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Dans son édito du 04/07/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]
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00:00Je crois que nous sommes dans... Alors, j'utiliserai un concept un peu général. Nous entrons dans une séquence d
00:06'états d'exception un peu partout en Europe occidentale, mais notamment en France. Alors, qu'est-ce que c'est
00:11l'état d'exception? C'est lorsqu'un système pour se préserver, lorsqu'un régime pour se préserver, suspend les
00:18règles et se donne le droit d'à peu près tout faire directement et indirectement pour liquider, politiquement, on s
00:25'entend, et juridiquement, ceux qui le menacent.
00:28Donc, nous sommes dans un moment où le bloc, ce qu'on appelle le bloc central, donc globalement, les forces
00:34coagulées de l'idéologie 1989 et ses suites, donc mondialistes, diversitaires, technocratiques, et ainsi de suite, ce bloc central qui
00:43rassemble autrefois ceux qui jouaient à l'alternance entre eux, donc le centre-gauche et le centre-droit qui s
00:48'échangeaient les postes sans jamais véritablement changer de philosophie, ce bloc aujourd'hui qui n'a plus d'assises populaires
00:55se sent menacé comme jamais.
00:57Et puisqu'il se sent menacé, il se donne le droit désormais de multiplier les frappes, et on verra de
01:03quelles frappes on parle, contre les partis qui le menacent le plus, et en France, ce sont les partis de
01:09l'opposition nationale, du corps national.
01:12Alors, perquisition, c'est lié globalement au RN au niveau européen, vous noterez que ça se passe toujours au niveau
01:18européen, et il y a une raison pour cela, et les partis dans le cadre d'identité démocratique,
01:23qui est l'ancienne configuration politique de RN au Parlement européen. Donc, on est à quelques mois de la présidentielle,
01:29tout le monde comprend, je ne dis pas que la justice a reçu un coup de fil de l'Élysée,
01:33bien sûr que non, ce n'est pas comme ça que les choses se passent. La justice participe aujourd'hui
01:38à une forme d'écosystème sociologique et idéologique,
01:42où tout le monde pense à peu près la même chose avec des nuances. Puisque dans cet environnement, on considère
01:48que le RN, ce n'est pas simplement un autre parti,
01:51à la rigueur, qui pense très mal, mais c'est une menace pour la démocratie, dès lors, on se donne
01:56tous les moyens pour l'exécuter.
01:58Et on réserve donc au RN, dans ce cas-là, un peu l'équivalent, on verra pour la suite. C
02:03'est le procès qui a conduit aussi à l'exécution de Marine Le Pen,
02:06on verra ce qu'il y en a cette semaine. Donc, c'est toujours par rapport à l'utilisation des
02:09fonds européens.
02:10On nous explique, les fonds européens auraient été détournés par les partis. Donc, quand vous entendez détournement de fonds,
02:16spontanément, vous pensez probablement que quelqu'un prend des dizaines de milliers d'euros et les transporte dans un sac
02:21pour les cacher dans un garde-robe. Ah non, ça, c'est quelqu'un d'autre au Parlement européen qui
02:24n'était pas RN.
02:25Quoi qu'il en soit, vous avez l'impression que c'est quelqu'un qui va s'enrichir volontairement et
02:29personnellement.
02:30Ce n'est pas du tout de ce dont on parle pour l'instant. Ce dont on parle, c'est
02:33un parti qui utilise les fonds qui lui sont alloués,
02:36en fonction de sa conception de la politique. Or, le Parlement européen dit non.
02:40Si le parti n'utilise pas ces fonds-là dans une logique où les partis seraient en fait quelque chose
02:44comme des fonctionnaires
02:45au service de l'Union européenne, eh bien, c'est un détournement de fonds, eh bien, c'est un usage
02:49illégitime.
02:50Donc, on oublie que la politique a sa rationalité propre, que la politique, ce n'est pas simplement l'extension
02:57de la fonction publique,
02:58qu'il arrive qu'un parti politique fasse de la politique. Eh bien, qu'est-ce qu'on voit?
