- il y a 4 mois
Ce lundi 6 juillet, la puissance du modèle économique américain, et le réveil stratégique de l'Europe à travers la relance des fusions-acquisitions, ont été abordés par Patrick Artus, économiste et conseiller économique de la société de gestion Ossiam, Emmanuel Combe, professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à la Skema Business School, et Erwan Le Noan, fondateur de AKA Strategy, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Allez, il est 10 heures passées de 1 minute, c'est la seconde partie des experts avec toujours autour de
00:04la table Emmanuel Combe, Patrick Artus et Erwan Lenore pour parler des 250 ans de l'indépendance des Etats-Unis.
00:13C'était ce samedi, le 4 juillet, le 4th of July, le modèle américain est-il encore un modèle ?
00:19C'est la question que je vous pose à tous ici.
00:23Un modèle qui s'est réinventé énormément autour de la technologie, de l'énergie, mais aussi de la dette, Patrick
00:31Artus.
00:32Le modèle américain est-il plus puissant aujourd'hui qu'il n'était il y a 20 ans ?
00:38Le problème, c'est que les caractéristiques du modèle américain qui le rendent puissant sont inacceptables en Europe.
00:43Le modèle américain, il est basé sur les inégalités.
00:45Donc, on ne distribue pas les gains de productivité aux salariés, les gains de productivité abondent les profits des entreprises.
00:51Donc, les entreprises ont une profitabilité très, très élevée, bien supérieure à celle des entreprises européennes,
00:57qui distribuent les gains de productivité à leurs salariés.
00:59Et donc, il y a une capacité d'investir, de faire de la recherche, etc., très, très élevée aux Etats
01:04-Unis.
01:05Mais il y a des salaires aussi beaucoup plus élevés.
01:07On a l'habitude de dire sur ce plateau que si on avait eu la productivité américaine pendant 20 ans,
01:11le salaire moyen en France ne serait pas de 2200 euros, mais de 3300.
01:15Oui, mais il faut voir le point de départ.
01:19C'est la capacité d'investir et de faire de la recherche.
01:23Les entreprises américaines font presque trois points de PIB de recherche-développement.
01:28Les entreprises françaises, un point et demi.
01:29Donc, c'est un à deux.
01:30Et donc, quand vous faites plein de recherches, vous trouvez.
01:33En plus, vous avez de l'aide publique à la recherche qui est très bien organisée aux Etats-Unis.
01:37Et pas de principe de précaution.
01:39Et donc, c'est normal que les Etats-Unis prennent de l'avance sur l'Europe dans tout ce qui
01:47est technologique.
01:48Mais à nouveau, le moyen de cette avance, c'est la capacité d'investissement des entreprises.
01:54Et puis, des marchés financiers extraordinairement développés avec des fonds de pension,
01:58avec du venture capital qui lève entre 100 et 200 milliards de dollars par an.
02:03Et donc, il y a la capacité de financement, la capacité d'investir.
02:09Et donc, du coup, il n'y a plus de problème de financement.
02:12Puisque même si vous avez un déficit public, un déficit extérieur absolument colossal,
02:16vous êtes suffisamment attrayant pour capter l'épargne du monde.
02:20Et donc, qu'est-ce que ça...
02:23Enfin, ça a été un sujet quand même, le déficit pour Donald Trump.
02:25Il a mis en place ses tarifs aussi pour réduire un peu ce déficit.
02:29Je rappelle qu'on est à plus de 1 000 milliards de dollars de déficit.
02:33Oui, oui, oui.
02:34Mais est-ce que ça peut craquer ?
02:35Est-ce qu'il peut y avoir une grosse crise financière aux États-Unis ?
02:40Ce qui peut faire une crise, c'est une grosse déception sur la rentabilité des investissements dans l'IA.
02:46Puisque c'est les boîtes de l'IA qui font l'économie.
02:48Il y a des questions en ce moment sur...
02:49Parce que l'IA coûte cher.
02:51Ça coûte extrêmement cher.
02:53Il y a 800 milliards de dollars investis cette année,
02:551 000 milliards de dollars investis par un tout petit nombre d'entreprises.
02:59Et donc, si la rentabilité n'est pas au rendez-vous dans quelques années,
03:03il y aura une crise financière aux États-Unis.
03:05Vous pensez qu'il y a une mule sur l'IA, Patrick Artus ?
03:07On ne sait pas.
03:08Parce qu'on ne sait pas si c'est des investissements qui déboucheront sur des profits dans une dizaine d
03:13'années.
03:15La composante IA de toutes les boîtes de la tech est en perte.
03:18Et les boîtes de l'IA, comme OpenAI, qui ne font que dire.
03:24Oui, OpenAI, Anthropique, etc.
03:26Ils n'ont pas le business model complètement qualifié de l'argent.
03:28Ils sont deux fois à leur chiffre d'affaires.
03:30Et donc, on ne sait pas si on aura une explosion de la profitabilité dans 10 ans de ces boîtes.
03:35Ce qui avalisera leur cours boursier, leur attractivité pour les investisseurs.
03:42ou s'il y aura un dégonflage des anticipations et une crise financière liée à l'IA.
03:48Pour l'IA, tout va dépendre de la capacité à diffuser l'IA.
03:51Parce que c'est là que ça va devenir rentable.
03:52C'est toutes les applications particulières dans les entreprises qui permettront de rentabiliser les investissements.
