- il y a 10 heures
Chaque week-end, Anne Seften et Dominique Tenza vous accompagnent de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00L'actualité internationale marquée en cette fin de semaine par une grande offensive ukrainienne baptisée opération 40 jours.
00:06Elle vise à faire plier la Russie, à tout faire pour perturber l'effort de guerre russe et tenter de
00:12ramener Vladimir Poutine à la table des négociations.
00:13On va revenir notamment dans un instant sur ce qu'il s'est passé dans la nuit de jeudi à
00:17vendredi.
00:18Plus de 600 drones lancés en une nuit.
00:21Mais écoutons d'abord Volodymyr Zelensky qui nous présente justement cette opération.
00:28Les services de renseignement ont obtenu des documents internes russes contenant une évaluation réaliste de la situation.
00:35Et il s'agit de l'évaluation de l'occupant lui-même.
00:38Notre campagne de pression est ressentie douloureusement par les dirigeants russes.
00:42Nous atteignons leur arsenal.
00:44Près de Saint-Pétersbourg, une quantité importante de munitions de la flotte de la Baltique a été détruite.
00:49Et des frappes similaires ont été menées dans d'autres zones.
00:55Saint-Pétersbourg, une quantité de la flotte de la Baltique de munitions, d'autres zones, nous dit Volodymyr Zelensky.
01:00On parlera d'ailleurs de la Crimée dans un instant.
01:02C'est une stratégie, Thierry Arnaud, bonsoir, de grande échelle que lance le président ukrainien.
01:06Les sites pétroliers, les sites logistiques, dépôts de munitions.
01:09Est-ce la plus grande offensive jamais ordonnée depuis le début de la guerre ? Est-ce que vous diriez
01:13ça ?
01:14En tout cas, elle est différente par sa nature, par la manière dont ça se déroule, de ce à quoi
01:18on avait assisté.
01:19On avait le sentiment que jusqu'à présent, l'Ukraine était toujours dans une stratégie de résistance, de défense, empêcher
01:26la Russie d'avancer.
01:27Là, on passe à autre chose avec, au fond, deux objectifs fondamentaux.
01:32Perturber autant que possible l'effort de guerre de la Russie en allant taper sa logistique, en allant taper ses
01:38possibilités de ravitaillement,
01:40sa possibilité d'acheminer du matériel et de renouveler les troupes.
01:45Et puis le deuxième objectif, à côté de celui-là, qui est très important aussi aux yeux de l'Ukraine,
01:49c'est finalement amener la guerre dans le quotidien des Russes de plus en plus.
01:53C'est vrai, on a toujours parlé de la résilience russe.
01:55Et là, visiblement, il commence à avoir des premiers signaux.
01:56Oui, et c'est le sens d'aller, encore une fois, frapper des raffineries, d'aller provoquer des coupures d
02:02'électricité.
02:03Vous vous souvenez qu'en annonçant cette guerre en février 2022, Vladimir Poutine, il parle d'une opération militaire spéciale.
02:08C'est une façon de dire aux Russes, on s'occupe de l'Ukraine, mais ne vous inquiétez pas, ça
02:11ne change rien pour vous.
02:13Donc, ça se passe un peu plus loin.
02:16Et là, vraiment, l'idée, c'est de dire qu'il faut que le russe moyen, si vous me permettez
02:21l'expression, se rende compte que c'est la guerre pour lui aussi.
02:24Et c'est ça le sens aussi de cette initiative.
02:29Ce qui est intéressant à relever, enfin, c'est qu'elle est concentrée sur une période de temps assez courte.
02:3340 jours.
02:3440 jours.
02:35Et c'est donc, finalement, une façon pour Volodymyr Zelensky de reconnaître que c'est une fenêtre d'opportunité, en
02:41quelque sorte.
02:41Il considère que, pendant un mois et demi, en gros, il y a, encore une fois, pardonnez la familiarité, mais
02:47un coup à jouer pour lui.
02:48Un avantage à prendre qui pourrait faire basculer la situation en sa faveur.
02:52On parlera, dans un instant, Nicolas Tenzer, de cette nuit de jeudi à vendredi, au cours de laquelle 660 drones
02:58ont été lancés par l'Ukraine.
03:00Mais c'est étonnant, non, d'annoncer comme ça une opération ? On va frapper pendant 40 jours.
03:04Oui, parce que c'est aussi, je dirais, de la communication politique.
03:07La guerre, c'est aussi de la communication.
03:09Et c'est surtout, aujourd'hui, pour montrer, et puis c'est accompagné de réalisations absolument spectaculaires,
03:14de montrer, aujourd'hui, que ce n'est pas la Russie qui fixe, en quelque sorte, l'ordre du jour,
03:18qui est maîtresse de l'agenda,
03:19mais c'est bien l'Ukraine.
03:21Et donc, Zelensky, en disant 40 jours...
03:24C'est l'Ukraine qui mène le jeu, selon vous ?
03:26Oui, absolument.
03:27C'est-à-dire, dit clairement, aujourd'hui, nous sommes maîtres du jeu, nous décidons le tempo, nous avons cette
03:32fenêtre d'opportunité,
03:33et nous marquons des points, je veux dire, c'est quand même assez extraordinaire de voir ce pays,
03:36qui n'a pas arrêté d'être bombardé par les Russes, avoir cette capacité militaire.
03:41L'année dernière, l'Ukraine a fabriqué 4 millions de drones, ça devrait être 7 ou 8 millions cette année,
03:46avec maintenant les missiles flamingos de l'entreprise ukrainienne Firepoint.
03:50Alors, n'allez pas si vite, on va en parler, dans un instant.
03:52C'est ça, c'est quand même assez extraordinaire de voir ce qu'ils sont en train de réaliser,
03:57et apparemment, les parades des Russes sont quand même extrêmement vables.
04:01Alors, je ne dis pas qu'ils n'interceptent pas des drones, si, ils s'en interceptent, bien sûr,
04:03mais il y a un effet de saturation de l'espace qui est assez considérable.
04:07Arrêtons-nous sur ce chiffre. Dans la nuit de jeudi à vendredi, 660 drones, vous le disiez, ont été lancés
04:11par l'Ukraine.
04:12Ces drones ont notamment été détruits au-dessus de plus d'une dizaine de régions.
04:15On parle de Moscou, on parle de la péninsule de Crimée annexée, on y reviendra dans un instant,
04:20en mer Noire, en mer d'Azov, voilà ce que dit le ministère de la Défense russe.
04:23Mikko, de quel type de drone parle-t-on ? Est-ce que c'est une prouesse ?
04:25Est-ce que c'est si important que ça quand on connaît l'étendue des sites logistiques russes ?
04:30De fait, là, il y a une combinaison de facteurs qui est assez intéressante.
04:34C'est-à-dire que la vague de chaleur qu'on évoquait jusqu'à l'instant,
04:36elle ne s'arrête pas, évidemment, à la frontière française, et elle poursuit jusqu'en Ukraine.
