00:00Oui, parce que cette histoire nous conduit au cœur du dispositif politique, idéologique, répressif de notre temps.
00:08Donc, pour comprendre ce qui s'est passé avec Éric Tegner, il faut décentrer un peu l'histoire d'Éric
00:14Tegner
00:14pour voir quel dispositif s'est activé de manière particulièrement vive sur le mode d'une forme de volonté de
00:20censure collective.
00:21Alors, le point de départ, il y a une dimension politique, il y a un lobby immigrationniste en France.
00:26Il y a un lobby immigrationniste en France, tout comme il y a un lobby immigrationniste au Canada,
00:30au Royaume-Uni, dans la plupart des pays occidentaux.
00:33Et dans ce lobby immigrationniste, évidemment, les avocats, souvent militants, immigrationnistes, jouent un rôle central.
00:41C'est-à-dire que c'est tout un petit lobby qui prospère sur les dérèglements ou sur les failles
00:48de la politique migratoire.
00:49Sur le dérèglement, on pourrait même dire du droit à la migration.
00:52Donc, c'est un lobby dont la prospérité dépend de sa capacité à instrumentaliser la crise migratoire et la pousser
01:01toujours davantage.
01:02La crise migratoire se résorberait telle que ce lobby serait dès lors asséché financièrement.
01:08Donc, ce lobby existe et c'est un des lieux de pouvoir qui contribue à la crise migratoire en France
01:16aujourd'hui.
01:17Évidemment, les lobbies n'aiment pas qu'on les nomme.
01:19Les lobbies préfèrent se dissimuler derrière les apparences de l'administration ou du droit.
01:24Mais les lobbies peuvent et doivent être nommés de temps en temps.
01:27Alors, ce que propose Tegner dans le fameux numéro de Frontières, ça consiste à nommer ce lobby et les figures
01:35qui le composent dans leur dimension publique.
01:37Dans leur dimension publique, on s'entend bien.
01:39Donc, on peut ne pas aimer, et là, je prends la peine de le dire parce que j'ai vu
01:42ce qu'il se disait sur les réseaux ces jours-ci,
01:43on peut ne pas aimer Frontières, on peut ne pas aimer Éric Tegner, qu'importe, on peut l'aimer aussi,
01:48soit dit en passant.
01:48On peut avoir un rapport trouble à lui, mais il n'en demeure pas moins qu'il n'a pas
01:52présenté ici la liste des adresses personnelles des uns et des autres.
01:55Il a critiqué les avocats du lobby immigrationniste en tant que figure publique, à partir d'informations déjà disponibles, si
02:03je peux me permettre d'ajouter.
02:06Qu'est-ce qu'on nous dit en ce moment? On nous dit, ah, il attaque l'État de droit.
02:10Il n'attaque pas l'État de droit dans les circonstances.
02:13Il dit, il y a un pouvoir organisé, un pouvoir, on pourrait dire, qui n'est pas structuré brutalement,
02:22mais c'est un pouvoir qui existe au point de contact entre le droit et l'État et qui joue
02:28un grand rôle dans l'immigration en France.
02:30Où est le problème dans le fait de le nommer?
02:32Alors, j'ajoute un élément dans tout cela.
02:34Des enquêtes sur des différents lobbies à gauche ou à droite, et surtout à droite, ils existent souvent dans la
02:39presse de gauche.
02:40Que je sache, et on dit souvent, on fait le profil personnel des gens, ils travaillent à cet endroit, ils
02:45sont liés à cette institution.
02:46Que je sache, il n'y a pas de scandale quand on décide de mener une enquête qui vise des
02:51gens qui sont marqués à droite.
02:53Donc là, on a une forme d'asymétrie de la justice, où la justice se montre très sévère envers un
02:59magazine, Frontière, envers un homme, Éric Tegner.
03:01Pourquoi? Parce qu'il a dévoilé un pouvoir qu'il n'était pas permis de nommer.
03:06Deuxième élément de cette séquence, il y a la question du juge.