03:56Et pour répondre à votre question, ce que je trouve vraiment super intéressant depuis 10 ans, 15 ans,
04:00c'est qu'on voit à nouveau deux visions d'innovation.
04:02Ça, c'était bien montré d'ailleurs dans pas mal de rapports.
04:04Je pense qu'il y avait un rapport de Tirol l'année dernière.
04:06L'Europe, elle fait quoi ? De l'innovation incrémentale.
04:08On n'a pas de nouveau géant.
04:09C'est le géant d'Ir qui fait la version 12 du produit numéro 11.
04:13Alors que vous regardez aux États-Unis, c'est cette capacité, je trouve, à faire des choix.
04:17Alors faire des choix, ça veut dire quoi ?
04:18Ça veut dire renoncer aussi à un certain nombre, entre guillemets, d'industries.
04:22Regardez l'automobile américaine.
04:24Si vous laissez Tesla de côté, ce n'est pas formidable.
04:26Mais on fait des choix.
04:27On va au bout des choix et on est dans l'innovation radicale.
04:30Et quand vous regardez les orientations de l'investissement, c'est quoi ?
04:33Biotech, bien sûr, IA.
04:34Plus généralement, d'ailleurs, tout ce qui est numérique au sens large.
04:37Un service financier, etc.
04:38Vous voyez, je pense que c'est la différence fondamentale.
04:40On ne sait pas, en Europe, faire de l'innovation disruptive, ou en tout cas la faire croître.
04:44Parce que, comme le disait Patrick, on est assez bon en recherche fondamentale.
04:47On sait créer des startups.
04:48La question, ce n'est pas a-t-on des startups, c'est a-t-on des nouveaux géants ?
04:51Cherchez-les en Europe.
04:53Très honnêtement, il n'y en a quasiment pas dans la tech.
04:55Ou alors, c'est des géants qui vont être au niveau national.
04:57Voyons, on va avoir un Doctolib qui va se dire ensuite, à cause de la fragmentation du marché européen...
05:08Ils ont un grand marché et ils ont cette idée sur laquelle...
05:09Mais c'est piloté, ce que vous nous dites, c'est une stratégie industrielle.
05:12Finalement, c'est la destruction créatrice.
05:13Il faut accepter de faire des choix et préparer l'avenir.
05:16C'est aussi renoncer au passé.
05:17On ne sait pas faire ça en Europe.
05:19Comment le modèle...
05:20Bon, les États-Unis, c'est dans l'imaginaire collectif, le pays du libre-échange, du libéralisme pur et parfait.
05:28Ce n'est pas tout à fait le cas.
05:29On le sait depuis le bouquin de Philippon, The Great Reversal,
05:33là, ils sont en train de devenir très franchement protectionnistes, les États-Unis.
05:37Comment on explique cette bascule ?
05:38Mais je pense que là aussi, le postulat est faux.
05:42C'est-à-dire que les États-Unis ne sont pas un grand pays de libre-échange.
05:44Ils ont pu avoir des périodes de libre-échange.
05:46Et puis, ils ont eu des grandes périodes d'isolationnisme,
05:49des grandes périodes de fermeture,
05:51notamment entre les deux guerres au XXe siècle.
05:56Je vous rappelle qu'il y avait des quotas d'immigration très élevés,
06:00qu'il y avait que la politique de Roosevelt,
06:02avant qu'il soit contraint d'être emmené dans la guerre,
06:04était très isolationniste.
06:06Donc, il y a ces deux traditions aux États-Unis.
06:09Il y a une tradition d'ouverture et une tradition également de fermeture.
06:13Aujourd'hui, c'est clairement la tradition de fermeture qui prend le dessus.
06:17Mais je ne crois pas que ce soit contradictoire avec l'histoire des États-Unis.
06:24Ça veut dire quoi ?
06:24Ça veut dire qu'ils sont pragmatiques ?
06:26Ça veut dire qu'ils sont pragmatiques,
06:27mais comme tout le monde, ils sont pétris de contradictions
06:31et qu'ils savent évoluer.
06:35Par contre, ce qui fait la force du modèle américain,
06:37je pense, c'est effectivement d'aller là où est leur intérêt.
06:41Emmanuel disait aux États-Unis, on a su faire des choix.
06:44En fait, le marché a fait des choix,
06:45parce que c'est le marché qui domine.
06:46Il y a des différences culturelles qu'il ne faut pas nier.
06:49Évidemment, le modèle américain ne peut pas être répliqué sur le modèle européen.
06:54Mais il n'empêche, on parlait d'éducation,
06:56ils ont les meilleures universités du monde,
06:58ils ont les meilleurs centres d'innovation.
07:01Il y a toujours, les États-Unis, c'est ça, c'est une capacité de conquête.
07:04C'est cette idée qu'il y a la nouvelle frontière qui est toujours derrière à aller chercher.
07:08Ça s'explique pour des raisons historiques qui sont profondes.
07:11On n'a pas cette culture-là en Europe,
07:13mais c'est ça aussi qui fait qu'il reste ce pôle d'attraction et d'attractivité mondiale.
07:17Il y avait des travaux très intéressants de Stéphanie Stancheva,
07:20qui montraient qu'aux États-Unis, tout le monde pensait qu'il pouvait faire fortune,
07:24alors que dans la réalité des faits, il y a finalement moins de mobilité sociale qu'en Europe.
07:29Et c'était exactement l'inverse en Europe.