03:02On a créé un système de financement très généreux. Vous savez, 100% d'être à l'Union européenne, ça
03:08peut être agréable.
03:09Franchement, vous pouvez être une députée insoumise, par exemple, et avoir droit à des conditions de vie exceptionnelles,
03:15tout en faisant l'apologie de l'égalité pour les autres. Je ne pense à personne en disant ça, mais
03:21ça peut être agréable.
03:22On a bien compris, je crois.
03:23Vous avez le chauffeur que vous pouvez traiter comme une espèce de vieille serviette.
03:26Vous pouvez avoir les meilleures places en avion, de belles conditions, prendre le large, comme on dirait.
03:31Mais quoi qu'il en soit, le Parlement européen, ça peut être agréable.
03:34Mais, donc, c'est un système qui cherche à créer une caste.
03:38Une caste. Et par ailleurs, le problème, c'est qu'il y a beaucoup d'argent qui se joue là
03:41-dedans.
03:42L'envers de cela, c'est que quand le système veut se verrouiller, veut serrer la bride à des partis
03:52qui se trouvent inquiétants,
03:53il y a toujours moyen d'interpréter l'utilisation de ces fonds comme s'ils avaient été à l'extérieur
03:58du cadre de la légalité.
03:59Donc, les partis tombent souvent dans le piège. C'est l'argent-piège.
04:02Vous avez l'impression que vous avez beaucoup de ressources.
04:04Mais à la fin, on vous expliquera toujours que vous vous êtes sortis du périmètre dans lequel vous aviez le
04:08droit de l'utiliser.
04:09Et à partir d'une interprétation abusive du droit, on se permet de lancer des frappes contre vous
04:14et de jeter sur vous des soupçons de corruption.
04:17J'ajoute une chose, le Parlement européen a aussi, et ça c'est important, a pour fonction de dénationaliser les
04:23partis qui évoluent.
04:24Même les partis souverainistes, même les partis identitaires.
04:26Donc, dès lors qu'un parti décide de conserver une rationalité nationale,
04:29eh bien, il entre hors, il sort du périmètre du territoire admis pour les partis politiques européens.
04:36Et encore une fois, on peut les frapper.
04:38Alors, qu'on se comprenne bien, encore une fois, je ne dis pas qu'il y a eu le coup
04:40de fil de je ne sais quel président.
04:42Honnêtement, je ne le pense pas. Ce serait d'une absurdité.
04:44Ce que je pense, c'est que les partis nationaux, nationaux conservateurs, nationaux populistes,
04:48les partis identitaires font peur aujourd'hui à une caste.
04:51Et dès lors, tout le système se mobilise pour frapper directement ou indirectement ces partis,
04:58pour les chasser du jeu, pour les condamner à l'expulsion du jeu politique.
05:02Donc, pour vous, Mathieu, si je comprends bien, la justice sert à frapper ceux que le régime désigne comme des
05:07ennemis.
05:07Oui, je pense qu'on voit ça comme des ennemis intérieurs.
05:10Je m'en désole d'ailleurs, dans un monde démocratique normal, on serait notre adversaire.
05:13Mais des gens sont traités comme des ennemis.
05:15La plus belle preuve qu'on les traite comme des ennemis, c'est qu'on utilise la mémoire de la
05:19Deuxième Guerre mondiale pour en parler.
05:21En dernière instance, on se retrouve toujours devant un petit moustachu insupportable
05:26qui parle allemand dans leur tête ou une espèce de grand colosse de guignol de carnaval italien.
05:31Donc, dans leur tête, fondamentalement, le camp national, c'est Hitler, c'est Mussolini.
05:36Dans l'esprit du régime, c'est un peu ça.
05:38L'antifascisme, quelles que soient ses modalités, sert à ça.
05:41Le concept d'extrême droite sert à ça.
05:43Par ailleurs, je pense que la vraie question qui est posée ici, c'est celle du pluralisme politique.
05:47Le pluralisme politique, je dirais tout régime, tout système, se met en place et accepte des contradictoires légitimes.
