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  • il y a 23 heures
En France, près d’1 million et demi de personnes consomment régulièrement du cannabis, 900.000 en consomment tous les jours… c’est la drogue la plus répandue… Mais d’autres viennent compléter ce malheureux podium : La cocaïne consommée par plus d’1 million de personnes en 2023, l’ecstasy, consommé par 8% des adultes sur la même période ou encore l’héroïne et le crack… La drogue n’est donc pas un petit sujet, ni pour les pouvoirs publics, ni pour les médecins, ni pour la Justice… Alors la consommation de drogue, lorsqu’elle relève de l’addiction, est-elle une faute que l’on doit punir, allant même jusqu’à l’incarcération des consommateurs, ou une maladie que l’on doit soigner ? Est-ce à la société, à l’État de payer ces soins ? Année de Production :

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Transcription
00:00– Pensez les peines, un film signé Ophélie Giomattari.
00:05Voilà le parcours d'un homme qui, accompagné par la justice,
00:09se sort de l'engrenage de la drogue et retrouve une vie plus apaisée.
00:13Nous avons d'ailleurs pris des nouvelles récentes de lui.
00:15Il va bien, il est toujours dans son logement, il n'a pas repris de drogue
00:19et il a même repris contact avec sa mère et sa fille.
00:22Voilà donc un cas plutôt positif.
00:24Mais Bastien est-il représentatif ?
00:27Un tel dispositif est-il plus efficace que la prison ?
00:30Quel coût et quels bénéfices aussi pour la société de telle prise en charge ?
00:34On va se poser toutes ces questions avec nos invités.
00:36Étienne Blanc, bienvenue.
00:37Vous êtes sénateur LR du Rhône, rapporteur de la commission d'enquête
00:41sur l'impact du narcotrafic en France et les mesures à prendre pour y remédier.
00:45Vous vous prononcez notamment en faveur d'un renforcement des sanctions
00:48visant les consommateurs de drogue.
00:51Élisabeth Avril, bienvenue.
00:52Vous êtes médecin généraliste, addictologue, cofondatrice et directrice de Gaïa Paris.
00:56L'association qui développe, je cite,
00:58« une expertise et des services d'accompagnement
01:00pour améliorer la santé globale des usagers de drogue ».
01:03Béatrice Brugère, bienvenue.
01:05Vous êtes magistrate, secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat.
01:08Autrice de cet essai, les juges ont-ils vraiment tous les droits ?
01:12Paru aux éditions de l'Observatoire.
01:14Et je vais rappeler aussi cet ouvrage un peu plus ancien,
01:16« Justice, la colère qui monte » toujours aux éditions de l'Observatoire.
01:20Professeur Florence Worspan, bienvenue.
01:22Vous êtes psychiatre et addictologue.
01:24Vous vous occupez de patients dépendants de l'alcool ou de drogue illicite,
01:28notamment du crack,
01:29et qui sont hospitalisés dans le service de médecine addictologique
01:32de l'hôpital Larry Boisière, Fernand Vidal.
01:35Merci à tous les quatre d'être ici.
01:37Si je résume, cet homme est un ancien toxicomane,
01:40à un niveau si élevé qu'il ne peut plus faire de prise de sang,
01:43c'est dire à quel point les veines sont abîmées,
01:44mais il veut s'en sortir et il collabore avec la justice.
01:47Le cas de cet homme est-il représentatif des toxicomanes
01:50auxquels vous avez affaire, Florence Worspan ?
01:52Ou est-ce qu'on est dans un cas particulièrement positif ?
01:57Alors il y a deux choses.
01:58D'abord, c'est un monsieur qui a été pris en charge
02:02dans le dispositif de soins depuis de nombreuses années.
02:05Les patients que nous, nous rencontrons,
02:06quand on les rencontre pour la première fois,
02:08on sait qu'on s'embarque sur quelque chose comme 4 à 8 ans de suivi,
02:13avec des choses souvent très intensives au début,
02:15du sevrage hospitalier, des médicaments.
02:18Et ensuite, le suivi s'allège au fur et à mesure
02:20que les patients vont mieux et retrouvent des capacités
02:24de liberté par rapport aux produits.
02:28Donc il est représentatif, mais de quelqu'un
02:30qui a déjà un parcours de soins,
02:32de ceux qui sont presque en fin de soins, j'ai envie de dire.
02:34Absolument.
02:35Et d'ailleurs, dans le reportage,
02:36il a cette mesure d'accompagnement individualisé
02:41pour une consommation de cannabis.
02:43mais quand on l'écoute bien,
02:45les produits qui ont été le plus problématique dans sa vie,
02:48ça a été l'héroïne et la cocaïne.
02:49Et on a l'impression que pour cette partie-là,
02:52il est pris en charge.
02:54Et ce que je veux dire,
02:56et qui est très représentatif aussi,
02:57ce qu'on entend, c'est que souvent,
02:59les familles sont très déçues,
03:01parce qu'elles mettent beaucoup de temps à convaincre
03:03les personnes d'aller dans les soins.
03:06Parce que les personnes qui ont des difficultés avec la drogue
03:09ont longtemps l'impression qu'ils maîtrisent,
03:11et puis ils essayent d'arrêter seuls,
03:13et puis ils ont l'impression que les médecins
03:14n'ont pas forcément de bonnes solutions.
03:16Donc ils essayent finalement,
03:18ils arrivent dans les soins déjà tard,
03:19souvent après plusieurs années,
03:21et les familles sont souvent déçues
03:22parce que nos solutions ne sont pas rapides.
03:27Ils ne sont pas magiques.
03:28Et puis le soin n'est pas,
03:30je vais dire,
03:31ce n'est pas une maladie infectieuse.
03:33Vous avez la grippe, le Covid,
03:35c'est quelques jours.
03:36Et finalement, les soins aux personnes
03:39qui ont des problèmes avec les addictions,
03:41c'est des années.
03:42Et donc les gens ne sont pas guéris
03:43parce qu'ils ont fait trois semaines de sevrage à l'hôpital.
03:46Elisabeth Avril, ce qui frappe chez Bastien,
03:47c'est qu'il a très envie de s'en sortir.
03:49Il a été addict,
03:50il est plus ou moins encore addict,
03:52il le ressent,
03:52il peut encore retomber,
03:53mais il a très envie de s'en sortir,
03:54il collabore avec la justice.
03:55Est-ce qu'il ressemble au cas que vous connaissez ?
03:58– Alors, sur l'envie de s'en sortir,
04:02je dirais que la plupart de mes patients
04:04que je rencontre depuis 30 ans
04:06ont envie de s'en sortir.
04:07Après, c'est ce qu'on met derrière ça.
04:10Nous, notre approche,
04:12c'est centré sur la personne,
04:13sur son parcours, sur son temps.
04:15Donc il y a des gens
04:16qui n'en sont pas à l'étape de Bastien
04:20et qui ont encore besoin de plusieurs années.
04:24Moi, ce que j'ai ressenti en regardant le film,
04:26c'est que pour avoir accompagné des gens
04:29auprès des juges d'application des peines,
04:31là, il m'a semblé qu'ils étaient plutôt bienveillants,
04:35ce qui n'est pas souvent le cas
04:37quand on les accompagne.
