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  • il y a 1 jour
Avec "Gianni le magnifique", son livre à succès édité en Livre de Poche, Stéphanie des Horts nous entraîne au cœur de l'une des plus extraordinaires sagas familiales du XXᵉ siècle. Journaliste et romancière, elle s'est imposée comme l'une des meilleures spécialistes des grandes dynasties qui ont marqué l'histoire contemporaine. À travers une écriture alerte et une solide documentation, elle fait revivre des personnages dont les destins se confondent avec ceux de leur époque. Après les Kennedy, les Churchill ou encore les Livanos, elle s'intéresse donc à celui que beaucoup considéraient comme le véritable "roi d'Italie" : Gianni Agnelli. Patron de Fiat, incarnation du capitalisme italien, icône mondiale de l'élégance, confident des puissants, séducteur invétéré mais aussi héritier d'une famille marquée par les drames, Gianni Agnelli demeure un personnage fascinant. Avec "Gianni le magnifique", Stéphanie des Horts raconte bien davantage que la vie d'un industriel : elle retrace la saga d'une dynastie qui a accompagné l'Italie, du fascisme au miracle économique, jusqu'à nos jours. Une plongée captivante dans les coulisses du pouvoir, de la richesse et des passions humaines.

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Transcription
00:00Depuis des années, ils cherchent à tuer, à faire taire TV Liberté.
00:04Ils veulent étouffer la presse alternative qui vient bousculer leur monopole.
00:09Censure, pression, attaque financière, tentative d'intimidation, tous les moyens sont bons.
00:15Et pourtant, la peur est en train de changer de camp.
00:18La caste médiatique et politique perd progressivement son emprise.
00:22Pour la première fois, les Français passent désormais plus de temps sur YouTube
00:26et les plateformes vidéo que devant la télévision de propagande.
00:29Le paysage médiatique bascule.
00:32Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour les médias mainstream.
00:35RMC BFM lance un plan de départ volontaire.
00:38Les producteurs de Quotidien de Yann Barthès suppriment des postes.
00:41Des licenciements massifs frappent le Parisien.
00:44Les Echos, Bayer Press, Sud-Ouest, Nice-Matin et tant d'autres, malgré le flot d'aides publiques.
00:49Et que dire de nouveau 19 ?
00:51La chaîne TNT attribuée par l'Arcom aux copains du journal Ouest France.
00:55C'est un naufrage.
00:56Déjà 33 millions d'euros de dettes en seulement 6 mois,
01:00c'est l'équivalent de 12 années de budget de TV Liberté.
01:03Oui, c'est la panique dans la presse conformiste.
01:06C'est précisément maintenant qu'il faut enfoncer le clou.
01:09Surtout, ne pas ralentir, ne pas baisser les bras, ne pas abandonner.
01:13Au contraire, il faut amplifier le mouvement.
01:15Il ne tient qu'à vous de permettre à TV Liberté de continuer d'exister.
01:19Car c'est bien là l'enjeu d'aujourd'hui.
01:22Continuez d'exister, libres et indépendants.
01:25Ensemble, donnez à TVL les moyens de poursuivre son combat.
01:29Et faites progresser vos idées.
01:31TVL n'est pas comme les autres.
01:33Elle vous respecte.
01:47Journaliste écrivain Stéphanie Désor revient sur TV Liberté pour présenter,
01:51car c'est la sortie en livre de poche de son ouvrage à succès,
01:54« Jany le Magnifique ».
01:55Bonjour Stéphanie Désor.
01:56Bonjour Martial.
01:57Au fil de vos livres, on retrouve la même fascination
01:59pour les grandes dynasties et les destins d'exception.
02:02On a eu les Kennedy, les Churchill, les Livanos.
02:05Aujourd'hui, vous vous attaquez à la célèbre famille d'Italie, les Agnelli.
02:09Pourquoi les Agnelli ?
02:10Surtout, pourquoi Gianni ?
02:11Qu'avez-vous découvert chez lui qui en fait un personnage à part ?
02:15Alors, tellement de questions.
02:17Mais je vais vous dire tout simplement,
02:20je me suis dit, si je ne saute pas sur lui maintenant,
02:23quelqu'un va me le voler.
02:25Et Gianni est un personnage qui a tous les ingrédients que j'adore.
