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Avec Paul Peytoureau, créateur de "Passé par là" et youtubeur

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##ACTU_DU_JOUR-2026-07-02##

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Transcription
00:0014h, Sud Radio, la France dans tous ses états, Perico-Legas, Mot de Coffleur.
00:06Il s'appelle Paul, il a 33 ans et depuis 3 ans, il parcourt la France à la rencontre des
00:11aînés de leurs témoignages qu'il publie chaque semaine sur les réseaux sociaux
00:14pour redonner toute leur place aux personnes âgées, un projet unique et qui fait du bien.
00:18Bonjour Paul Pétoureau et merci d'être avec nous aujourd'hui sur Sud Radio.
00:22Bonjour et merci à vous pour l'invitation.
00:24Merci à vous Paul Pétoureau d'être en ligne avec nous.
00:28Vous ne pouvez pas imaginer à quel point votre témoignage me bouleverse parce que récemment encore j'ai perdu des
00:34gens de ma famille ou des amis ou des voisins âgés de plus de 90 ans
00:39et j'ai regretté, moi qui suis journaliste, j'aurais tellement voulu et j'ai souvent parlé avec eux et
00:44je me suis dit bon je le ferai un jour, recueillir leurs témoignages,
00:47comment ça se passe, comment était la France dans leur enfance, comment était la France après la guerre.
00:50Ces gens c'est un trésor de savoir et quand quelqu'un de cet âge là meurt, effectivement c'est
00:57une bibliothèque qui disparaît, c'est un trésor vivant qui disparaît.
01:00Et vous, vous, Paul Pétoureau, vous sillonnez la France justement pour aller à la rencontre de ces gens qui témoignent.
01:07Vous connaissez la formule, un peuple qui oublie son passé n'a pas d'avenir et vous au contraire vous
01:10êtes avec des gens dont le témoignage nous comprend de mieux vivre le monde dans lequel on vit, c'est
01:15ça ?
01:15Et où est-ce que nous allons ?
01:17Oui, c'est sûr, il faut essayer de se rappeler du passé pour envisager l'avenir.
01:22Mais c'est vrai, comme vous dites, on ne prend jamais le temps suffisamment pour écouter nos seniors, nos aînés.
01:28Et c'est pour ça aussi que j'ai démarré le projet, j'ai perdu mes grands-parents assez jeunes
01:33et j'ai le regret de ne pas pouvoir garder quoi que ce soit d'eux.
01:37Je connais ça, je connais ça.
01:39Et voilà comment ça a démarré.
01:41Vous pensez qu'aujourd'hui, notre mode de vie, nos structures familiales, autrefois on vivait beaucoup plus avec les anciens,
01:49avec les grands-parents qui étaient souvent à la maison.
01:50Je vous parle vraiment d'autrefois.
01:51Il y a encore des endroits, il y a encore des secteurs de la société où les anciens sont à
01:56la maison.
01:57Est-ce que le fait qu'il y a cette disparité fait que la transmission se fait moins bien, que
02:01l'échange...
02:01C'est certain, c'est certain. Je pense qu'il y a une fracture énorme d'ailleurs entre ma génération
02:07et la leur, et du fait aussi de la technologie, c'est certain.
02:12Mais c'est pour ça aussi que le projet se veut sur les réseaux sociaux, c'est pour essayer de
02:16rassembler les jeunes avec leurs aînés.
02:18Mais je pense que cette fracture est vouée à, disons, à ne pas disparaître, mais à se rétrécir à mesure
02:24que les générations vont passer.
02:26Je pense qu'on sera sur des personnes qui ne sont plus à même de rester connectés, d'utiliser les
02:31technologies, et de rester en lien et garder ce lien.
02:37Paul Pétoureau, en quoi consiste votre initiative Passer par là ? Quel est le principe ?
02:44Le principe est tout simple, en fait. Je me rends chez la personne âgée, sur demande de la famille, pour
02:50réaliser une interview qui dure à peu près une heure, une heure et demie,
02:53que je restitue évidemment à la personne et à la famille, et que moi je viens exploiter sur les réseaux
02:58sociaux en format long ou en podcast,
03:01pour justement essayer de comprendre comment on vivait à l'époque, et essayer aussi de restituer aux jeunes générations les
03:08détails de cette vie-là,
03:11la guerre, l'éducation, la nourriture, enfin tous les aspects de la vie d'autrefois.
