00:00C'est l'édito politique. Bonjour Patrick Cohen. Bonjour Florence.
00:03La France a connu hier sa journée la plus torride jamais enregistrée.
00:07Et pour vous, cette canicule est un événement politique.
00:10Oui, c'est d'abord une crise historique dont tous les Français se souviendront.
00:13À moins d'une autre vague de chaleur qui pourrait égaler celle-ci, ce qui est hélas possible.
00:18On parlera longtemps de la canicule de juin 2026 comme d'une épreuve, un jalon et peut-être pour certains
00:24d'une révélation.
00:25Il y a un peu plus de 20 ans, la grande canicule d'août 2023, près de 15 000 morts,
00:31avait été vécue comme une catastrophe naturelle, voire un caprice du ciel.
00:34D'ailleurs Jacques Chirac, qui avait pourtant lancé quelques mois plus tôt au sommet de la terre de Johannesburg «
00:39Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »
00:42était resté pendant que la France brûlait, invisible et muet.
00:45Cette fois, impossible de considérer cette fournaise comme une fatalité et de nier que notre pays change de climat sous
00:52nos yeux.
00:52Même les plus sceptiques, même le Rassemblement national qui a souvent raillé l'alarmisme des projections du GIEC, conviennent qu
01:00'il devient urgent de s'adapter et de se protéger.
01:03Et puis Patrick, il y aura forcément fatalement le bilan humain qui aura aussi une portée politique.
01:08Les quatre vagues de chaleur de l'été 2025 ont fait 5 700 morts d'après Santé publique France.
01:145 700, insiste la climatologue Valérie Masson-Delmotte, dont un quart de moins de 75 ans.
01:21Mais qui le sait ? Or, en ce début d'été, il y aura cette fois encore des milliers de
01:25victimes.
01:26Et là aussi, ni hasard, ni fatalité.
01:29Qui meurt de chaleur dépend du logement, de l'âge, de l'isolement social, du revenu.
01:34Le sociologue américain Eric Lindenberg, qui a enquêté sur les 700 morts de la canicule de Chicago à l'été
01:3995,
01:40explique au Nouvel Obs le pourquoi des taux de mortalité radicalement différents,
01:45observés dans deux quartiers à pauvreté comparable.
01:48« Northlandale » et « Southlandale ».
01:50La variable, conclut-il, n'est pas l'origine des individus ou leur résistance biologique à la chaleur.
01:55Non, c'est le tissu urbain.
01:57Quand le premier quartier, qui compte davantage de friches et d'immeubles abandonnés,
02:02disperse ses habitants les plus fragiles,
02:04l'autre, plus dense et plus commerçant,
02:06maintient les réseaux d'entraide capables de repérer une personne en danger.
02:10Au fond, la clé, c'est l'invisibilité.
02:12Les morts de chaleur ont la particularité de disparaître en silence.
02:16Pas d'image spectaculaire, pas de dégâts, contrairement aux tempêtes ou aux inondations.
02:20Un silence qui prolonge souvent, dans la mort, l'invisibilité sociale des victimes.
02:25Voilà pourquoi les tueuses, silencieuses et invisibles que sont les vagues de chaleur,
02:30comme le dit Lindenberg, n'ont longtemps suscité que de l'indifférence ou du déni.
02:33Pourtant, la mortalité qu'elle provoque est bien le produit cumulé de décisions d'urbanisme,
02:39de logement, de budget, de santé publique.
02:42Rien de plus politique, rien de plus présidentiel,
02:45à condition de ne pas cantonner le débat à celui du climatiseur.
02:48Ce serait consternant et d'aborder des vraies questions qui détermineront
02:52qui demain survivra au prochain été.
02:54Merci Patrick Cohen.