00:0040 minutes de formation pour sauver une vie cet été, la Croix-Rouge française propose des initiations gratuites aux gestes
00:06qui sauvent partout en France.
00:08Bonjour docteur Pascal Cassan, merci d'être avec nous.
00:12Vous êtes médecin urgentiste, conseiller national de la Croix-Rouge française et notre invité d'actualité ce matin.
00:18Un chiffre d'abord pour commencer, 6 français sur 10 sont incapables d'effectuer un massage cardiaque, faire un garrot
00:24ou éviter un étouffement.
00:26Pourquoi sommes-nous si peu intéressés par un sujet si crucial ?
00:30C'est un côté très français, j'attends les secours et finalement j'attends cet état-providence et finalement je
00:35pense que ça ne va pas me concerner.
00:37N'oublions pas que 6 fois sur 10, c'est quelqu'un que j'aime, sur lequel je vais faire
00:42un geste de premier secours, peut-être un collègue mais surtout quelqu'un de la famille.
00:45Et là c'est fondamental parce que les secours mettent entre 7 à 15 minutes à arriver en fonction des
00:50sapeurs-pompiers du SAMU
00:51et il faudra pendant ces 7 à 7-10 minutes qui vont passer, être efficace et faire le premier geste.
00:57On vit un début d'été très particulier avec déjà deux épisodes de canicule, un troisième en cours.
01:03Les risques sont-ils multipliés dans ces périodes-là et quels sont ces risques ?
01:07Terriblement parce que deux extrêmes de la vie sont touchés, en particulier les jeunes enfants et les personnes âgées.
01:12Et il est clair qu'aujourd'hui cette agression de la chaleur vis-à-vis de notre organisme est absolument
01:16terrible.
01:17Alors évidemment il y a un certain nombre de signes qu'il faut repérer.
01:21Ces premiers signes c'est tout d'abord je suis rouge, je sue, j'ai un petit peu mal à
01:25la tête, je ne me sens pas très bien.
01:27Ça c'est le coup de chaleur ?
01:28Ça c'est le début du coup de chaleur et c'est le moment où il faut agir, c'est
01:31-à-dire sortir de cet environnement.
01:34Alors c'est peut-être sous le soleil mais ça peut être également dans un endroit clos.
01:37Si j'habite dans des appartements clos, sous les toits particulièrement, c'est là où il faut que je sorte
01:45et me mettre dans une pièce rafraîchie.
01:48Et puis ça tourne mal et là mon organisme va être dépassé, il ne peut plus réagir.
01:54C'est-à-dire qu'au lieu de suer, ma peau va devenir sèche, je vais avoir du mal effectivement,
01:59je vais être confus petit à petit
02:01et puis ça peut évoluer vers la perte de conscience et enfin l'arrêt cardiaque.
02:06Alors cas concret, je suis face à quelqu'un qui subit un coup de chaleur, peut-être pire, qu'est
02:11-ce que je fais ?
02:11Le plus rapidement possible, il faut le rafraîchir.
02:13Donc si l'on est dans la première phase, on est dans une phase où on peut réagir de manière
02:18très rapide.
02:19Là, on essaye de se ventiler avec un ventilateur, un climatiseur si on peut sortir de chez soi.
02:25Et puis si on n'a pas tout ça, simplement se rafraîchir avec de l'eau fraîche.
02:29Les ventilateurs et l'humidité vont aider notre corps à perspirer, c'est-à-dire à évacuer cette chaleur.
02:38Et dans cette partie-là, je dirais, on peut agir soi-même.
02:41Après, lorsque l'on est dans la deuxième phase, il faut appeler le 15 parce que là, on est face
02:45à un coup de chaleur.
02:46Ça devient une urgence vitale.
02:47On peut en mourir.
02:49Et là, on va là encore rafraîchir la victime.
02:52Mais surtout, ce sera après.
02:54On va jusqu'à immerger la victime dans une baignoire, dans une eau froide.
03:00Si elle est consciente.
03:01Alors si elle est consciente.
03:02Après, c'est le rôle des secours qui eux-mêmes ont des baignoires éventuellement.
03:07Si on n'est pas, par exemple, dans un environnement d'appartement, on peut être très bien à avoir fait
03:13du sport, par exemple.
03:14Le marathon de Paris est un exemple.
03:17Les sapeurs-pompiers de Paris sont dotés de baignoires maintenant pour immédiatement immerger les sportifs qui sont en coup de
03:23chaleur
03:23parce qu'on voit des accidents extrêmement graves lors des exercices.
03:28J'aurais dû commencer par ça.
03:29Parmi vous, qui est capable de prodiguer, par exemple, un massage cardiaque ?
03:33Non.
03:34Et pourtant, on l'a appris.
03:35Moi, je sais que j'ai appris à le faire à la journée d'appel à la défense qu'on
03:37fait, les gens de ma génération.
03:39Mais c'est tellement lointain qu'en fait, on a 16 ans, on ne sait plus le reproduire aujourd'hui.
03:43On ne se sent pas légitime.
03:44C'est ça qui est compliqué.
03:44Et ce n'est pas simple, le massage cardiaque, même quand on a suivi la formation, on n'ose pas
03:48toujours y aller.
03:49On a peur de mal faire.
03:50Alors, il faut.
03:51Il faut le faire parce que tout geste qui va être effectué lorsqu'une personne est inconsciente et qu'elle
03:56ne respire pas,
03:57il faut faire un massage cardiaque et y appeler simultanément, bien sûr, le 15.
