consensus, ni au Parlement, ni véritablement dans la société.
00:25Est-ce que vous le regrettez ?
00:27Alors moi, je ne le regrette pas, je n'ai pas vraiment à commenter ça,
00:30mais par contre, je pense qu'on peut être extrêmement fiers de voir un processus démocratique aboutir.
00:35C'est un processus démocratique hyper dense, qui a commencé quand même en septembre 2022
00:40par l'avis du Comité consultatif national d'éthique,
00:43qui commence à ouvrir la porte à une aide active à mourir sous conditions très strictes,
00:47puis s'en suit la fameuse Convention citoyenne sur la fin de vie que j'ai eu la chance d
00:51'animer.
00:52C'était 184 citoyens tirés au sort ?
00:54Absolument représentatif de la diversité de la population française,
00:57qu'on débattu de façon remarquable, avec beaucoup de dignité, d'humilité, d'apaisement,
01:03pendant quatre mois, et qu'on produit une réponse non pas consensuelle, mais exigeante.
01:07Et c'est peut-être pour ça que je ne suis pas tant surprise que ça,
01:10parce que la fin de vie, finalement, personne n'a tort, personne n'a raison,
01:13et c'est ça qui fait toute la force et toute la richesse du débat qu'on a pu vivre
01:17pendant trois ans,
01:18quatre ans maintenant, je ne sais plus si c'est bien compté, quatre ans, voilà.
01:22Personne n'a tort, personne n'a raison.
01:24En revanche, il faut quand même qu'on arrive à trouver un chemin,
01:27et c'est ce que la Convention citoyenne a essayé de faire pendant quatre mois.
01:30Justement, en mettant en place cette Convention citoyenne,
01:33c'est pour ça que cette question du consensus, elle vous regarde.
01:35Emmanuel Macron voulait précisément un texte consensuel.
01:39Vous vous dites sur un sujet aussi sensible, c'est impossible.
01:42Je pense que c'est absolument impossible, mais ce n'est pas grave.
01:44En démocratie, les choses ne sont pas toujours consensuelles,
01:46et il faut quand même qu'on prenne des décisions.
01:48Et donc, c'est ça qui est en train de se produire.
01:49Après quatre années de débat, une décision va être prise,
01:52et on est au bout d'un processus démocratique.
01:55Quelle que soit cette décision, finalement, ce qui est hyper puissant,
01:58c'est qu'on est dans une démocratie dense,
02:00où, voilà, je le disais, il y a d'abord les grands sages,
02:02puis les citoyens, puis l'avis du CESE, de la société civile organisée,
02:05les débats avec les patients, les soignants,
02:08un premier texte en avril 2024, une dissolution,
02:11puis ensuite un autre texte, et puis ensuite une motion de censure,
02:14puis ensuite deux textes, et puis ensuite des débats.
02:16Puis un des premiers textes sur les soins palliatifs,
02:18qui a été voté à l'unanimité,
02:20et ça aussi, c'était une recommandation des citoyens de la Convention,
02:23en mai, enfin, il y a quelques semaines.
02:24Et on aboutit cet après-midi, on verra bien ce qui se passe.
02:27Mais au moins, on sera allé au bout d'un processus démocratique.
02:29Justement, il y a eu un processus qui a été, effectivement, très long,
02:33mais aussi très complexe, à cause, entre autres, de la dissolution,
02:36aussi parce que le Sénat a par trois fois rejeté ce texte.
02:40Vous vous dites, il a, malgré tout, une véritable légitimité démocratique ?
02:43Ah bah, bien sûr.
02:44Heureusement que les textes qui vont au bout ont des légitimités démocratiques.
02:48Enfin, la légitimité démocratique,
02:50heureusement qu'elle ne repose pas que sur des choses qui sont consensuelles,
02:53sinon on ne s'en sortirait jamais.
02:54Moi, je trouve que, là, sur ce texte-là, on peut...
02:57Encore une fois, je ne présume pas de ce qui va se passer.
02:59Et je ne parle même pas du texte.
03:00Sur ce débat-là, sur la fin de vie,
03:02je pense qu'on peut être fier de ce qui s'est passé en France ces quatre dernières années,
03:05parce que tout le monde, quasiment tout le monde,
03:07a été au-dessus de soi-même.