04:39Là, on se parle à Kherson, par exemple, donc non loin de la Crimée occupée,
04:43de températures qui pourraient monter jusqu'à 37 degrés en fin de semaine.
04:46Et ça change quoi, pardon ?
04:47Qu'est-ce que ça change ?
04:48Expliquez-nous le lien.
04:49C'est le même problème que chez nous.
04:51C'est-à-dire que plus la température monte, que ce soit à Kherson ou que ce soit côté Crimée,
04:54plus, effectivement, il y a une demande énergétique sur les réseaux électriques,
04:58en énergie, en l'occurrence par les raffineries,
05:00puisqu'on a beaucoup de groupes électrogènes qui sont utilisés, notamment en Crimée.
05:05Et donc, dans ce contexte-là, les Ukrainiens qui utilisent donc des drones très peu chers
05:09pour venir frapper les infrastructures énergétiques,
05:12qu'elles soient électriques ou qu'elles soient les raffineries qui fournissent ces carburants,
05:15dans ce contexte d'augmentation de la chaleur,
05:17d'un point de vue très concret, la semaine prochaine, la semaine suivante,
05:20ça a des impacts auprès des populations, pas juste au niveau des armées.
05:24Bonsoir, Lovarinelle.
05:25Comme ça ?
05:25Ça joue, ça, le fait que justement, que les températures augmentent,
05:28qu'on ait besoin de se rafraîchir ou alors de faire appel à ces sites énergétiques
05:32si essentiels pour la population, c'est aussi en Iran.
05:35Et là, c'est sur le terrain ukrainien, russe.
05:37Oui, l'énergie, c'est une colonne vertébrale du quotidien pour toutes les populations du monde.
05:42Donc, dès lors qu'elles sont perturbées par une guerre qui se rajoute,
05:46il y a eu un changement climatique, enfin, une conséquence climatique assez forte.
05:49Et évidemment, vous avez des rencontres qui, parfois, ne font pas bon ménage.
05:54Maintenant, moi, de ce que je constate aujourd'hui de cette attaque par l'Ukraine du territoire russe,
06:02rappelez-vous, quand je suis venue ici en 2022 commenter l'attaque russe,
06:07la tentative d'invasion russe en Ukraine, on parlait de sanctuarisation agressive.
06:13Je rappelle pour mon téléspecteur, qu'est-ce que c'est ?
06:15Quand vous êtes un État doté d'une arme nucléaire, on sanctuarise, donc c'est les territoires,
06:20l'agressivité repose sur le fait que votre arme nucléaire empêche toute attaque, toute riposte,
06:27parce que vous vous dites, attendez, ça ne sert à rien, quoi que tu fasses, je vais t'envoyer mon
06:31arme nucléaire.
06:31Ce qu'ont réussi à faire, en fait, les Ukrainiens, c'est d'éroder cette notion,
06:36puisqu'en fait, là, on est à plus de 4 ans de conflit.
06:38On se rend compte que la Russie, qu'on définissait comme une espèce de géant inattaquable
06:45qui était effectivement sur cette opération spéciale qui devait durer 3 jours, de mémoire,
06:48ça fait maintenant 4 ans, et bien cette sanctuarisation agressive est devenue érodée.
06:54Pourquoi ? C'est le drone.
06:55C'est le drone qui est rentré, effectivement, dans, j'allais dire, dans une dialectique
07:00qui fait qu'on attaque à un niveau de seuil assez bas pour nuire.
07:04Et en fait, ce que fait aujourd'hui l'Ukraine, c'est un peu, elle s'est inspirée de ce
07:09qu'a fait l'Iran.
07:10C'est usé.
07:12Et cette usure, en fait, sur le plan stratégique, elle attaque pour la première fois les Russes,
07:16là où, effectivement, il se rend compte qu'il faut tenir, mais plus l'état-major vise sur des frontières
07:22russes,
07:23là, ils sont sur une profondeur stratégique russe, et bien en fait, la Légion se réveille avec des attaques
07:28et puis ils demandent des comptes aussi à leur président.
07:30Mais attendez, qu'est-ce que c'est que cette attaque ? Ça fait 4 ans, ça ne nous concernait
07:33pas.
07:34Maintenant, on commence à ne plus avoir d'électricité, à être de plus en plus rapide.
07:38On entendra le gouverneur, justement, depuis mai, qui nous parle de l'état d'urgence dans un instant.
07:41Mais bien évidemment, ça commence maintenant, il y aura un effet domino, il faut être très attentif.
07:43Mais sur le plan, vraiment, de stratégie militaire, on est sur un renversement
07:47que le drone, avec une expérience, une expertise ukrainienne, il faut le dire,
07:52a permis de rendre possible, alors, je ne dis pas dans un boule de pique cristal,
07:57mais en tout cas, de poser l'Ukraine comme un adversaire réel,
08:01là où la Russie, pendant très longtemps, se positionnait comme un géant inatteignable,
08:05et que c'était juste une question de temps et de logistique.
08:08Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
08:09Cyril Amourski, on s'arrête sur ce chiffre de 660 drones lancés par l'Ukraine
08:13dans la nuit de jeudi à vendredi, sur cette opération de 40 jours aussi.
08:17De quel type de drones on parle ? Est-ce qu'on parle de ces petits drones ?
08:21Est-ce qu'on parle de drones de plus longue portée ?
08:22Est-ce que c'est une prouesse, selon vous ?
08:24Et est-ce que c'est si important que ça, quand on connaît l'étendue de ces sites logistiques russes
08:28?
08:28Alors, c'est vraiment un chiffre assez impressionnant, c'est-à-dire qu'en règle générale,
08:31les Russes, d'ailleurs, ont tendance à exagérer le nombre de drones qui sont envoyés par l'Ukraine
08:35pour dire que voilà, on a réussi à en abattre tant.
08:37En tout cas, on sait que l'Ukraine en envoie de plus en plus.
08:39Plusieurs centaines, effectivement, c'est devenu quotidien, ce qui n'était pas le cas auparavant.
08:43Et on parle de drones, ce qu'on appelle notamment les FP2.
08:46Donc, c'est l'entreprise Firepoint qui les produit.
08:48D'ailleurs, ils étaient il n'y a pas longtemps à Paris pour exposer justement les missiles,
08:52les drones différents qu'ils produisent et qu'ils utilisent sur le terrain.
08:54Et donc, en fait, ce qui se passe, c'est que l'Ukraine utilise des centaines de drones
08:58pour pouvoir, en quelque sorte, camoufler les attaques avec des missiles.
09:02Et donc, on voit à peu près, je crois que j'ai vu le chiffre qui vient d'être publié
09:05il n'y a pas longtemps dans des médias ukrainiens.
09:07Auparavant, on était à peu près à 7% de taux de réussite de frappe avec un missile Flamingo.
09:12Et FP5, c'est la différence.
09:14FP2, c'est des gros drones.
