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Les Petits Chaperons Rouges est l’un des premiers groupes de crèches privés à avoir ouvert en France et un pionnier des crèches d’entreprise dans le pays. L’entreprise a intégré le groupe Grandir, présent dans 5 pays, ce qui permet un partage de bonnes pratiques. Jean-Emmanuel Rodocanachi, son fondateur, a écrit le livre “Mieux grandir”, aux éditions L’Aube, qui met en avant les leviers à activer pour permettre à la population de concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle.
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00:00– Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans
00:07notre économie.
00:08Et je reçois aujourd'hui Jean-Emmanuel Rodokanaki, bonjour.
00:11– Bonjour Thomas.
00:12– Bienvenue, vous êtes le fondateur des Petits Chaperons Rouges,
00:16l'un des principaux acteurs privés des crèches en France, date de création 2000.
00:22Qu'est-ce qui vous guide, on va remonter à la jeunesse de l'entreprise,
00:25qu'est-ce qui vous guide quand vous créez les Petits Chaperons Rouges ?
00:27– Oula, à l'époque je suis aux Etats-Unis et je rencontre un groupe américain
00:31qui a été le pionnier des crèches d'entreprise aux Etats-Unis, en 99.
00:35Et je me dis que le concept est incroyable, parce qu'en France on a 800 000 familles en liste
00:39d'attente,
00:40on a un fort besoin de concilier vie familiale et vie professionnelle.
00:4480% des femmes en âge d'avoir des enfants doivent travailler, donc il faut quelqu'un,
00:49pour pas seulement s'occuper des enfants et les garder, mais surtout les éveiller.
00:53Et c'est ça qui me motive à revenir en France et à passer 2-3 ans à convaincre le
00:59gouvernement
00:59d'autoriser le secteur privé à ouvrir, à gérer et à animer des crèches.
01:05On a fait passer la loi en avril 2003 et en 2004 on ouvrait la première crèche inter-entreprise en
01:10France à Rungis.
01:11– Donc le premier et le plus gros travail ça a été du lobbying,
01:15c'est pas forcément un gros mot, il a fallu convaincre les autorités.
01:17– Exactement.
01:19– Et qu'est-ce qui les… pourquoi ça prend tant de temps ? Question de base ?
01:23– Trois ans c'est court.
01:25– Vous avez fait fort, c'est ça ?
01:26– Trois ans c'est très court, mais il y avait un vrai besoin.
01:29Et on l'a bien vu depuis maintenant 20-25 ans, le fait d'avoir pu ouvrir des crèches d
01:36'entreprise
01:36avec des employeurs qui ont conscience qu'il faut accompagner et soutenir leurs équipes,
01:41leurs salariés parents, c'est essentiel.
01:43Pour que les salariés soient engagés, soient motivés et puis surtout puissent se concentrer
01:49sur leur travail sans avoir ce stress permanent de qui s'occupe de mes enfants.
01:54– Vous l'avez adapté le modèle initial où il pouvait tout simplement se transposer ?
01:58– Non, le modèle américain on l'a adapté, puisque aux Etats-Unis, la plupart d'ailleurs
02:04des pays anglo-saxons, déjà la crèche et l'école maternelle sont sous le même toit,
02:10donc c'est du 0 à 6 ans, première grande différence par rapport à la France.
02:14Et puis ensuite les parents payent quasiment tout, alors qu'en France les parents payent
02:19à peu près un quart du budget de fonctionnement de la place en crèche.
02:22– Effectivement, alors votre entreprise en 25 ans elle s'est développée, c'est combien
02:26de crèches aujourd'hui ?
02:27– Alors nous avons 1250 crèches et écoles maternelles, puisque au-delà de la France,
02:32nous sommes avec le groupe, qui s'appelle le groupe Grandir, présent en Allemagne,
02:37en Angleterre, en Inde, au Canada et aux Etats-Unis.
02:41Donc on reçoit à peu près 60 000 enfants chaque jour, et avec une équipe passionnée,
02:48engagée, de puéricultrices, d'éducatrices, de professeurs d'à peu près 15 000 personnes.
02:53– Ce mot grandir il est là, puisque c'est aussi le titre de votre livre,
02:57« Mieux grandir la petite enfance » comme projet de société qui est publié aux éditions
03:01de l'Aube, on y reviendra en détail un peu plus tard dans cette interview.