03:16C'est incroyable que quelqu'un n'ait pas eu cette initiative, vous, vous avez celle d'aujourd'hui, mais
03:22qu'on n'ait pas parlé.
03:23Alors il y a quelques documentaires, c'est le principe même du documentaire, d'aller voir des personnes politiques, des
03:28artistes, des intellectuels,
03:30pour leur raconter, et ceux qui écrivent leur biographie.
03:32Mais d'aller à la rencontre, comme ça, du peuple français, dans les territoires, avec des gens simples qui vous
03:38racontent leur vie,
03:39c'est la façon de collectionner un trésor, c'est un trésor.
03:44Je crois qu'il y a eu Pierre Bond à l'époque qui faisait ça.
03:47Absolument, absolument.
03:48Il me semble, mais c'est vrai que je regarde en tout cas qu'on n'est pas suffisamment enregistré
03:52avec la technologie qu'on a aujourd'hui.
03:53Il m'en a parlé l'autre jour, Pierre Bond, il m'en a parlé.
03:55Oui, bien sûr, et il disait que c'est dommage qu'on ne soit pas allé plus loin,
03:58parce que vous vous rendez compte, tous ces témoignages qu'on a perdus pendant de l'année finie.
04:02Là, aujourd'hui, Paul Pétoureau, vous rencontrez des gens qui sont nés dans les années 30-40, c'est ça,
04:08à peu près ?
04:09Pour les plus anciens.
04:11Les plus anciens sont nés dans les années 20.
04:13Ce matin, j'avais une interview, j'en sortais avec une dame de 101 ans à Poitiers.
04:17Elle était en 1925, et la personne la plus âgée est toujours vivante.
04:20Vous vous rendez compte ?
04:221917.
04:24Généralement, les personnes sont nées années 20 et début années 30.
04:27J'ai posé une limite de 1937, justement pour parler de la guerre avec elle.
04:32Et généralement, si elle s'en est après, elles n'ont pas ce souvenir-là.
04:34Vous vous rendez compte, 1925, ça veut dire qu'elle avait 15 ans en 1940.
04:37Elle était adolescente, elle se souvient parfaitement de l'invasion, de l'occupation, de la guerre.
04:42C'est un témoignage inouï.
04:43Ils sont tous accueillants ou au départ ?
04:46Je vous parle un peu de mon expérience.
04:48Au départ, il faut les mettre un peu en confiance.
04:50Et puis, il faut que ça va, ils se mettent en confiance.
04:51Et là, ils vous révèlent des choses extraordinaires.
04:53Ils sont juste un petit peu timides.
04:55Certains me disent, mais on ne m'a jamais posé la question.
04:58Ils sont ravis de parler.
04:59Oui, et ils ne comprennent pas non plus à quoi ça va servir, pourquoi on fait ça.
05:04Ils pensent que leur témoignage n'a pas de valeur.
05:06À tort, évidemment, mais il faut leur expliquer tout ça en arrière.
05:08Il faut les mettre en confiance.
05:09Il faut les mettre en confiance.
05:11Et là, leur cœur s'ouvre.
05:12C'est pour ça que l'interview dure longtemps.
05:13Leur cœur s'ouvre.
05:14La mémoire se remet en mouvement.
05:16Leur cœur s'ouvre.
05:17Et on peut avoir des instants phénoménales, je crois, Paul Pétoureau.
05:21Oui, des moments un petit peu suspendus.
05:23Où on se demande, voilà, c'est des moments dans le temps absolument phénoménales.
05:28Et moi, c'est ça qui me passionne.
05:29C'est de pouvoir comprendre comment on vivait.
05:31Voilà, on a les années 30, avant-guerre, le front populaire, les révolutions sociales.
05:36Voilà, l'arrivée de la radio, la TSF, les congés payés.
05:39Enfin, il y a plein de choses, quoi.
05:40Et puis la guerre, évidemment, en soi, c'est un énorme chapitre de notre histoire commune.
05:43Et je prends toujours plaisir à découvrir, quelles que soient les régions d'ailleurs.