07:31On a l'impression que l'ascenseur social est condamné,
07:35alors qu'en réalité, on peut progresser plus facilement et plus rapidement qu'aux États-Unis.
07:39Ça, c'est quand même étonnant, Patrick Artus.
07:41Mais il faut voir que le modèle américain, il est basé sur les monopoles.
07:45C'est les travaux de Thomas Philippon.
07:48Si vous ne distribuez pas vos profits, enfin, si vous ne distribuez pas de hausse de salaire,
07:53le salaire médian en termes réels aux États-Unis a augmenté de moins de 1% par an,
07:58alors que la productivité a augmenté de 2,5% par an depuis 20 ans.
08:02Donc, vous distribuez un gros tiers des gains de productivité,
08:04vous les gardez les deux tiers en profit.
08:07Et puis, en plus, vous avez des rentes de monopole.
08:08Regardez Nvidia, il y a un taux de marge absolument construit,
08:11mais ils ont un monopole.
08:13Et donc, si vous avez des rentes de monopole plus un partage des revenus extrêmement favorable,
08:19vous avez d'énormes moyens.
08:20Alors, le problème, c'est le futur, parce que ces énormes moyens,
08:25les grandes entreprises américaines étaient spécialisées.
08:28Je veux dire, dans la tech, vous voyez, Apple ne faisait pas la même chose comme elle.
08:31Mais aujourd'hui, ils courent tous...
08:33C'est vrai qu'ils veulent marcher un peu sur les pieds et ils se procèdent tous, d'ailleurs.
08:37Alors maintenant, ils courent tous vers le même but, qui est avoir un modèle d'IA dominant.
08:40Et ça, c'est quand même une rupture.
08:43Et donc là, c'est l'inquiétude.
08:44C'est l'inquiétude.
08:45Est-ce qu'il n'y a pas un surinvestissement massif ?
08:48Est-ce qu'il n'y a pas une surenchère entre ces entreprises,
08:51alors qu'avant, elles avaient des secteurs d'activité très bien délimités ?
08:57Pour revenir sur la question du protectionnisme,
08:59moi, je partage le point de vue d'Erwan.
09:01D'abord, les États-Unis sont un grand pays au sens géographique.
09:04Physique, géographique.
09:04Et mécaniquement, il y a une relation inverse entre la taille d'un pays et son taux d'ouverture.
09:07Ce n'est pas un pays très ouvert, même en situation de, entre guillemets, l'image.
09:12Plus on est grand, plus on peut être autonome.
09:13Oui, il importe relativement peu en pourcentage de son PIB.
09:16Et puis surtout, moi, je crois que ça vient de loin.
09:18Moi, j'ai toujours pensé que Trump 2, ce n'est pas un accident.
09:20Ça remonte aux années 2000-2010.
09:22Les travaux de David Autor sur le choc chinois,
09:25de mémoire, le premier choc chinois, ça doit être 2010-2012,
09:28avec déjà Obama, souvenez-vous,
09:29qui avait mis des droits de douane sur les pneus chinois.
09:31Il y a quand même cette idée sur laquelle il y a une nouvelle donne dans le monde.
09:34Et pour le coup, ils ont relativement raison.
09:37Avec l'irruption de la Chine, dont personne n'avait mesuré l'ampleur.
09:41Alors, pas tellement Chine, usine du monde, ça, tout le monde était au courant.
09:44C'est Chine, pays technologique, pays de high-tech.
09:47Et là, on voit bien que la réaction protectionniste américaine,
09:50c'est aussi ce que je disais tout à l'heure,
09:51c'est qu'ils ont fait des choix,
09:52ils ont abandonné d'autres secteurs d'activité.
09:55Pour le coup, ils sont devenus importateurs nets.
09:57Ils ont même perdu d'ailleurs leurs compétences.
09:59Ce qui explique que quand ils mettent des droits de douane,
10:01finalement, tous les travaux des économistes,
10:03que font les Chinois ?
10:05Ils reportent finalement la taxe dans le prix
10:07parce qu'ils savent que les Américains n'ont pas de substitut.
10:09Donc, attention, il y a aussi cette idée,
10:11cette prise de conscience depuis 15 ans,
10:12qu'on a vue sous Obama, sous Trump 1,
10:16finalement sous Biden.
10:17Biden n'a pas remis en cause cette idée que...
10:19Tout le monde a mené à la même politique,
10:20que la Chine, on est largué technologiquement dans certains secteurs.
10:24Juste Trump le fait en nous mettant des baffes plutôt que nous...
10:26Oui, mais je reviens sur ce sujet chinois.
10:27Il y a l'idée que la Chine est une menace technologique
10:30dans certains secteurs, hors numérique.
10:33Attention à cette image d'épinal,
10:34les Américains sont forts en tout nom.
10:35Ils sont forts essentiellement sur tout ce qui est tech et numérique.
10:38Mais vous prenez l'automobile, pardon, à part Tesla,
10:41les voitures électriques, pardon, elles viennent d'où ?
10:43Elles viennent essentiellement de Chine.
10:45Donc, c'est cette prise de conscience qu'ils sont en retard.
10:47Et ce réflexe-là, il nourrit nécessairement un retour au protectionnisme.
10:52Erwan, dernier mot.
10:53On va revenir en deux mots sur la différence culturelle.
10:55Vous citiez les travaux de Stantcheva,
10:57il y a eu Tirol, il y a eu Alésina avant,
10:59mais c'est des raisons profondes.