03:06Le fait d'avoir intégré ce groupe, grandir, d'opérer dans plusieurs pays,
03:10qu'est-ce que ça a changé ? Ça s'est passé quand et qu'est-ce que ça a
03:12changé ?
03:14– Les 10-15 premières années, on est resté en France, on a eu une croissance en France,
03:18en partenariat avec les caisses d'allocations familiales, pour faire en sorte de bien mailler
03:22le territoire et de faire en sorte que tout le monde ait une solution d'accueil et d'éveil
03:27de son jeune enfant à proximité de son domicile.
03:29Ça, ça a été le premier grand objectif.
03:31À partir de 2016-2017, on avait noué des partenariats pédagogiques, éducatifs,
03:36avec d'autres groupes de ce qu'on appelle le « early education », le 0-6 ans,
03:42et là on a décidé d'aller plus loin, et donc on s'est associés avec des équipes
03:46en Allemagne, en Angleterre, et puis après, en 2018, au Canada, puis aux États-Unis.
03:52Ce qui est passionnant, c'est qu'en réalité, ce n'est pas une succession de pays
03:57qui ne se parle pas, c'est au contraire tout l'inverse, c'est que vous avez des équipes
04:01de management et vous avez des remontées terrain sur les bonnes pratiques,
04:06sur les initiatives pédagogiques, sur telle ou telle activité en classe ou en crèche,
04:11sur le type de formation qu'on offre aux équipes, etc., qu'on fait remonter,
04:16mais de manière régulière, permanente toute l'année.
04:19Et ça, c'est très inspirant, parce que ça permet aux équipes de voir ce qui se passe ailleurs.
04:25On a une newsletter pédagogique, typiquement.
04:27De les adopter plus vite, ces bonnes pratiques, parce qu'on se dit,
04:30tiens, si j'ai un collègue qui fait, ça marche, je ne vais pas éditer.
04:33Exactement, de les adopter, de les améliorer, etc.
04:35Mais donc vous avez aujourd'hui, par exemple, la dernière newsletter est sortie il y a quelques semaines,
04:40vous avez des activités de potager en France,
04:43et qui sont tout d'un coup accessibles et disponibles pour une structure à Vancouver ou à Boston.
04:49Et vice-versa.
04:50Et là, on rentre dans quelque chose qui, intellectuellement, je trouve, est beaucoup plus intéressant,
04:56parce qu'on permet aux enfants et aux professionnels surtout d'agrandir leur champ de compétences, de curiosité, de créativité.
05:05Vous êtes devenu entreprise à mission l'an dernier.
05:10Pourquoi vous avez fait ce choix ?
05:12Je pense qu'on l'a dans notre ADN depuis le départ.
05:15Lorsqu'on a ouvert notre toute première crèche, donc en 2004,
05:21on a monté un partenariat avec la Fondation de France.
05:24On leur a dit, voilà, c'est très simple, vous allez nous cibler une ou deux causes sur la petite
05:27enfance,
05:28et à chaque place de crèche qu'on va ouvrir, on va vous donner une somme pour financer cette cause.
05:33Et ça, on l'a fait pendant une dizaine d'années.
05:36Et puis, en 2010, on a décidé de voler de nos propres ailes, et on a créé notre propre fondation
05:46d'entreprise.
05:47Et là, on a commencé à soutenir et à créer nous-mêmes des causes qui nous tenaient à cœur,
05:52toujours autour du champ de la petite enfance, bien évidemment, du langage, le développement du langage pour le jeune enfant,
05:57famille fragile, etc.
05:59En 2018, on a été probablement la toute première ETI en France à inscrire notre raison d'être dans les
06:05statuts.
06:06Donc ça parle d'éveil des générations, c'est ça ?
06:07Exactement, exactement.
06:09Et donc ça, c'est essentiel.
06:10La mission est très simple, c'est d'offrir un environnement qui soit pédagogique, sûr, sain et de grande qualité,
06:17où les familles et les professionnels peuvent grandir et s'épanouir.
06:21Et donc là, le cheminement logique de tout ça, après avoir inscrit notre raison d'être dans les statuts en
06:262018,
06:27c'était de devenir une entreprise à mission en 2025.
06:30Effectivement.
06:30Avec aussi une logique de crèche labellisée, crèche engagée.