05:47Parce que ça change de tout au tout.
05:48Évidemment.
05:49Alors, élément très important.
05:50Élément très important.
05:51On vit dans un monde trouble et angoissé.
05:56La phrase de Sylvain Tesson,
05:57« La France est un paradis peuplé de gens qui se sentent en envers. »
06:00Ces gens-là, ils vous racontent plutôt du bonheur.
06:03Ou il y en a qui vous disent aussi,
06:04« On a vécu des périodes terribles, épouvantables. »
06:07« Ou j'ai eu des épreuves personnelles dans ma vie. »
06:09Mais j'ai plutôt l'impression qu'ils essaient de raconter quelque chose qui les a rendus heureux.
06:14Qu'ils témoignent qu'ils étaient heureux.
06:17À part ceux qui ont vécu un cauchemar.
06:18C'est un peu votre sentiment ou non ?
06:20Disons que c'est des gens qui se sont satisfaits de leur vie.
06:25Ils sont parvenus à s'asseoir sur la douleur, à être résilients.
06:28Et à voir passer à autre chose.
06:30En fait, il n'y avait pas de psychologue, de cellule, quoi que ce soit.
06:33Donc en fait, ils n'ont pas eu le choix.
06:34Ils ont fait.
06:35Et ils n'ont pas tellement réfléchi.
06:36En fait, ils ont été forcés, obligés.
06:39Et en fait, ils en parlent même assez librement aujourd'hui.
06:41Je pense aux femmes.
06:41En fait, ils ne se rendent pas compte de la violence de ce qu'ils ont vécu souvent.
06:44Bien sûr.
06:46Par rapport à l'émoi que suscite aujourd'hui, j'allais dire, un contre-temps, une contrariété,
06:51les proportions que ça prend, eux, ce qu'ils ont subi, avec quelle pudeur ils l'ont subi,
06:55et surtout, quelle discrétion ils ont eue après, pour ne pas s'emprunter et en pleurer en permanence.
07:00Il y a beaucoup de pudeur chez ces gens-là.
07:02Ils ne font jamais état, justement, de tout ça.
07:04Ils délivrent très peu de ce qu'ils ont dû affronter, de ce qu'ils ont dû mener.
07:10C'est vrai que c'est beaucoup de pudeur, beaucoup de calme, beaucoup de sérénité.
07:14C'est assez, on va dire, louable.
07:18Moi, j'apprends beaucoup de ça.
07:19En tout cas, je trouve ça passionnant.
07:21Et c'est tout à l'heure, on a aussi.
07:23Est-ce que vous retrouvez, Paul Pétoureau, selon les...
07:25Vous sillonnez toute la France, on est d'accord, hein ?
07:27La Belgique et la Suisse aussi.
07:29La Belgique et la Suisse aussi.
07:30Est-ce que vous retrouvez, selon vos pérégrinations,
07:33et selon les personnalités, les individus que vous rencontrez,
07:36est-ce que vous rencontrez des témoignages qui correspondent à des tempéraments un peu locaux ?
07:41Il y a des gens plus...
07:42Il y a des gens plus vifs, des gens plus réservés sur les tempéraments locaux.
07:45Vous voyez ce que je veux dire ?
07:46Les régions qui s'exploient dans le sud, plus expressifs, plus timides dans le nord.
07:52Après, c'est aussi une génération qui a beaucoup bougé.
07:54Donc, ce n'est pas parce que je me rends en droit que forcément la personne en est originaire.
07:56Mais c'est vrai qu'il y avait des choses, des tendances qui se sortent de tout ça.
08:01Les campagnes sont lourdes de silence, parfois.
08:04La ruralité pèse et c'est souvent des familles qui ne parlent pas trop.
08:08Je pense aux Tarnes, je pense aux Gers aussi, par chez moi.
08:12Je pense notamment là où je suis en Haute-Vienne, c'est un petit peu la même chose, la Vienne.
08:18Mais souvent, sur le littoral, les gens sont quand même, j'ai l'impression, la Côte d'Azur, la Bretagne...
08:24Ils sont plus d'Isère, ils sont plus d'Isère et plus prolixe.
08:28Oui, plus locale, plus expressif, plus enjoué, c'est vrai.