11:00Nous, on est un continent...
11:02Pourquoi est-ce que nous, les Européens,
11:03on croit moins au marché
11:05et on se défie plus de la liberté ?
11:08Parce qu'on est un continent
11:10qui, depuis des centaines d'années,
11:12on se fout sur la gueule régulièrement.
11:14On a appris à ne pas faire confiance à nos voisins
11:16et à dire, si on le laisse faire,
11:17ils risquent de m'attaquer.
11:18Les États-Unis, il y a eu cette culture
11:20où il y avait la nouvelle frontière.
11:21Mon voisin m'emmerde,
11:23je me déplace à 100 kilomètres
11:24et je crée quelque chose de nouveau.
11:25Je crois que c'est des traits culturels
11:27qui expliquent ces différences aussi.
11:28qui seront difficiles à modifier du point,
11:31Patrick Artus.
11:32Le problème de l'Europe,
11:33c'est que, même à Aix,
11:36on nous a rabattu les oreilles
11:37du grand marché européen,
11:39le marché unique,
11:39donc 450 millions de consommateurs.
11:41Donc, si on regarde les travaux du FMI,
11:44sur les biens,
11:46les obstacles à la circulation des biens
11:48entre les pays européens,
11:49c'est l'équivalent d'un droit de douane
11:50de 42%.
11:5040%, absolument.
11:51Et pour les services,
11:52c'est l'équivalent d'un droit de douane
11:53de 110%.
11:55Vous voyez les problèmes
11:56du secteur des banques italiennes
11:59qui veulent s'implanter en Allemagne
12:00et le gouvernement allemand
12:01fait tout pour que ce ne soit pas possible.
12:03Et donc, télécoms.
12:05Vous avez des télécoms
12:06qui sont pays par pays.
12:09Une quarantaine,
12:09une soixantaine d'opérateurs télécoms
12:13alors qu'il y en a trois aux Etats-Unis.
12:13On devrait avoir trois opérateurs télécoms en Europe.
12:17On a trois opérateurs télécoms par pays.
12:19Et donc, il y a une segmentation.
12:20Il n'y a pas de grand marché.
12:21Il n'y a pas de grand marché du financement.
12:23Il n'y a pas de banque.
12:23Il n'y a pas de banque supranationale.
12:25Et donc, en réalité,
12:27c'est une superposition
12:28de petits marchés segmentés.
12:30Donc, tant que ça ne sera pas corrigé
12:33et l'évolution,
12:35en particulier des Allemands,
12:36ne va pas dans le sens de la correction,
12:39l'Europe n'aura pas de grand marché.
12:41Il faudra se résigner
12:42et avoir des tout petits marchés.
12:43Et pour rebondir sur ce que disait Patrick,
12:45pour le coup,
12:46danger d'une fusion-acquisition en Europe.
12:48Puisque si vous avez des petits marchés,
12:50cette fameuse comparaison
12:51que j'entends à longueur de journée
12:52aux États-Unis, il y a trois opérateurs.
12:54Il y en a 80 en Europe.
12:55On est fous en Europe ?
12:56Non, on n'est pas fous.
12:57Il y en a trois par pays.
12:58Donc, par définition,
12:59si vous avez des marchés domestiques
13:00et que vous fusionnez
13:01et que vous passez de trois à deux,
13:03vous aurez des hausses de prix.
13:05Attention, le vrai sujet en Europe,
13:06à nouveau, on prend le problème à l'envers,
13:08faites le grand marché.
13:09Une fois que vous aurez fait le grand marché,
13:11là, vous ferez des fusions,
13:13acquisitions domestiques.
13:14Mais à date,
13:14on est quand même essentiellement
13:16sur des marchés domestiques,
13:17en tout cas dans les services.
13:18Donc, vous voyez,
13:19le sujet est souvent mal posé.
13:20On nous dit, les Européens,
13:22on va y venir à ce sujet de concurrence,
13:23ils n'ont rien compris
13:24au droit de la concurrence.
13:25Mais non, ils ont très bien compris
13:26le droit de la concurrence.
13:27Simplement, les marchés sont nationaux.
13:28Si vous avez un marché national,
13:30toute opération de fusion
13:31est potentiellement dangereuse.
13:32Alors, on va continuer.
13:33On va justement parler
13:34des fusions acquisitions
13:35puisque le marché repart très, très fort.
13:37Plus 49% dans le monde en valeur.
13:40Une hausse de près de 90%
13:43aux États-Unis.
13:44Et l'Europe qui revient dans le jeu
13:45avec des très gros deals industriels.
13:48Là, on vient d'annoncer, par exemple,
13:51Thalès qui rachète Exail
13:52pour près de 4 milliards d'euros.
13:54Question simple,
13:55est-ce que le réveil stratégique,
13:59est-ce que c'est le signe
14:00d'un réveil stratégique de l'Europe
14:02ou juste une vague
14:03de consolidation défensive ?
14:05Il y a plein de cas possibles.
14:07C'est ça qui est intéressant.
14:07Dans cette vague de fusion,
14:08il n'y a pas un seul motif.
14:10Il y a un premier motif,
14:11c'est la bonne vieille consolidation.
14:12Typiquement, l'ascensoriste,
14:13je crois que c'est conné,
14:14qui va devenir numéro 1 mondial.
14:16Je rachète le numéro 2
14:17ou le numéro 3, c'est de la consolidation.