09:15Ce ne sont pas les petits drones qu'on utilise sur le terrain
09:18et qui peuvent aller jusqu'à 20, 25 kilomètres en règle générale.
09:21On parle vraiment de drones qui vont à des centaines, voire parfois même des milliers de kilomètres.
09:24Oui, mais Flamingo, on y viendra dans un instant.
09:26Flamingo, c'est FP5.
09:28Ça, c'est des missiles de croisière.
09:29Ce ne sont pas des drones, c'est déjà autre chose.
09:31Et donc, en gros, l'Ukraine utilise effectivement des centaines de drones, quelques missiles.
09:36Auparavant, il y avait 7% de taux de réussite de frappe avec les Flamingo, les FP5,
09:41donc les missiles de croisière.
09:42Maintenant, c'est passé à 14%.
09:43Ça reste beaucoup trop bas, mais c'est déjà un pourcentage qui est deux fois plus important qu'auparavant.
09:48Et comment est-ce qu'on explique une fois de plus ces de réussite ?
09:50Eh bien, c'est cette stratégie de massification d'usage de drones en permanence absolument partout.
09:55Donc, les Ukrainiens, aujourd'hui, réussissent à créer vraiment du désordre du côté russe,
09:59que ce soit directement sur le terrain, sur les îles de front,
10:01raison pour laquelle les Russes n'avancent pas malgré quelques secteurs, effectivement, dans la région de Donetsk.
10:06En plus de ça, ils infligent des middle strikes, c'est-à-dire des frappes en moyenne portée jusqu'à
10:11100, 150 kilomètres.
10:13C'est notamment ce qu'on voit en Crimée.
10:14C'est ce qu'on voit à Mariupol.
10:15C'est ce qu'on voit sur la route entre Mariupol et le reste des territoires occupés.
10:19Et enfin, les deep strikes, les frappes en territoire russe,
10:24qui, justement, provoquent toutes les images que l'on voit ces derniers temps.
10:27Nico ?
10:27Ici, je reviens à notre question de la chaleur.
10:30Le fait d'avoir cette chaleur, ça a un impact aussi sur la question des drones,
10:33parce que les drones, ici, vont en bénéficier de deux manières.
10:35D'une part, avoir un temps qui est chaud et sec facilite, effectivement, l'observation.
10:40Ça, c'est le premier élément pour ce qui est des drones d'observation.
10:43Deuxième élément, quand vous allez avoir un drone qui va frapper sur le terrain,
10:46le risque qu'il y ait des incendies secondaires, en fait, l'impact réel sur le terrain est plus fort
10:52quand il y a une atmosphère plus chaude.
10:53Ça peut paraître un petit peu trivial, mais c'est une réalité.
10:56Et de fait, là aussi, il y a un avantage.
10:58Troisième avantage industriel, je vais faire très court,
11:00c'est que qui dit chaleur pour ces drones dit besoin de rafraîchissement,
11:04parce que sinon, les matériaux, les composants du drone sont particulièrement mis à l'épreuve.
11:09Et là-dessus, les Ukrainiens, on le voit, été après été, font des progrès massifs
11:13sur la question du refroidissement des composants des drones pour toujours pouvoir aller plus loin.
11:17Et les FP5 d'aujourd'hui, ils viennent de cette expertise-là des années précédentes.
11:20On parlait tout à l'heure de l'impact psychologique aussi de cette attaque sur la population russe.
11:24Pas moins de 47 drones ont été envoyés vers Moscou.
11:28Rappelez-vous, quand il y en avait ne serait-ce que deux,
11:31deux qui étaient arrivés sur le toit du Kremlin, c'était le 3 mai 2023.
11:35Voilà, 2023, on va revoir les images ici, c'était, regardez, c'était ça.
11:39C'était déjà à l'époque une humiliation, un cauchemar pour Vladimir Poutine.
11:43Là, on parle, Olivier Lasmol, de 47 drones.
11:47Oui, oui, c'est important.
11:49Mais le message, je ne suis pas spécialiste des drones comme mes camarades,
11:54ce que je vois simplement, si je fais un peu la compréhension avec l'Iran,
11:57c'est qu'on a une démonstration de la part de l'Ukraine auprès de la Russie
12:02que maintenant, tenir la Crimée, ça va être de plus en plus coûteux,
12:06ça va être de plus en plus compliqué et que les rapports de force s'inversent.
12:11Et que donc, là, ce qu'on pense, c'est perdu.
12:13Parce qu'il faut bien le dire, il y a deux ans, on disait la Crimée est perdue, c'est
12:17fini.
12:18Et en gros, c'est ce que disait Donald Trump.
12:20Aujourd'hui, on a un renversement de proposition,
12:23c'est que la Crimée, finalement, n'est peut-être pas perdue,
12:26parce que pour la Russie, ça va être un coût peut-être supérieur
12:29aux avantages de garder la Crimée.
12:31On va s'intéresser justement au sort de la Crimée,
12:33car déjà depuis fin mai, il y a une forte pression exercée par les Ukrainiens sur cette île.
12:36Mardi encore, Kiev avait revendiqué la destruction d'un pont ferroviaire
12:39sur le canal de Crimée du Nord.
12:41Les dégâts à ce stade n'ont pas été confirmés.
12:43Thierry Arnaud, que peut-on dire sur cette Crimée aujourd'hui ?
12:47Est-ce qu'elle est totalement isolée ?
12:49La Crimée n'est plus reliée à la Russie que par le pont de Kerch, c'est ça, à l
12:52'est ?
12:52Oui, et parce que ce pont s'est avéré vulnérable par le passé,
12:56on se souvient de ces images lorsqu'il avait été attaqué par l'Ukraine à plusieurs reprises.
13:00Maintenant, c'est plutôt par ferry que les Russes essayent de se ravitailler en matériel,
13:05en homme et de poursuivre cet approvisionnement logistique.
13:09Néanmoins, effectivement, cette tactique qu'on évoquait tout à l'heure
13:14d'aller taper les approvisionnements en énergie
13:16et de perturber la chaîne logistique à la fois civile et militaire,
13:20c'est évidemment en Crimée qu'elle s'est appliquée avec le plus de force
13:24et la plus grande ampleur de la part de l'Ukraine.
13:26Pourquoi ? Parce que c'est vraiment le nœud central de l'approvisionnement des forces russes
13:32et c'était très important d'aller taper précisément en Crimée.
13:37Alors, de là à dire que la Crimée peut tomber et retomber dans les mains ukrainiennes,
13:43il y a évidemment un pas qu'on est très loin de franchir à ce stade.
13:48Mais de fait, la situation a assez considérablement évolué
13:53et on a vu ce qui n'arrive plus d'une part en Crimée,
13:58mais ce qui en sort aussi.
13:59Oui, de voitures qui commencent à quitter la Crimée.
14:02de russes qui quittent la Crimée tout simplement
14:05parce que les conditions de vie y sont devenues trop difficiles.