04:38Il y a vraiment une envie d'écouter le monsieur
04:42et d'évaluer en fait qui il est
04:44et qu'est-ce qu'on peut faire pour lui.
04:46Donc j'ai trouvé ça positif.
04:48Après son accompagnement,
04:50si on peut, dans notre Sapa et Carude,
04:54on fait des accompagnements comme ça,
04:56il n'y a pas une semaine, il n'y a pas un jour
04:57où il n'y a pas un usager qui est accompagné,
05:01qui est à la justice, qui est à l'hôpital,
05:03qui pour un rendez-vous d'hébergement.
05:05Donc c'est un travail qu'on fait,
05:07malheureusement, sur l'île de France,
05:08les hébergements, les logements.
05:10Donc ça aggrave la précarité des gens.
05:13ils représentent une certaine part
05:16des gens qu'on voit qui arrivent,
05:19qui sont fatigués,
05:20qui ont très peur, très peur de la prison,
05:22très peur de retourner en prison.
05:24Donc ils vont accepter...
05:26Tout ce qu'on leur propose pour l'éviter.
05:27Parce qu'ils n'ont pas le choix.
05:28Par contre, on a d'autres patients
05:30qui sont plus jeunes
05:32ou qui ont des troubles mentaux
05:34qui ne vont pas rentrer dans ce cadre-là
05:36et qui vont être malheureusement
05:39incarcérés à de multiples reprises
05:43sans que ça améliore
05:44leurs conditions générales sociales.
05:49Vous avez commencé à donner des chiffres
05:50en introduction.
05:50J'en donnais aussi sur les chiffres
05:52de la consommation.
05:52Je ne sais pas si c'est tout à fait les mêmes.
05:54Ils viennent de l'Observatoire français
05:55des drogues et des tendances addictives.
05:56Près d'un million et demi de personnes
05:58consomment régulièrement du cannabis.
05:59900 000 en consomment tous les jours.
06:01Plus d'un million d'usagers adultes
06:03de cocaïne au moins une fois dans l'année.
06:05Ecstasy, MDMA, plus de 8% des adultes.
06:07Héroïne, crack, estimation compliquée,
06:09mais on l'évalue à plusieurs dizaines
06:11de milliers de personnes.
06:12On n'est quand même pas dans un épiphénomène,
06:14Étienne Blanc.
06:14Et vous l'avez évidemment constaté
06:16au cours de cette commission d'enquête.
06:17Bien sûr.
06:19Le chiffre d'affaires de ces trafics en France,
06:21c'est entre 7 et 8 milliards désormais.
06:24Et ces 7 et 8 milliards,
06:25c'est des citoyens qui consomment de la drogue.
06:28Alors dans leur diversité,
06:30ce qui est assez frappant,
06:31c'est de voir l'augmentation
06:32de la consommation de cocaïne.
06:33Le prix de la cocaïne a considérablement diminué
06:35parce que la production est absolument colossale.
06:38Pour preuve, quand vous saisissez 10 tonnes, 15 tonnes
06:42dans le golfe de Guinée,
06:44ça n'a aucune incidence sur les cours.
06:45Ça veut dire que les stocks sont considérables.
06:47Ça n'a aucune incidence sur les délais de livraison.
06:50C'est-à-dire qu'il y a sur le territoire français
06:52des quantités absolument colossales.
06:54– Un fléau pour les pouvoirs publics
06:56et puis un énorme sujet pour la justice,
06:57Béatrice Brugère.
06:58– Oui, alors je remondis sur ce qui vient d'être dit.
07:01En vrai, la question aujourd'hui se pose différemment
07:04que dans les années 70.
07:05Je dis pourquoi les années 70 ?
07:07Parce que ça a été la première loi
07:09où la France a choisi déjà un système hybride.
07:13On avait, c'est une loi qui a été votée en 70
07:16et qui était déjà une injonction thérapeutique
07:20sous le contrôle, j'allais dire, du magistrat.
07:23Donc on avait déjà quelque chose qui était,
07:25ce n'était pas vraiment la prison,
07:26c'est-à-dire une répression,
07:28et ce n'était pas vraiment que du soin,
07:29c'est-à-dire tout ce que l'on a vu dans ce reportage.
07:34On avait un petit peu cette épée de Damoclès
07:37que vous avez décrite,
07:38qui est une contrainte un peu forcée, on va dire,
07:41pour aller faire du soin
07:42et qui parfois d'ailleurs est nécessaire pour certains
07:45puisque la question de la volonté,
07:46elle est aussi centrale dans la réussite.
07:51Aujourd'hui, la question…
07:52Donc on a déjà eu cette réflexion, ce débat.
07:54La question, elle est complètement différente aujourd'hui
07:55parce que comme vous venez de le rappeler avec les chiffres
07:58et ce que vient de dire aussi Étienne Blanc,
08:00c'est qu'aujourd'hui, on est sur quasiment
08:02quelque chose d'épidémiologique,
08:04c'est-à-dire que c'est une telle masse,
08:07c'est une telle masse du côté des consommateurs
08:10et nous, je regardais encore les chiffres,
08:13on est à 6% en fait sur le consommateur de réponses pénales.
08:18C'est énorme aussi, 6%,
08:19ça fait presque 500 000, je crois, réponses pénales
08:22ou un peu moins, mais c'est-à-dire c'est énorme.
08:24Donc votre reportage, il est intéressant
08:27si on fait abstraction de ça,
08:28c'est-à-dire que c'est une réussite.
08:30Moi, je trouve que franchement, c'est très intéressant.
08:33Cet accompagnement, vous voulez dire, dans le documentaire.
08:35Oui, mais ce n'est pas représentatif,
08:36et je le déplore quand je dis ça,
08:38ce n'est pas du tout représentatif du problème aujourd'hui.
08:41Le problème aujourd'hui, c'est que
08:42tant la santé publique,
08:45et ils sont extrêmement motivés,
08:47et c'est un métier difficile,
08:49tant du côté de la justice,
08:51et c'est exactement la même chose,
08:52en vrai, on est mis à l'épreuve...
08:54Vous êtes débordée ?
08:55Mais ce n'est même pas débordée,
08:57parce que débordée, j'allais dire ça,
08:58on a l'habitude, c'est notre quotidien.
09:00Non, non, on n'est pas débordée.
09:01C'est-à-dire qu'on est submergée,
09:03c'est-à-dire qu'on doit être sur
09:06un tout petit pourcentage.
09:08Donc oui, c'est formidable.
09:09Moi, je dis, si on pouvait faire ça
09:10sur un million de personnes,
09:12mais on fait ça sur quasiment rien,
09:14et tant mieux pour ceux qui rentrent dans
09:16ce protocole.
09:18Mais la question, elle reste toute entière.
09:20D'abord, elle reste toute entière sur
09:22quel modèle on veut.
09:23Et en fait, c'est un vrai sujet.
09:25Est-ce que l'on veut d'abord garder
09:26ce modèle hybride, un peu de carcère...