14:18Comme le marché est mondial,
14:20ça pourrait passer.
14:21Toujours pareil,
14:22la taille du marché influe
14:23sur la décision des autorités de concurrence.
14:25Donc, il va y avoir de la consolidation.
14:26Je crois qu'on voit beaucoup
14:27quand même d'opérations
14:28de diversification,
14:29de relais de croissance,
14:30notamment liées directement
14:31ou indirectement à l'IA.
14:34Schneider, Engie, etc.
14:35Donc, il y a quand même cette idée
14:36qu'on est devant une révolution industrielle.
14:38Regardez, Engie, c'est intéressant.
14:39J'ai un marché qui est les data centers.
14:41Je vais racheter une boîte
14:43pour faire justement
14:43de l'électrification de data centers.
14:45Donc, il y a quand même cette idée
14:46qu'on est dans une révolution industrielle.
14:48Excel, même chose.
14:49Les drones, c'est quand même une révolution.
14:50C'est une autre manière de faire la guerre.
14:52Il n'y a pas 50 entreprises dans le monde
14:54qui savent faire des drones sous-marins.
14:55Le premier qui passe à l'acte,
14:57qui passe à...
15:01va préempter le marché.
15:02Il n'y a pas 50 entreprises à racheter.
15:03Et oui, il y a un flexilo.
15:04Donc, il y a quand même cette idée
15:05de nouveau relais de croissance.
15:06Et puis, quand même,
15:06pour les États-Unis,
15:07il y a cette idée,
15:08il y a des droits de douane.
15:09Si je veux les contourner,
15:10c'est la bonne vieille théorie économique,
15:12je fais ce qu'on appelle du tarif jumping.
15:14Je passe par-dessus le droit de douane
15:16et j'ai deux moyens
15:16de passer par-dessus le droit de douane.
15:18Soit j'achète un champ,
15:19ça s'appelle du Greenfield.
15:20Du Greenfield, ça prend trois ans.
15:22Soit je rachète
15:23un acteur local déjà implanté.
15:25Et de ce point de vue-là,
15:26c'est assez intéressant.
15:27On pourrait dire
15:28que la politique de Trump
15:29sur ce volet-là
15:30a plutôt réussi.
15:31Alors après, on pourrait dire
15:32qu'il y a d'autres moyens
15:33moins distorsifs
15:34pour attirer les investissements étrangers
15:36que de mettre des droits de douane.
15:37Il suffit, en fait,
15:38de faire des incitations fiscales.
15:39Mais on voit bien, par exemple,
15:40dans la pharma,
15:41c'est un sujet que je connais bien,
15:42dans la pharma,
15:42on voit bien les opérateurs
15:44vous dire de toute façon
15:45pourquoi est-ce qu'on exporte
15:46aux États-Unis,
15:47non pas pour fabriquer
15:48et exporter dans le monde entier,
15:49pour avoir accès au marché local.
15:51Eh bien, on va faire
15:52soit un investissement en greenfield,
15:54soit on va faire une merger,
15:55on va racheter des acteurs domestiques.
15:58Donc, les motivations sont multiples.
16:00Ce bouillonnement, quand même,
16:01Erwold Lenon,
16:02c'est le signe d'un retour
16:03de la confiance des entreprises
16:04ou simplement le fait que
16:07maintenant, on est à l'ère des géants
16:08et que donc, pour survivre
16:10sur le nouveau marché du capitalisme,
16:12il faut être costaud.
16:14Je ne suis pas certain
16:14que ce soit un retour de la confiance,
16:16c'est plutôt le signe
16:19d'une transition économique
16:21où il y a, comme le disait Emmanuel,
16:24de nouveaux modèles économiques
16:26qui émergent,
16:27d'autres sont en train de disparaître
16:28et on a une reconfiguration
16:29où, effectivement,
16:31un certain nombre d'entreprises
16:32se disent pour exister
16:32dans la compétition internationale
16:34et c'est aujourd'hui
16:35et celle qui vient,
16:36il faut grandir.
16:38La question est aussi
16:40celle dont parlait Emmanuel,
16:42c'est comment va se faire
16:42l'appréhension par le droit
16:45de la concurrence.
16:46Alors, j'en parle devant
16:47un ancien vice-président
16:48de l'autorité de la concurrence,
16:49donc j'y vais avec prudence,
16:51mais il me semble
16:51que la Commission européenne
16:53a donné des signaux
16:55montrant qu'elle était relativement,
16:57qu'elle commençait à réfléchir,
16:58à être ouverte.
16:59Ça ne va pas être une révolution,
17:00mais qu'il y a un certain nombre
17:03de signaux
17:03pour faciliter des consolidations
17:05dès lors qu'effectivement
17:07on s'engage vers un marché,
17:08vers une réalité d'un marché
17:11qui n'est pas que national.
17:12Un peu plus de politique industrielle
17:13et un peu moins de bien-être
17:15du consommateur.
17:16Non, je ne veux pas
17:19monopoliser la parole,
17:19mais en deux mots,
17:20une fusion, ça a deux effets.
17:22Ça peut faire monter les prix,
17:23ça peut faire baisser les coûts.
17:24Jusqu'à aujourd'hui,
17:25la Commission
17:26et d'ailleurs l'autorité
17:27de la concurrence
17:27dont je vous ai parlé,
17:29on regardait uniquement
17:30le risque de hausse de prix
17:31et on disait
17:31les gains d'efficience,
17:33tout ça, c'est spéculatif,
17:34ce n'est pas démontré.