06:36Je crois que vous avez passé le cap des 100 crèches labellisées il y a quelques semaines.
06:42Il y a deux labels qui sont décernés par SGS, qui est ce groupe suisse qui est le leader mondial
06:49de la certification.
06:50D'accord.
06:50Parce qu'on croit fermement au fait qu'il faut qu'il y ait quelqu'un d'externe et d
06:54'indépendant pour pouvoir donner le coup de tampon.
06:57C'est mieux, on est d'accord.
06:58C'est mieux.
06:59Donc depuis une douzaine d'années, on est certifié crèche expert.
07:04D'accord.
07:05Et là, c'est l'ensemble de nos structures.
07:08Et il y a à peu près 200 points de contrôle.
07:10Et c'est fait de manière annuelle par SGS.
07:12Donc ça, c'est quelque chose d'extrêmement solide.
07:15Et avec cette philosophie qui était dorénavant, on va aller un cran plus loin sur l'ESG, l'ARSE, etc.
07:21Avec l'entreprise à mission, on a décidé de créer notre propre label qui s'appelle crèche engagée.
07:27Qu'est-ce qu'elles ont de plus que les autres ?
07:28Alors celles qui font cet engagement supplémentaire.
07:31Sur le green, sur le respect de la planète, sur le fait que le triptyque, vous savez, vous avez la
07:38performance économique.
07:40Elle est là pour permettre d'avoir une pérennité de l'entreprise.
07:44Mais cette pérennité n'a de sens et de valeur que si vous la redistribuez.
07:48Et le label crèche engagée, c'est exactement ça.
07:50C'est comment est-ce qu'on redistribue cette création de valeur en innovation sociale, en excellence pédagogique et en
07:56impact sociétal.
07:57On y reviendra sur ces engagements environnementaux.
08:00Vous avez donc publié récemment ce livre, Mieux grandir, La petite enfance, comme projet de société aux éditions de l
08:06'Aube.
08:08Pourquoi ? Qu'est-ce que vous voulez défendre dans ce livre ?
08:12Comme projet de société.
08:13Bien sûr, plusieurs choses.
08:15En arrivant, j'écoutais un article radio.
08:19J'entendais notre confrère Fanny Guelouchet sur France Info parler de la dette.
08:24Et du choix presque politique qu'on fait depuis des décennies de consacrer plus d'argent aux plus vieux.
08:30Et pas suffisamment à l'environnement, mais peut-être aussi aux plus jeunes.
08:33Bon, bref, pourquoi La petite enfance, ça doit être un projet de société ?
08:36On est face à, je pense, à quatre grandes mutations.
08:40Démographique, bien évidemment, numérique, écologique et géopolitique.
08:45Nous, notre champ de compétence est la mutation.
08:47Démographique, bien évidemment.
08:49Un pays qui fait moins d'enfants, c'est un pays qui décroît.
08:52Qu'on le veuille ou non.
08:56Et si on continue, après avoir quand même pas forcément réussi en termes de pays, le premier quart de siècle,
09:032000-2025,
09:04en termes de croissance économique, etc., ça n'a pas franchement été un succès.
09:08Si on veut réussir le deuxième quart de siècle, 2025-2050, et ça prend une génération ou deux de changer
09:13une pyramide des âges,
09:14il faut s'y prendre tout de suite.
09:16Je vais vous citer, je vous laisse continuer après, mais dans la lettre de l'expansion, c'était il y
09:20a quelques semaines,
09:21vous disiez j'aimerais qu'on ait touché un plancher en termes de baisse de la natalité,
09:24parce qu'une nation qui a une natalité positive, dynamique, ça change tout.
09:27On est au cœur de votre argument.
09:29Et donc, comment ce qu'on fait pour avoir ce choc, cette prise de conscience que La petite enfance, c
09:35'est la véritable R&D de la nation,
09:37il faut le mettre en place d'ores et déjà, là, sur les dix prochaines années, pour réussir 2050 ?
09:43Et réussir 2050, ça veut dire quoi ?
09:45Ça veut dire, comment c'est à réinverser cette courbe ?
09:47On est passé de deux enfants par femme, c'était l'exception française, à 1,5, 1,6, aujourd'hui
09:53à peu près,
09:54et encore Paris-Intramuro, c'est 1,2.