14:08Et l'état d'urgence d'ailleurs a été annoncé hier par le gouverneur de Crimée
14:11et je propose de l'écouter justement.
14:16Chers Criméens, l'état d'urgence sera déclaré en République de Crimée.
14:21Je demande à chacun de rester calme
14:23et de ne se fier qu'à des sources d'informations vérifiées.
14:25Ensemble, nous surmonterons cette épreuve.
14:31Un gouverneur, vous le disiez, nommé par Moscou.
14:33Par Moscou, évidemment.
14:35On est en ligne avec Sergeï Gérneuve.
14:37Bonsoir Sergeï.
14:39L'état d'urgence déclaré en Crimée.
14:42Vladimir Poutine en avait fait un joyau absolu de la Crimée.
14:45C'est une forme d'humiliation pour lui ?
14:48Absolument, c'est une forme d'humiliation
14:50et c'est une forme aussi d'intelligence militaire et politique pour Kiev.
14:54Parce qu'en réalité, ils ont cherché les points faibles de la défense russe.
15:00Et vous savez, la Crimée a été connue toujours comme un territoire très vulnérable.
15:06Khrouchov, ce n'est pas pour rien que dans les années 50,
15:08il a rattaché la Crimée à l'Ukraine.
15:10Parce qu'en réalité, avec un tout petit territoire
15:13qui relie la Crimée au continent,
15:15on peut approvisionner ce territoire.
15:18D'ailleurs, Poutine, c'est pour ça qu'il a commencé aussi la guerre en 2022
15:21contre la Crimée parce qu'il a compris que le pont de Crimée ne suffisait pas.
15:25La Crimée, c'est le symbole absolu.
15:27C'est le territoire qui a été annexé en 2014.
15:30C'est le territoire que Poutine, en 2014-2015,
15:33a fêté par tous les moyens.
15:35Et il y avait beaucoup de Russes qui étaient très contents.
15:37Ils ont fait des fêtes, il y avait des artistes
15:39qui ont visité ce territoire.
15:41Ils ont organisé toute une propagande autour de ce territoire.
15:45Et bien évidemment, maintenant, quand les Ukrainiens ont les moyens d'atteindre Crimée.
15:50Parce qu'en 2022, ils n'en avaient pas.
15:52Ils n'avaient pas les drones qui allaient aussi loin.
15:54Ils n'avaient pas de missiles qui allaient aussi loin.
15:56Maintenant, ils ont tout ça.
15:58Et donc, du coup, ils vont nous répéter peut-être le scénario de Kherson.
16:04Vous savez, cette ville qui se trouvait sur la rive droite de Dniepres,
16:11presque très bas de Dniepres, que les Russes ont envahies en 2022.
16:16Et en fait, les Ukrainiens, en tapant sur deux ponts,
16:19ont réussi à faire fuir les Russes parce qu'ils ont compris
16:22que leur ravitaillement était très vulnérable
16:26et que bientôt, ils vont se retrouver dans un blocus total.
16:29Avec la Crimée, c'était possible aussi.
16:31– Restez avec nous, Sergei et Cyril Amoursky.
16:33Quelles conséquences aujourd'hui économiques sur les habitants de la Crimée ?
16:36On commence à avoir beaucoup de vidéos de Russes sur les réseaux sociaux
16:38qui contestent justement le non-approvisionnement en carburant, par exemple.
16:42– Par exemple, quand vous allez voir maintenant une station d'essence,
16:45il est très probable qu'elle soit tout simplement fermée
16:47parce qu'il y avait notamment une vidéo qui m'avait fait rire.
16:49Il y a une personne qui va à une station d'essence qui dit
16:51« Ah, il n'y a pas de fil d'attendre, rien du tout.
16:53Très bien, on va se réapprovisionner en essence. »
16:55Le problème, en fait, elle est fermée, cette station d'essence.
16:57Et c'est le cas non pas seulement en Crimée,
16:58c'est ça qui est assez fou en réalité, parce que là, je sais, c'est normal,
17:01c'est intéressant, on parle tous de la Crimée,
17:03mais c'est la Russie toute entière qui a impacté les territoires occupés ukrainiens,
17:07comme la Crimée, mais aussi les territoires russes qui sont lointains.
17:10Par exemple, Ulanouda, qui est une ville qui est assez lointaine de la Russie,
17:13là-bas aussi, ils ont des problèmes de pénurie d'essence.
17:15Il y a notamment un système de talons en ce moment.
17:18– Regardez, on voit les stations à essence hier à Sébastopol.
17:20– Exactement, et ça vous montre plus ou moins, effectivement,
17:22la situation pétrolière en ce moment en Crimée.
17:24Mais le pétrole, c'est une chose.
17:26La deuxième chose, c'est tout simplement la situation globale,
17:28j'ai envie de vous dire, en termes de frappe.
17:30On a beaucoup de personnes qui, justement,
17:32voulaient faire du tourisme en Crimée en disant
17:33c'est super, on va aller profiter du soleil,
17:36on va profiter des plages.
17:37D'ailleurs, Vladimir Poutine, il a dit qu'il y a encore quelques semaines
17:39qu'on va tout faire pour que nos citoyens russes
17:42puissent partir en Crimée et puissent profiter du bon temps.
17:45Bon, c'est raté, parce qu'aujourd'hui,
17:46c'est tout simplement pas possible, c'est beaucoup trop dangereux.
17:48Et vous l'avez mentionné, Action 9,
17:50qui est donc le pseudo-gouverneur de la région de Crimée,
17:54vous le rappelez, avant, l'annexion de la Crimée
17:56avait un parti qui avait seulement 2% des voix en Crimée même,
18:00pour montrer à quel point les messages pro-russes séparatistes
18:03n'avaient absolument aucune importance à l'époque.
18:05Eh bien, aujourd'hui, effectivement, il a déclaré l'état d'urgence,
18:08parce que la situation est devenue vraiment compliquée.
18:10De là, est-ce que la Crimée sera libérée prochainement ?
18:13Malheureusement, je serai beaucoup plus prudent.
18:16Surtout qu'il ne faut pas oublier que là,
18:17on parle de frappe, effectivement, en profondeur,
18:19mais l'armée ukrainienne est au moins à plus de 80 km aujourd'hui
18:22d'un point de vue terrestre de la Crimée.
18:25Sans troupes au sol et sans avancées terrestres,
18:28on ne peut absolument pas parler de libération de la péninsule, malheureusement.
18:31Quelles conséquences économiques plus généralement pour la Russie ?
18:35Même conséquences d'une façon générale.
18:36On estime qu'il faudrait 30 000 nouvelles recrues tous les mois
18:39pour remplacer les soldats tués et blessés,
18:41et la Russie a de plus en plus de mal à recruter.
18:43Ça aussi, ça fait partie de cette guerre psychologique,
18:47et on parlait beaucoup de la résilience du peuple russe.