03:09Alors, Éric Tegner a été jugé par un homme, juge, et là, qu'est-ce qu'on a vu ces
03:14derniers jours?
03:15On a vu, en fait, depuis hier ou avant-hier, je crois, qu'est-ce qu'on a vu depuis
03:18jeudi?
03:19On a vu que ce juge a un profil idéologique très particulier, un profil idéologique très marqué dans la logique
03:25diversitaire,
03:26dans une logique presque d'ethnicisation de la société.
03:29C'est un juge et plutôt qu'un autre qui a rendu cette décision.
03:32Est-il possible de le critiquer?
03:35Est-il possible de dire que cette décision de justice n'est pas indépendante de l'homme qui a pris
03:40cette décision de justice?
03:41Évidemment, il ne s'agit jamais d'un appel au harcèlement.
03:44J'ai vu qu'il y avait des commentaires racistes.
03:47Ils sont évidemment condamnables.
03:48Tout ça, ça va de soi.
03:49Mais je pense que tout le monde conviendra qu'on peut critiquer le pouvoir,
03:53dans les circonstances, une décision de justice, à moins que ce soit de la justice divine.
03:57Si c'est de la justice divine, il faut nous avertir.
03:59Donc, on peut critiquer une décision de justice, donc l'homme ou la femme, à l'origine de cette décision,
04:03sans que ça ne soit assimilé à un travail d'une campagne haineuse contre le juge en question.
04:11Alors, Gérald Darmanin nous dit, évidemment, Gérald Darmanin nous dit très justement,
04:15une campagne haineuse ou raciste est absolument condamnable.
04:18Il a raison, mais je suis persuadé que M. Darmanin distingue entre une campagne haineuse et raciste
04:23et la critique d'une décision d'un juge qui nous rappelle, et c'est important ainsi,
04:27que dans nos sociétés, le droit n'est pas impersonnel.
04:30C'est plus vrai ça.
04:31On a en France des juges militants, des juges idéologiquement orientés,
04:35des juges qui utilisent le pouvoir qui est le leur pour imposer une conception de la société.
04:40Donc, derrière, on ne critique pas une décision de justice,
04:43il y a tout simplement, il y a un pouvoir qui est tellement sacré qu'il n'est pas permis,
04:47un, de le nommer, et deux, de le critiquer.
04:50Vous noterez que ce n'est pas la première fois.
04:52Marine Le Pen, rappelez-vous au moment de la décision qui,
04:55on verra dans quelques semaines la suite,
04:58on nous avait dit qu'on ne doit pas s'intéresser au profil de la juge
05:01qui a décidé de l'exécuter juridiquement.
05:03Sauf qu'on a fouillé un peu, puis on a constaté qu'elle avait, elle aussi,
05:06des orientations idéologiques particulières.
05:08Donc, vu le pouvoir de la justice, est-il le seul pouvoir
05:11qu'il ne soit pas permis de critiquer aujourd'hui?
05:13Autre exemple, parce que quelquefois, ça se concrétise.
05:16Jean-Yves Galou, qu'on a déjà reçu ici, en 2022,
05:20critique une juge administrative qui avait suspendu l'OQTF de l'imam Iqusen.
05:25On s'en souvient peut-être.
05:27Qu'est-ce qu'elle a fait?
05:28Elle a décidé de le poursuivre, en fait, devant les tribunaux.
05:32Et là, donc, ça a duré plusieurs années.
05:34Donc, parce que lui, il s'intéressait, le Galou, il dit,
05:36est-ce que c'est du militantisme idéologique,
05:37une surinterprétation des textes?
05:39Est-ce qu'elle a peur des islamistes?
05:41Il se pose cette question-là.
05:42Pendant des années, devant les tribunaux,
05:44mais finalement, il a gagné.
05:45Il a gagné. Pourquoi?
05:46Parce qu'on avait reconnu, dans ce cas-là,
05:48le droit de critiquer une décision de justice
05:51constatant que cette décision relevait du périmètre du débat public.
