00:00On va être un focus sur un partenariat entre l'Institut Curie, le CEA et Thalès
00:03pour construire une machine inédite de radiothérapie flash.
00:07Bonjour Amor et Martin, vous êtes le directeur des ressources et de l'innovation de l'Institut Curie.
00:11Alors vous, vous inventez la machine et puis Thalès va construire, c'est à peu près comme ça que ça
00:15va fonctionner.
00:16Quand on parle de radiothérapie flash, c'est quelques séances, une fraction de seconde sur des tumeurs
00:22qui étaient difficilement accessibles.
00:24Votre technologie, elle s'annonce mille fois plus rapide que ce qui existe.
00:27C'est exactement ça, c'est une découverte qui a été faite à l'Institut Curie en 2011
00:31et un petit peu comme c'était dit avant, au moment où ça a été fait par le docteur Vincent
00:36Favodon,
00:37tout le monde nous regardait en pensant que c'était un petit peu illusoire
00:41de vouloir remplacer la radiothérapie, quelque chose qui est bien maîtrisé.
00:45Aujourd'hui, c'est une des bases du traitement du cancer
00:49et la promesse aujourd'hui, c'est de faire mille fois plus rapidement,
00:54c'est-à-dire que concrètement, là où un patient doit revenir pour faire des séances de rayons,
00:59comme on dit traditionnellement, de radiothérapie, une vingtaine ou une trentaine de fois
01:03et qu'à chaque séance dure 20 minutes, on serait capable de faire en une séance
01:08ce qui durerait une seconde.
01:10Mais donc avec des rayons qui sont beaucoup plus intenses, j'imagine,
01:14mais ça n'a pas un impact sur le patient ?
01:17Il n'y a pas des effets secondaires particuliers ?
01:19On n'a pas brûlé ? J'imagine que non, mais...
01:23La question est très pertinente puisque si nous réussissons, ce sera une première mondiale
01:28et l'enjeu aujourd'hui, c'est de construire le premier équipement
01:32qui va permettre de mettre un patient entier sous cet équipement.
01:36Aujourd'hui, la démonstration a été faite d'abord sur des lignées cellulaires,
01:40ensuite sur ce qu'on va appeler des tumeurs superficielles,
01:43mais à chaque fois sur des petites zones.
01:47Là, l'ambition, c'est de pouvoir atteindre des tumeurs profondes
01:49et de démontrer que ça fonctionne.
01:52Après, l'avantage avec la physique, c'est que quand les équations démontrent,
01:56en général, on y arrive, encore faut-il arriver à construire l'équipement.
02:00Et c'est bien ça, tout l'enjeu aujourd'hui que nous menons avec le CEA.
02:03Ça, c'est le job de Thalès, construire la machine.
02:05Ce n'est pas que le job de Thalès puisqu'on est dans un marché innovant,
02:08dans un partenariat d'innovation avec Thalès.
02:10Thalès apporte 50 ans d'expertise dans la construction d'accélérateurs de particules.
02:16Et nous, on apporte plus de 100 ans à l'Institut Curie
02:19de compréhension de la radioactivité et de traitement de patients
02:23puisqu'on a un centre de recherche et un hôpital à l'Institut Curie.
02:28Et donc, l'objectif, c'est de construire ce premier équipement.
02:31Normalement, ça sera fait d'ici l'année prochaine.
02:34L'installer dans un bunker.
02:35Oui, parce qu'il faut un bunker quand même.
02:37Oui, ça nécessite un certain nombre de radioprotection de dispositions qu'on doit prendre.
02:45Et à horizon maintenant 2028-2029, selon le planning sur lequel on travaille,
02:50ça sera de pouvoir mettre les premiers patients dans des essais cliniques.
02:52Ah oui, c'est tout de suite.
02:53C'est très bientôt.
02:54C'est le choix que nous avons fait avec Thales et les équipes du CEA.
02:58C'est de travailler sur des dispositifs qui sont robustes et connus.
03:04Dans un second temps, si ça fonctionne,
03:06puisqu'on est sur le plateau de BFM,
03:08il y a un enjeu économique évident.
03:10Le marché de la radiothérapie, c'est 9 milliards aujourd'hui,
03:12qui est plutôt dominé par des Américains.
03:15Ça sera de passer dans une phase de prototypage
03:18et donc de construction d'un équipement commercial beaucoup plus réduit.
03:21Parce que là, aujourd'hui, on construit avec des briques technologiques qu'on maîtrise.
03:25Et avec un coût qui sera largement supérieur aux appareils de radiothérapie
03:29qu'on connaît aujourd'hui ?
03:31Parce que derrière, il y a la question évidemment des hôpitaux.
03:33Est-ce qu'ils ont les moyens de s'équiper ?
03:35Les États, les systèmes de santé ?
03:37Ça va être un vrai sujet aussi ?
03:39Aujourd'hui, on estime que, c'est l'OMS qui le dit,
03:43à horizon 2050, on va faire plus 80% du nombre de cancers dans le monde.
03:49Plus 80% ?
03:50Plus 80%.
03:5135 millions de nouveaux cas chaque année.
03:53Donc l'enjeu, il est à la fois sur le coût des équipements,
03:56mais il est aussi de repenser la manière dont on peut traiter la population.
04:00Et c'est essentiellement lié au vieillissement de la population dans les pays occidentaux.
04:03Donc une des questions va être,
04:05est-ce que nous sommes capables déjà de démontrer que ça fonctionne ?
04:08Est-ce qu'on va être capables ensuite de réduire la taille de cet équipement
04:12pour pouvoir l'installer dans n'importe quel hôpital ?
04:14Et à quel coût ?
04:15Et donc ça, c'est justement les essais cliniques qu'on va mener
04:17et le classique business model qui doit être fait
04:21pour savoir comment ça peut se positionner.
04:23On ne pense pas que ça va remplacer l'intégralité des dispositifs
04:28dont on a aujourd'hui,
04:29mais très probablement venir se positionner sur certaines typologies de cancers,
04:33en l'occurrence certains cancers pédiatriques,
04:35puisque vous imaginez bien que maintenir un enfant pendant 30 minutes
04:38sans mouvement, c'est assez compliqué,
04:40surtout quand il faut le faire revenir un certain nombre de fois,
04:43mais aussi des cancers qui sont plutôt profonds
04:46et qui sont à proximité d'organes sensibles
04:49dans lesquels on a également...
04:50Oui, très précis.
04:51...des effets secondaires liés à l'irradiation de tissus sains.
04:56Et donc c'est le cas des poumons,
04:57c'est le cas de cancers cérébraux
04:59ou de cancers plutôt digestifs, assez profonds.
05:03Donc ça, ça sera l'enjeu.
05:04Et le coup, ça sera un équilibre justement
05:06entre ce qu'on est capable de faire,
05:08alors qu'aujourd'hui, on n'a pas de solution
05:10pour ce type de cancers.
05:13C'est le cas.
Commentaires