09:57Comment ce qu'on fait pour remettre les deux premiers enfants au cœur du projet de société ?
10:02Comment ce qu'on fait, finalement, pour avoir de nombreuses familles plutôt que des familles nombreuses ?
10:07Et donc, on a des budgets colossaux, 45 milliards d'euros en France chaque année sur la politique familiale,
10:14des dizaines de milliards d'euros, bien évidemment, sur le logement.
10:17Comment est-ce qu'on réfléchit ça en en mettant une majorité sur les jeunes couples pour le logement ?
10:23La simplification des allocations familiales, les allocations familiales dès le premier enfant,
10:28pour que les familles se rendent compte qu'avoir deux enfants en France, un ou deux enfants, c'est possible,
10:35et en termes de pouvoir d'achat, c'est soutenable.
10:37Mais quand Emmanuel Macron parle de réarmement démographique, il fait le même constat que vous ?
10:43Est-ce que c'était les bons mots ?
10:44Non, la sémantique, mais peu importe la sémantique, on aurait pu parler de...
10:51On aurait pu trouver un autre mot, créer un moment, je suis d'accord avec vous.
10:55Mais l'idée est la même.
10:56Mais la prise de conscience, elle est là. Est-ce que les actes ont suivi ?
10:59Aujourd'hui, non.
11:00D'où mieux grandir, pour essayer de sensibiliser tout le monde avant 2027,
11:06et de faire en sorte que, dans les projets présidentiels,
11:11on ne nous parle pas que de sécurité, d'immigration, etc.,
11:17mais qu'on parle aussi des sujets qui touchent au cœur,
11:20qui sont notamment la petite enfance et l'éducation et la santé,
11:24parce que c'est ça qui va modeler notre société.
11:26C'est un enveloppe budgétaire égale, c'est un fléchage différent de l'argent public déjà ?
11:31C'est un fléchage différent, un enveloppe budgétaire égale, bien évidemment.
11:33Alors, où est-ce qu'on met trop d'argent aujourd'hui, et pourquoi il faudrait le fléchir différemment ?
11:37Quand vous faites ça, vous faites forcément...
11:39Choisir, c'est renoncer.
11:41Exactement.
11:41Donc, sur le logement, par exemple, une des propositions du livre,
11:44c'est qu'après 25 ans dans un logement social,
11:48vous êtes obligés de laisser la main, de passer,
11:51et votre logement est accessible à un jeune couple
11:56qui a besoin d'avoir sa deuxième et sa troisième chambre.
11:59Parce que, évidemment, le lien démographie-logement, il est majeur, quoi.
12:03Bien évidemment.
12:05Les allocations familiales dès le premier enfant,
12:07forcément, vous en aurez un peu moins pour le troisième et le quatrième enfant.
12:10Mais aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est une société,
12:13je faisais un trait d'humour, c'est « make two kids great again ».
12:17C'est comment on fait pour repasser de 1,5 à 2,
12:20et de s'en rapprocher le plus vite possible.
12:22Et ça rejoint la question, celle qui était à votre place la semaine dernière,
12:26Maudès, qui est co-dirigeante de Matelas Nostress, a choisi de vous poser.
12:29On l'écoute.
12:30Bonjour Jean-Emmanuel.
12:31Vous êtes un acteur engagé de la petite enfance.
12:34Être parent et salarié, c'est un défi.
12:36En quoi les entreprises peuvent-elles les accompagner et évoluer sur ce sujet ?
12:40C'est vrai qu'être parent et salarié, c'est un défi.
12:43C'est le défi que vous relevez avec vos crèches depuis 25 ans.
12:46Comment vous intégrez les attentes des familles dans le projet pédagogique de vos crèches ?
12:53Alors, la question est très bonne.
12:55Il faut savoir que depuis 25 ans, on a fait de grands progrès.
13:02Les petits chaperons rouges sortent un baromètre avec l'IFOP,
13:06deux fois par an, sur la natalité.
13:08Le dernier est sorti il y a quelques semaines.
13:1169% des Français considèrent que depuis le début du siècle,
13:16la France a fait des progrès en termes d'égalité homme-femme
13:18et de conciliation vie familiale, vie professionnelle.
13:21Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
13:22Il faut s'en réjouir.
13:23Et ça vient en partie grâce au fait que le nombre de places en crèche
13:27a été multiplié par un et demi sur la période.