09:29Un peu de soin, un peu de justice.
09:31Voilà, c'est-à-dire le soin sous contrainte,
09:33c'est le modèle français,
09:35d'une certaine manière.
09:36On a un peu changé, puisqu'on est allé
09:38sur les amendes délictuelles,
09:39on en parlera peut-être,
09:40qui est de dire, bon, on laisse tomber,
09:42il y en a tellement,
09:43on va aller directement au fait payer,
09:45qui évacue complètement le soin
09:47et qui, à mon avis, rate son objet,
09:48mais on ne sera peut-être pas tous d'accord là-dessus.
09:51Et je pense que la prison,
09:52qui n'est pas pensée aussi pour ça,
09:54pourrait être un lieu
09:55où on pourrait faire beaucoup plus de soins,
09:58mais ce n'est pas le cas
09:58et on n'en a pas les moyens.
10:00Donc, le choix, aujourd'hui,
10:01il est politique.
10:03Et une fois qu'il sera politique
10:04sur le modèle,
10:05puisqu'on voit bien que d'autres pays européens
10:07ont d'autres modèles
10:07et nous, on tâtonne,
10:10ça va être les moyens
10:11et qu'est-ce qu'on veut faire.
10:12Parce que sinon, c'est très bien.
10:14Moi, je trouve ça très, très bien.
10:15– Mais c'est absolument un épi phénomène.
10:20– Alors, on est au cœur du sujet
10:21parce qu'on doit se poser la question
10:22du sort que la justice
10:24et que nous, société,
10:25nous devons réserver à ces personnes
10:27qui, quand même,
10:28commettent un délit répréhensible par la loi.
10:31Même si elles sont malades parfois,
10:33faut-il réprimer ou accompagner ?
10:34Bastien, le personnage de ce documentaire,
10:37ancien polytoxicomane,
10:38répond un peu à cette question.
10:39On va l'écouter,
10:40on en parle juste après.
10:41– Je trouve ça bien
10:43qu'on puisse nous laisser
10:43une deuxième chance,
10:45qu'on puisse nous tendre la main
10:46et pas chercher à dire
10:47« Ah, ben, voilà,
10:48t'as fumé du cannabis
10:49ou t'as pris de la drogue,
10:51hop, tu vas en prison, quoi. »
10:54C'est très bien
10:55pour les pauvres consommateurs
10:57qu'on peut être, quoi.
10:59Ça peut que nous aider
11:00parce que la prison,
11:02ça tombe, je vais sortir,
11:03je vais être pire qu'en rentrant, quoi, en fait.
11:06Et puis, quelque part,
11:07c'est valorisant
11:08parce qu'on se dit
11:09« Ben, on me laisse une chance quand même,
11:12du coup, ben, je vais la saisir. »
11:16– Étienne Blanc,
11:17qu'est-ce que vous pensez
11:18de cette phrase de Bastien dans ce film ?
11:22– Aujourd'hui,
11:25la réponse carcérale
11:28n'est plus une réponse suffisante,
11:29c'est une évidence.
11:31On n'est plus autant de Jean Valjean.
11:34Tu commets une faute,
11:35pauvre, tu vas en prison
11:35et puis si c'est grave,
11:37tu vas au bagne.
11:37Voilà, c'est assez simple,
11:39c'était binaire.
11:40Aujourd'hui, tout le monde a bien compris
11:42que celui qui consomme
11:44commet une faute,
11:45un délit,
11:46sanctionnable pénalement,
11:47mais que la réponse carcérale
11:49n'est pas adaptée.
11:50Ou s'il y a réponse carcérale,
11:52et Béatrice Brugère l'a très bien dit,
11:54il faut qu'au sein
11:55de l'institution pénitentiaire,
11:56il y ait un accompagnement.
11:57Et là, on est extrêmement faible.
11:59Moi, quand j'étais député,
12:00j'avais fait un rapport sur le sujet
12:03et l'incarcération,
12:04elle peut même générer
12:05de la récidive quasiment systématique.
12:07C'est ce qu'il dit.
12:08Il dit,
12:09si je suis en prison,
12:09ça peut être pire en sortant.
12:10Il dit,
12:10vous me mettez en prison,
12:11ok, vous m'isolez,
12:12je ne vais pas consommer.
12:13Quoique,
12:15aujourd'hui,
12:15dans les prisons françaises,
12:17quand vous voyez
12:17les quantités de cannabis
12:18qui circulent,
12:19aller dans une prison,
12:20on sent l'odeur du cannabis.
12:21Voilà, bien sûr.
12:24C'est une évidence.
12:26Tout le monde le sait.
12:27Tout le monde le dit.
12:28Donc, on est censé ne plus consommer,
12:31mais dès que vous ressortez,
12:32vous retombez dans vos addictions.
12:34Donc, l'accompagnement en prison
12:36est important.
12:37Et puis ensuite,
12:38il y a la décision du juge.
12:39Moi, j'ai été très frappé
12:40dans ce documentaire.
12:43J'ai été très frappé
12:44de voir un procureur de la République
12:47s'intéresser à une situation personnelle
12:49et avoir ses moyens absolument considérés
12:51considérables pour le suivre dans la durée.
12:54Voilà.
12:54D'abord, je crois qu'il faut le dire,
12:56en considérant souvent
12:57que les magistrats,
12:58c'est une certaine froideur.
12:59Ils rentrent, ils s'asseillent,
13:00ils jugent,
13:01ils referment le dossier,
13:02ils s'en vont.
13:02Et là, il y a l'empathie.
13:03Il y a une véritable humanité.
13:05Et j'ai trouvé que ce procureur de la République,
13:07lui, il mérite d'être entendu
13:08sur les plateaux de télévision.
13:09Parce qu'il a cette expérience-là,
13:11il s'inscrit dans la durée.
13:12Mais il faut dire les choses comme elles sont.
13:14Il a des moyens considérables.
13:16Ça serait d'ailleurs intéressant
13:17de chiffrer financièrement.
13:18Parce que le politique,
13:19quand il vote un budget,
13:20il faut qu'il sache.
13:21Il ne veut pas voter ça à l'aveugle.
13:23Voilà.
13:23Qu'est-ce que ça coûte à la société ?
13:26Quel est l'avantage, entre guillemets,
13:28de l'accompagner jusqu'au bout ?
13:30Et quelles sont, entre guillemets,
13:31les économies, pour lui,
13:32pour sa santé, pour son avenir,
13:34et aussi pour la société ?
13:36On va en parler des moyens.
13:38On va en parler des moyens
13:39et de ce que ça coûte à la société.
13:40D'abord, quand même,
13:41cette vision que l'on a
13:42du consommateur de drogue,
13:43est-ce qu'on doit le voir
13:43comme un coupable
13:44ou comme un malade,
13:45Florence Borspan ?
13:46Je voudrais rebondir
13:47sur ce qui a été dit juste avant.
13:49Il y a deux choses
13:50qui sont frappantes dans le documentaire.
13:51D'abord, c'est effectivement
13:52la qualité du travail du procureur,
13:55certes, mais aussi de son équipe
13:57d'éducateurs socio-judiciaires.