05:55Il avait été relaxé.
05:56Quoi qu'il en soit, dans les circonstances actuelles,
05:58il y a une structure de pouvoir qui n'aime pas se faire nommer,
06:01qui n'aime pas se faire critiquer,
06:02et qui veut sanctionner ceux qui la nomment
06:04et ceux qui la critiquent et ceux qui enquêtent sur elle.
06:05Une autre discussion de justice a fait parler,
06:09décision de justice,
06:09celle frappant la militante identitaire Thaïs Descuffons.
06:12Oui, alors Thaïs Descuffons,
06:14c'est un autre cas où on peut commencer en disant
06:15qu'on peut apprécier ou non Thaïs Descuffons.
06:17Il ne s'agit pas de s'enthousiasmer pour elle ou de la dénigrer.
06:22Elle a été condamnée pour des propos,
06:24alors que je ne reprendrai pas ici,
06:25parce qu'ils ont été condamnés,
06:26mais je résumerai leur état d'esprit,
06:30faisant un lien entre l'insécurité en France,
06:33ressentie par certaines femmes,
06:34par les femmes en général,
06:35et certaines communautés qu'elle a pris la peine d'identifier.
06:39Alors, la question est la suivante.
06:41Soit c'est vrai, de mon point de vue,
06:43soit ce qu'elle dit est vrai,
06:45et là c'est une matière en quête sociologique,
06:48et il faut trouver la politique appropriée,
06:51soit ce qu'elle dit est faux,
06:52et si c'est faux, c'est tout simplement faux.
06:55Mais, elle a été condamnée, pourquoi?
06:57Parce qu'on l'accuse d'avoir tenu un propos péremptant,
07:00généralisant et essentialisant,
07:01visant un groupe selon l'origine ou l'ethnie.
07:04Donc, globalement, on l'accuse d'avoir tenu,
07:06je traduis en termes concrets,
07:07des propos haineux ou stigmatisant
07:09à l'endroit de certaines communautés.
07:11Mais là, c'est un problème, cela dit.
07:13En plus, on l'a accusée, oui, dans la condamnation,
07:15on lui a dit qu'elle n'a pas eu de remise en question de sa part.
07:18Donc, elle n'a pas été pénitente,
07:19elle ne s'est pas excusée,
07:20elle n'a pas fait la génuflexion devant la justice
07:22pour dire j'ai eu tort de dire ce que j'ai dit.
07:25On peut, encore une fois, être en désaccord avec ce qu'elle a dit.
07:27Mais depuis quand une observation sur la vie en société
07:30doit se retrouver devant les tribunaux
07:32sous le signe du propos haineux ou pas haineux?
07:35Je précise qu'elle n'est pas la seule à connaître.
07:36Elle aurait pu faire de la prison.
07:37Finalement, elle n'a fait pas de prison,
07:38mais elle aurait pu faire de la prison pour ce qu'elle a dit.
07:41Et là, on vous dira, oui, mais c'est un escuffon,
07:42c'est une militante identitaire,
07:44vous n'allez quand même pas vous porter à sa défense.
07:45Mais là, je vais vous parler de Georges Bensoussan.
07:47Rappelez-vous, Georges Bensoussan,
07:48qui a été devant les tribunaux
07:49pour avoir proposé une réflexion
07:52entre l'islamisme, l'antisémitisme
07:54et une partie de la culture du Maghreb.
07:58Soit de savoir ça, il s'en est tiré à la fin.
08:00Mais il y a eu une bonne partie,
08:01plusieurs années, gâchée devant les tribunaux.
08:05Renaud Camus, on ne peut pas apprécier du tout Renaud Camus,
08:07mais pourquoi son oeuvre se retrouve devant les tribunaux?
08:11Dans la vie publique, nous vivons tous désormais
08:13dans la crainte de la condamnation
08:14pour propos d'Ini et tout ça.
08:16Et là, on vous dira, oui, mais vous défendez seulement
08:17les gens dits de droite.
08:18On peut parler aussi de Dieu-donné, si vous souhaitez.