13:31La place en crèche, c'est une chose pour un salarié parent,
13:34mais ce n'est pas tout.
13:35Il faut aussi travailler sur ce qu'on appelle chez nous l'offre augmentée,
13:39c'est-à-dire une offre parentalité à 360 degrés.
13:41C'est-à-dire une fois que vos enfants sortent de la crèche,
13:44comment est-ce qu'on les accompagne,
13:46comment est-ce qu'on accompagne les salariés parents
13:47dans leur vie de tous les jours,
13:49avec des enfants qui sont au primaire ou au collège,
13:52qui préparent leurs études ensuite au lycée,
13:55avec des salariés parents qui s'occupent de leurs parents âgés, etc.
14:00Donc, qu'est-ce qu'on offre aujourd'hui de plus que la place de crèche ?
14:04Et ça, ça fait partie, c'est même très concret,
14:08puisque nous proposons maintenant, depuis quelques mois,
14:11une offre complète aux directeurs de ressources humaines dans les entreprises,
14:16aux directeurs généraux, etc.,
14:17pour accompagner de manière globale et complète l'ensemble de leurs salariés.
14:21– En feuilletant votre livre, je me suis dit,
14:25tiens, mais c'est peut-être aussi une réponse à ce livre-enquête,
14:29« Les Ogres », que le journaliste Christophe Castaner avait publié.
14:32Il dénonçait les déviances d'un système irrigué par l'argent public, je le cite.
14:37Est-ce que c'est aussi pour ça que vous avez écrit ce livre ?
14:40– Non, pas du tout, parce que le…
14:43– Vous n'êtes pas scientifisé par cette enquête sur les…
14:46– Alors, aucunement, Victor Castaner a eu parfaitement raison
14:50de dénoncer ce qui se passait sur les EHPAD, soyons très clairs.
14:53– Ça, c'est son premier livre.
14:54– Son premier livre.
14:55– Ensuite, c'est sur les…
14:56– Sur les crèches, franchement, il y avait quand même beaucoup,
14:58beaucoup moins de révélations.
15:00Ça ne veut pas dire que vous n'avez pas, dans tout secteur d'activité,
15:03un ou deux acteurs sur des milliers qui ne sont pas au rendez-vous de la qualité.
15:09– Mais quand vous avez un acteur comme ça, ce n'est pas que dans le privé,
15:13c'est dans le secteur associatif, c'est dans le secteur municipal.
15:15C'est, malheureusement, des comportements déviants, vous en avez partout.
15:21Donc, effectivement, ce livre a mis l'accent là-dessus.
15:24Maintenant, pour le reste, la qualité des acteurs de crèche en France
15:29est totalement reconnue, pour plusieurs raisons.
15:31Un, on a les meilleures réglementations européennes,
15:34en termes de taux d'encadrement, en termes de mètre carré par enfant,
15:37en termes de diplôme des professionnels.
15:40Et en termes de contrôle des tutelles,
15:42les services de la protection maternelle infantile
15:44et les caisses d'allocations familiales.
15:46Donc, on a un système…
15:47– Mais malgré tout, il y en a certains qui sont passés entre les mains du filet.
15:50– Et comme par contre, quand vous avez 15 000 gestionnaires différents dans un pays,
15:56vous avez forcément des trous dans la raquette à un moment donné.
16:00Donc, l'avantage de ce livre, c'est de faire bouger les lignes.
16:04Mais attention, c'est un travail collectif.
16:07Moi, je crois à la complémentarité publique-privée.
16:09Je crois au fait que cette ligne de crête, on l'atteint tous ensemble,
16:12parce que le public va s'occuper notamment de ce qu'on appelle la continuité du service public,
16:18la mutabilité du service public.
16:20Le secteur associatif va être dans des petites structures sur le territoire en local.
16:25Le secteur privé, lui, au contraire, va apporter sa pierre à l'édifice
16:28avec de l'innovation, avec de la réactivité, etc.
16:32Donc, chacun est complémentaire et on a besoin des trois.
16:34– Parce qu'à la suite de la publication de ces deux livres,
16:37c'est vrai qu'il y a eu un certain nombre de voix,
16:39elles ne sont pas forcément majoritaires, mais on peut les entendre quand même,
16:42qui disent que les EHPAD, les CRES,
16:44devraient sortir d'un système purement lucratif.