13:59Et encore une fois,
14:00on pourrait avoir les mêmes personnes
14:02qui font le même travail
14:03dans des associations d'accompagnement
14:05ou dans le soin.
14:06Et nous, dans les structures de soins,
14:09on manque et on cherche toujours
14:11à recruter, évidemment,
14:13des médecins, mais aussi des psychologues
14:16des éducateurs, des infirmiers
14:19qui ont envie d'aider ces patients
14:22à changer de trajectoire.
14:23Et donc, la pénurie des personnels
14:26dans le soin pour s'occuper
14:28de ces thématiques-là,
14:29elle est importante.
14:30Et donc, il faut inciter,
14:34y compris les gens qui nous regardent,
14:35à se dire, voilà,
14:36ce sont des métiers dans lesquels
14:37on n'est pas derrière un écran,
14:39on rencontre des personnes
14:40et on peut avoir une utilité sociétale
14:41pour les patients,
14:42pour les familles,
14:43pour les sociétés.
14:44Et donc, ça, c'est vraiment
14:46un travail qui est important à faire.
14:48Et d'autre part, moi,
14:49ce qui m'a frappée,
14:50c'est que finalement,
14:50le procureur, il est un peu comme nous,
14:52c'est-à-dire, on a la même chose,
14:54c'est-à-dire qu'on a des réunions
14:55hebdomadaires dans lesquelles
14:55on réunit nos équipes,
14:56on a des paquets de demandes de soins
14:58et on sait qu'on ne pourra pas
14:59prendre tout le monde
15:00et on va hiérarchiser.
15:01Et ce qui est montré,
15:03c'est-à-dire que finalement,
15:05les procureurs et les équipes
15:07d'éducateurs,
15:08les équipes socio-judiciaires,
15:09savent qui va répondre
15:11à ces mesures,
15:12ils ont probablement
15:13une grille de lecture
15:13en disant qui est accessible
15:15à ce type d'alternative
15:18à la sanction
15:18et qui va en tirer bénéfice
15:20et ils vont proposer
15:23cette mesure à des personnes
15:24qui peuvent en bénéficier.
15:25Et nous avons aussi, nous,
15:26ce travail à faire
15:27parce qu'aujourd'hui,
15:28nous n'arrivons pas à absorber
15:29toutes les demandes de soins.
15:31– Vous êtes submergée,
15:32comme le dit Béatrice Brugère ?
15:33– Absolument.
15:33Et la cocaïne…
15:34– C'est une submersion.
15:35– Effectivement, là, c'est le cannabis
15:38pour lequel il est envoyé en mesure,
15:39mais on se dit,
15:41la cocaïne,
15:41dans le parcours de ce monsieur,
15:43comme pour les patients
15:44qui viennent nous demander du soin,
15:45c'est aujourd'hui le problème principal
15:47et les demandes de soins
15:49pour des troubles de l'usage
15:50liés à la cocaïne,
15:51ça explose aujourd'hui.
15:52– Je voudrais qu'on s'interroge
15:53sur la question de la responsabilité.
15:55À quel moment,
15:56parce qu'on se met à consommer de la drogue,
15:58on est responsable de ces actes ?
16:00Bastien nous dit,
16:01je répète ces mots
16:02à propos du dispositif,
16:03c'est très bien
16:03pour les pauvres consommateurs
16:05qu'on peut être.
16:06Moi, je me mets à la place
16:06du téléspectateur
16:07qui peut se dire,
16:08pauvre consommateur, ok,
16:11de consommer, c'est un acte,
16:12c'est un acte choisi,
16:13non, Elisabeth Amré ?
16:14– Alors, c'est une maladie
16:18qui est complexe,
16:19il y a des déterminants sociaux,
16:21il y a des...
16:23En fait, quand on commence
16:25à consommer,
16:26on a des tas de raisons
16:27pour consommer
16:28et on sait,
16:30quelles que soient les drogues,
16:32y compris l'alcool
16:32et peut-être la seule différence,
16:34c'est le tabac
16:34qui est très addictif,
16:35on va avoir 20% des gens
16:37qui vont développer une dépendance
16:39et les autres vont consommer
16:40de temps en temps
16:41et voire arrêter
16:42parce qu'ils vont vieillir,
16:43une famille,
16:43enfin, ils ont autre chose à faire.
16:44Et donc, les 20% qui vont...
16:46Et on ne le sait pas au départ
16:47dans quelle catégorie on sera.
16:48Donc, les 20%
16:49qui vont développer cette dépendance,
16:51c'est une réelle maladie
16:53de la chimie du cerveau.
16:54En fait, il n'y a plus
16:55une histoire de volonté
16:57ou pas de volonté.
16:58– Mais il y en a eu
16:58au départ ou pas ?
16:59– C'est vraiment des gens...
17:01Écoutez, nous,
17:01ce qu'on peut voir
17:02à posteriori...
17:04– Une fois qu'ils sont malades
17:05et addicts.
17:05On s'occupe de gens malades,
17:08sévèrement addicts
17:09et très précaires.
17:11On voit que dans notre patientèle,
17:14on va dire,
17:14on a un tiers de gens
17:16qui sont issus
17:17de l'aide sociale à l'enfance,
17:19un tiers de gens
17:19qui sont issus de l'exil.
17:21Donc, ce n'est pas des gens...
17:22On a quand même des chercheurs
17:25qui ont mis en place des critères.
17:28On sait que si vous avez passé
17:2910 jours, 10 nuits dehors
17:32avant l'âge de 16 ans,
17:33vous avez plus de risques.
17:34Il y a des grandes études
17:36aux États-Unis
17:36qui montrent que si vous avez subi
17:38des violences...
17:39Alors, ce n'est pas pour excuser.
17:40– Oui, oui.
17:41Mais c'est une vulnérabilité
17:42de départ qui explique.
17:43– Des violences dans votre enfance,
17:44des violences sexuelles.
17:45Vous allez non seulement avoir
17:47plus de risques
17:48de développer des addictions.
17:49Donc, il y a...
17:50Je pense que renvoyer
17:52la responsabilité du trafic,
17:55des difficultés
17:56sur le seul consommateur,
17:58c'est une erreur.
18:00Et le criminaliser,
18:02pour moi,
18:02après 30 ans d'exercice,
18:03et j'assume ma position,
18:05c'est une grave erreur.
18:07Enfin, il faut considérer
18:09les gens comme des malades
18:10et...
18:10– Et non comme des coupables.
18:11– Et leur donner
18:12autant de dignité
18:13que quelqu'un d'autre
18:15qui se précipite à la boulangerie
18:17et acheter 40 gâteaux
18:18parce qu'il ne peut absolument pas
18:20s'en passer, quoi.
18:21– Côté consommateur,
18:22Béatrice Brugère ?
18:23– Moi, je veux revenir
18:24sur votre question,
18:25elle est essentielle
18:26et je vais un peu moduler
18:27ce que vous venez de dire,
18:28même si je suis d'accord
18:29sur l'économie générale.
18:30La question de la responsabilité,
18:31elle est essentielle
18:33parce que d'ailleurs,
18:34c'est ce qui détermine
18:35tout notre arsenal pénal.