02:30C'est-à-dire qu'il est glamour, qu'il est successful,
02:33qu'il y a, vous l'avez dit, une histoire de dynastie,
02:36des frères, des sœurs, un père, des parents, un grand-père, une suite.
02:41Et puis Gianni, c'est aussi le destin de l'Italie,
02:45parce que c'est devenu l'homme qui incarnait l'Italie à un certain moment.
02:49Et puis, je vous l'avouerai, Martial, je suis tombée folle amoureuse de lui,
02:54mais qui ne le serait pas ?
02:55Vous n'étiez pas la seule.
02:56Ah oui.
02:57Alors, il y a eu d'autres Gianni.
02:58Par exemple, je pensais, vous auriez pu faire Gianni Versace,
03:00vous auriez pu faire Giorgio Armani, vous voyez,
03:02il y a encore beaucoup d'Italiens qui sont glamour, etc.
03:06Bien sûr.
03:08Cela aimait moins les femmes que Gianni, voilà, d'une part.
03:13Et puis, alors, Versace, oui, j'y ai pensé,
03:16parce que justement, il y a une histoire de dynastie,
03:18il y a une sœur, un amant qui était le mari de la sœur,
03:22donc tout cela est très amusant.
03:24C'est glamour, certes, mais j'aime aussi le chic,
03:27le chic à l'état pur.
03:29Et pour moi, Agnelli représente la quintessence de l'élégance.
03:34Lui, sa sœur, ses sœurs, ses frères, son épouse.
03:39On va en parler de tout cela.
03:40Il fut le plus grand personnage de l'économie italienne pendant des décennies.
03:44Il était surnommé le roi d'Italie, le roi d'Italie.
03:47– Oui, c'était Fellini qui disait,
03:50mettez-le sur un cheval et vous verrez un empereur.
03:55Et c'était vrai, il avait une carrure, une prestance,
03:59et très tôt, il l'a eu très tôt,
04:01il n'a pas été un jeune homme ingrat,
04:03bien au contraire de sa jeunesse jusqu'à ses vieux jours,
04:07où il a été très abîmé par diverses choses à la fin de sa vie,
04:12il a incarné l'élégance à l'état pur.
04:14– Vous dites, vous écrivez, on dit les Agnelli,
04:17comme on dit les Médicis, les Borghese, les Borgia,
04:20comment expliquez-vous qu'un simple industriel,
04:23petit-fils de paysan, soit devenu une véritable incarnation,
04:27finalement, de l'Italie ?
04:29– Alors, petit-fils de paysan, certes,
04:32mais un paysan qui a construit une…
04:36enfin, qui a construit Fiat, c'est le grand-père, Giovanni Agnelli,
04:39qui a été à l'origine de la Fiat,
04:41c'est le grand-père qui a fait la fortune,
04:43et Gianni est l'héritier.
04:46Alors, il est des gens qui désignent leur héritier,
04:49cela saute des générations, c'était comme ça chez Lagacan,
04:52qui a sauté par-dessus son fils Ali,
04:56et qui a dit à son petit-fils Karim,
04:58tu seras mon successeur.
04:59Là, effectivement, Giovanni Agnelli saute par-dessus son fils,
05:04et dit à son petit-fils, ça sera toi le successeur.
05:07Donc, dès son plus jeune âge, il est investi d'une mission
05:11dont il va s'acquitter beaucoup plus tard,
05:13mais dès son plus jeune âge, il a une prestance,
05:17il a une grandeur, il va…
05:20Oui, peu à peu, il va incarner l'Italie,
05:22mais après tout, n'est-ce pas l'Italie qui va se reconnaître en lui,
05:26dans ses succès, dans son charme, dans son charisme ?
05:33Alors, vous vous replongez dans les premières années,
05:35les années 40, les années 30, les années 20,
05:37bien évidemment, ce seront en Italie les années de l'Italie fasciste,
05:41et vous écrivez cette très belle phrase de Dulce,
05:44Benito Mussolini, et fasciné par les Agnelli,
05:47cette lignée de paysans pied montés,
05:48transformée en mythe par un génie,
05:50le grand-père qu'on appelle le sénator.
05:52Le sénatoré.
05:53Alors, vous voyez, les Italiens sont amusants,
05:55le grand-père aura ce surnom, le sénatoré,
05:58parce qu'il aura été fait sénateur par Mussolini,
06:01mais il n'a jamais rien demandé,
06:03Mussolini a plutôt cherché à le coincer.