18:50Oui, c'est-à-dire qu'effectivement, selon une expression russe,
18:53il y a la guerre qui entre par la cuisine.
18:55Enfin, je crois que ça, c'est important de le souligner.
18:58Et puis, il y a de plus en plus de scènes qui ont été filmées,
19:01parfois, malgré tout, de recruteurs russes
19:04qui sont allés chercher des gens.
19:06De force.
19:07De force, bien sûr, de force, bien sûr, et qui s'y oppose,
19:09parce que les gens commencent quand même à savoir
19:12qu'aller au front, ça veut dire être promis à une mort quasiment certaine.
19:16D'ailleurs, c'est quelque chose que le président Zelensky
19:17avait exposé de manière parfaitement nette, déjà, il y a quelques mois,
19:21en disant que notre but, c'est de faire en sorte
19:24de mettre des soldats russes hors des toits de nuire
19:27en plus grand nombre qu'ils ne sont capables d'en recruter.
19:29Et c'est une stratégie parfaitement rationnelle.
19:32Mais le vrai sujet, c'est qu'aujourd'hui,
19:34d'abord, il y a comme un peu de réserve, malheureusement, côté russe,
19:37que de toute manière, Poutine et les siens
19:39se moquent complètement, évidemment, de la vie des soldats russes.
19:42On le sait depuis le début.
19:44Donc, ça peut aller très loin.
19:46En revanche, coupler, si vous voulez,
19:48à la fois, je dirais, le signe quand même
19:51d'une Ukraine aujourd'hui
19:53qui marque des points considérables sur les raffineries,
19:56qui frappe à un certain moment, je dirais,
19:58des infrastructures militaires au milieu des villes.
20:01– Et Moscou et Saint-Péter.
20:02– Voilà, à Moscou même, on l'a vu,
20:03avec la raffinerie juste à côté,
20:04qui va être hors service pendant quand même à peu près un an.
20:08Quand on voit qu'aujourd'hui,
20:10quasiment 35% des raffineries russes
20:12sont aujourd'hui arrêtées,
20:14tout simplement parce qu'elles ont été frappées.
20:17Donc, si vous voulez,
20:18la conjonction de tout cela
20:19est à mon avis extrêmement forte.
20:22Alors, ça ne veut pas dire…
20:23– Ça ne veut pas dire qu'ils ont l'ascendant aussi sur le terrain,
20:25on en reparlera dans un instant aussi.
20:26– Voilà, exactement, sur le terrain.
20:27Mais alors, ça ne veut pas dire,
20:28je termine juste en deux points rapides.
20:31Premièrement, ça ne veut pas dire, malgré tout,
20:33que tout à coup,
20:34la Russie va tomber dans les deux mois qui viennent.
20:37Parce que malgré tout, malheureusement,
20:39ils ont quand même encore, je dirais,
20:41des ressources, ils sont capables aujourd'hui de produire.
20:43Que deuxièmement,
20:45le scénario que certains caressent et espèrent,
20:47moi je l'espère aussi,
20:48d'une sorte de révolution,
20:50soit révolution de palais,
20:51soit a fortiori d'une révolution populaire
20:54qui aboutirait à la chute de Poutine,
20:56je serai extrêmement prudent sur ce scénario.
20:59Donc ça veut dire qu'au-delà des 40 jours,
21:01il faut que les Ukrainiens tiennent,
21:03il faut que les Européens aident davantage,
21:05les Ukrainiens, à marquer des points.
21:07Il y a cette fenêtre d'opportunité.
21:08Et ce n'est surtout pas le moment, aujourd'hui,
21:11de parler de soi-disant négociations,
21:13de cesser le feu ou quoi que ce soit.
21:14Parce qu'aujourd'hui,
21:15on a ces avancées ukrainiennes qui sont déterminées.
21:18– Sergueï Chirnoff,
21:19pousser cet avantage,
21:20Cyril Amourski en plateau,
21:21c'est vrai que connaissant l'animal Poutine,
21:23on se doute bien qu'il ne va pas aller
21:24au bout de 40 jours à la table des négociations.
21:26Est-ce que, par exemple,
21:27ce scénario d'un coup d'État à un moment donné
21:29peut vous sembler aussi également probable ?
21:33– Je crois que c'est quelque chose qui est possible.
21:38Parce que Poutine, ça je le répète depuis des mois,
21:42et je suis toujours de cet avis,
21:43Poutine, lui, ne cèdera pas.
21:45C'est quelqu'un qui ne veut pas faire la machine arrière.
21:48Vous savez, il y a une différence énorme
21:49entre Trump et Poutine.
21:51Trump, il a le complexe de supériorité,
21:53donc il peut, comme on l'a vu dans la guerre en Iran,
21:57s'arrêter brusquement, même avec les pertes, etc.,
21:59et raconter qu'il a tout vaincu, etc.,
22:03mais en tout cas s'arrêter.
22:04Poutine ne peut pas s'arrêter
22:05parce qu'il a le complexe d'intériorité.
22:08C'est-à-dire qu'il a peur de montrer sa faiblesse,
22:11et donc du coup, il va aller jusqu'au bout.
22:13En revanche, sur le terrain,
22:16vous avez senti qu'il se passe quelque chose
22:20sur le terrain déjà de la guerre,
22:22il se passe quelque chose en Crimée,
22:25mais il se passe beaucoup de choses en Russie.
22:27Vous savez, bien évidemment, c'est difficile de dire
22:30à quel moment ça va craquer.
22:33Mais comme l'Union soviétique,
22:34en fait, on ressent que Poutine
22:37se trouve dans la situation de Gorbatchev en 1991.
22:42Gorbatchev qui perdait le pays,
22:44le pays qui partait de ses pieds.
22:47Il était en train de perdre le pays.
22:50Et j'ai l'impression que Poutine
22:51est dans la même situation actuellement.
22:53– On s'interroge ce soir.
22:54Poutine acculé, est-il prêt à franchir les lignes rouges ?
22:58J'aimerais avoir votre avis, Sergueï,
23:00sur ce scénario envisagé par le ministre polonais
23:03des Affaires étrangères,
23:04qui affirme que Moscou pourrait orchestrer
23:08une attaque sous faux drapeau sur son territoire
23:11afin de justifier une nouvelle escalade militaire
23:13contre des pays européens.
23:15On peut faire le parallèle avec ce qui s'était passé
23:18en Allemagne en 1939.
23:19C'est guerre réjouissant.
23:20Mais est-ce que vous croyez à ce scénario ?
23:22Poutine prêt à aller très, très loin
23:24pour justement justifier son action militaire.
23:27– Dans mes interviews avec mes partenaires ukrainiens,
23:31je parle de ces scénarios depuis minimum 4 mois.
23:34Parce que, vous savez, pour Poutine,
23:37l'Ukraine et l'Europe ne font qu'un.
23:40Et donc, il se dit, je suis en train de subir les pertes
23:45ou les difficultés sur le front ukrainien.