18:37Vous savez bien que,
18:38en fait,
18:39c'est le fondement.
18:40Sinon, il n'y a pas
18:40de condamnation
18:41si vous n'êtes pas responsable.
18:43moi, je vais moduler
18:44un tout petit peu
18:44parce que je pense
18:45que d'abord,
18:46aujourd'hui,
18:47c'est ça qui est nouveau,
18:48ça touche toutes les classes sociales.
18:49Vous avez raison
18:50sur une partie des classes sociales,
18:52de gens qui ont eu
18:53des souffrances,
18:54évidemment.
18:55Mais aujourd'hui,
18:56en fait,
18:56ça touche d'abord
18:57toutes les classes sociales,
18:58y compris des classes sociales
18:59extrêmement riches.
19:01On le voit avec la cocaïne.
19:02Il y a aussi un problème
19:04de polytoxicomanie
19:06qui fait que,
19:07d'ailleurs,
19:07on mélange tout.
19:08Les jeunes vont beaucoup
19:09sur les drogues de synthèse
19:11qui sont festives,
19:12d'ailleurs.
19:13Une drogue mondaine
19:15comme il existe
19:15en l'accueil mondain
19:16et qui les fait des vies.
19:18Et puis,
19:18vous avez aussi
19:21une autre problématique,
19:23c'est qu'en fait,
19:24le pénal,
19:25et c'est pour ça
19:26que c'est important
19:26de l'avoir,
19:27pas parce que moi,
19:28je considère
19:28qu'ils sont d'abord
19:29des malades,
19:30le pénal,
19:30ça rappelle l'interdit.
19:32C'est-à-dire que,
19:33dans une société,
19:34ça dit,
19:35la drogue,
19:35c'est dangereux.
19:36Or,
19:36aujourd'hui,
19:37vous avez des drogues
19:39qui semblaient,
19:40ce qu'on appelait avant
19:41la drogue douce,
19:42pas très dangereuses.
19:43Or,
19:44aujourd'hui,
19:44vous avez des drogues
19:45où,
19:45à la première prise,
19:47vous êtes addict
19:48malgré vous,
19:48j'allais dire.
19:49C'est pour ça que je reviens
19:49sur la question
19:50de la responsabilité.
19:51Si, si.
19:52Alors là,
19:52on l'a vu,
19:53avec des taux de concentration
19:54aussi qui sont extrêmement dangereux,
19:56avec des problèmes,
19:58d'ailleurs,
19:59psychiatriques,
19:59maintenant,
19:59qui commencent à être
20:00plus ou moins connus.
20:02Moi,
20:02j'ai vu vraiment
20:03sur mes fonctions
20:05des jeunes
20:05qui ont fait des dépressions,
20:08qui ont même
20:08des tentatives de suicide
20:09avec des prises
20:10assez faibles en vrai,
20:12bien malgré eux.
20:13Donc,
20:14c'est très important
20:14de rappeler
20:15que c'est dangereux
20:16et c'est ce qu'on rappelle,
20:17nous,
20:17avec le pédale.
20:18Après,
20:19la réponse,
20:20c'est une autre question.
20:21Mais surtout,
20:22et je pense,
20:23parce que sinon,
20:23on ne s'en sortira pas,
20:24et ça,
20:25c'est ce qui manque,
20:25c'est une prévention
20:27de très,
20:28très haut niveau.
20:28C'est-à-dire que si on continue
20:29à dire,
20:30allez-y,
20:31c'est pour ça que la question...
20:32C'est festif,
20:32c'est mondain,
20:33La question de la dépénalisation,
20:34elle est toujours compliquée,
20:36en vrai.
20:37Parce que d'un côté,
20:38on sent bien
20:38que ce sont d'abord
20:39des gens malades,
20:40vous avez raison,
20:41et d'un autre côté,
20:42la banalisation
20:43de l'interdit
20:44en dépénalisant
20:48fait que
20:49c'est pas si grave.
20:50Donc,
20:51quel est le...
20:52Non, non,
20:52mais c'est pas si simple,
20:54le bon équilibre.
20:54Et je voudrais
20:54que la parole circule.
20:55Et la question de la prévention,
20:57elle est vraiment,
20:57c'est une faillite aujourd'hui
20:59sur les dangers
21:00et pour éviter
21:01que justement,
21:01on ait autant de gens
21:02après qu'il faut suivre
21:03pendant des années.
21:04Je rappelle les deux tendances
21:05au Sénat,
21:05et je vous donne la parole,
21:06Florence Vorcement.
21:07Celui de la sénatrice écologiste,
21:09Anne Soury,
21:09qui a présenté,
21:10elle,
21:10la proposition de loi
21:11relative à la dépénalisation
21:12de l'usage de drogue
21:13pour mieux soigner
21:14les personnes dépendantes
21:16et apaiser l'espace public.
21:17Et celui de la majorité sénatoriale
21:18que vous représentez,
21:19Étienne Blanc,
21:20qui, elle,
21:20a durci les sanctions
21:21contre les consommateurs
21:23de stupéfiants
21:23faisant passer
21:24l'amende forfaitaire
21:25délictuelle
21:26de 200 à 500 euros.
21:28De quel côté êtes-vous,
21:30Florence Vorcement ?
21:31Non, mais c'est un débat
21:32qui traverse la société.
21:33Moi, dans ma position
21:35qui est celle
21:35de médecin à l'hôpital,
21:37ce que je vois,
21:37ce sont des gens
21:37qui sont en demande de soins.
21:39Alors, on l'a dit aussi
21:40pour l'alcool
21:40avec des dépendances gravissimes
21:42qui est un produit légal
21:43et pour des produits
21:44qui sont des produits illicites
21:45avec des dépendances gravissimes
21:47et, encore une fois,
21:48un impact sur leur santé,
21:49sur leur famille,
21:51sur leur entourage
21:52qui est important.
21:53Donc, dans ma place,
21:56c'est d'offrir
21:56les meilleurs soins
21:57à tous ceux qui demandent.
21:58Et ça, pour l'instant,
21:59on n'y arrive pas
22:00parce que la demande augmente,
22:02encore une fois,
22:03de mon point de vue,
22:04quoi qu'on fasse.
22:05Et il y a des histoires
22:06de production,
22:08de trafic internationaux,
22:09de coûts
22:10et de mondialisation.
22:11Et de discours aussi,
22:12comme le dit Beatrice Bougère,
22:13il y a un discours
22:13qui semble minimiser
22:15la gravité
22:16de la prise de stupéfiants ?
22:17En tout cas, moi,
22:18à chaque fois que j'en ai l'occasion,
22:20je redis qu'il y a
22:21des complications sévères
22:23de l'usage de produits
22:23qui peuvent paraître
22:24des produits anodins
22:25en départ,
22:26y compris le protoxyde d'azote
22:28chez les jeunes.
22:28La cocaïne, évidemment.
22:30La cocaïne,
22:30c'est aujourd'hui le produit
22:31qui, dans les soins,
22:33nous pose le plus de problèmes
22:34et qui pose le plus de problèmes
22:36aux usagers
22:37en termes de santé médicale,
22:39psychiatrique
22:40et de dépendance.