03:08Et on a tous fait attention à l'autre.
03:10On s'est mis à la place de l'autre.
03:11On n'est pas parti du principe qu'on avait tort ou qu'on avait raison.
03:15On a essayé de construire un chemin de façon apaisée,
03:17avec humilité, avec rigueur.
03:19Vous avez pu vous rendre compte,
03:20on va parler évidemment du fond du texte,
03:22mais vous avez pu constater le caractère inflammable,
03:25vous le connaissiez,
03:26mais de ce sujet, il y a quelques jours,
03:28notamment, vous vouliez vous réunir ce soir,
03:30après le vote,
03:32avec les membres de la Convention citoyenne,
03:34au ministère des Relations avec le Parlement.
03:36Avec le CESE, vous avez envoyé un mail d'invitation
03:38dans lequel vous parliez de cocktails de célébrations.
03:42Grosse polémique.
03:43Qu'est-ce que vous dites ce matin ?
03:44C'était une maladresse, une bourde ?
03:46Ah oui, c'était complètement une erreur,
03:48et moi je comprends parfaitement les mois que ça a pu susciter.
03:50Et alors vraiment, c'est une erreur,
03:53c'est une immense maladresse,
03:54et on est vraiment toutes et tous désolés
03:57d'avoir pu affecter qui que ce soit.
03:59Parce que les opposants au texte vous ont reproché,
04:02Bruno Retailleau par exemple,
04:03de vouloir danser sur la mort, célébrer la mort.
04:06Absolument pas, je pense qu'on peut.
04:07Et c'était absolument pas l'état d'esprit de cette invitation.
04:10L'objectif, c'était de réunir les citoyens,
04:12parce qu'on va au bout d'un processus démocratique.
04:14Et si à aucun moment,
04:16à aucun moment, on peut se réjouir sur la fin de vie,
04:18sur la question de la fin de vie,
04:19on peut se réjouir de voir un processus démocratique aboutir.
04:23Et c'était le sens de la réunion de tout à l'heure
04:25qui a été annulée.
04:26Donc voilà.
04:27Rentrons dans le détail du texte.
04:30Cette loi instaure un droit aux suicides assistés
04:33ou à l'euthanasie pour les personnes majeures
04:36de nationalité française,
04:38atteintes d'une affection grave et incurable
04:40en phase avancée ou terminale,
04:42qui souffrent physiquement ou psychologiquement
04:45de manière constante, insupportable,
04:47sans être soulagées par les traitements.
04:49Toutes ces conditions doivent être réunies.
04:51Pour vous, c'est un texte équilibré.
04:52Il n'y a pas de doute là-dessus.
04:53En tout cas, c'est un texte qui va complètement
04:55dans la continuité du travail de la Convention citoyenne.
04:58Mon seul regret, pour vous dire les choses clairement,
05:00c'est qu'on ait deux textes.
05:02Je trouve qu'avoir un texte unique...
05:03Sur le soin palliatif.
05:04On avait les soins palliatifs.
05:05Puis sur le droit à mourir.
05:06Un texte unique permettait de montrer
05:09ce modèle à la française très équilibré,
05:11où d'abord on donne accès aux soins palliatifs,
05:14puisqu'il y a encore 20 départements
05:15qui n'ont pas d'unité de soins palliatifs.
05:17Et ça, ça fait aussi partie des recommandations
05:19des citoyens de la Convention,
05:20qui ont beaucoup insisté là-dessus.
05:22Et les opposants disent d'ailleurs,
05:23il aurait fallu d'abord que le droit aux soins palliatifs,
05:27l'accès aux soins palliatifs,
05:28soit effectif sur tout le territoire,
05:30avant de légiférer sur le droit à mourir.
05:32Le travail qu'on a fait avec la Convention,
05:34mais que le CESE a fait aussi ensuite,
05:36puisqu'il y a eu un avis de la société civile organisée
05:38sur la fin de vie,
05:38le travail qui a été fait à la fois par les citoyens
05:41et la société civile organisée,
05:42en accord avec les gens avec lesquels on a pu échanger,
05:46c'est vraiment ces deux jambes.