06:06Plus tard, Gianni, lui, sera surnommé l'avocato,
06:10on se demande pourquoi, parce qu'il n'a jamais passé le diplôme,
06:13mais tout ça, tout ça incarne une certaine chose.
06:15Alors, oui, Mussolini était fasciné par ce petit bonhomme,
06:21Giovanni Agnelli, qui a fait rouler l'Italie.
06:24Giovanni Agnelli était fasciné par Ford,
06:28fasciné par Henry Ford, depuis le début.
06:30Et il a voulu faire ce qu'avait fait Ford aux États-Unis,
06:35le faire en Italie.
06:37Et donc, il a commencé,
06:39et tous les Italiens se sont roués sur ces petites Fiat
06:41qui étaient des voitures qui n'étaient pas très chères,
06:44sauf qu'à un moment, le puissant Ford s'est avancé
06:48et a mis des têtes de pont à Trieste.
06:51Et là, le sénatore Giovanni, le grand-père, a eu peur
06:56et il a dû se tourner vers le Duce et lui dire
06:59« aidez-moi, aidez-moi à repousser l'invasion américaine ».
07:03Et là, il était pieds et poings liés.
07:05Mais il n'y croyait pas du tout.
07:07– Avec bien évidemment, comme point central,
07:09Turin, qui est le fief de la Fiat et donc des Agnelli.
07:13Jusqu'où Fiat est indispensable au régime fasciste
07:16ou inversement, jusqu'où les Agnelli avaient-ils besoin du Duce ?
07:19– Mais justement, en fait, les Agnelli ont besoin du Duce
07:25pour empêcher les usines Ford de s'installer en Italie.
07:30Et en fait, c'était un peu un pacte signé avec le diable, si j'ose dire.
07:34Et donc Giovanni n'y croyait pas du tout,
07:36à tel point que quand il a dit à sa femme
07:39« il va me falloir une chemise noire »,
07:41elle a voulu lui acheter une chemise noire.
07:43Et il a dit « oh non, ça ne durera pas,
07:45nous allons prendre une blanche que nous allons teindre ».
07:48Bon. Et effectivement, quand la guerre a été déclarée,
07:54eh bien, les usines Fiat ont fabriqué des mitraillettes,
07:59des véhicules, donc ont aidé effectivement le régime fasciste,
08:04enfin les puissances de l'axe.
08:06Sauf qu'à un moment, en 1943, tout cela bascule.
08:11Et le grand-père va tout faire pour préserver sa société,
08:15ses employés, pour pas qu'ils ne soient envoyés travailler
08:18ou qu'ils partent sous les drapeaux.
08:21Et en fait, il va y avoir une période
08:23où le grand-père va faire en sorte de s'aborder sa propre usine
08:30pour ne pas qu'elle soit utilisée par Mussolini.
08:34Et, sauf qu'à la fin de la guerre, ça va être un petit peu difficile
08:38parce qu'on ne saura plus de quel bord il était.
08:41Il y aura une épuration.
08:43Nous savons tous que l'épuration est menée par les communistes
08:46qui n'ont jamais été très fins.
08:48Et c'est comme ça que Giovanni Agnelli va tout perdre.
08:52Tout ce qu'il a construit,
08:54parce qu'on dira qu'à un moment, il a serré la main de Mussolini.
08:59Sauf qu'il a été obligé de le faire.
09:01Il n'a jamais été fasciste dans l'âme.
09:04Les Agnelli ne sont pas des fascistes.
09:07– Alors, on a parlé du grand-père.
09:10On va parler aussi, bien évidemment, de Gianni Agnelli, directement.
09:15Et surtout, d'un autre personnage avant, sa mère, la mama, Virginia.
09:19Vous écrivez cette phrase-là aussi magnifique.
09:21que Gianni Agnelli n'aimera jamais une autre femme que Virginia, la mama, la maman.
09:27Alors qu'il fut l'un des plus grands séducteurs de son époque,
09:29est-ce finalement sa mère qui demeure la femme centrale de toute son existence ?
09:33– Ah, je pense.
09:34– Est-ce que ça explique d'ailleurs sa personnalité, peut-être ?
09:36– Je pense.
09:36Alors, Virginia Agnelli était…
09:39Alors, je ne sais pas si vous êtes familier des tableaux pré-Raphaelites,
09:44mais si vous voulez, chez Rossetti, chez Millet,
09:47vous avez ces femmes très pâles, avec des chevelures rousses, longues et frisées.