22:41Donc, voilà.
22:42Et d'ailleurs,
22:42on a eu plein de réactions
22:43de téléspectateurs
22:44avant cette émission.
22:46Je tiens à le dire
22:46parce qu'on a vraiment eu
22:47de nombreuses réactions.
22:48Moi, j'ai retenu celle-ci
22:49d'Alain de Marigny
22:50qui nous dit
22:51« Des mois pour avoir
22:52un rendez-vous
22:52dans les services
22:53soi-disant spécialisés
22:54et publics,
22:54pas de psychiatres disponibles.
22:56Les soignés,
22:57il faudrait mettre
22:57les moyens pour commencer. »
22:59Donc, il y a une demande
22:59très forte
23:00que vous décrivez ici
23:01et pas assez de psychiatres
23:02face à cette demande.
23:03Et encore une fois,
23:04les patients qui arrivent
23:05dans les soins,
23:05c'est finalement
23:06les plus sévères
23:07après plusieurs années
23:08d'évolution
23:09et ils ne vont pas
23:09s'arrêter seuls.
23:10Et donc, ce sont des patients
23:11qui, eux, ont perdu
23:12la liberté de s'abstenir
23:14de consommer
23:15et qui ont cette dépendance
23:16malgré toutes les complications,
23:18malgré leur tentative d'arrêt,
23:19malgré la pression
23:20de la famille
23:21ou l'aide de la famille.
23:22Et il y a encore une fois
23:23ce volet de patients dépendants
23:25qui, sans doute pas
23:26tous les usagers,
23:27mais qui ont vraiment besoin
23:28de soins,
23:29on va dire,
23:30complets,
23:31médicaux, psychiatriques,
23:32psychologiques.
23:33Je savais que le sujet
23:33était majeur
23:34en commençant cette émission,
23:35mais en vous entendant,
23:35c'est encore plus flagrant.
23:36Je vous donne la parole
23:37dans un instant.
23:37Étienne Blanc,
23:38la sanction...
23:39Je crois qu'il faut arrêter
23:40de poser la sanction,
23:42l'interdit,
23:43la sanction pénale
23:44et l'accompagnement.
23:46J'aimerais bien échanger
23:47avec l'intéressé
23:49qui est au cœur
23:49de ce documentaire.
23:51Finalement,
23:52est-ce qu'il ne doit pas se dire,
23:54quand j'ai commencé,
23:56parfois jeune,
23:57à 15 ans, 16 ans,
23:58si vraiment ma famille
24:00avait fait appliquer l'interdit,
24:02si mes professeurs
24:04avaient fait appliquer l'interdit,
24:05si on avait eu
24:06de la sensibilisation ?
24:08On était frappés
24:08avec Jérôme Durin.
24:11Quand on termine notre travail,
24:13on a des étudiants
24:13qui nous disent
24:14qu'on ne nous en a jamais
24:15parlé au lycée.
24:16On nous a parlé de l'alcool,
24:17on nous a parlé de l'utama,
24:18mais jamais de la drogue.
24:19Donc, il doit peut-être se dire,
24:21je ne peux pas interpréter,
24:22les vies sont différentes,
24:24si à un moment,
24:25on avait dit non
24:26et si je n'étais pas tombé
24:27là-dedans,
24:29ça aurait été bien.
24:29La deuxième chose
24:30que je voudrais dire,
24:31c'est la question des moyens.
24:33Il faut dire les choses
24:34comme elles sont,
24:35on est dans une situation
24:35financière difficile en France,
24:37tout le monde pose
24:38la question des moyens.
24:39L'hôpital, l'armée,
24:42la police, la justice,
24:43et on connaît
24:44les contraintes budgétaires.
24:45Mais dans cette affaire
24:46de stupéfiants,
24:48il y a quelque chose
24:49qui est pour moi
24:50une évidence.
24:51Il y a 7 milliards,
24:52grosso modo, de trafic.
24:54Nous en saisissons
24:55140 millions.
24:56On saisit 140 millions
24:58d'argent sale
24:59sur la drogue.
25:00Je ne parle pas
25:01des saisies fiscales,
25:02criminelles et autres.
25:03Il y a des marges
25:04de manœuvre considérables.
25:06Et la question
25:06qui se pose aujourd'hui
25:08pour le ministre du Budget,
25:10mais aussi pour le ministre
25:11de la Justice,
25:11c'est comment aller chercher
25:13ces 5 ou 6 milliards
25:14qui pourraient permettre
25:16d'apporter des réponses.
25:17les flécher vers le soin.
25:18Et dire, on ne sanctionne pas,
25:20on autorise,
25:21comme on autorise,
25:22il y aura un commerce légal.
25:24Sur ce commerce légal,
25:25on va percevoir des taxes,
25:27de la fiscalité,
25:28et avec ça,
25:29on va soigner.
25:30Je ne crois pas
25:30que ce soit très vertueux.
25:31Moi, je pense que
25:32ce qu'il y a de plus vertueux,
25:33c'est de saisir l'argent du crime
25:35et de l'affecter aux soins.
25:37Et là, il y a des marges
25:38de manœuvre considérables.
25:39Et on ne sait pas saisir.
25:40On saisit mal.
25:42Et les textes là-dessus,
25:43la législation est nettement insuffisante.
25:46Je pense que le gouvernement
25:47doit se concentrer là-dessus.
25:48Elisabeth Avril ?
25:49Alors, moi, je veux
25:52compléter mon propos,
25:53c'est dépénaliser
25:54avec un service de rétablissement.
25:57Ce n'est pas dépénaliser tout seul.
25:59C'est un peu ce qui, moi,
26:02m'intéresse parce que
26:03je suis comme Florence,
26:03on reçoit des gens tous les jours
26:05et comme on travaille sans rendez-vous,
26:06on arrive quand même
26:07au moins qu'ils s'assoient
26:09et qu'on puisse
26:10un petit peu évaluer.
26:11Mais ce travail-là,
26:12ça pourrait être fait
26:13comme au Portugal
26:14où c'est dépénalisé,
26:16c'est sorti du pénal,
26:17c'est administratif
26:18et quand les gens sont arrêtés,
26:19ils sont reçus par un juge,
26:21un médecin, un psychologue
26:22qui évalue en fait
26:23si c'est une consommation simple,
26:25si c'est des gens
26:26qui ont des difficultés.
26:28Et pourquoi je dis ça ?
26:29Parce que ce n'est pas légalisé,
26:32c'est dépénalisé.
26:32Ça ne veut pas dire
26:33que ça doit être en vente libre.
26:34Ça, c'est un autre débat.
26:35Mais dépénaliser,
26:36donc les personnes
26:37n'ont plus de sanctions pénales,
26:39c'est une sanction administrative.