23:47Donc, il faut créer un deuxième front
23:50parce que si j'attaque les Européens,
23:53les Européens seront obligés de se défendre.
23:56Et donc, du coup, ils ne donneront pas suffisamment aux Ukrainiens.
24:00Et donc, ils pourraient éventuellement profiter sur le front ukrainien.
24:03C'est ça la logique d'ouverture ce deuxième front.
24:06Vous avez parlé de la Pologne,
24:08mais on peut parler de Pays-Balques,
24:11on peut parler de Finlande.
24:12Mais, vous savez, ça, c'est quelque chose
24:14qui nous vient comme ça automatiquement dans l'esprit.
24:17Mais pourquoi pas la Bulgarie ?
24:19Pourquoi pas la Moldavie ?
24:22Vous savez, pourquoi pas l'autre pays ?
24:26Mais, bien évidemment, l'Europe, pour Poutine,
24:29c'est actuellement le bloc qui soutient l'Ukraine
24:32parce que les États-Unis, malheureusement, sous Trump,
24:35se sont désistés à donner l'aide gratuite,
24:40en quelque sorte, en donation à l'Ukraine.
24:42Donc, ils continuent à vendre les armes
24:44et continuent à donner des renseignements pour les Russes,
24:47pour les Ukrainiens contre les Russes.
24:49Mais, c'est l'Europe qui soutient l'Ukraine.
24:53Et donc, bien évidemment, Poutine invente n'importe quoi
24:55pour affaiblir cette Europe
24:56et donc pour affaiblir le soutien européen à l'Ukraine.
24:59– Cyril, oui, pardon, ce scénario, ce scénario d'une fausse attaque.
25:03– On revient d'un scénario sur le sol des pays européens, n'est-ce pas ?
25:05Pas sur le sol russe.
25:06– On parle d'un scénario envisagé par Vladimir Poutine sur le sol russe,
25:10sous faux drapeau, pardon, sous faux drapeau,
25:12pour justifier une attaque militaire.
25:15Ça, c'est le scénario envisagé par le ministre polonais des Affaires étrangères.
25:17– Parce que si j'ai bien compris, Sergei parlait justement d'un autre scénario,
25:20d'un scénario d'une opération sur le sol européen.
25:23– Et notamment les pays baltes.
25:24– Voilà, les pays baltes, notamment avec la Lettonie et l'Estonie.
25:27– Je crois que ce serait consécutif, en fait, c'est-à-dire qu'une fausse attaque
25:29permettrait à Poutine de justifier quelque chose, ensuite sur le sol européen.
25:33– Je crois que mon collègue à droite apparemment a plus de choses à dire là-dessus,
25:35donc je lui laisse la parole.
25:36– Non, non, mais c'est ça.
25:36– Non, mais c'était ça le scénario que proposait le ministre polonais,
25:39c'est-à-dire de dire qu'une attaque sous faux drapeau en Russie
25:42permettrait à la Russie de justifier une attaque sur l'un des pays,
25:45effectivement voisins, quels qu'ils soient, membres de l'OTAN.
25:47– Moi, je ne pense pas à un scénario, vraiment,
25:49c'est-à-dire que ce que dit Sikorsky, le ministre des Affaires étrangères,
25:52imagine effectivement cette opération sur faux drapeau.
25:54Personne n'y croirait, encore une fois, il faut être clair,
25:57c'est tellement visible, on est tellement habitué à cela.
26:00Deuxièmement, je ne vois pas une attaque aujourd'hui,
26:02parce que quand même la Russie n'a pas les moyens d'attaquer directement,
26:07frontalement, un des pays européens.
26:09S'il le fait, ce sera plutôt des opérations massives de déstabilisation,
26:13actes terroristes.
26:14– Oui, c'est ça le sujet, c'est-à-dire qu'on ne parle pas aujourd'hui
26:18d'une potentielle opération de grande ampleur de la Russie,
26:20on verrait des chars débarquer à la frontière,
26:23que ce soit à Dugafpilis, au niveau de la Lettonie,
26:25ou bien Narva en Estonie, ce n'est pas ça le sujet.
26:27Le sujet, c'est effectivement ce que vous venez de dire,
26:29c'est que par exemple, la Russie peut prendre 1, 2,
26:32peut-être 5 km² de territoire.
26:34– En faisant question sur le soutien des Pays-Bagnes, par exemple.
26:36– C'est-à-dire qu'évidemment, il y aura une pression au niveau des gouvernements,
26:41mais surtout, il y a en fait une pression qui sera directement dirigée
26:44en direction des opinions publiques.
26:47Parce que le message qui sera envoyé par la Russie, c'est,
26:49regardez, on peut ne pas aller plus loin,
26:52en ce moment, on contrôle ce type de territoire,
26:54on vous demande une chose, c'est arrêter de soutenir l'Ukraine.
26:57C'est exactement ce qu'est expliqué justement Sergei Gierneuf,
26:59et il a raison là-dessus.
27:00C'est un scénario qui est envisagé depuis des années, en réalité,
27:03non pas seulement des mois, mais depuis des années.
27:05On a les Allemands, on a les renseignements des pays baltes,
27:08de la Pologne, qui justement nous alertent sur ce type de scénario.
27:10Et ce n'est pas impossible, parce qu'effectivement,
27:12on sait que les gouvernements,
27:13enfin, moi, je ne pense pas que les gouvernements feront marche arrière,
27:15et je pense, et j'espère, que surtout quand on parle des baltes,
27:18ils vont tenir bon.
27:19Par contre, en termes d'opinion publique,
27:21je pense que le français moyen,
27:22et peut-être qu'il va se poser la question de,
27:24tiens, est-ce que ça vaut vraiment le coup de soutenir l'Ukraine,
27:27si finalement, ça peut nous entraîner dans une guerre,
27:29et si finalement, on va devoir répondre, nous aussi,
27:31en tant que Français, ou en tant que pays,
27:33qui fait partie de l'OTAN.
27:34Donc, ce risque, il est réel,
27:35et je pense qu'il faut le prendre en compte.
27:37Cependant, cela fait des années qu'on en parle,
27:39je pense qu'il faut, et que ce serait criminel,
27:41dans un certain sens,
27:42de ne pas prendre en compte ce type de scénario,
27:44cela ne devrait en absolument aucun cas
27:46nous empêcher de continuer à soutenir l'Ukraine,
27:48parce que de toute façon,
27:49si Poutine a envie de le faire,
27:50il le fera tôt ou tard,
27:51peu importe notre soutien,
27:52et c'est dans notre intérêt de soutenir l'Ukraine aujourd'hui.
27:54Alors, je crois que vous avez tous envie de parler,
27:55on va retrouver dans un instant Marion Boucher,
27:56mais votre avis à tous les trois sur ce scénario ?
27:58Oui, je pense qu'en fait,
27:59on revient toujours sur les méthodes russes
28:01et sur les postures globales,
28:03je veux dire, dans ces logiques.