09:53Et Virginia Agnelli, c'est ça, c'est l'évanescence à l'état pur.
09:57C'est une peau transparente, des cheveux roux, une légèreté.
10:01Un amour fou pour son mari, mais un amour qui est assez ouvert.
10:06On a des amants, on a des maîtresses, ce n'est pas très grave.
10:09Alors, tout ça, bien sûr, heurte le grand-père comme ce n'est pas possible.
10:13Mais ils vivent dans une douceur.
10:16Eduardo Agnelli est un…
10:18– Le père de Gianni.
10:18– Alors, Eduardo Agnelli, le père de Gianni, est un homme extrêmement léger,
10:21mais un visionnaire.
10:23C'est lui qui va acheter un petit club de football de rien du tout.
10:29Son père lui dira, mais quelle est cette bêtise ?
10:33Et ça deviendra le grand club que l'on connaît.
10:38– La Juventus.
10:39– La Juventus.
10:40– Je ne sais pas.
10:40– C'est lui qui, un jour, va décider de faire d'un petit village dans la montagne,
10:47Sestrière, une station de ski et qui le fera construire des hôtels,
10:52des infrastructures, etc.
10:54Et aujourd'hui, Sestrière est une grande station de ski italienne.
10:58Mais au-delà de ça, Eduardo et Virginia et leurs sept enfants
11:05vivent une vie d'une légèreté, d'un luxe.
11:10Je ne sais pas si vous avez en mémoire ces images du film de Mort à Venise.
11:18Vous voyez où le narrateur suit Tadzio dans les rues de Venise.
11:25Et en fait, Tadzio est avec sa mère et ses sœurs.
11:29Et en fait, c'était un peu ça, Virginia Agnelli,
11:31cette espèce de beauté suivie de toute sa kyrielle d'enfants
11:35et qui vivait dans le luxe et la légèreté.
11:38Et Gianni, qui n'est pas l'aîné, qui a une sœur avant lui,
11:42mais qui est né des garçons, va être investie par sa mère
11:46du rôle de chef de famille.
11:48– Votre livre montre un homme qui n'a jamais finalement choisi son destin.
11:52Peut-on dire que Gianni Agnelli a passé sa vie à essayer d'être digne de son nom,
11:56de son grand-père, Giovanni, de sa mère,
11:59d'un héritage dont il ne pouvait finalement pas s'affranchir ?
12:02– Alors, il ne pouvait pas s'affranchir de cet héritage,
12:04mais il ne l'a pas pris tout de suite.
12:10Gianni, il est très jeune quand son père meurt.
12:14Et le grand-père lui dit, mais c'est toi l'héritier,
12:18tu vas prendre les clés de la Fiat un jour.
12:21Mais il n'en veut pas, il veut s'amuser comme il le dit,
12:26il veut draguer les filles, il veut piloter des voitures
12:29toutes plus rapides les unes que les autres,
12:31il veut faire la fête à Saint-Tropez.
12:34Et donc, les clés de la Fiat vont l'attendre longtemps,
12:37c'est son destin les clés de la Fiat.
12:38Mais il va mettre beaucoup de temps,
12:41il va attendre d'avoir 45 ans pour accepter ce destin.
12:45Et ça, je trouve ça remarquable, il est allé au bout de ses passions,
12:50on ne lui a pas, oui, on lui a imposé un destin,
12:52mais il a choisi de l'endosser à un certain moment.
12:56– Avec la puissance de la Fiat, je le rappelle à Turin,
12:58quand on est à Turin, il y a la tour Fiat encore qui est là,
13:01et qui domine complètement la ville.
13:02On voit bien la puissance que fut Fiat, qui reste encore Fiat.
13:05– Oui, et alors le grand-père avait construit
13:08ce qui s'appelle le Lingoto,
13:09le Lingoto, cette usine où une voiture devait être conçue
13:14dès le début à la fin au même endroit.
13:17C'est-à-dire que le premier boulon, la première roue,
13:19le premier pneu de la voiture,
13:22jusqu'à l'essai, jusqu'à ce que la voiture soit construite
13:26et qu'on fasse un essai.
13:27C'est-à-dire que tout en haut de…
13:30Le Lingoto était une usine comme un haut.