16:46Il faudrait les laisser à l'économie sociale et solidaire.
16:48– Alors, je reviens sur la première partie de votre question,
16:52qui est l'argent public.
16:54Parce que là aussi, il y a beaucoup de fantasmes.
16:57Et je vais parler pour le secteur des crèches.
16:58Les autres, je les connais moins bien.
17:02Une crèche privée en France, c'est 25% d'argent public.
17:07Une crèche associative et municipale, c'est 75% d'argent public.
17:10Et les 25% d'argent public sont inférieurs d'à peu près 20%
17:16par enfant ou par berceau ou par place, aux 75%.
17:20Donc, il n'y a pas de sujet.
17:22En réalité, c'est une gestion bien plus efficace.
17:26Mais vous avez la même chose dans l'hôpital.
17:28Vous avez la même chose dans plein d'autres secteurs.
17:30Allez, on prend 8 minutes, 8h30, le temps de creuser un peu les actions
17:37en matière environnementale, notamment, que vous menez dans vos crèches,
17:41avec une démarche qui est structurée autour des ODD,
17:44des objectifs de développement durable de l'ONU.
17:46Déjà, pourquoi vous avez choisi ce cadre de référence,
17:48qui est quand même assez ambitieux ?
17:50C'est pour ça ? Parce qu'il est ambitieux ?
17:52Oui, mais c'est un bon cadre.
17:54À partir du moment où on est un groupe global d'éveillés et d'éducation,
17:57on est présent dans 6 pays,
17:59il faut aussi avoir des points d'accroche pour réunir les pays entre eux.
18:03On ne peut pas juste être dans sa verticale.
18:05Donc là, pour le coup, les Nations Unies, c'est fédérateur.
18:08Donc, ça parle à tout le monde.
18:09Qu'est-ce que vous avez mis en place ?
18:11Alors après, il y a plein de leviers qu'on peut activer,
18:14les achats responsables, l'empreinte carbone,
18:17le sourcing des matières premières, de l'électricité ?
18:21Alors, vous avez deux choses.
18:23Vous avez à la fois des éléments qui viennent du groupe
18:28pour donner un cadre.
18:31Donc ça, il en faut.
18:32Par exemple, on a un objectif de réduction d'empreintes carbone
18:34de temps à tel horizon temps.
18:36Mais ensuite, moi, je crois fermement,
18:38une fois que le cadre est fait et donné,
18:41je crois à la créativité des équipes locales
18:44sur le terrain, dans les territoires,
18:47pour véritablement faire preuve de créativité,
18:50trouver des solutions.
18:52Donc, on peut donner autant de cadres qu'on veut au sommet,
18:55c'est très bien, mais à un moment donné,
18:57il faut que les équipes dans les écoles
18:59s'emparent du sujet et y croient.
19:01Et là, vous avez à la fois, sur le projet pédagogique,
19:06on travaille avec ce qu'on appelle les 5 C,
19:08les 5 compétences clés du 21e siècle
19:10qu'on a développées avec la Harvard School of Education,
19:14communication, créativité, collaboration, esprit critique.
19:17Et on en a rajouté un cinquième,
19:18qui est l'esprit citoyen,
19:20justement pour englober cette notion d'ESG et de RSE.
19:24Et donc, là-dedans, vous allez retrouver
19:25toutes les activités que vous pouvez avoir,
19:27par exemple, dans le jardin de la crèche,
19:30vous avez, bien évidemment, sur la nutrition,
19:35vous avez, vous venez d'en parler,
19:38sur le tri sélectif, etc.
19:39Il y a des choses assez basiques,
19:41mais quand un enfant a 2 ans, 4 ans, 6 ans,
19:44commençons déjà par les basiques.
19:46Le bilan carbone,
19:47qu'est-ce qui pèse le plus dans une crèche ?
19:50On n'est pas dans un métier où...
19:52Alors, déjà, on n'est pas dans un secteur où...
19:56Moi, je vais avoir une réaction de Béossien.
19:59Bon, j'ai eu des enfants,
20:00mais ils sont très grands maintenant.
20:01C'est les couches, les plus culottes.
20:02Alors, les couches, les couches.
20:03À la fois, un gros budget,
20:04et puis, en termes d'impact carbone,
20:05un gros impact, quoi.
