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  • il y a 11 heures
Chaque soir, Maxime Switek vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00La suite de cette soirée en direct sur BFM TV avec dans un instant la canicule.
00:04Deux infos ce soir d'abord, oui, elle revient sans doute ce week-end.
00:07Et puis deux, les écolos veulent renverser le gouvernement justement pour sa mauvaise gestion de la canicule.
00:12Motion de censure déposée, ce sera dans un instant.
00:14Mais d'abord, il est devenu en quelques semaines l'un des journalistes les plus vus à la télé française.
00:20Il a enchaîné des dizaines et des dizaines de duplex chaque jour pour BFM TV et pour bien d'autres
00:24médias depuis Téhéran.
00:25Il est exceptionnellement à Paris ce soir et publie ce livre que je vous montre aux éditions First, Carnet de
00:30guerre.
00:31Bonsoir, Syavosh Ghazi.
00:32Bonsoir.
00:33Merci beaucoup d'être avec nous.
00:34On est ravis de vous accueillir et de vous voir en vrai ce soir avec une première remarque.
00:39On peut donc sortir d'Iran.
00:40On peut donc quitter l'Iran.
00:42Bien sûr, oui.
00:44Il y a beaucoup de gens qui quittent l'Iran.
00:46Normalement, il y a chaque année des millions d'Iraniens qui partent à l'étranger
00:53pour venir en Europe, aux Etats-Unis, en Turquie, beaucoup, aux Émirats.
00:58Moi, maintenant, avec les tensions.
01:00Évidemment.
01:01Mais beaucoup de gens qui partent, bien sûr.
01:03Vous êtes né à Téhéran en 1962.
01:06Vous avez grandi entre l'Iran et la France.
01:07Vous travaillez là-bas depuis ?
01:0928 ans.
01:10Depuis 28 ans.
01:11Je voudrais qu'on regarde, plutôt qu'on vous écoute.
01:1328 février dernier, premier bombardement sur Téhéran.
01:16C'est le début de la guerre.
01:18Et premier duplex en pleine guerre sur BFM TV.
01:22Les Iraniens ont été surpris par ces frappes.
01:26Moi-même, j'ai entendu la première vague de missiles, 5 ou 6,
01:30qui sont passées très près de l'immeuble où je vis, dans le nord de Téhéran.
01:37Avec cette première série de frappes,
01:40en fait, visait la résidence du guide suprême iranien.
01:45C'est le premier d'une très très longue série de duplex.
01:48Vous avez compté le nombre de duplex que vous avez fait pendant cette guerre ?
01:54Au total, non.
01:55Mais les premiers jours, c'était jusqu'à 80.
01:5980 duplex.
02:0080 duplex.
02:0180 duplex ou d'enregistrement ou de plateau.
02:05Et puis, au bout de quelques jours, je me suis rendu compte que ce n'était pas tenable.
02:10qu'il fallait que je dorme au moins trois heures par nuit.
02:13Pas une heure, pas deux heures, mais au moins trois heures.
02:15C'est déjà pas bien.
02:18Et donc, j'ai réduit un peu le rythme pour pouvoir tenir, parce qu'on s'est rendu compte que
02:24la guerre allait durer.
02:25Vous comprenez tout de suite que ça va durer au premier duplex ?
02:28Vous racontez dans le livre, vous êtes dans les rues de Téhéran, vous entendez un bruit très très fort autour
02:34de vous.
02:35Et il y a quelqu'un qui passe autour de vous, vous lui demandez qu'est-ce que c'était.
02:37Il dit que c'était des missiles.
02:38Vous comprenez à ce moment-là que ça va durer pendant...
02:40Non, allez pas...
02:42Pardon.
02:43À ce moment-là, non.
02:45On pensait que les frappes étaient tellement importantes, la décapitation du pouvoir était tellement forte,
02:51qu'on s'est dit que le pouvoir allait tomber en quelques jours.
02:56Mais au bout de 4-5 jours de flottement, il y a eu une reprise en main du pouvoir.
03:01Et on a vu que le pouvoir résistait.
03:03Et donc, à ce moment-là, je me suis rendu compte que ça allait durer,
03:07que les Américains et les Israéliens n'allaient pas atteindre leur objectif,
03:10qui était de renverser le pouvoir, faire descendre la population dans la rue après les premières frappes.
03:17Et donc, le pouvoir a réussi à reprendre les choses en main, à répliquer.
03:21Et donc, ça a duré 40 jours avec toute la suite qu'on a connue.
03:27Et vous racontez ces 40 jours dans le livre.
03:29Il faut que je vous pose tout de suite la question que se sont posées forcément les Français
03:33en vous regardant pendant ces 40 jours.
03:36Et ensuite, à quel point, quand on est journaliste, qu'on travaille pour des médias français,
03:40à quel point est-ce qu'on est libre de dire ce que l'on veut quand on est à
03:44Téhéran ?