28:05De quoi on est en train de parler,
28:06si on se bat sur le scénario proposé par la Pologne ?
28:09En fait, c'est de déstructurer les sanctuarisations des territoires.
28:13L'exemple qui a été pris tout à l'heure par Syrie
28:15est assez intéressant,
28:16c'est que grignoter 5 km, 2 km, 10 km,
28:20pareil pour les Français,
28:21on va dire, mais ok pour les Ukrainiens,
28:23mais pour les Lettons,
28:24est-ce qu'on va se battre pour tous ces gens-là
28:26qu'on ne connaît pas, avec qui ?
28:28Et c'est des vraies questions.
28:28Il faudrait vraiment.
28:29Non, mais je ne dis pas,
28:30ce n'est pas mon cas.
28:31Vous n'avez compris que ce n'est pas votre ami,
28:33mais ce que je veux dire,
28:35c'est qu'il ne faut pas oublier
28:36que ces questions,
28:37je les ai posées il n'y a pas si longtemps,
28:38et que certains Français se posent encore la question
28:41pourquoi on continue à s'embêter pour les Ukrainiens.
28:43Ils ne se posent pas la question,
28:43ils se disent tout simplement
28:44il ne faut plus s'embêter pour les Ukrainiens.
28:46Certains, je tiens à dire
28:47que la majorité continue à soutenir l'Ukraine
28:49et c'est très bien,
28:50mais la méthode russe,
28:52une des méthodes serait de,
28:53j'allais dire de polluer,
28:58entre guillemets,
28:59l'espace balte,
29:02du coup,
29:03en faisant des petits attaques,
29:05des petites attaques comme ça.
29:06Exactement,
29:07on dirait 5 km par-ci,
29:082 km par-là,
29:09des présences par-ci.
29:10Et là, effectivement,
29:10on se retrouvait dans une situation
29:11en disant mais attendez,
29:12c'est des petits bouts,
29:14c'est bon,
29:14ils peuvent les céder,
29:15on est fatigué.
29:16Et ça, c'est des vrais sujets
29:17parce que c'est une guerre psychologique,
29:18le coût est lourd,
29:20les liens avec ces pays
29:22qu'on connaît peu,
29:23et ça, c'est un vrai sujet,
29:24peut-être que cette question européenne
29:25devrait aller dans ce sens-là,
29:27pourquoi on irait se battre
29:28pour ces pays-là ?
29:29Moi, je pense qu'il faut y aller,
29:30mais on comprend bien
29:31que pour des pays comme la France,
29:32pour les Allemands,
29:33pour les Italiens,
29:34ils se posent des questions,
29:35je crois que c'est une bonne question,
29:36mais il faut que les politiques
29:37soient capables d'expliquer
29:38pourquoi on fait ça.
29:39Juste 10 secondes.
29:39Et c'est toute la difficulté.
29:42Si je peux me permettre 10 secondes,
29:42souvenez-vous de la phrase de Mélenchon
29:44avant que les pays baltes
29:44justement rejoignent l'Union européenne,
29:46il a dit
29:46« Est-ce que vous avez déjà vu un lituanien ? »
29:48Donc ça résume plus ou moins
29:49la pensée d'une partie
29:50de la population française
29:51qui effectivement se dit
29:52« C'est beaucoup trop loin,
29:53on s'en fout. »
29:53Et ça, il faut le prendre en compte.
29:54Il y a un point mort
29:56peut-être dans l'analyse
29:57qu'on n'a pas,
29:59c'est l'objectif stratégique
30:01de l'Ukraine sur la Crimée.
30:03Est-ce que c'est de dire
30:03« On va reprendre la Crimée ? »
30:04On sait très bien
30:05qu'ils ne peuvent pas reprendre la Crimée.
30:06Ça a été dit actuellement.
30:08Ça paraît compliqué
30:09avec les moyens actuels.
30:10Donc, est-ce que c'est faire mal aux Russes ?
30:12Oui, mais à quoi ça va changer ?
30:14Est-ce que c'est pour contraindre
30:15les Américains à intervenir ?
30:17Les Américains,
30:17ils ont déjà estimé
30:18que la Crimée était perdue.
30:20Donc finalement,
30:20quelle est peut-être
30:21la cible de l'Ukraine
30:23en frappant ?
30:24C'est peut-être
30:24attirer l'attention
30:26de l'Union européenne,
30:26de l'Europe en disant
30:27« Venez nous aider
30:28puisque les Américains
30:29ne vont rien faire. »
30:31La Russie,
30:32c'est un appel
30:32pour dire
30:33« Venez ».
30:34Parce que sur un plan stratégique,
30:35ça n'a aucun intérêt pour eux
30:37si ce n'est effectivement
30:37faire mal aux Russes.
30:38Mais sur un but.
30:39Parce que l'objectif stratégique,
30:41c'est d'arriver in fine
30:42à reprendre le terrain.
30:43Et là,
30:43ils n'y arriveront pas.
30:44Et donc,
30:45peut-être que c'est...
30:45On peut se poser la question.
30:47Je ne dis pas que c'est la réponse,
30:48mais on peut se poser la question.
30:49Allez,
30:49on vous a parlé
30:50des drones utilisés
30:50pour...
30:51Des missiles plutôt.
30:52Des missiles,
30:52cette fois,
30:52utilisés pour cette opération
30:53de 40 jours.
30:55Il s'agit des missiles Flamingo.
30:56L'Ukraine a annoncé
30:57avoir frappé
30:57une installation
30:58de production militaire
30:59dans la région russe
31:00de Volgograd.
31:01C'était la nuit dernière.
31:02Grâce à ce fameux missile
31:03de croisière Flamingo
31:04développé localement.
31:05Celui que vous voyez
31:06à l'antenne.
31:06Bonsoir Marion Boucher.
31:08Racontez-nous tout
31:09sur ce missile Flamingo.
31:10Comment il est construit ?
31:12On nous dit
31:13à partir d'un moteur d'avion.
31:14Est-ce que c'est ça ?
31:15Il est construit
31:16sur un turbo-réacteur.
31:18Effectivement,
31:18c'est un missile
31:19qui a à peu près
31:203000 km de portée
31:21qui peut voler entre 800...
31:22Enfin,
31:22qui pourrait voler
31:23entre 850 et 900 km heure
31:27qui porterait une charge
31:28d'à peu près une tonne
31:30et qui disposerait
31:31d'un guidage GPS et inertiel.
31:34C'est un missile
31:35qui permet de frapper
31:36des cibles en profondeur,
31:38donc des cibles assez stratégiques
31:39comme les sites énergétiques,
31:41les usines d'armement
31:41ou les centres de commande.
31:45C'est une capacité
31:46que l'Ukraine aurait développée
31:47sur les trois dernières années,
31:49donc depuis l'invasion de la Russie
31:51puisqu'a priori,
31:51il n'en avait pas avant.