13:35Et tout en haut de l'usine, il y avait ce haut
13:39qui était en fait une piste d'essai.
13:41Et on essayait les véhicules tout en haut.
13:44Aujourd'hui, c'est devenu la fondation Agnelli.
13:47Mais c'était… Non, non, Turin, Turin, c'est les Agnelli.
13:50Les Agnelli, c'est l'Italie, de toute façon.
13:52Les Fiat, aujourd'hui, c'est Stellantis.
13:54Agnelli est présentée comme un playboy
13:56et tombeur des plus belles femmes de la planète.
13:58Alors là, je vais vous en évoquer de très nombreux.
14:01J'ai conservé Pamela Churchill, Annika Edberg, Jackie Kennedy,
14:05son épouse quand même aussi, et tant d'autres.
14:08Et je me suis dit, derrière la Dolce Vita,
14:10que vous évoquez d'ailleurs avec beaucoup de talent,
14:15se cache un univers quand même sombre où règne la drogue.
14:19Peut-être qu'on ne regarde pas l'âge de ses conquêtes.
14:22Et je me suis dit, il n'y a pas un petit peu d'Epstein dans ses comportements ?
14:26– Mais Martial, vous regardez avec les yeux de notre époque,
14:31une autre époque, et ça, c'est un peu le défaut des gens.
14:37Nous étions dans les années 50.
14:39Alors, oui, il prenait de la cocaïne.
14:43Et oui, il en a pris longtemps, mon Dieu, mais cela se faisait.
14:47Ses compagnes…
14:48– Ça se faisait dans ce milieu-là.
14:49– Oui, mais ses compagnes, oui, elles étaient jeunes.
14:52Maintenant, il n'a jamais forcé personne.
14:55Personne, elles venaient d'elles-mêmes.
14:58Vous savez, je me suis plongée dans beaucoup de livres,
15:01et notamment un ouvrage très amusant qui est
15:04« Les mémoires d'une call girl ».
15:06Et en fait, il y a, je ne sais pas, 25, 30 chapitres,
15:10et il y a un homme d'affaires par chapitre.
15:12Et le chapitre Agnelli, qui ouvre le livre,
15:16raconte des moments extrêmement agréables.
15:20Il aimait les femmes, il les adorait,
15:23il a été incapable de rester fidèle à la sienne.
15:27Alors, ce n'était pas la faute de cette pauvre Maréla.
15:29– Oui, parce qu'elle l'a trouvée.
15:30Elle est sublime, une femme.
15:31– Elle est sublime, mais…
15:32– Oui, mais en fait, il avait besoin de conquérir.
15:38La femme aimée, c'est la mère.
15:39La mère qui disparaît trop tôt dans un terrible accident de voiture,
15:42et toute sa vie, il va la chercher, il ne la trouvera jamais.
15:46Et toute sa vie, il va conquérir des femmes.
15:50C'est plutôt un jeu qu'autre chose.
15:53C'était l'époque.
15:55Bon.
15:56– Pendant plus d'un demi-siècle, les présidents de conseils passent,
16:00les gouvernements italiens changent,
16:01mais Gianni Annelli, lui, il demeure.
16:03Est-ce qu'on peut dire, d'une certaine manière,
16:05qu'il a été plus influent que beaucoup d'autres hommes politiques italiens ?
16:09Est-ce que, finalement, ce n'est pas un souverain sans couronne, mais un souverain ?
16:13– En tout cas, c'est celui qui a marqué le plus son pays.
16:17Aujourd'hui, nous sommes dans une époque où tout passe en 15 secondes,
16:21parce qu'on tweet, on scroll, vous voyez, on ne s'attache à rien.
16:28Donc, puis de toute façon, la seule chose qui intéresse les gens aujourd'hui,
16:31c'est le nom des joueurs de foot.
16:32Agnelli, c'est une légende.
16:34Il a imposé sa marque.
16:35Il est devenu une espèce de mythe.
16:37Il n'y a pas un Italien qui ne sache qui est Agnelli.
16:41Maintenant, en France, c'est autre chose.
16:43Moi, quand j'ai proposé le sujet, on m'a dit,
16:46mais les gens ne savent plus qui c'est.
16:49C'est un peu embêtant.
16:51Mais les gens ne savent plus rien.
16:53Les gens ne savent plus rien.
16:54Et donc, pour moi, c'est qu'il y ait un amour, une admiration
16:59qui aurait tellement voulu vivre dans les années 50.