03:45Écoutez, moi, en tant que journaliste, je pense qu'on a un devoir de liberté.
03:50Il y a un devoir moral de dire la vérité, de raconter ce qu'on vit.
03:56Et donc, même si le pouvoir, tous les pouvoirs, essayent de faire pression sur les journalistes,
04:02alors plus ou moins, bien sûr, ce n'est pas la même chose en France qu'en Iran ou ailleurs,
04:07mais il y a un devoir de dire la vérité, de dire les choses qu'on voit.
04:12Et donc, malgré les pressions qui peuvent exister, bien évidemment,
04:16il ne faut jamais oublier ce devoir moral, la déontologie journalistique,
04:22parce que c'est important de dire aux téléspectateurs, aux auditeurs,
04:28ce qui se passe sur le terrain et leur permettre de juger eux-mêmes de la situation.
04:32– Mais vous parlez de pression, c'est de la pression ?
04:34C'est de la surveillance ? Ça ressemble à quoi ?
04:37– Non, il n'y a jamais… En ce qui me concerne, en tout cas,
04:41ce n'est pas le cas de… Il y a beaucoup de gens qui ont été arrêtés.
04:47– Vous-même, vous avez été arrêté ?
04:49– J'ai été arrêté en 2022. J'ai été arrêté à interpeller, en tout cas,
04:54à cette reprise pendant ces 40 jours.
04:57Contrôle d'identité, contrôle du téléphone, ce n'est pas très agréable.
05:01Contrôle de toutes les photos de la galerie de photos,
05:06de toutes les applications Instagram, Telegram, WhatsApp,
05:12mais aussi des applications iraniennes pour vérifier si on n'a pas envoyé des vidéos,
05:17par exemple, à des groupes d'opposition à l'étranger.
05:20Donc ça, ça existe ? La surveillance, évidemment, existe ?
05:24– Évidemment, ça existe. La dernière fois où j'ai été arrêté, ça a duré 4h30.
05:29Et donc, plusieurs groupes, des gens de plusieurs services de sécurité différents
05:36ont procédé à des interrogatoires, à des contrôles.
05:41Et finalement, ils ont dit, non, ce n'est pas suffisant, il faudrait que d'autres viennent.
05:46Et c'était, en fait, des gens, des services de renseignement, des gardiens de la Révolution.
05:51Et là, j'étais en dehors de Téhéran.
05:55Donc, je faisais, on m'a fait pression à BFM pour que je passe à l'antenne,
06:01parce qu'il fallait que j'intervienne.
06:04Et je me suis arrêté à l'endroit où il y avait une centrale électrique.
06:08– Ah, merci.
06:09– C'était le seul endroit.
06:11– Où l'Internet fonctionnait correctement.
06:13Et donc, je me suis arrêté devant ces centrales en me disant, bon, ça, ça va poser problème.
06:17– Il fallait faire un double à ce moment-là, précisément.
06:19– C'était au moment où Trump disait, on va détruire toutes les centrales électriques.
06:22– Ah bon, ben.
06:23– Et 5 kilomètres plus loin, je me fais arrêter.
06:25– Bien sûr.
06:26– Et donc, ils me demandent de sortir, de leur donner tous les appareils électriques et électroniques que j'avais.
06:34Et ils m'ont demandé de signer un papier.
06:36Ils m'ont demandé de revenir 5 jours plus tard à un endroit à 50 kilomètres de Téhéran.
06:41Et j'ai dit non, si vous prenez mon matériel, vous m'emmenez avec vous.
06:46Comme ça, je vais me reposer.
06:47Je vais dormir chez vous.
06:49– Plus 3 heures par nuit.
06:50– Comme ça, ça me permettra de me reposer.
06:52Et là, ils étaient surpris.
06:54Et donc, négociation.
06:56Et au bout d'une heure, j'ai été finalement libéré avec ma femme, bien sûr,
06:59qui était ce qui a subi aussi ces interrogatoires.
07:03– Il y a deux choses qui m'ont frappé, en tout cas, la lecture de votre livre,
07:06qui reviennent beaucoup dans le livre.
07:07La première, c'est que vous expliquez que le pouvoir a changé.
07:10Et vous dites à plusieurs reprises que cette guerre a changé le pouvoir.
07:13Alors évidemment, il y a la décapitation du pouvoir, par définition,
07:16avec une quarantaine de dirigeants qui sont morts.
07:18Mais vous dites que le pouvoir en place a élargi sa base.
07:21On a du mal à, comment dire, à comprendre la logique, vu d'ici en France.
07:27Vous, vous dites que d'une certaine manière,
07:29le pouvoir iranien est plus populaire aujourd'hui qu'il ne l'était avant, cette guerre ?
07:33– Oui, oui, c'est un fait pour la simple raison que…
07:39Enfin, il y a plusieurs raisons.
07:41D'une part, les Iraniens sont très nationalistes.