05:47C'est quoi qu'il en soit,
05:48il faut des soins palliatifs partout.
05:49Il faut de la formation, il faut de l'information.
05:52Ce n'est pas normal qu'il n'y ait pas
05:53des soins palliatifs partout en France
05:54et il faut des moyens pour ça
05:56et les citoyens ont beaucoup insisté là-dessus.
05:58Ça, c'est une première partie.
05:59Et ça, c'est voté depuis le 26 mai.
06:01Ensuite, il y a une deuxième partie
06:03qui est relative à l'aide à mourir.
06:04Faut-il l'ouvrir ou non ?
06:06Et là encore,
06:07contrairement à tout ce qu'on a pu dire,
06:09on a une réponse qui est extrêmement nuancée.
06:10Il y a eu 19 hypothèses
06:13qui ont été construites par les citoyens
06:15et à la fin, ce que le texte reprend
06:17est très très proche des préconisations
06:19de la Convention citoyenne sur la fin de vie.
06:20Alors, est-ce que les garde-fous sont suffisants
06:22ou est-ce qu'il y a un risque de dérive
06:23comme le craignent les opposants au texte ?
06:25Même le Premier ministre Sébastien Lecornu
06:28semble aujourd'hui en douter
06:29puisqu'il annonce déjà
06:29que si le texte est adopté,
06:31il saisira le Conseil constitutionnel.
06:32Est-ce que ça vous a surpris, cette annonce ?
06:34Non, pas du tout.
06:35En fait, je pense qu'encore une fois,
06:36il faut qu'on aille au bout
06:37de cette question démocratique.
06:39Et donc, du coup,
06:39il faut qu'on saisisse toutes les institutions
06:41et qu'on saisisse le Conseil constitutionnel
06:43sur la question du délai,
06:45sur la question de la clause de conscience
06:47des établissements notamment.
06:48Le délai de rétractation,
06:49pour les patients qui demandent
06:51à ce qu'on les accompagne
06:52et ce qu'on les aide à mourir,
06:55c'est deux jours.
06:56Alors, deux jours minimum.
06:57Mais les opposants disent
06:58que c'est beaucoup trop court.
06:59Ça vous paraît trop court à vous aussi ?
07:00Ça dépend de la situation
07:01dans laquelle se trouve la personne.
07:02On parle de fin de vie.
07:03En fait, c'est très compliqué.
07:05Je pense qu'il faut qu'on se garde bien
07:06d'avoir des pré-jugements.
07:09Il faut qu'on soit précautionneux, évidemment.
07:10Il faut qu'on soit hyper attentif.
07:12Il faut qu'on soit respectueux.
07:12On parle de la fin de vie des gens.
07:14C'est quelque chose qui nous concerne
07:16toutes et tous
07:16parce qu'on l'a vécu
07:19en étant témoin
07:20ou en accompagnant quelqu'un.
07:22Parce qu'on va le vivre
07:23à un moment ou à un autre.
07:24Donc, il faut qu'on soit très exigeant,
07:26très respectueux
07:26et qu'on soit hyper attentif
07:28à ce qu'il n'y ait pas de dérive.
07:29Ça, je suis absolument d'accord avec ça.
07:30Mais du coup, ça dépend de quoi on parle.
07:33Si vous êtes en fin de vie,
07:34ça peut être parfois quelques heures,
07:35ça peut être parfois quelques jours.
07:36Donc, je pense que c'est compliqué
07:38de donner un timing très précis.
07:39Et les professionnels disent,
07:41c'est vrai que l'envie de mourir,
07:45ce n'est pas le bon terme,
07:46mais le souhait, en tout cas,
07:47de mourir chez les patients
07:49très gravement malades
07:50est souvent fluctuant
07:51et ambivalent.
07:53C'est pour ça que ce délai de deux jours
07:54est discuté aussi.
07:56Oui, mais en fait,
07:57je pense que c'est compliqué
07:58de parler à la place des gens eux-mêmes.