17:02En fait, j'écris parce que j'ai envie de garder vivant tous ces gens-là
17:07pour lesquels j'ai tellement d'admiration.
17:10Est-ce que c'est vrai, ça, Stéphanie Dior ?
17:12Oui.
17:12– Par exemple, vous parlez de Pamela Churchill.
17:15Vous avez écrit ce Pamela Churchill.
17:17– Si vous n'êtes pas tendre avec elle, vous pouvez vérifier d'un mot en quatre lettres.
17:22– Oui, mais…
17:23– Vous n'hésitez pas à le faire ?
17:24– Non, je n'hésite.
17:25Je ne suis pas tendre.
17:26Je montre la véritable personnalité des gens,
17:30mais j'essaye de leur donner une certaine éternité,
17:35en tout cas, une éternité en livre de poche.
17:38Voyez-vous ?
17:38Et quand aujourd'hui, j'ai des jeunes filles, vous voyez,
17:42ma fille a 31 ans.
17:44Tous les copains de ma fille lisent mes livres.
17:47Mais j'adore ça, parce que les gens apprennent
17:50qui est Pamela Churchill, qui sont les sœurs Livanos.
17:53– La bruit de Winston Churchill, je précise aussi,
17:55parce qu'on ne l'a pas précisé.
17:56– Oui, oui, voilà.
17:57Et donc, je leur donne quelque chose,
17:59parce qu'il n'est pas dit qu'aujourd'hui,
18:01un jeune Français de 25 ou 30 ans
18:04sache qui est Gianni Agnelli.
18:06Et donc, moi, ça m'amuse beaucoup
18:10de leur donner une…
18:13enfin, de les faire revivre.
18:14Alors, parfois, je ne suis pas tendre.
18:16Je ne vais pas non plus faire un portrait tout rose
18:20et trop soft pour qu'on s'en souvienne.
18:23– Non, parce qu'au fil des pages,
18:24l'histoire à succès, le success story,
18:26s'effrite quand même,
18:27parce qu'on découvre une succession de drames,
18:30des morts prématurés, suicides,
18:32des héritiers disparus.
18:33Est-ce que quand même,
18:34les Agnelli, on finit par avoir le sentiment
18:36que c'est quand même aussi une famille,
18:38derrière l'argent, derrière les fêtes,
18:40derrière le luxe, derrière les femmes,
18:42frappée quand même et poursuivie par le malheur ?
18:44Cette impression, est-ce que ça relève d'une légende
18:45ou est-ce que ça correspond à une réalité ?
18:47– Alors, ça correspond à une réalité.
18:49Maintenant, vous savez, toutes ces familles,
18:51les Agnelli, les Kennedy, les Churchill,
18:54toutes ces familles qui sont extrêmement puissantes,
18:57qui sont devenues mythiques,
19:00au fil des générations, cela se ressent.
19:04Ce que j'entends par là,
19:06c'est-à-dire que les héritiers,
19:08bientôt, vont se croire immortels,
19:11parce que leur père, leur grand-père,
19:15sont devenus des mythes.
19:19Et peut-être que le monde actuel
19:21n'est pas fait pour ces familles-là,
19:23je ne sais pas.
19:24Peut-être que, vous voyez,
19:27aujourd'hui, on ne peut plus rien faire
19:29sans être pris en photo.
19:31Il y a toujours quelqu'un avec un téléphone.
19:33Avant, les journalistes se cachaient,
19:36les paparazzi se cachaient.
19:38Aujourd'hui, nous sommes tous des paparazzi.
19:40Aujourd'hui, tout le monde est susceptible
19:42d'être pris en photo, d'être remarqué.
19:45Et peut-être que pour ces gens-là,
19:48qui se croient un peu immortels,
19:51peut-être que ce monde ne leur convient pas,
19:53je ne sais pas.
19:53Mais en tout cas, oui,
19:55chez les Agnelli, comme chez les Kennedy,
19:57il y a eu dans la descendance
19:58une succession de malheurs.
20:00Et puis, vous savez,
20:02ce n'est pas facile de tenir la Fiat aujourd'hui.
20:06Stellantis, regardez contre quoi se bat
20:08John Elkahn tous les jours.
20:11– C'est dans le Fiat.
20:11– Voilà, et petit-fils de Gianni Agnelli.
20:15Parce que ça, encore, c'est très amusant.