05:53Donc, des gens qui se reconnaissent étant mutuellement des adversaires, qui ont le droit de se combattre, qui ont le
05:57droit de gagner.
05:58Vous gagnez, c'est votre tour. Je gagne, c'est mon tour. Vous nommez vos amis. Je nomme les miens.
06:02Je ne vire pas tous les vôtres.
06:03Vous ne virez pas tous les miens quand on arrive au pouvoir.
06:06C'est un système d'alternance à l'intérieur d'un consensus généralisé.
06:10Mais qu'est-ce qui arrive quand des forces nouvelles émergent, donc avec des nouvelles élites, une nouvelle idéologie, une
06:15nouvelle vision du monde,
06:16que le système ne peut pas métaboliser, qu'il ne peut pas accepter, qu'il juge comme fondamentalement illégitime?
06:22Eh bien, il décide de frapper. Et ça, c'est ce qu'on appelle l'extrême-centre.
06:26L'extrême-centre, c'est le bloc central qui connaît sa mue idéologique radicale.
06:30Et là, ça donne quelque chose de beaucoup plus autoritaire qu'on ne le pense.
06:33On a l'habitude, hélas, de croire que l'autoritarisme, ça vient nécessairement avec un ancien trotskiste qui hurle à
06:39la tête d'un parti bizarre et qui dit « la République, c'est moi ».
06:42Mais non, l'autoritarisme peut prendre aussi le visage poupin de jeunes hommes, de jeunes femmes au col de chemise
06:48amidonnée et à la cravate mince
06:50et qui décident, croient incarner le dernier chic des bons restaurants parisiens, mais qui sont très autoritaires, mais sans qu
06:58'on en soit conscient.
06:59Donc, c'est ce qu'on pourrait appeler le centrisme autoritaire.
07:01Le centrisme autoritaire repose sur une espèce de noyau idéologique.
07:05Donc, le supranationalisme, le dépassement de la nation dans l'Europe, le culte diversitaire, le multiculturalisme sacralisé, l'immigration massive,
07:14le multiculturalisme généralisé, je l'ai dit,
07:16le gouvernement des juges et, par ailleurs, le culte de la technostructure, la gouvernance technocratique de la société.
07:25Ces gens-là, par ailleurs, disent « le pouvoir est à nous ». On peut se l'échanger entre nous,
07:29mais pas pour les nouveaux venus.
07:31Et ce qui est intéressant là-dedans, c'est comment ces gens qui ont généralement été anti-patriotes et anti
07:35-nationalistes
07:36se découvrent soudainement souverainistes, patriotes et nationalistes de manière étonnante avec ce que j'appelle la théorie de l'ingérence
07:41étrangère.
07:42Là, on s'entend, tous les pays font de l'ingérence étrangère d'une manière ou de l'autre, on
07:45appelle ça de l'influence.
07:46Mais ce qu'on a en ingérence étrangère ici, c'est autre chose.
07:49Dès qu'aujourd'hui, une force politique, un mouvement, un journal réussit à percer, ou qu'il y a des
07:56tensions sociales réelles,
07:57on n'explique pas ça en se disant « il y a des tensions sociales réelles, il y a tel
08:00parti qui profite de cela ».
08:02On dit « ah non, c'est le fait de Moscou, c'est le fait de Pékin, c'est le
08:05fait de Washington, c'est le fait de multiplier les capitales ».
08:08Il y a cette idée que ce qui se passe chez nous, c'est nécessairement le fruit d'une ingérence
08:12étrangère.
08:13Ça, ça donne la jurisprudence roumaine.
08:15On l'a vu il y a un peu plus d'un an.
08:17Quand une élection, les résultats vous déplaisent, vous vous dites « ah ben désolé, il y a de l'ingérence
08:20étrangère, on a le droit de l'annuler ».
08:22Donc parfait, on a compris.
08:23De la même manière, on le voit sur la question de l'argent.
08:27Est-ce qu'il sera possible de financer la prochaine campagne avec de l'argent ou des banques qui viennent
08:30de l'étranger ?