04:01Mais en tout cas, il est clair qu'il faut commencer ce massage cardiaque 120 fois par minute.
04:05Je vais appuyer au milieu de la poitrine.
04:08Et il ne faut pas, et c'est un des grands défauts, effectivement, de nos concitoyens, c'est d'avoir
04:12peur de faire mal.
04:13Et en fait, on ne peut pas faire mal.
04:15La personne est en état de mort apparente.
04:17Et là, il faut faire quelque chose.
04:19Ça ne peut pas être pire.
04:20Donc, il faut faire ces gestes 120 fois par minute jusqu'à l'arrivée des secours.
04:23Ne pas s'arrêter et puis éventuellement appeler.
04:26Parce que si on est dans un environnement, je dirais, où il y a du monde et que l'on
04:29n'est pas forcément chez soi,
04:30on va essayer d'obtenir un défibrillateur car c'est l'outil indispensable en complément du massage cardiaque.
04:36Et même quand on ne sait pas utiliser un défibrillateur, c'est très simple.
04:39Il suffit de suivre les indications de l'appareil.
04:41Ça, on en a déjà parlé dans Télématin.
04:43Autre grand point de vigilance pour les vacances, les noyades.
04:46Le début d'été est particulièrement meurtrier, 80 décès depuis le 18 juin.
04:51Quel est le premier réflexe à avoir quand on sort quelqu'un de l'eau, quelqu'un qui vient de
04:55se noyer ?
04:55Alors, avant effectivement de sortir de l'eau, c'est d'abord ne pas se jeter à l'eau.
04:59Il ne faut pas qu'il y ait une deuxième victime.
05:01Et ça, c'est un élément important.
05:02Il ne faut pas prendre de risques.
05:03Et ensuite, lorsque la victime effectivement est sortie par quelqu'un qui sait sortir une victime de l'eau,
05:08à ce moment-là, je vais regarder si elle est consciente, si effectivement elle respire.
05:12Et puis, si elle est consciente et qu'elle respire, je la mettrai sur le côté en attendant les secours,
05:17que j'aurais déjà appelé ou peut-être les maîtres nageurs.
05:19Et puis enfin, si évidemment elle n'est pas consciente et qu'elle ne respire pas, là, je fais le
05:23massage cardiaque.
05:24On entend souvent dire qu'il faut d'abord sortir l'eau des poumons, un peu comme dans les dessins
05:28animés.
05:29C'est vrai ça ou c'est une idée reçue ?
05:30Non, il n'y a que chez Woody ou Speaker que ça peut se faire, de voir la petite fontaine
05:35sortir de l'eau.
05:36Non, si la personne se met à me vomir, je la mets discrètement sur le côté,
05:39de façon à ce qu'elle évacue ses vomissements.
05:41Mais je n'arriverai pas à faire évacuer l'eau qu'elle aura inhalée.
05:45Mais ça, avec l'augmentation du réchauffement climatique, de la chaleur, etc.,
05:49on se doute qu'il va y en avoir de plus en plus.
05:50Est-ce qu'il ne faudrait pas introduire peut-être des formations obligatoires,
05:53que ce soit à l'école ou au travail, pour que justement les gens se sentent en capacité d'intervenir
05:57?
05:57Alors ça existe déjà, c'est ça qui est terrible, c'est que normalement...
06:00Mais ce n'est pas obligatoire, non ?
06:00Alors, à l'école, c'est obligatoire.
06:02Normalement, nos enfants devraient tous sortir avec un diplôme,
06:06le premier secours citoyen, à la fin de la troisième.
06:09En fait, ce n'est pas vraiment le cas.
06:11On est à des chiffres de probablement 40% seulement des enfants formés.
06:15Et puis, dans le monde du travail, il y a le sauvetage-secourisme du travail.
06:19Est-ce qu'à France 2, eh bien, c'est appliqué ?
06:21Est-ce qu'il y a des sauveteurs-secouristes du travail ?
06:23Sans doute, sans aucun doute.
06:24Mais c'est un élément important.
06:26Mais ce que vous dites, c'est ce qu'appliquent des pays comme le nord de l'Europe
06:30ou également l'Allemagne ou l'Autriche, c'est de se former tout au long de la vie.
06:34C'est-à-dire que vous le disiez, à 16-18 ans, lorsque je fais mes premiers apprentissages,
06:39eh bien, il va falloir que je les revoie.
06:41Donc, il faut les revoir tout au long de la vie, y compris lorsqu'on est senior,
06:45parce que les risques augmentent avec l'âge.
06:47Et donc, il faut revoir ces gestes pour sauver celui que j'aime.
06:49L'opération que vous menez est baptisée « L'été qui sauve », 40 minutes donc pour sauver une vie.
06:55Comment s'inscrit-on à ces formations ?
06:57Alors, elles commencent aujourd'hui.
06:58Et effectivement, on va sur le site www.croix-rouge.fr.
07:04Et vous allez pouvoir voir où sont ces opérations.
07:07Et tranquillement, vous inscrire et aller sur place de façon à apprendre ces gestes qui sauvent.
07:12Et ça vaut le coup. 40 minutes pour sauver une vie, ça vaut vraiment le coup.
07:15Merci Pascal Cassand.
07:16Je rappelle que vous êtes médecin urgentiste, conseiller national de la Croix-Rouge française.
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