07:59Et c'est pour ça que le droit à mourir,
08:02le droit à mourir à la française,
08:04en fait,
08:04cette aide active à mourir
08:05qui est d'abord du suicide assisté
08:07avec une exception d'euthanasie,
08:09avec des critères qui sont très stricts,
08:11très encadrés,
08:12puisque les quatre critères
08:13que vous avez cités sont cumulatifs.
08:15Ce n'est pas l'un ou l'autre,
08:16c'est cumulatif.
08:17Voilà, avec un accompagnement.
08:20Voilà, je pense que c'est très compliqué
08:22de parler à la place de l'autre.
08:23C'est une décision qu'on prendra
08:25toutes et tous en notre âme et conscience
08:26si jamais ça s'y prête.
08:28Mais c'est une décision
08:30qui est une décision individuelle
08:32qu'il faut encadrer malgré tout.
08:34Et c'est le sens de cette loi.
08:34Il y a aussi la question
08:36des majeurs protégés,
08:38sous tutelle ou sous curatelle,
08:40sur laquelle Sébastien Lecornu
08:41souhaite saisir le Conseil constitutionnel.
08:43Est-ce que ce texte apporte
08:44vraiment la certitude
08:45que tous ceux qui font le choix de mourir
08:47le feront de manière libre et éclairée ?
08:50Oui, en tout cas,
08:52c'est comme ça qu'il a été construit.
08:53C'est comme ça qu'il a été pensé
08:54puisqu'il y a eu des débats au départ.
08:56Est-ce que les personnes
08:57qui sont dans le coma, par exemple,
09:00s'il y a eu des directives anticipées,
09:01est-ce qu'elles peuvent bénéficier
09:02d'une aide active à mourir ?
09:03Et la réponse est non.
09:04Il faut être capable de démontrer
09:07son discernement et sa pleine conscience.
09:09C'est comme ça que ce texte a été pensé.
09:10Et la clause de conscience,
09:11vous en parliez,
09:12elle est réclamée par les établissements,
09:14souvent qui appartiennent
09:16à des congrégations religieuses,
09:18qui souhaitent pouvoir avoir le droit
09:20de ne pas pratiquer l'euthanasie
09:23ou le suicide assisté.
09:24Est-ce qu'il faut leur accorder
09:26cette clause de conscience ?
09:27Moi, encore une fois,
09:28je n'ai pas à dire
09:29ce qu'il faut leur accorder ou pas.
09:30Et ça, le Conseil constitutionnel
09:31se positionnera.
09:32Les parlementaires ont décidé que non,
09:34avec la clause de conscience
09:36est propre à un individu
09:38et pas à un établissement.
09:39J'ai toujours entendu ça,
09:40les murs n'ont pas de conscience.
09:41Bon, on verra bien
09:42ce que le Conseil constitutionnel dira.
09:44En tout cas, vous dites,
09:45Claire Toury,
09:46en tant qu'ancienne présidente
09:48du comité de gouvernance,
09:49encore une fois,
09:50de la Convention citoyenne
09:51sur la fin de vie,
09:52que ce qu'il faut retenir,
09:54c'est que c'est un droit
09:55qui est accordé,
09:56un droit supplémentaire
09:57et qui n'enlève rien à personne aussi.
09:58C'est ça que...
09:59Oui, ça, c'est ce que je veux.
10:00Vraiment, ça, c'est mon premier message.
10:02Et mon deuxième message,
10:03c'est quand même,
10:04on est dans un moment
10:05d'hypertension démocratique.
10:07Les institutions sont défiées.
10:08Certains responsables politiques
10:10alimentent la polarisation.
10:11On est dans une situation
10:12où on a l'impression
10:13que l'impuissance nous envahit.
10:15Et là, pour la première fois,
10:17depuis très longtemps,
10:18on va au bout
10:19d'un processus démocratique complet.
10:21Et ça, je crois que pour cette raison,
10:23on peut se réjouir.
10:24Pour cette raison uniquement.
10:25Le vote aura donc lieu
10:26cet après-midi
10:27à l'Assemblée nationale.
10:28On verra effectivement
10:29quelle en sera l'issue.
10:30Merci beaucoup, Claire Toury.
10:31Merci à vous.
10:32Vous êtes aujourd'hui
10:32présidente du Conseil économique,
10:34social et environnemental.
10:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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