00:00L'édito politique avec Patrick Cohen qui parle déjà. Ce matin Patrick, fantasme et bobard dans la controverse sur la
00:07place de Vincent Bolloré dans le cinéma.
00:09« Essayez d'abord de concevoir la mise au banc de plus de 2000 insolents artistes, réalisateurs, producteurs, techniciens interdits
00:16de travailler pour un film Canal+, blacklistés pour avoir posé leur nom en bas d'une tribune anti-Bolloré.
00:23»
00:23« C'est ce qu'a dit Maxime Sada, le patron de Canal. »
00:25« Qu'ils ne travailleraient plus avec eux, eh bien ça n'arrivera pas. » J'en prends ici le
00:29pari.
00:29« Il n'y aura pas de liste noire. Aucun des professionnels du cinéma que j'ai interrogé n'imagine
00:34les équipes de Canal éplucher les génériques pour y débusquer les frondeurs
00:38et les inviter à abjurer leurs erreurs comme les hérétiques dans Le Nom de la Rose sous peine d'être
00:42brûlés vifs. »
00:43« C'est un fantasme qui serait suicidaire aussi bien pour Canal que pour le cinéma français. »
00:48Et que le PDG du groupe audiovisuel, Écrubon, par colère ou sur injonction de Vincent Bolloré, proférait une telle intimidation
00:55a fait l'effet à Cannes d'une douloureuse révélation, ou pour ceux qui avaient signé à la tribune, d
01:00'une confirmation de leur crainte.
01:02Avec l'irruption pour la première fois dans ce milieu, non pas de l'idéologie, mais de la méthode Bolloré.
01:07Déjà à l'œuvre dans les médias qu'il détient, je paie, je commande.
01:11Qui paie les musiciens, choisit la musique. Qui paie les acteurs, peut rendre le cinéma muet. »
01:15L'extrême droite applaudit ce principe en soulignant qu'il s'agit d'un entrepreneur privé.
01:19Oui, un privé qui fait ce qu'il veut avec son argent, ou selon le député RN Philippe Ballard,
01:23et qui est fondé à ne plus nourrir ceux qui lui mordent la main, comme l'a dit en substance
01:28le maire de Cannes, David Lissnard.
01:30C'est là que commencent les bobards et la méprise sur le rôle de Canal+,
01:34dont le financement du cinéma ne relève pas du mécénat ou de la philanthropie,
01:38mais d'une obligation légale que les pouvoirs publics lui ont imposée dès sa création.
01:43Ainsi, Canal ne subventionne pas les films, il ne les produit pas vraiment non plus,
01:47il les achète pour les diffuser plus tôt que les autres chaînes,
01:51six mois désormais après leur sortie en salle, auprès de clients téléspectateurs
01:55qui ont payé un abonnement pour les voir.
01:57Les 150 millions versés l'an dernier sont donc des achats ou des pré-achats de programmes
02:03financés par les abonnés, pas un cadeau de Bolloré.
02:05Et Patrick, on dit que Canal n'a jusqu'ici jamais cherché à imposer une quelconque idéologie.
02:09C'est globalement vrai, malgré les rares exceptions connues,
02:12refus de financer grâce à Dieu de François Ozon,
02:14suppression d'un épisode consacré à la laïcité dans la série Paris Police 1905.
02:20Canal ne se réduit pas à la figure de son propriétaire,
02:23mais c'est aussi ce qu'on disait chez Grasset avant le limogéage d'Olivier Nora.
02:27Sentiment largement partagé et parfaitement résumé dans Télérama par le cinéaste Christophe Honoré.
02:32Est-ce qu'aujourd'hui, lorsque je rencontre les équipes de Canal,
02:35je fais face à des idées rances et des personnes brutales ?
02:38Non, vraiment pas.
02:39Est-ce que je m'inquiète que cela puisse changer le jour où ces équipes ne seront plus là ?
02:43Oui.
02:44Et est-ce qu'il y a un risque ?
02:45Je ne sais pas.
02:46Il est sans doute moins fort ce risque que celui des projets du RN au pouvoir,
02:50suppression du CNC, privatisation de France 2, de France 5 et de France Inter,
02:56ce qui a été réaffirmé ces derniers jours.
02:58Ici, c'est une sorte de table rase.
03:00Merci Patrick Cohen.