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  • il y a 8 heures
« Qu'est-ce qu'on mange ? » est la question préférée des Français. Dans un pays qui se flatte de posséder la meilleure cuisine qui soit, les assaisonnements comme les souvenirs se transmettent de plat en plat, de génération en génération. Planter la fourchette au coeur de notre patrimoine gastronomique, dans la partie la plus tendre, vivante et bouillonnante de notre histoire, celle qui frémit dans les casseroles et qui sent bon la mémoire collective, c'est ce que propose ce documentaire. Pendant quatre-vingt-dix minutes - le temps pour lui de concocter une blanquette de veau à ses invités -, François Morel nous ouvre les portes de sa cuisine et nous raconte près de soixante-dix ans d'histoire de France à travers le prisme culinaire. Année de Production :

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Transcription
00:00:06En tant que saletin banque, j'ai l'habitude d'être multitâche.
00:00:10Le matin à la radio, l'après-midi sur un plateau de cinéma, le soir sur une scène de théâtre.
00:00:15Des fois c'est aussi coiffeur, dentiste, mon croisé.
00:00:18Être au four et au moulin, c'est ma condition, c'est mon destin.
00:00:22Alors forcément, lorsqu'on m'a demandé de raconter l'histoire de la France et des Français
00:00:26à travers la gastronomie, pile le jour où j'avais un dîner à préparer,
00:00:30j'ai dit banco, car je n'ai pas peur de le dire, j'aime les défis.
00:00:34En attendant, ça ne me dit pas ce que je vais faire en manger ce soir.
00:00:39Qu'est-ce que je vais bien pouvoir le remijoter.
00:00:43Nous autres Français, nous nous flattons de posséder la meilleure cuisine du monde.
00:00:48En tout cas, les chiffres sont formels.
00:00:50Nous sommes bien les champions, tous pays confondus, pour le temps passé à table.
00:00:552h11 par jour.
00:00:57Dans ce domaine, on bat l'Italie.
00:01:00On est champions, on est champions, on est champions.
00:01:07Mais comment sommes-nous passés du cassoulet de Tata Giselle au tofu mariné de Jean-Kévin ?
00:01:14De la blanquette de veau à l'œuf moléculaire ?
00:01:17Depuis les années 50, côté cuisine, nos habitudes ont bien changé.
00:01:21Nous avons allégé nos sauces, ce n'est pas une expression,
00:01:25écrémé nos plats, découvert d'autres cultures.
00:01:29Voici ma recette pour raconter l'histoire de France à travers la cuisine.
00:01:34Épluchez quelques souvenirs personnels,
00:01:37faites-les revenir dans un bouillon de culture et de patrimoine,
00:01:40et nappez le tout d'anecdotes croustillantes.
00:01:43On peut tout raconter de la vie quotidienne des Français.
00:01:47Les habitudes, les péchés mignons, les événements politiques, sociaux, culturels, géographiques,
00:01:52en suivant à la trace ce qui a rempli, vidé, épicé ou étoilé nos assiettes.
00:01:58Bon, mais c'est pas tout ça, mais j'ai aussi un dîner à préparer.
00:02:08Un confit de canard déstructuré.
00:02:12Une daube à l'unilatéral, non pas sûr.
00:02:15Je vais peut-être me rabattre sur un classique façon Lagarde et Michard.
00:02:18Pour ça, j'ai un recueil de recettes familiales, édition de 1954.
00:02:23L'année où Brassens chante l'Auvergnat.
00:02:25Bah tiens, si je faisais une potée, elle est à toi cette potée.
00:02:32Ah, elle est belle la décennie d'après-guerre.
00:02:35Les Américains nous ont libérés et ils nous font rêver.
00:02:39Avec la paix, ils nous ont quand même apporté le rock'n'roll et le chewing-gum.
00:02:44Bon, bien sûr, à cette époque-là, moi je ne suis pas né.
00:02:47Mais j'ai quand même un avis.
00:02:48Si j'avais eu 20 ans en 1950,
00:02:51sûr que j'aurais eu envie de mâcher du bubblegum comme Marilyn.
00:02:55J'aurais siroté du coca comme James Dean.
