00:00Voici l'édito politique, bonjour Patrick Cohen.
00:02Bonjour Florence.
00:03Ce matin Patrick, l'illusion présidentielle.
00:05Oui, je prolonge mon édito d'hier sur le volontarisme en politique,
00:09sur l'abus de ces formules creuses qui claquent au vent des campagnes du style
00:13« Avec machin, demain tout sera possible ».
00:16Et je la complète par une parole de président, étonnante parole que celle de Valéry Giscard d'Estaing
00:21en ce mois de novembre 1974, élu six mois plus tôt.
00:25Il a déjà abaissé le droit de vote à 18 ans, rendu majeur quelques 2,5 millions de jeunes.
00:30Il vient de libéraliser complètement la contraception et s'apprête à légaliser l'avortement.
00:34Mais à la fin de son allocution télévisée, celui qui revendiquait sa filiation avec Louis XV
00:39et à qui on reprochera plus tard de se comporter comme un monarque,
00:43rappelle au contraire que la France n'est plus une monarchie,
00:46affirme qu'il ne veut pas gouverner seul, ni faire semblant de pouvoir régler tous les problèmes.
00:51Beaucoup de Français croient que pour que la France aille bien, il lui suffit d'avoir un bon président.
00:58Et naturellement, le bon président, c'est celui qu'on n'a pas.
01:03Mais moi je sais que pour que la France aille bien, il ne lui suffirait pas d'avoir un bon
01:07président.
01:09Il faut que l'ensemble de ses rouages et de ses responsabilités fonctionne correctement.
01:15Roi, j'ai responsabilité que Giscard énumère, parlement, collectivité, syndicat, entreprise, justice, éducation, information.
01:23Avant de lancer aux Français, c'est donc une responsabilité collective que je conduis, mais que vous partagez avec moi.
01:30Un président contre le présidentialisme en somme.
01:33Du moins en parole, ce qui n'est déjà pas si fréquent, mais très insuffisant
01:38pour détourner les Français du mythe de l'homme providentiel et dissuader ses successeurs de l'entretenir,
01:43malgré les désillusions successives.
01:46Cinquante ans après, nous y sommes toujours.
01:48Aux Français qui croient encore en la politique, ils sont de moins en moins nombreux,
01:51les prétendants au poste font miroiter la possibilité d'un grand reset
01:54qui remettrait d'aplomb tout ce qui va de travers.
01:57Mais celui ou celle qui succédera à Emmanuel Macron aura les mains beaucoup moins libres que Valéry Giscard d'Estaing.
02:03Parce qu'il est possible qu'il n'ait pas les moyens de gouverner.
02:04Le plus probable est qu'il ou elle ne les ait pas et que l'on constate,
02:08comme le constitutionnaliste Benjamin Morel dans son dernier livre « Crise politique, crise de régime »,
02:13non seulement qu'Emmanuel Macron n'ait pas le responsable de l'impasse actuelle,
02:17mais que l'arrivée d'un nouveau locataire à l'Elysée ne résoudra rien,
02:20que la tripolarisation en place depuis 2022 n'a aucune raison de disparaître comme par magie
02:26et qu'aucun parti ne peut plus espérer obtenir une majorité.
02:29Aucun parti, vraiment ?
02:31Peut-être le Rassemblement National, à condition, selon Morel,
02:35d'une union des droites et d'un effondrement du front républicain.
02:38Quoi qu'il en soit, ils sont nombreux, de François Hollande à Elisabeth Borne,
02:41à considérer que la seule alternative à ces majorités introuvables
02:45est le passage à la proportionnelle dès les prochains scrutins
02:48pour favoriser la composition de coalitions, redonner du pouvoir au Parlement,
02:53rompre enfin avec l'illusion du bon président qui va guérir la France.
02:58Merci Patrick Cohen.