08:34Certains sont quand même assez axés sur la mémoire de leur pays, les traditions locales, comment on faisait quand on
08:40était jeune, les moissons, les vendanges, le travail.
08:43Et ils sont attachés à cette période aujourd'hui où tout est informatisé, tout est numérisé ?
08:48Ils déplorent tout ça, en fait. Ils déplorent ce changement parce que toutes ces festivités, toutes ces traditions permettaient simplement
08:53de se rejoindre, se retrouver, partager des moments.
08:56Et tout ça a disparu, ne serait-ce que la chaise qu'on sort dans la rue le soir, quand
08:59ils se sentent au ciel.
09:00Voilà, tout ça n'existe plus. La télévision, puis la voiture, puis le téléphone aujourd'hui ont renversé tout ça,
09:06quoi.
09:06Donc ils le déplorent très souvent.
09:07Vous imaginez, pour cette personne qui est née en 1925, a donc 101 ans, vous imaginez les évolutions par rapport
09:14à ses aïeux du 19ème ou du 18ème siècle ?
09:17Vous imaginez les évolutions qu'elle a vécues, peut-être subies, par rapport à la façon dont elle vivait en
09:231925 ?
09:24Aujourd'hui, c'est un autre monde, elle est sur une autre planète, et pourtant, elle a suivi, elle comprend
09:29son époque ou non ?
09:32Oui, tout à fait, tout à fait. Justement, j'en parlais ce matin avec elle, je lui demandais à son
09:35grand-père comment il vivait.
09:37Elle me disait, nous, on faisait la soupe avec l'eau du puits, et lui faisait la soupe avec l
09:40'eau de la mare.
09:41Donc en fait, vous voyez les écarts déjà entre ces générations-là. Le grand-père faisait la soupe avec les
09:48grenouilles et les minifards.
09:49Donc le puits était un progrès technique par rapport à l'onama ?
09:53Déjà.
09:54Ça veut dire que son grand-père à elle devait être à peu près sous Napoléon III, voire un petit
09:58peu avant ?
09:58Avant, je pense, avant ça.
09:59Avant même ?
10:00Avant ça, oui.
10:01Son père est né de fin du petit neuvième.
10:05Donc effectivement, le grand-père milieu, je pense.
10:08Paul Pétoureau, où est-ce qu'on peut retrouver ces trésors que vous êtes en train d'amonceler ?
10:11Comment on peut y accéder ?
10:13Alors sur Instagram, c'est la première vitrine.
10:15Oui.
10:16Ensuite, je suis YouTube pour des accès, on va dire, des formes un peu plus longs.
10:20Et ensuite, il y a des podcasts qui existent sur Spotify et Deezer, simplement pour des livres audio.
10:27Et il y a quelques épisodes, à votre avis, qui valent le coup d'être entendus ?
10:31Si on a le temps, si on a 20 minutes, 30 minutes devant soi, c'est cool de se poser,
10:35réfléchir à tout ça, de les écouter et d'aller les voir aussi.
10:39Si on a l'occasion dans les EHPAD, dans les associations, il y a un moment de...
10:41Et bien sûr, ça vous le recommandez ou non, d'aller parler à ces gens ?
10:45Bien sûr, je constate le solitude et l'isolement de ces personnes tous les jours en allant les voir.
10:51À chaque fois que je pars, je me dis, ben voilà, elles n'ont rien à faire de la journée,
10:53elles attendent de voir les télévision ou même de voir rien du tout.
10:56Donc c'est assez besoin.
10:58Et donc, vous encouragez dans chaque famille les gens à faire témoigner leurs anciens auxquels ils ont encore accès, s
11:04'ils ont encore des choses à dire ?
11:05Bien sûr, bien sûr. Même si c'est un enregistrement de moyenne qualité, il faut absolument garder ça pour soi,
11:10pour les autres, pour la vie, c'est absolument primordial.
11:14Bon, et puis je vous souhaite, cher Paul Pétoureau, quand vous aurez 90 ans, que vos successeurs viennent vous interviewer
11:19et vous raconter à l'époque comment vous aviez fondé, passé par là.
11:23Merci Paul Pétoureau pour votre témoignage.
11:26Et puis je vous dis, à très bientôt, au revoir.
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