17:35Or, intellectuellement,
17:36c'est faux,
17:36parce qu'une fusion
17:37a forcément,
17:38peut avoir un effet
17:38sur la baisse des coûts.
17:39Et l'évolution
17:40du logiciel de la Commission,
17:42ça va être de dire
17:42si vous venez
17:43avec une démonstration
17:44qu'il y aura bien
17:46des baisses de coûts,
17:47donc des gains d'efficacité
17:48qui viennent compenser
17:50l'atteinte à la concurrence,
17:52alors j'autoriserai la fusion.
17:54C'est juste
17:54un bon raisonnement
17:55d'économiste.
17:56Mais attention,
17:57on n'ira pas au-delà,
17:58on aura peut-être si
17:59dans certains secteurs
18:00stratégiques,
18:01défense vers un argument
18:02de résilience,
18:03ça n'est pas bon
18:03pour la concurrence,
18:05mais c'est compensable
18:06par un argument
18:07en termes de résilience économique,
18:08mais on n'ira pas
18:08tellement plus loin.
18:09Donc attention
18:10à ne pas non plus
18:11trop surinvestir.
18:12Je ne vois pas
18:12la commission dire
18:13au nom d'une politique
18:14industrielle
18:15qui va faire émerger
18:16un géant
18:16et faire monter les prix,
18:18j'autorise une fusion.
18:19Pardon,
18:19pour l'économiste,
18:20être un géant
18:21n'est pas un signe
18:22nécessairement d'efficacité.
18:24Pour moi,
18:24un bon géant,
18:25c'est un géant
18:26qui a réalisé
18:27des gains d'efficience.
18:28C'est le fameux
18:281 plus 1 égale 3.
18:30Si se marier,
18:31c'est juste faire
18:31de la consolidation
18:32pour faire payer
18:33les consommateurs européens,
18:35en réalité,
18:36utiliser l'Europe
18:37comme une rente
18:38pour partir
18:39à la conquête
18:40des marchés non européens.
18:40C'est un peu ce qu'on fait
18:41des Etats-Unis,
18:42non ?
18:42Ça renforce les boîtes
18:43quand même.
18:43Ça renforce les boîtes
18:44au détriment
18:45quand même
18:45du consommateur américain.
18:46Ah oui,
18:47ça bien sûr.
18:47Patrick Artus,
18:48votre analyse
18:49de ce nouveau boom
18:51du M&A,
18:51des fusions.
18:52D'abord,
18:52c'est un boom
18:53très américain.
18:54En Europe,
18:55c'est entre 5 et 15 %
18:56à la hausse
18:57du montant
18:58des M&A
18:59entre 2024 et 2024.
19:01On revient dans le jeu
19:01un peu quand même.
19:02On sent que ça bouge
19:03sur le marché européen.
19:03Oui,
19:03mais c'est surtout
19:05un truc américain.
19:06Et donc,
19:07pourquoi aux Etats-Unis,
19:08il y a une explosion
19:09de M&A ?
19:10Un,
19:12vous avez balayé
19:13les trois explications possibles.
19:15Un,
19:15il y a un choc technologique,
19:17une nouvelle technologie.
19:18Donc,
19:18il faut absolument investir
19:19dans cette nouvelle technologie.
19:21Et vous n'allez pas tous
19:22développer des modèles
19:23d'IA en interne.
19:24Donc,
19:24vous faites des acquisitions
19:25de boîtes
19:26qui vous donnent
19:26des modèles d'IA.
19:27Vous n'allez pas tous
19:28investir dans des data centers.
19:29Vous allez acheter une boîte
19:31qui maîtrise la technologie
19:32des data centers.
19:34Deux,
19:34aux Etats-Unis,
19:35il y a beaucoup d'argent
19:36disponible.
19:37Et donc,
19:38les entreprises ont les moyens.
19:40Les gens sujets
19:40de la profondeur de marché.
19:41Ils ont les moyens.
19:41Elles peuvent payer en action.
19:44C'est trois tiers.
19:46Les financements,
19:47c'est un tiers en action,
19:48un tiers sur le marché
19:49de la dette privée,
19:49un tiers par de l'endettement
19:51traditionnel.
19:52Et puis trois,
19:53il y a effectivement
19:53l'effet protectionnisme
19:55et l'effet coût.
19:57Si vous êtes
19:57un chimiste européen,
19:59vous ne pouvez pas
20:00être absent
20:00du marché américain.
20:01Vous payez votre gaz
20:03naturel
20:03quatre fois moins cher
20:04aux Etats-Unis
20:05qu'en Europe.
20:05Donc ça vous rentabilise
20:06la délocalisation
20:07d'activité.
20:08Donc ça,
20:08c'est les trois explications.
20:10Mais c'est surtout
20:10un modèle...
20:12Ce n'est pas énorme.
20:13Il y a quelques opérations
20:15spectaculaires en Europe.
20:16Mais si vous regardez
20:17les statistiques
20:18que fait EY,
20:20etc.,
20:20c'est beaucoup
20:21de petits deals
20:21en Europe.
20:22Il n'y a pas
20:23beaucoup de gros deals.
20:24C'est beaucoup
20:24de petites opérations.
20:25C'est vrai qu'on n'a pas
20:26encore vu de deals
20:26à plusieurs dizaines de milliards.