26:41Et ce qui m'intéresse
26:44moi là-dedans,
26:45c'est que des jeunes gens
26:47qui vont commencer
26:47une consommation
26:48pour des raisons XYZ,
26:50à la première arrestation,
26:52plutôt que de passer
26:5448 heures dans un garde-à-vu,
26:56dans une cellule sordide
26:57sans que personne
26:58vous parle,
27:00eh bien on est reçus
27:01par des gens
27:01qui sont un peu
27:02comme ce qu'on a vu
27:03dans le documentaire,
27:04assez bienveillants,
27:05formés,
27:05qui vont pouvoir.
27:07Et donc ça amène les gens,
27:09parce que les gens,
27:10on ne se rend pas compte,
27:11ils ont honte aussi
27:12de cette consommation,
27:13ils ont honte vis-à-vis
27:14de leur famille,
27:15ils ont peur aussi
27:16des répercussions.
27:17Donc ils ne vont pas
27:18vers le soin.
27:19Et quand ils y vont,
27:20et moi ça met un peu en rage
27:22après toutes ces années
27:23de boulot,
27:24quand ils viennent,
27:25souvent c'est un peu trop tard.
27:27Enfin,
27:27ce n'est jamais trop tard
27:28pour bien faire.
27:29Donc moi je me dis
27:30pourquoi on ne peut pas réfléchir
27:32à une autre manière de faire.
27:34et d'ailleurs le Portugal
27:36intéresse beaucoup de gens
27:37parce qu'aujourd'hui
27:37c'est quand même
27:38le pays d'Europe
27:39où il y a le taux de consommation
27:41le plus faible
27:41de drogue,
27:42de tabac et d'alcool.
27:44C'est un modèle.
27:45Le Portugal est en train
27:46de devenir un modèle.
27:47En tout cas, ça peut être intéressant
27:48de se pencher sur cette question-là.
27:51Moi je travaille dans ce milieu
27:52depuis 30 ans,
27:53j'ai des patients,
27:54ils ont 50 ans,
27:55ils ont fait plus
27:56de 50 incarcérations
27:58et ils en sont toujours
27:59au même point.
28:00Donc à un moment,
28:01je trouve qu'il faut changer
28:02de modèle.
28:03et ce n'est pas dire
28:04oui c'est bon,
28:05allez-y,
28:06consommer,
28:06il n'y a pas de risque.
28:07Quand les gens sont reçus,
28:08on peut justement
28:09leur reparler des risques.
28:10Et faire tout ce discours,
28:12tenir ce discours de prévention.
28:13En fonction de sa personnalité,
28:15d'où on vient,
28:16il peut y avoir des risques
28:17dès les premières consommations.
28:19Et d'autres gens,
28:19ils vont pouvoir consommer
28:20pendant des années,
28:22j'en ai connu aussi,
28:23ils n'ont eu absolument
28:24aucune répercussion négative
28:26pour leur vie.
28:27Donc je pense que ça,
28:28c'est un modèle
28:29qu'il faut vraiment
28:31observer et voir
28:32combien ça coûte
28:33parce que justement,
28:34ça demande des moyens,
28:35que ça coûte plus,
28:36moins,
28:37évaluer.
28:37Ça a un coût pour la société
28:38et on le voit d'ailleurs
28:39dans ce documentaire
28:40avec cette clinique aussi
28:41qui accueille
28:42tous ces polytoxicomanes
28:44récidivistes,
28:44pardon pour le terme
28:45parce qu'il est très dur
28:46mais enfin c'est le cas,
28:47Béatrice Brugère.
28:48L'expérience du Portugal
28:49est assez intéressante
28:50parce qu'en effet,
28:51comme vous le dites,
28:52ils ont mis en place
28:53beaucoup plus de transversalité
28:54et une mini force de frappe
28:57on va dire intéressante
28:58sur le soin.
28:59Le problème,
29:00c'est que nous,
29:01en France,
29:01et Étienne Blanc
29:03l'a rappelé tout à l'heure,
29:04on est déjà arrivé
29:05à une telle masse
29:07de consommateurs,
29:08ce qui n'est pas le cas
29:08du Portugal,
29:09on n'a pas tout à fait...
29:10Ah,
29:10ce n'est pas dans les mêmes
29:11proportions le nombre
29:12de consommateurs.
29:12En fait,
29:13la France est devenue
29:13une cible privilégiée,
29:14on l'a vu avec les réseaux
29:16narcotrafic,
29:17parce qu'aujourd'hui,
29:18on est quasiment
29:20une cible première
29:22pour déverser
29:23toutes les drogues
29:24possibles et imaginables.
29:25Donc,
29:26on part,
29:26malheureusement,
29:27c'est un état de fait,
29:29pas du même endroit.
29:31Donc,
29:32ce n'est pas intéressant.
29:34Dans les années 90,
29:35ils partaient de très...
29:36Ils avaient 1%
29:37de leur population
29:38qui était sous héroïne,
29:39quand même.
29:40Ils partaient de très hauts.
29:41Je suis d'accord,
29:41mais d'ailleurs,
29:42nous,
29:42on a aussi l'héroïne
29:43qui revient.
29:43Nous,
29:43on a tout qui revient
29:44de toute façon.
29:45Donc,
29:46il va falloir vraiment poser,
29:48j'allais dire,
29:48clairement les choses.
29:50Moi,
29:50j'allais dire,
29:51peu importe,
29:51parce que je suis assez convaincue
29:52et je le dis très clairement
29:54par le fait que c'est le soin
29:55qui doit être premier.
29:57Mais le soin,
29:57et c'est ça qui était intéressant
29:58dans l'injonction thérapeutique,
30:00parce que c'est ce côté
30:01un peu épée de Damoclès,
30:03entre guillemets,
30:03et c'est ce qu'on a vu
30:04dans le reportage aussi.
30:05Attention,
30:05il y a quand même le procureur.
30:07Donc,
30:07c'est ce rappel,
30:08quel qu'il soit,
30:09on peut le faire
30:09de différentes manières,
30:10d'une société,
30:12sur les dangers
30:13et sur l'interdit.
30:14Mais on peut le faire
30:15de différentes manières.
30:16Moi,
30:17je pense qu'on est faible
30:17sur les deux côtés.
30:18On est faible
30:19sur les deux côtés.
30:20C'est-à-dire,
30:20à la fois,
30:21si on le rappelle,
30:21c'est confus,
30:22en fait.
30:22C'est très confus
30:23dans le discours français.
30:25On parle de dépénalisation,
30:27on dit que ce n'est pas dangereux,
30:28on ne sait pas trop,
30:28il n'y a pas beaucoup d'argent
30:29sur la prévention.
30:30Alors que ça devrait être
30:31une cible privilégiée maintenant
30:32puisque beaucoup d'enfants
30:34consomment à l'âge de 10 ans.
30:35Je ne sais pas si on se rend compte
30:36de 10 ans.
30:37C'est gravissime
30:39ce qui est en train de se passer
30:39pour que la France se réveille.
30:41Donc,
30:41on ne peut pas avoir
30:42un discours,
30:42j'allais dire,
30:44de banalisation
30:44parce qu'on est au pied du mur.
30:46Donc,
30:47il faut y réfléchir
30:48et à la fois,
30:48il faut mettre les moyens.
30:49En effet,
30:49vous avez raison,
30:50le modèle portugais
30:51est assez inspirant.