20:17La Fiat passe de grand-père en petit-fils.
20:21Giovanni a légué à Gianni son petit-fils
20:23et Gianni a légué à John Elkahn son petit-fils.
20:27Voilà.
20:29Mais oui, le monde d'aujourd'hui
20:33n'est pas facile pour ces figures mythiques
20:37qui, à un moment, ont fait surgir quelque chose
20:40à partir de rien.
20:42Et il faut que ça dure.
20:44– Mais dites-moi, alors vous racontez,
20:47une époque où un grand industriel peut incarner
20:49une nation complètement, une nation entière,
20:51est-ce le dernier des grands capitaines d'industrie
20:54qui inserçaient une véritable autorité morale,
20:57économique, politique sur leur pays ?
20:59Il n'y a plus d'équivalent ?
21:00Vous qui travaillez au JDD,
21:01il y a un capitaine d'industrie,
21:04il s'appelle Bolloré.
21:04– Oui.
21:05– Vous n'avez rien écrit sur lui ?
21:06– Non, mais le problème,
21:08c'est que les capitaines d'industrie,
21:11aujourd'hui, sont poursuivis
21:13par une espèce de vindicte populaire.
21:16Moi, j'ai beaucoup d'admiration
21:18et je suis fière de travailler pour Vincent Bolloré.
21:25Voilà, mais maintenant, la moindre décision
21:27est montée en épingle, transformée.
21:32C'est très difficile.
21:33– Il faut du glamour.
21:34– Ah, mais il est glamour, Vincent Bolloré.
21:37Mais maintenant, c'est difficile d'écrire sur les vivants.
21:41C'est très difficile parce qu'on peut vous mettre
21:45des bâtons dans les roues,
21:46vous ne pouvez pas dire ce que vous voulez.
21:48Et puis moi, je fais du romanesque,
21:51c'est-à-dire que je prends mon personnage mythique
21:54et je dis ce que j'ai envie de dire,
21:57mais je ne dis pas forcément tout.
21:59Tout ce que je dis est vrai,
22:00mais je ne dis pas forcément tout.
22:02Alors, je pense que Vincent Bolloré
22:04est un personnage extrêmement romanesque,
22:10charismatique,
22:12mais je ne suis pas certaine qu'aujourd'hui,
22:15quelqu'un soit capable de faire une biographie sur lui
22:18dans le sens où je l'ai fait.
22:20Il y a eu des écrits extrêmement malfaisants
22:23sur ce genre de personnage,
22:26parce que l'époque d'aujourd'hui fait que
22:29quand vous construisez quelque chose,
22:34tout de suite, on essaye de vous faire tomber.
22:36– Mais ça, c'est autre chose.
22:38– Retour à Jenny, Agnelli.
22:40Elle n'a jamais exercé de fonction politique nationale ?
22:43– Non.
22:44Alors, d'une part, le passé du grand-père
22:47aurait pu être gênant,
22:49puisqu'à un moment, il est nommé,
22:51ainsi que je vous l'ai dit,
22:51sénateur par Mussolini.
22:54Donc ça, ça serait revenu certainement contre lui.
23:01Je ne suis pas certaine qu'il ait eu envie
23:03d'exercer quelque chose de politique.
23:06Bon, d'abord, tout était axé sur la fiat, d'une part.
23:12Je pense qu'on peut influer sur la politique
23:15sans être une figure politique.
23:18À un moment, dans mon livre,
23:20on le voit qu'il rencontre Khrouchèv.
23:22Il est avec je ne sais quel ministre italien.
23:25Et c'est vers lui que se tourne Khrouchèv
23:26en disant, le ministre italien,
23:28il va sauter dans deux mois, vous, vous resterez.
23:31Donc on n'a pas besoin d'être une figure politique
23:35pour influer.
23:37Et après, je pense qu'il s'est aussi
23:41beaucoup intéressé à des opérations caritatives
23:45de mécènes.
23:46Il avait une collection d'art contemporain,
23:48enfin d'art, tout simplement,
23:51qu'il a énormément développée.
23:54Je pense qu'il était beaucoup trop intelligent
23:56pour se lancer dans la politique.
23:57Qu'est-ce qu'il fait de lui, finalement,
23:59que c'est un personnage unique dans l'histoire
24:00contemporaine italienne ?
24:03On retourne à les Médicis, les Borgia,
24:05les Borghese.