31:52Ce qui est assez bluffant quand même
31:55parce que si on devait développer
31:56ce type de programme
31:57pour tout un tas de raisons,
31:59pas forcément techniques d'ailleurs,
32:00mais en France,
32:01ça prendrait un petit peu plus de temps
32:02et pourtant,
32:03les Ukrainiens
32:04qui n'avaient avant pas
32:06de capacité,
32:07de telles capacités
32:08ont réussi à développer
32:09ce missile en trois ans.
32:11Alors,
32:11ça présente pas mal d'avantages.
32:13Le premier,
32:14c'est donc le fait
32:15de pouvoir faire des frappes
32:16en profondeur,
32:17des frappes stratégiques.
32:20Le deuxième,
32:21c'est l'autonomie
32:22puisqu'ils peuvent l'utiliser
32:23comme c'est eux
32:23qui l'ont développé.
32:24Ils n'ont pas de problème.
32:27Voilà,
32:27ils n'ont pas besoin
32:28d'avoir les autorisations
32:29des pays
32:29qu'ils leur fournissent.
32:31Donc,
32:32ça,
32:33c'est assez intéressant
32:35pour eux.
32:35On parle de cibles
32:36en profondeur.
32:37Donc,
32:37je crois qu'une portée,
32:38on l'a vu,
32:39environ 3000 kilomètres.
32:40Le prix,
32:41moins d'un million d'euros,
32:42ça représente quoi,
32:43moins d'un million d'euros ?
32:44C'est cher ou pas cher
32:45pour un missile ?
32:46Disons que pour un missile,
32:48c'est un prix un peu standard,
32:49mais pour un pays
32:52en guerre,
32:52il faut quand même imaginer
32:53qu'à moins d'un million d'euros,
32:55ça reste quand même une somme.
32:58Ça veut dire quoi ?
32:58Ça veut dire qu'on ne peut pas
32:58en tirer tout le temps,
32:59c'est ça ?
33:00Ça veut dire qu'on ne peut pas
33:01en produire tout le temps
33:03et donc on ne peut pas
33:03en tirer tout le temps.
33:04A priori,
33:05on a observé
33:07une dizaine d'attaques
33:07à chaque fois
33:08avec un à trois missiles
33:09qui auraient été tirés
33:11à chaque fois.
33:11Ce qui fait que
33:12ça donnerait
33:13à peu près un stock,
33:15enfin c'est très difficile,
33:16il n'y a aucune donnée
33:17là-dessus,
33:18donc en fonction
33:20des difficultés
33:20de le produire,
33:21de son coût,
33:23on peut estimer
33:24un stock peut-être
33:24entre 50 et 100 missiles
33:27avec une capacité
33:28de production
33:28peut-être de 30
33:30à 40 missiles par an.
33:32Restez avec nous
33:33Marion Boucher,
33:33Cyril Amourski,
33:34c'est vrai que c'est une prouesse,
33:35il y a une prouesse technologique
33:36ce que nous aura appris
33:36cette guerre
33:37chez les Ukrainiens.
33:38On parle des drones,
33:39de tous ces drones,
33:40de l'expérience des drones,
33:41de l'intelligence artificielle
33:42même couplée au drone
33:43et maintenant ce missile Flamingo.
33:45Bien sûr,
33:45en réalité ça fait déjà
33:46depuis des mois
33:47qu'on en parle,
33:47moi j'ai des amis
33:48qui travaillent
33:48avec l'entreprise
33:49de Firepoint,
33:49je ne peux pas tout dire
33:50non plus,
33:51mais maintenant
33:51on a énormément d'images,
33:52on a vu ce missile
33:53une fois de plus
33:54exposé directement à Paris
33:55et on sait que les Ukrainiens
33:56maintenant c'est tout à fait
33:57officiel et tout à fait
33:58transparent,
33:58vont produire des missiles
33:59balistiques,
34:00le FP7 et le FP9
34:01qui va pouvoir aller
34:02justement à une vitesse
34:03beaucoup plus importante
34:04que le missile de croisière
34:05mais à une distance
34:07moins importante.
34:07Donc les Ukrainiens
34:08aujourd'hui,
34:09une fois de plus,
34:10il faut revenir vraiment
34:10sur cette notion,
34:11je pense que c'est ça
34:12que doit comprendre
34:12le téléspectateur français,
34:14c'est cette notion
34:15de fenêtre d'opportunité.
34:16Aujourd'hui,
34:17il y a une véritable
34:18fenêtre d'opportunité
34:19qui va durer quelques mois.
34:20Elle ne va pas durer un an,
34:21elle ne va pas durer deux ans,
34:22elle va durer quelques mois
34:23et c'est extrêmement important
34:25de soutenir aujourd'hui
34:26l'Ukraine là-dessus
34:27parce qu'il y a une course
34:28technologique permanente
34:29où d'abord ce sont
34:30les Ukrainiens
34:30qui sont en avance,
34:31ensuite les Russes,
34:32ainsi de suite.
34:32Souvenez-vous des drones,
34:33ensuite des brouillers anti-drones,
34:35souvenez-vous des drones à fibre,
34:36maintenant on voit les missiles
34:38et évidemment la Russie
34:39va chercher des solutions
34:40pour pouvoir abattre
34:41ces missiles,
34:42notamment des moyens
34:42anti-aériens
34:43et l'Ukraine aujourd'hui
34:44a cette avance
34:45et il faut lui permettre
34:46de continuer à avoir
34:47cette avance
34:48avec l'aide des Européens
34:49notamment.
34:49Marion Boucher,
34:50une dernière question
34:50sur cette opération
34:51annoncée par Volodymyr Zelensky
34:53dont on parlait
34:54au début de l'émission
34:5540 jours pour frapper la Russie.
34:57Est-ce que cette opération
34:58elle est susceptible
34:58selon vous de faire revenir
34:59Vladimir Poutine
35:00à la table des négociations ?
35:03C'est difficile à dire
35:05puisque tout dépendra
35:07de l'effet qui va être produit.
35:10C'est sûr que vous le montrez
35:12très bien sur votre carte
35:14tout à l'heure,
35:15la distance la plus courte
35:17entre Moscou et l'Ukraine
35:18c'est 840 km.
35:19Donc forcément,
35:20avec 3000 km de portée,
35:22ça peut avoir un impact
35:24psychologique aussi
35:25assez important en Russie.
35:27Donc ça, ça aura évidemment
35:29un impact.
35:29Et si je peux me permettre
35:31sur la question
35:31des attaques
35:34sous faux drapeaux,
35:36je vous conseille
35:36la lecture
35:37des guerriers de l'hiver
35:38d'Olivier Norek
35:38qui parle de l'invasion
35:40de la Finlande
35:40par la Russie
35:42en 1939.
35:44Voilà.
35:44Merci beaucoup.
35:45Très très bon noteur
35:46Olivier Norek
35:46à noter au passage.
35:47Merci Marion Boucher
35:48pour ce conseil de lecture.
35:49Merci.
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