30:53Mais là,
30:54nous,
30:54des deux côtés,
30:55on est quand même
30:56en grande difficulté.
30:57Il nous reste deux minutes
30:57en conclusion.
30:59Qu'est-ce qu'on peut dire,
31:00Florence Morsepont ?
31:00En tout cas,
31:01dès aujourd'hui,
31:02le système de soins
31:03est en difficulté
31:03pour absorber
31:04toutes les demandes de soins.
31:05Et nous,
31:05on sait qu'on a devant nous
31:07un besoin de massification
31:08de l'offre de soins
31:10avec probablement
31:10des nouveaux métiers.
31:11Il faut qu'on change
31:12nos modèles.
31:13On n'aura plus
31:13de suivi individuel
31:14avec un docteur
31:15qui suit un patient.
31:17Parce que c'est des suivis longs
31:18et six mois
31:19de mesures d'alternatives
31:21et de suivi individuel.
31:22En fait,
31:23c'est court
31:23dans la trajectoire
31:24d'un patient.
31:24Dans une vie.
31:25Oui.
31:26C'est court
31:27par rapport
31:27à la nécessité de soins.
31:29Donc,
31:29on a cet effort
31:32à faire
31:32de formation
31:33de nouveaux professionnels
31:35et de...
31:36Et de prise en compte
31:37du fléau,
31:38d'après ce que je comprends,
31:39Elisabeth Avril.
31:40Eh bien,
31:41loin de moi
31:42l'idée de banaliser.
31:43En contraire,
31:44je pense que je suis
31:44en première ligne
31:45pour voir vraiment
31:46les difficultés,
31:49en tout cas,
31:49que les gens rencontrent
31:50qui sont assez inimaginables
31:53à partir d'un certain moment.
31:54Mais je pense
31:55qu'il faut qu'il y ait
31:55un vrai débat,
31:57voir où on met l'argent,
31:58qu'est-ce qui est vraiment efficace,
32:00qu'est-ce qui ne l'est pas,
32:01puisque ça,
32:01on sait le faire
32:04très bien,
32:04quand on veut.
32:06et peut-être aussi
32:08former les professionnels.
32:11Nous,
32:11on a une clinique particulière
32:13qu'on a développée
32:13à Gaïa
32:14de 100 rendez-vous
32:15avec un médecin
32:16qui ne voit pas toujours
32:18la personne,
32:19mais il y a des relais infirmiers,
32:20il y a des infirmiers
32:21de pratiques avancées,
32:23il y a des choses,
32:23en fait,
32:24qu'on pourrait développer
32:26sans augmenter
32:26tant que ça les moyens
32:27et rationaliser un petit peu,
32:29parce qu'au Portugal,
32:30ils ont une rationalisation
32:32des services proposés,
32:33des services de soins.
32:35Et nous, en France,
32:36on n'a pas de stratégie,
32:37chacun fait ce qu'il veut
32:39dans son coin.
32:40Alors moi,
32:40je ne fais pas ci,
32:41moi, je ne fais pas ça,
32:42moi, ces patients-là,
32:43je n'en veux pas,
32:44ceux-là, je les veux,
32:45ceux-là, ils sont trop sales,
32:46ceux-là, ils sont trop...
32:47Ça ne va pas.
32:48Il faut faire quelque chose
32:49où la personne,
32:50moi, je me souviens
32:51de quelqu'un de l'ARS
32:53qui disait,
32:54il faut que la personne
32:54pousse la porte de votre centre
32:56et on lui dit,
32:57oui, bienvenue,
32:58asseyez-vous,
32:58vous êtes au bon endroit,
33:00on va vous parler,
33:01on va faire quelque chose
33:02avec vous.
33:02Et pas, ah ben non,
33:04ce n'est pas le bon endroit,
33:05revenez dans trois semaines.
33:06Ça, ça ne peut pas marcher.
33:07Ou le côté trop psychiatrique
33:08pour la dictologie
33:10ou trop addictologique
33:11pour la psychiatrie, etc.
33:12Ça, c'est plus...
33:13Et c'est le blanc
33:13pour répondre à tout ça
33:14et conclure.
33:15Moi, ce qui m'a intéressé
33:16dans ce documentaire,
33:19c'est la démonstration,
33:21comme je le disais tout à l'heure,
33:24de ce que peut faire
33:25un procureur de la République
33:26qui représente
33:27l'institution judiciaire
33:29avec des liens très étroits
33:30avec le système de santé,
33:32avec ses différentes facettes,
33:34les addictologues,
33:35les psychiatres.
33:36Ce ne sont pas deux mondes
33:37qui s'ignorent.
33:39En revanche,
33:40ces deux mondes,
33:41aujourd'hui,
33:41ils sont un peu à la peine.
33:43Il faut beaucoup de magistrats
33:44pour suivre le nombre d'addicts
33:46et il faut aussi
33:47beaucoup de soins de santé
33:49pour accompagner ces personnes
33:51qui sont dans une situation
33:52difficile.
33:53Alors moi,
33:53j'ai donné une réponse tout à l'heure
33:54avec l'augmentation des saisies.
33:56Il y en a sans doute
33:57beaucoup d'autres.
33:58Et ce que l'on peut dire
33:59sans se tromper,
34:00c'est que c'est aujourd'hui
34:01un sujet de société gravissime
34:02et que l'ignorer,
34:04fermer les yeux,
34:05c'est s'exposer pour demain
34:07à des situations
34:08absolument irréversibles,
34:09irréversibles pour les consommateurs
34:11et je le crains,
34:12irréversibles aussi
34:13pour notre société.
34:15Un dernier mot pour conclure.
34:16Très court,
34:16si on doit garder vraiment
34:18le côté pénal important,
34:20c'est-à-dire la prison,
34:21c'est uniquement pour les gens
34:22qui sont dangereux,
34:23c'est-à-dire dangereux pour eux
34:24ou dangereux pour les autres.
34:25Je pense que ça doit être
34:26le seul critère,
34:28gardons ça pour protéger
34:29les personnes.
34:30Le reste,
34:31je suis d'accord
34:32avec ce qui vient d'être dit,
34:34c'est intéressant
34:35de pouvoir montrer aussi
34:37que la justice peut
34:38en bonne intelligence
34:39participer à nous
34:41de changer nos modèles
34:42et de les adapter
34:42mais la situation
34:44elle est quand même déjà
34:45bien avancée
34:45et assez grave.
34:47Et on a bien entendu
34:47l'alerte.
34:48Merci beaucoup
34:49à tous les quatre
34:50de l'avoir sonné
34:51cette alerte.
34:52Effectivement,
34:52je pense que nos téléspectateurs
34:53y auront été sensibles.
34:54Merci à vous
34:55de nous avoir suivis
34:56comme chaque semaine.
34:57Documentaires et émissions
34:58à retrouver en replay
34:58sur publicsénat.fr.
35:00A très vite.
35:00Merci beaucoup.
35:01Sous-titrage Société Radio-Canada
35:12Sous-titrage Société Radio-Canada
35:14Sous-titrage Société Radio-Canada
35:15Sous-titrage Société Radio-Canada
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