07:45Et donc, avant la guerre, il y a eu ce mouvement de contestation énorme
07:49qu'on a vu, que j'ai couvert.
07:51– En janvier, avec de nombreuses arrestations, de nombreuses morts.
07:54Alors bon, sur le bilan, il y a des discussions.
07:58Je ne veux pas entrer dans ces discussions.
08:00– Trump est allé jusqu'à 30 ou 40 000.
08:02– 30 ou 40 000.
08:03D'autres, enfin, voilà.
08:05Ça, c'est un autre débat qui peut durer des heures.
08:08Il y avait son mécontentement de la situation, bien évidemment.
08:13Mais quand la guerre a commencé, que le pouvoir a résisté,
08:18et que les gens ont compris que les infrastructures civiles,
08:22des zones résidentielles étaient touchées,
08:26des usines pharmaceutiques étaient touchées,
08:29des universités étaient visées,
08:31et que ce n'était pas simplement une opération chirurgicale
08:35de 3-4 jours.
08:36Mais que Trump l'a dit clairement,
08:38le but, l'objectif, c'est de démembrer l'Iran.
08:41À ce moment-là, avec toutes ces déclarations sur…
08:44– Éradiquer une civilisation, etc.
08:46– Voilà, on va vous ramener à l'âge de pierre.
08:47Ça a provoqué un retournement, en tout cas d'une partie de la population,
08:51des gens qui, totalement laïcs,
08:54ont participé au rassemblement nocturne,
08:57qui continue encore aujourd'hui, 110 jours après la fin.
09:01– Parce que quand vous dites que le pouvoir a changé,
09:02il y a toujours des exécutions ?
09:04– Il y a toujours, oui.
09:05– Voilà.
09:05– Alors, il y a deux choses différentes.
09:09C'est que sur le plan, par exemple, vestimentaire,
09:12de la liberté pour les femmes de porter des vêtements à l'occidental,
09:17de conduire des motos,
09:19ça, c'est un changement radical qu'on voit tous les jours,
09:23une évolution constante,
09:26sans que le pouvoir intervienne,
09:28sans que la population elle-même,
09:30qu'il y ait une coexistence entre cette partie de la population religieuse
09:35et une population très laïque,
09:37surtout les jeunes qui disent,
09:39« Non, on ne respecte pas vos valeurs,
09:41nous avons nos propres valeurs,
09:43il n'est pas question de céder et d'accepter
09:46ce que vous avez imposé aux générations précédentes. »
09:50Ça, c'est une chose.
09:51L'autre chose, c'est bien sûr,
09:53c'est les pendaisons,
09:54au moins une centaine, 150,
09:56depuis le début de la guerre,
09:59des gens qui sont accusés par le pouvoir
10:01d'avoir travaillé pour les services de renseignement israéliens
10:05ou d'avoir mené des actions militaires,
10:07ça, c'est une chose.
10:08Mais l'autre chose qui est encore plus grave,
10:10c'est le sort de centaines, de dizaines, de milliers de personnes
10:14qui ont été arrêtées en janvier,
10:16puis durant la guerre,
10:17dont on ne sait pas ce qu'ils sont devenus.
10:20Il n'y a absolument aucune nouvelle pour eux.
10:22Et donc, ça, c'est une double réalité.
10:26D'une part, au niveau de la société,
10:28il y a une libéralisation,
10:29et d'autre part, il y a toujours ces pendaisons
10:31et ces emprisonnements
10:33qu'on connaît tous les jours.
10:35Je reviens à ma première question.
10:36Je vous disais, on peut donc quitter l'Iran,
10:38on peut retourner en Iran.
10:39Vous repartez en Iran, là ?
10:41Je repars, bien sûr, je repars jeudi
10:44pour aller couvrir les funérailles
10:46parce que ce sera un moment important.
10:51On verra si…
10:51Les funérailles d'Ali Khamenei.
10:53D'Ali Khamenei.
10:54On verra si on va finalement voir son successeur,
10:59son fils.
11:00Moi, je t'abats.
11:00Dans quel état il est,
11:02quel discours, s'il apparaît,
11:05quel discours il va prononcer.
11:06Ce sera très important pour la suite des événements.
11:10Et s'il n'apparaît pas,
11:11ça sera aussi important
11:13parce que ça voudra dire que, bon,
11:15il est amoché de telle manière
11:18qu'il ne peut pas apparaître.
11:19Ça veut dire qu'on va vous revoir
11:20sur l'antenne de BFMTV, notamment.
11:22Pour de nouveaux doubles.
11:23Merci beaucoup, Siavoche Ghazi.
11:24Carnet de guerre.
11:25Carnet de guerre aux éditions First.
11:27Merci d'avoir été avec nous ce soir.
11:28Merci.
11:29En direct et en chair et en os,
11:31ici sur ce plateau de BFMTV.
11:33Merci à vous.
11:33Merci à vous.
11:34Siavoche.
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