20:27Et beaucoup de deals
20:29basés sur des LBO aussi.
20:31Donc c'est des deals
20:33plutôt de privé.
20:34Opérations,
20:34il y a des deals structurants.
20:37Je vais revenir sur le lien
20:38politique de concurrence,
20:39politique industrielle.
20:40Vous avez dit,
20:40Raphaël,
20:41il serait temps que l'Europe
20:42utilise finalement
20:43les fusions acquisitions
20:45pour faire de la politique
20:46industrielle.
20:46Oui, on voit que ça coince
20:47à chaque fois.
20:48Entre Unicrédit,
20:49Commerce Bank,
20:49le SCAF,
20:50on n'arrive pas à se mettre
20:50d'accord.
20:51Ce n'est pas un problème
20:51de politique de la concurrence,
20:52c'est les États,
20:52comme le disait Erwan tout à l'heure.
20:54Il y a aussi un sujet politique
20:55là-dedans.
20:56Alors justement,
20:56j'ai envie d'être un sujet politique.
20:57Et si vous me permettez
20:58une bref anecdote,
20:59quand j'étais à l'autorité
21:00de la concurrence,
21:01vous le savez,
21:01nous avons interdit
21:02M6-TF1.
21:02Oui.
21:03On s'est fait beaucoup
21:05réprimander.
21:05Moi, je pense qu'on a eu raison
21:06à l'époque.
21:06Je ne sais pas de quoi
21:07demain est fait.
21:08Pardon.
21:09Rien n'empêchait.
21:10Rien n'empêchait
21:11le décideur politique,
21:12en l'espèce,
21:13le ministre de l'économie,
21:14de dire,
21:14c'est très bien
21:15le droit de la concurrence.
21:16Mais moi,
21:16je ne suis pas le ministre
21:17de la concurrence,
21:18je suis ministre
21:18de l'intérêt général.
21:19Il y a un article
21:20qui s'appelle
21:21Le droit,
21:21le pouvoir des vocations,
21:22qui donne pouvoir
21:23au ministre de dire,
21:24au nom d'autres intérêts
21:26que la concurrence,
21:27donc je ne demande pas
21:28au ministre de refaire
21:29une analyse de concurrence.
21:29Les experts ont fait
21:30leur travail.
21:31Au nom notamment
21:32de la compétitivité,
21:33de l'emploi,
21:34j'autorise la fusion.
21:34Que ne l'a-t-il fait ?
21:36Pardon.
21:37Chacun a sa place.
21:38Ne demandons pas
21:38à une autorité
21:39de la concurrence
21:40qui n'est pas armée
21:40pour cela
21:41de faire de la politique,
21:42fuse de la politique industrielle.
21:44Par contre,
21:45pourquoi l'homme politique
21:45ne prend pas ses responsabilités ?
21:47Moi, j'ai toujours soutenu
21:48l'idée suivante.
21:49Pourquoi en Europe,
21:50nous n'aurions pas
21:50le même système
21:51qui existe en France
21:53qui est ce fameux système
21:54de pouvoir des vocations ?
21:54La Commission dirait
21:56Alstom, Zimans,
21:57ce n'est pas bon
21:57pour la concurrence
21:58et je pense qu'elle a eu raison.
21:59Regardez,
22:007 ans après,
22:017 ans après,
22:01on a bien 2 géants européens
22:03plutôt qu'un
22:04et en plus,
22:04on a de la concurrence.
22:05Par contre,
22:06rien n'empêcherait
22:06le Conseil européen,
22:08en réalité les chefs d'État,
22:10de dire écoutez,
22:10nous,
22:11on trouve que la concurrence
22:12ça n'est pas l'alpha et l'oméga
22:14au nom de la résilience,
22:15au nom de la souveraineté,
22:17quel que soit l'argument,
22:18nous outrepassons
22:19la décision de la Commission
22:20mais nous nous assumons
22:21la responsabilité.
22:22En réalité,
22:23les hommes politiques
22:24font porter
22:25aux autorités de concurrence,
22:26c'est-à-dire aux experts,
22:27le propre poids
22:28de leur impuissance
22:29et de leur manque de courage.
22:31Mais pardon,
22:32je le répète,
22:32la fusion M6-TF1,
22:33si le ministre l'avait voulu,
22:35elle aurait été autorisée.
22:37Très intéressant.
22:38Patrick,
22:38puis Erwin Lenon.
22:39Il y a un autre sujet
22:40qui est l'efficacité
22:41de ces opérations
22:42de M&D.
22:43Et la littérature
22:45de recherche
22:46que Manuel Spreng
22:47jette un doute
22:48quand même.
22:4960%.
22:50Il y a peu
22:51de créations de valeurs,
22:52en général,
22:53il y a des destructions
22:54de valeurs,
22:55il y a peu de deals
22:57qui amènent
22:58le taux d'échec
22:59grossissant.
22:59Vous regardez
23:00la valeur de la cible
23:02et la valeur
23:02de l'acquéreur,
23:04vous faites la somme
23:05des deux.
23:051 plus 1 ne fait pas
23:06toujours 2.
23:071 plus 1,
23:08ça fait 1,8.
23:10Dans 60% des cas,
23:11les fusions
23:11sont un échec
23:12au sens que
23:13elles ont détruit
23:13de la valeur.
23:14Ça,
23:14c'est les statistiques
23:14McKinsey,
23:16Hervard.
