00:00Il est 8h10 sur Sud Radio, bonjour Franck de Dieu.
00:02Bonjour Maxime.
00:03Soyez libre, rédacteur en chef à Marianne, et vous nous parlez des ingénieurs,
00:08parce qu'on a beaucoup parlé, on va dire, de certaines fuites de cerveau, mon cher Franck.
00:13On a parlé des ouvriers du textile, de la sidérurgie, de l'automobile,
00:16qui ont payé quand même, il faut le dire, un lourd tribut à la mondialisation
00:18et à son cortège, pour reprendre une expression connue de délocalisation.
00:22Et maintenant, semble venir le tour des ingénieurs et des techniciens supérieurs.
00:25Et c'est hier, Renault, qui a annoncé la suppression de 800 postes d'ingénieurs.
00:30Est-ce que c'est le début d'une longue série de charrettes, d'une certaine manière, pour les CSP
00:34Plus ?
00:34On peut le craindre, Maxime.
00:36Après l'école bleue, voici venu le tour des cols blancs.
00:39Après les ateliers, voici venu le tour des bureaux d'études.
00:43L'annonce de Renault, avec ses 800 suppressions de postes,
00:46compensées par 200 embauches, comme le révèle en détail un papier de libération,
00:49fait l'effet d'une bombe. Pourquoi ?
00:51Parce que cela signifie que, désormais, tout le monde peut être concerné
00:57par des charrettes, du chômage, quel que soit son niveau de catélication.
01:02Depuis 10 ans, les effectifs de Renault en France ont reculé de 7000 personnes.
01:07Mais les cadres étaient relativement préservés.
01:09Et bien tout là, c'est fini.
01:11La direction veut couper les coups à tous les étages.
01:13Pour les cadres, moins de réunions, moins de rapports chronophages,
01:17et surtout, plus d'intelligence artificielle pour interpréter des documents,
01:23pour trier des données, pour interpréter aussi des chiffres relativement complexes.
01:28L'idée est de gagner du temps pour gagner de l'argent, ça c'est clair.
01:32Ça c'est connu.
01:32C'est connu.
01:33Alors au début, les Technobéas, ils avaient quand même un argument pour dire
01:37ne redoutez pas l'IA, elle sera un partenaire du cadre et non pas son remplaçant.
01:42Alors ils avaient l'histoire pour eux.
01:44Que nous racontait l'histoire ?
01:45Elles nous disaient, je vous dis ça rapidement,
01:46les révolutions précédentes, elles étaient de nature énergétique,
01:50pour économiser de la force, grâce au charbon, grâce au métier à tisser,
01:54grâce à l'électricité.
01:55Tout cela relevait d'une innovation de remplacement.
01:58Des emplois tombés, mais d'autres prenaient le relais.
02:02Cette fois, cette révolution de l'IA, elle est de nature cognitive.
02:06C'est-à-dire qu'elle fait craindre la disparition pure et simple
02:11des postes.
02:12Et d'ailleurs, il y a un sujet, parce qu'il n'y a pas que Renault
02:14qui commence à couper dans ses cols blancs.
02:16Non, alors Stellantis, propriétaire de Peugeot, Citroën ou Fiat,
02:20mais aussi vous avez Bosch, Seb qui tranchent dans les effectifs des cadres.
02:23Les multinationales se lancent dans la révolution de l'IA,
02:27mais aussi de la délocalisation de leurs cadres vers des pays
02:30où les jeunes sont bien formés et moins chers.
02:33En Inde, par exemple, Capgemini, le groupe français de réputation mondiale,
02:37emploie presque six fois plus de salariés en Inde que sur son propre sol.
02:43Alors, globalement, pour justifier ces purges,
02:46les groupes multinationales avancent un vrai argument.
02:49C'est l'argument de la compétitivité.
02:51Ils baissent les coûts et ils disent aux consommateurs,
02:54vous allez voir, on va pouvoir baisser aussi les prix.
02:56Seulement, à la fin, il faut bien des salaires et des fiches de paix,
03:00Maxime, convenables, pour acheter à moindre coût,
03:02même si c'est moins cher.
03:04On développe, on pourrait craindre qu'on va vers une société de consommateurs
03:08au détriment de la production,
03:10alors que, vous l'avez noté, évidemment,
03:12et tout cela va aller plus avant pendant la campagne électorale,
03:16le personnel politique jure de mettre le paquet
03:19pour protéger les filiales industrielles
03:21contre la tentation de délocalisation.
03:23Donc, si j'ai bien compris l'époque, mon cher Franck,
03:25actuellement, on a le choix par le remplacement par une intelligence artificielle
03:29ou alors par un ingénieur moins cher qui vient de l'autre bout du monde.
03:32Oui, alors, c'est un peu exagéré,
03:35mais c'est finalement assez bien résumé.
03:38Les cadres, je dirais,
03:43même, c'est vrai pour les cadres,
03:45mais ça a été aussi théorisé pour les ouvriers et les employés.
03:48Regardez, par exemple, avec Renault.
03:50La marque au losange, elle a présenté début juin un robot humanoïde
03:53au sein de l'usine de Douai dans le Nord.
03:56Donc, il existe.
03:56Il déplace des charges lourdes.
03:58Il peut travailler, tenez-vous bien, 7000 heures par an.
04:02Pas de dimanche, pas de grippe, pas de greffe pour le robot.
04:04À côté de cela, un opérateur de montage travaille près de 1610 heures par an.
04:09Je répète, 7000 heures pour le robot, 1610 heures pour le salarié.
04:13Les politiques peuvent-ils ralentir le progrès ?
04:15Non, ils ne peuvent pas.
04:17Et tout tentatif serait une erreur.
04:19En revanche, ils peuvent freiner la concurrence des pays low cost
04:23par la hausse des droits de douane.
04:25Pour l'heure, l'Europe fait tout le contraire.
04:27Avec une multiplication des accords de libre-échange,
04:30sans usine, sans col bleu, et demain, sans col blanc,
04:34le vieux continent va ressembler à un musée
04:36avec des parcs d'attraction et des chômeurs.
04:39Super.
04:40Très belle description.
04:41Merci beaucoup, mon cher Franck Dodieu,
04:42qu'on retrouve tous les vendredis.
04:44Rédacteur en chef à Marianne.
04:45Et l'intelligence artificielle, c'est peut-être en effet
04:47cette deuxième vague de suppression d'emplois
04:50ou de délocalisation, mais inversée.
04:51Merci beaucoup d'avoir tiré la solette d'alarme.
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