08:20Je n'ai pas une affection immodérée pour Dieu-donné.
08:22Je ne suis pas certain que son travail,
08:24son oeuvre, qu'on apprécie ou non,
08:26doivent se retrouver devant les tribunaux.
08:28De ce point de vue, il ne devrait pas y avoir,
08:30je crois, c'est le libéral en moi qui parle,
08:32une police de la pensée
08:33qui est aussi une forme de police politique.
08:35Je note, soit dit en passant,
08:36que plusieurs s'interdisent de défendre
08:38les personnes que je viens de vous nommer.
08:40Pourquoi? Parce qu'ils disent,
08:40on n'est pas d'accord avec ce qu'ils disent.
08:42Mais si on ne défend la liberté d'expression
08:43que les gens avec qui on est d'accord,
08:45à la fin, lorsque notre liberté d'expression
08:47sera confisquée,
08:48personne ne viendra nous défendre.
08:50Revenons à Éric Tegner.
08:52Il a été condamné sur la base
08:53de la loi Samuel Paty.
08:54Que faut-il comprendre, Mathieu?
08:55Alors ça, c'est particulier.
08:56C'est une loi qui a été adoptée
08:58à la suite, évidemment,
08:58du massacre de Samuel Paty
09:00pour ceux qui participent
09:02à une forme de doxing, dit-on.
09:04Une forme de harcèlement public
09:06conduisant à terme
09:07à des comportements plus que regrettables.
09:09C'est le moins qu'on peut dire
09:10dans le cas de Samuel Paty.
09:10C'est un meurtre.
09:11Qu'est-ce qu'on voit avec ces lois-là?
09:13Donc la loi Paty, théoriquement,
09:14s'est faite pour lutter contre les islamistes.
09:16On s'entend, c'était pour lutter
09:16contre les islamistes.
09:18Mais attends, mais elle est retournée
09:19contre qui?
09:19Contre un journaliste
09:20à qui on colle l'étiquette identitaire.
09:23Donc la loi, d'abord contre les islamistes,
09:26retournée pour persécuter
09:27ceux qui s'opposent
09:28au lobby immigrationniste.
09:30De la même manière,
09:30la loi sur l'entrisme votée au Sénat,
09:33autour de Bruno Retailleau,
09:34sur l'entrisme islamiste,
09:36reprise, portée aussi à sa manière
09:37par Laurent Nunez,
09:40à l'origine,
09:41ça devait dénoncer l'entrisme islamiste.
09:43À la fin, qu'est-ce que ça va dénoncer?
09:44L'entrisme, plus généralement,
09:46et la remise en question
09:47de la République
09:48ou de l'idéologie républicaine.
09:50Mais comprenons-nous,
09:51dans les circonstances,
09:52à terme, ce sont ceux
09:53qu'on étiquette à l'extrême droite,
09:54entre guillemets,
09:55les identitaires,
09:56qui seront encore une fois
09:57frappés d'interdits.
09:58Et la prochaine loi
09:59sur les propos haineux
10:00d'Aurore Bergier,
10:00dont on a déjà parlé ici,
10:02à l'origine,
10:03c'était censé lutter
10:04contre l'antisémitisme.
10:05À la fin, ça va servir,
10:10en condamnant pour inéligibilité
10:13ceux qui seraient accusés
10:14de propos haineux.
10:14Or, quand on voit
10:15que la critique de l'immigration massive
10:16est assimilée aux propos haineux,
10:18on voit très bien
10:18ce qui va se passer avec cela.
10:20Donc, il y a tout
10:20un dispositif juridique
10:21de répression
10:22de la parole dissidente
10:23qui s'est mise en place.
10:24Il ne s'agit pas
10:25d'apprécier tel ou tel propos
10:27de telle ou telle personne,
10:28mais de constater
10:28que ce dispositif se déploie,
10:30se radicalise
10:31et frappe de plus en plus souvent.
10:33Et la plupart se taisent
10:34de peur d'être la prochaine cible.