20:06Exactement.
20:07Donc, ça, c'est un premier point.
20:09Ensuite, on est en train de déployer des...
20:14Je cherche le mot...
20:15Des parkings à vélo devant toutes les crèches
20:17pour qu'à la fois,
20:18les parents puissent venir plus facilement
20:20et les professionnels puissent venir plus facilement en vélo.
20:24Toute la flotte automobile de l'entreprise
20:26est dorénavant passée en électrique.
20:28Ça, c'est important aussi.
20:29Ça a été facile ?
20:30Ça a pris 2 ans, à peu près,
20:32parce qu'il faut une transition, etc.
20:33Mais oui, ça se met...
20:35Avec des modèles abordables ?
20:38Avec des modèles abordables, oui.
20:39Parce que c'est ça, la question.
20:40C'est que ça peut coûter beaucoup plus cher.
20:42Est-ce qu'on peut trouver des modèles français ?
20:44Est-ce qu'on a l'autonomie pour mener les mêmes missions, etc. ?
20:48Exactement.
20:49On y arrive maintenant.
20:49Vous y avez aussi.
20:51Super.
20:51On n'aurait peut-être pas pu le faire il y a 5 ou 6 ans.
20:53Vous avez raison,
20:54par rapport aux capacités kilométriques des autos mobiles.
21:00Voilà typiquement des exemples concrets qu'on met en place.
21:03Mais encore une fois,
21:04il faut faire confiance à chacun des pays,
21:06à chacune des équipes sur le terrain.
21:07Et c'est pour ça que le fait de partager les bonnes practices,
21:10c'est très important.
21:12Oui, alors justement,
21:12c'était la question que j'allais vous poser.
21:14Est-ce qu'il y a en la matière
21:17des exemples assez récents
21:19de crèches,
21:20de directeurs ou de directrices de crèches
21:21qui disent dans votre newsletter,
21:24tiens, voilà, on a mis n'importe quoi.
21:26Allez, j'ai testé le panneau photovoltaïque.
21:29Voilà les économies que j'ai pu faire
21:31sur ma facture d'électricité
21:34sur les 3 derniers mois.
21:35Je vais vous donner des exemples
21:37de petites innovations pédagogiques
21:39qui ne sont pas forcément
21:40avec un impact terrestreux à chaque fois.
21:42Mais quand dans nos structures allemandes,
21:44vous avez une fois tous les 15 jours,
21:453 semaines,
21:46un coiffeur qui vient
21:47pour permettre aux familles
21:48de gagner du temps le week-end
21:50et ne pas avoir à accompagner
21:52leurs enfants chez le coiffeur.
21:53Quand vous avez, par exemple...
21:56Ça peut faire un déplacement,
21:57donc ça peut aussi avoir
21:58un impact carbone.
22:00Vous avez raison, je n'ai pas pensé.
22:01Quand vous avez, par exemple,
22:03en s'inspirant du concept
22:04des forest schools anglaises,
22:06c'est de passer beaucoup plus de temps
22:09que prévu à l'extérieur
22:11et d'avoir un concept de free flow,
22:13c'est-à-dire que les portes sont ouvertes
22:15entre l'intérieur de la crèche
22:17et le jardin,
22:18les professionnels sont à l'intérieur
22:20et à l'extérieur,
22:21et les enfants vont et viennent eux-mêmes
22:23pour aller faire leur activité, etc.
22:25Et souvent,
22:26qu'ils pleuvent,
22:27qu'ils vantent, etc.
22:27Mais ça donne aussi
22:29une autonomie aux enfants.
22:30Quand vous avez, par exemple,
22:32au Canada,
22:33une école maternelle
22:35ou une école primaire
22:37où les enfants, ça y est,
22:38ont appris à lire
22:39et vont aller en crèche
22:41et vous avez des enfants
22:42de 6-7 ans
22:44qui viennent en crèche
22:45pour lire une histoire
22:46à des enfants de 2-3 ans.
22:48Ça, en termes d'apprentissage,
22:50de rôle modèle, etc.,
22:52c'est une fierté.
22:53Donc, l'enfant de 6-7 ans,
22:55il gagne en confiance en lui,
22:56en estime de lui.
22:57Le jeune enfant a, tout d'un coup,
22:59un modèle en se disant
23:00« Waouh ! »
23:01Donc, voilà,
23:01il y a plein d'idées au quotidien.