23:16L'explication
23:18toujours du même
23:19Thomas Sillipon,
23:20c'est que
23:21c'est l'hubris
23:24des entreprises.
23:25Les entreprises
23:26veulent grossir.
23:27Toujours plus près
23:28du soleil,
23:29toujours plus haut,
23:29toujours plus fort.
23:30Elles veulent grossir.
23:31Elles pensent
23:32que tête grosse,
23:33ça les protège,
23:34etc.
23:35Et elles font
23:36des acquisitions
23:37en dehors
23:37de leur domaine
23:38d'expertise.
23:39Et ça,
23:40regardez,
23:40par méta,
23:43le métaverse,
23:45c'est un échec
23:46qui a des dizaines
23:46de milliards
23:47de dollars
23:47pour Facebook.
23:49Et donc,
23:50il y a ce problème
23:51que ce n'est pas
23:51forcément bon signe
23:52pour l'économie
23:53d'avoir un boom
23:54des fusions acquisitions.
23:55Bon, Erwan ?
23:57Et quel est le meilleur
23:58révélateur
23:59de ces échecs ?
24:00C'est quand il y a
24:01de la concurrence.
24:01C'est-à-dire que
24:01quand les opérateurs
24:02qui sont concentrés
24:03sont confrontés
24:04à de la concurrence
24:06et ça renvoie
24:07à ce qu'évoquait
24:09Emmanuel tout à l'heure
24:09sur la responsabilité
24:10des politiques.
24:11C'est-à-dire que
24:12il est,
24:13moi je serais peut-être
24:14un peu plus critique
24:15à certains égards
24:15des décisions
24:16d'autorité de concurrence
24:17mais au fond
24:19ce que dit Emmanuel
24:20est absolument juste
24:20c'est-à-dire que
24:22d'abord les autorités
24:23de concurrence
24:23elles n'agissent pas
24:25librement
24:25en dehors de tout cadre
24:26elles agissent
24:26selon le mandat
24:27qui leur a été donné
24:27par les politiques.
24:28Oui, en qualité
24:29d'autorité indépendante.
24:31Ensuite,
24:32effectivement,
24:32le politique
24:33a ce pouvoir
24:34d'évocation en France
24:35qui a été mentionné
24:36tout à l'heure
24:37mais c'est plus simple
24:38de désigner
24:39l'autorité de la concurrence
24:40ou désigner
24:41tel responsable
24:44la commission
24:45par exemple
24:45que de regarder
24:46la réalité
24:47c'est que
24:47le problème fondamental
24:49de notre économie
24:50est qu'elle n'est pas
24:50assez compétitive
24:51qu'il n'y a pas
24:51de marché unique
24:52on en parlait tout à l'heure
24:53etc.
24:53Et tout ça
24:54ça demande
24:55pour y parvenir
24:56que les responsables politiques
24:58prennent leurs responsabilités
25:00dessinent un projet
25:01nous expliquent comment on y va
25:01mais on en est encore
25:02assez loin.
25:03Oui mais ce n'est pas possible
25:04l'Europe
25:05ce n'est pas
25:07une fédération
25:08regardez les éoliennes
25:12il y a un fabricant
25:14éolien
25:15compétitif
25:16c'est Vestas
25:16qui est danois
25:17on devrait décider
25:18que
25:18toutes les éoliennes européennes
25:20sont faites par Vestas
25:21au Danemark
25:22on devrait décider
25:23que le nucléaire
25:24est en France
25:25que l'automobile
25:26c'est le sud
25:27de l'Allemagne
25:27et donc
25:29on devrait avoir
25:30ces mouvements
25:31de la géographie
25:32de la spécialité
25:34de la population
25:34productive
25:35comme aux Etats-Unis
25:36mais ça
25:36les gouvernements
25:38et les opinions
25:38sont pas prêts
25:39aux Etats-Nations
25:39on n'est pas prêts
25:41à accepter
25:41des destructions
25:42d'emplois
25:42dans un secteur
25:43encore une fois
25:43la gouvernance
25:44inachevée
25:44de l'Europe
25:45et puis on a
25:48une énorme protection
25:49de l'emploi
25:50en Europe
25:50donc faire des changements
25:52dans la structure
25:52sectorielle des emplois
25:53c'est extraordinairement
25:54compliqué
25:55alors que c'est très facile
25:56par exemple aux Etats-Unis
25:57donc il y a
25:58beaucoup d'autres obstacles
25:59que la concurrence
26:02au fait
26:02de générer
26:03des champions européens
26:04courage et construction européenne
26:07c'est les maîtres mots
26:07courage
26:08on reboucle
26:08avec le début
26:09de l'émission
26:11courage de porter
26:12certaines opinions
26:13et puis
26:14effectivement
26:15agrandir ce marché européen
26:17l'approfondir
26:18aboutir
26:19enfin
26:19à cette construction
26:20européenne
26:21merci à tous les trois
26:22Patrick Arthus
26:23économiste
26:24conseiller économique
26:25de la société de gestion
26:26Ossiam
26:26Emmanuel Combe
26:27professeur à l'université
26:29Paris-Inde-Panthéon-Sorbonne
26:30et à l'ASKEMA
26:31Business School
26:32merci Erwann Lenon
26:33fondateur de
26:34A.K.A.
26:35Stratégie
26:36pour cette émission
26:37passionnante
26:37disponible en podcast
26:38Eric Ler
26:39Sous-titrage Société Radio-Canada