08:31Je vois qu'en ce moment, certains disent « non, ça ne doit plus être possible ».
08:34Mais ça, c'est le coup de génie, parce que globalement, les partis du corps national peinent à se financer
08:38auprès des banques en France,
08:39mais ils n'auront plus le droit d'aller à l'extérieur.
08:41C'est ce qu'on appelle l'assèchement financier programmé des partis d'opposition.
08:46Par ailleurs, quand je dis que le système se verrouille, eh bien, on le voit, il multiplie les nominations au
08:51sein de l'État profond,
08:52comme on appelle le concept qui autrefois était apparemment conspirationniste, mais aujourd'hui, il n'est pas complètement faux.
08:57Donc qu'est-ce qu'on voit avec cela ?
08:58Eh bien, si jamais le bloc central en venait par je ne sais quelle tragédie pour lui à perdre le
09:03gouvernement, les élections,
09:04ils conserveraient le pouvoir sur l'État tout en ayant perdu le pouvoir, le gouvernement.
09:10Autre chose par ailleurs, et ça c'est important, c'est la loi Berger, dont j'ai souvent parlé ici,
09:14mais je tiens à en parler encore une fois parce qu'elle est fondamentale.
09:16La loi Berger dit « si vous êtes condamné pour propos racistes, il peut y avoir une peine complémentaire d
09:22'inéligibilité ».
09:23Donc, si vous êtes condamné, et là qu'on le sait, la définition du mot raciste ne cesse de s
09:28'étendre.
09:29Elle ne cesse de s'étendre.
09:30Ce qu'on voit donc, c'est que des gens qui seraient condamnés pour avoir parlé de grands remplacements,
09:33qu'en sais-je, ou d'incompatibilité des cultures, pourraient de même perdre leur droit de se présenter aux élections.
09:38Donc, qu'est-ce que c'est? On appelle ça bannir juridiquement l'opposition.
09:41Puis, vous voyez à travers cela, par ailleurs, le fait que certains, je pense que c'est des députés du
09:44RN qui se plaignaient aujourd'hui
09:46d'avoir vu leur compte bancaire débranché, ce qu'on appelle l'expulsion bancaire, la persécution bancaire des gens du
09:52camp national.
09:53Les identitaires connaissent ça aussi. Le sort réservé aux 14 dans les écoles hors contrat.
09:58Donc, vous voyez tout ça, c'est un régime qui se radicalise comme jamais,
10:01mais il prétend le faire au nom du sauvetage de la démocratie et de l'État de droit.
10:05Une formule que vous affectionnez, Mathieu, c'est « à l'échelle de l'histoire, comment analyser la séquence qu
10:10'on vit en ce moment à l'échelle de l'histoire, justement? »
10:12Alors, c'est tout simple à l'échelle de l'histoire.
10:14On est devant un régime qui a décidé de se, de mater l'opposition, de réprimer au sens large,
10:20pas avec des coups de matraque, sauf si vous êtes gilet jaune.
10:24Donc, elle a décidé de mater l'opposition, de se donner les moyens de mater l'opposition.
10:28Pourquoi? Parce qu'une fois que l'opposition est matée, qu'elle est cassée, qu'elle est brisée juridiquement,
10:32qu'elle ne peut pas avoir son candidat, qu'elle n'a plus accès à l'argent public,
10:36qu'elle perd ensuite son droit de dire des choses dans l'espace public
10:38parce que les lois concernant la liberté d'expression se sont multipliées.
10:41Vous dites que si vous les battez en 2027, ça va les déprimer fondamentalement
10:45et le pouvoir aura restauré ces privilèges devant les mutins, devant les factieux
10:50qui avaient la mauvaise idée de ne pas vénérer le dieu idéologique du moment.
10:55Ce qu'on voit, c'est une séance de, à l'échelle de l'histoire, on cherche à mater une
10:59révolte.
11:00Je note qu'à l'échelle de l'histoire, ceux qui matent les révoltes gagnent beaucoup plus souvent que les
11:03révoltés.
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