24:06Eh bien, une famille, forcément maudite
24:12parce qu'il y a des drapes.
24:16Mais c'est surtout une construction,
24:22la fiat, la fiat a été créée par le grand-père,
24:28mais la fiat, c'est l'Italie aujourd'hui.
24:31La fiat est totalement associée au pays.
24:34Donc de toute façon, ça restera une figure italienne
24:37puisque vous savez qu'à son enterrement,
24:41mais tout le pays pleurait.
24:43Tout le pays, enfin, tout s'est arrêté
24:46à l'enterrement de son père et à son enterrement à lui.
24:49Pas à l'enterrement du grand-père.
24:50L'enterrement du grand-père est passé sous silence
24:53puisqu'il a dû mourir en 45 ou 46,
24:55juste après l'épuration.
25:00Mais non, je pense que oui, il est unique
25:02parce qu'il est associé à la fiat.
25:04Et puis sa vie si romanesque en a fait un personnage d'envergure.
25:13– Après avoir vécu pendant des mois en compagnie de Gianni et Anneli,
25:15vous êtes tombé sous le charme, ça c'est la preuve,
25:17mais si vous aviez eu le privilège en tant que journaliste
25:19de passer une heure avec lui comme journaliste,
25:22quelle est l'unique question que vous lui auriez posée ?
25:24– Vous m'invitez à dîner.
25:26– D'accord, il aurait répondu oui.
25:29– Bien sûr, voilà.
25:32– Parfait, bon, et le prochain ouvrage ?
25:34– Alors le prochain ouvrage est encore un…
25:36– Il n'est pas sûr qu'il aurait répondu oui
25:38à l'invitation de dîner avec lui d'ailleurs, votre prochain personnage ?
25:40– Ah, mon prochain personnage…
25:42– Je ne sais pas.
25:44– Alors, il est un homme extrêmement méconnu, mystérieux,
25:51en fait, je l'appelle le dernier prince,
25:53c'est Philippe le duc d'Edimbourg,
25:56donc l'époux d'Élisabeth, la reine d'Angleterre,
25:59alors lui, il a eu une enfance incroyable,
26:03son père était le fils du roi de Grèce,
26:07il est passé en pensionnat tous plus durs les uns que les autres,
26:13notamment en Allemagne, en 1933,
26:16ses sœurs ont toutes épousé des nazis,
26:19la famille anglaise ne voulait pas de lui,
26:21et une fois qu'il était là, il s'est heurté au protocole,
26:24et il y a eu moult scandales.
26:26Et c'est quelqu'un qui avait son franc-parler qui m'a emporté aussi.
26:32– Si vous lui proposez de dîner avec lui, il répondait quoi ?
26:34– Ah ben moi, j'y vais tout de suite !
26:37– Et lui, vous avez répondu quoi ?
26:38Parce que là aussi, c'est difficile,
26:40parce qu'on voit le prince Philippe très sérieux, etc.,
26:42on dit aussi qu'il aimait les femmes ?
26:45– Ah oui, il aimait les femmes, oui, il aimait les femmes, mais…
26:49– On va lire le livrage, je ne suis pas plus mal.
26:52– J'ai… alors je ne pense pas que…
26:55C'est très amusant les biographies de personnages comme ça,
26:58parce que dans les biographies officielles,
26:59vous n'avez pas un mot sur ces femmes-là,
27:01mais il y en a beaucoup qui ont existé.
27:04Je me souviens d'un dîner où je rencontre un Argentin,
27:06et qui me dit, ah mais Stéphanie, il faut que je te dise,
27:10as-tu entendu parler de Maléna de Blaquier ?
27:12Je lui dis, bien sûr que j'ai entendu parler de Maléna de Blaquier.
27:14Et effectivement, cette femme a été sa maîtresse pendant assez longtemps,
27:19mais c'est des choses qu'on ne trouve pas forcément dans les livres.
27:21Et c'est là où c'était passionnant avec Philippe,
27:23c'est que j'ai vraiment, vraiment dû chercher.
27:25Et je ne dis pas tout.
27:27Par respect pour la reine.
27:28– Alors, on verra ça avant la fin de l'année,
27:30vous reviendrez en parler sur TV.
27:31– Avec joie.
27:31– Merci beaucoup Stéphanie.
27:32– Merci.
27:33– Merci.
27:36– Merci.

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