23:04En termes de créativité,
23:06on a une marque de peinture
23:07qui est extraordinaire,
23:08qui vient du Japon.
23:10Quand vous faites,
23:11donc, dans les salles de jeux d'eau
23:12et de peinture,
23:13au lieu d'avoir des tubes
23:14avec la couleur verte
23:15ou la couleur rouge, etc.,
23:17sur les tubes,
23:18vous avez juste deux ronds,
23:20un rond vert
23:21et un rond rouge.
23:23Et peut-être que le rond rouge
23:24va être plus petit
23:24que le rond vert.
23:25Et donc, l'enfant réfléchit
23:26et se dit
23:27« Donc, à l'intérieur,
23:28j'ai le mélange des deux.
23:29C'est du violet. »
23:30Et ainsi de suite.
23:32Vous voyez,
23:33il y a plein de moyens
23:34dans l'éducation,
23:35dans le Early Education,
23:36de trouver
23:37de l'innovation permanente,
23:40continue,
23:40et ça,
23:41ça améliore
23:41la qualité éducative.
23:43un mot
23:46des enjeux RH
23:47dans un secteur comme le vôtre.
23:48Est-ce que c'est un secteur
23:49où vous avez du mal à recruter ?
23:51Oui, non ?
23:51Et si oui, pourquoi ?
23:53C'est un secteur
23:54qui est,
23:55comme tous les secteurs,
23:56notamment depuis le Covid,
23:58la plupart des secteurs
23:59de services à la personne,
24:01santé, éducation, etc.,
24:03sanitaire et social,
24:04c'est un secteur
24:05où, oui,
24:06ce n'est pas le recrutement
24:07qui est compliqué,
24:08c'est le fait
24:09de retenir les équipes.
24:11Il y a beaucoup de serveurs.
24:12Il y en a,
24:13vous savez,
24:1320-25% en moyenne,
24:16quels que soient les pays,
24:17quels que soient les gestionnaires.
24:18C'est trop.
24:19Il faudrait être à 15%
24:20pour que les équipes
24:21soient plus stables.
24:23Comment est-ce qu'on fait ?
24:24C'est l'ADN de l'entreprise,
24:26de l'employeur.
24:27C'est un travail de fourmi
24:29sur le care,
24:31sur le fait que
24:31quand vous avez
24:32un nouveau salarié
24:33qui vous rejoint,
24:34le premier jour,
24:35la première semaine,
24:36le premier mois,
24:36il y ait des points de contact,
24:37mais pas simplement
24:38avec la direction
24:39de la crèche ou de l'école,
24:41mais avec les équipes
24:42de ressources humaines.
24:43Où est-ce que vous en êtes ?
24:44Comment ça se passe ?
24:45Comment vous intégrez
24:46dans le groupe
24:46et dans l'équipe ?
24:48C'est de lui proposer
24:49d'entrée de jeu
24:50une vision à la fois
24:51sur les formations
24:52auxquelles il va avoir droit
24:53via notre académie,
24:55grandir,
24:55formation présentielle
24:56ou e-learning
24:56et lui donner aussi
24:58une vision
24:58sur sa carrière.
25:00Vous êtes CAP petite enfance,
25:02dans deux ans,
25:03si vous faites le job,
25:04vous allez pouvoir passer
25:05une validation
25:05des acquis de l'expérience,
25:07une VAE,
25:07pour devenir auxiliaire
25:09de puériculture.
25:09Vous êtes auxiliaire
25:10de puériculture,
25:11dans trois ans,
25:12on va pouvoir vous mettre
25:13dans un fast track
25:14pour pouvoir devenir
25:15éducatrice de jeunes enfants.
25:16Il faut donner de la perspective
25:17à ces jeunes,
25:18je pense.
25:19Merci beaucoup,
25:20Jean-Emmanuel Rodocanaki.
25:22Votre livre,
25:22donc Mieux grandir,
25:23la petite enfance
25:24comme projet de société
25:26est donc publié
25:27aux éditions de l'Aube.
25:30Je vous dis à bientôt
25:31sur notre antenne,
25:32à bientôt sur Bsmart4Chain.
25:34C'est l'heure
25:35de notre rubrique
25:35Startup.
25:36Tout de suite.
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