00:02:58J'aurais voulu profiter de la paix retrouvée, danser, boire et manger
00:03:01pour retrouver un embonpoint rassurant
00:03:04à l'image de Lino Ventura et de Jean Gabin.
00:03:07Bon, mais je le redis, j'étais pas né.
00:03:12Du coton, de la laine, des matières premières
00:03:15arriveront avec 200 000 tonnes de matières grasses,
00:03:18huile, beurre ou lard.
00:03:20Tout cela va converger vers les marchés réguliers.
00:03:22En 1948, le ministre du ravitaillement, Christian Pinault,
00:03:26accueille sur le port de Bordeaux le premier cargo américain.
00:03:30Le général George Marshall a décidé de réagir
00:03:33face à la pénurie alimentaire qui menace l'Europe.
00:03:36L'aide américaine sera massive.
00:03:41Conséquence, M. Pinault nous laisserait voir
00:03:43la prochaine disparition de la carte de pain
00:03:45et également l'augmentation des...
00:03:47Cette carte est synonyme de tant de mauvais souvenirs.
00:03:50Enfin, on peut l'enterrer.
00:03:52Et on va le faire en grande pompe.
00:03:57Il s'agit cette fois d'une cérémonie joyeuse
00:04:00et d'un enterrement pauvri.
00:04:02À Lyon, le syndicat des boulangers et pâtissiers
00:04:05fête la mort de la carte de pain
00:04:07sous le patronage de Guignol et de Niafron,
00:04:10les compères traditionnels de la gaieté lyonnaise.
00:04:13Pour une fois, on accompagne un convoi pudèvre en riant
00:04:16et en espérant qu'il sera suivi de beaucoup d'autres.
00:04:19Après les cartes de pain,
00:04:21on pourra aussi enterrer les légumes de guerre.
00:04:24Goodbye, Topinambour.
00:04:26So long, salsé fille.
00:04:28On ne peut pas deviner que dans les années 2000,
00:04:31ces légumes oubliés redeviendront tendance,
00:04:34y compris sur les grandes tables.
00:04:36Mais pour l'instant,
00:04:37Ciao, Ruta Bagar.
00:04:45Dans la vie de tous les jours,
00:04:47la disette n'est pas encore oubliée.
00:04:49Les oeufs, le lait, la viande,
00:04:51tout arrive au compte-gouttes.
00:04:53Les beaux jours mettent du temps à revenir
00:04:55et les étals des épiciers à se remplir.
00:04:57Pour répondre à cette crise,
00:05:00les paysans se mobilisent jour et nuit.
00:05:0324 heures sur 24,
00:05:05les tracteurs roulent.
00:05:06Laborer la nuit, semer le jour, dimanche compris,
00:05:09le paysan de France n'épargne rien
00:05:11pour gagner la bataille du pain.
00:05:13Bataille silencieuse mais grandiose.
00:05:15Les Français auront-ils du pain toute l'année ?
00:05:18C'est là, l'enjeu.
00:05:22Mais les efforts du paysan de France ne suffisent pas
00:05:25et les industries mettent la main à la pâte.
00:05:28Elles veulent produire plus vite,
00:05:30en plus grande quantité.
00:05:32Leur solution ?
00:05:33Elles suppriment la première fermentation
00:05:35et découvrent le pétrissage intensif.
00:05:38Notre baguette devient blanche comme la paix
00:05:41mais fade comme du coton.
00:05:46Il faudra attendre 1993 avec un décret balladur
00:05:50sur le pain tradition
00:05:52pour que la baguette retrouve enfin son goût.
00:05:55Édouard, merci.
00:05:57Allez, encore une tartine, je commence les courses.
00:05:59Non, je ne procrastine pas,
00:06:01j'ai quand même le droit à une pause
00:06:02pour commencer ma journée.
00:06:03Ça va ?
00:06:04Pas non plus.
00:06:05Hum !
00:06:06Hum !
00:06:20Hum !
00:06:21Non, pas facile à dire,
00:06:22mais l'expression fait mouche.
00:06:24Mon oncle Roger dit que les Américains
00:06:26ont trouvé la parade
00:06:27pour qu'on ne devienne pas communiste.
00:06:29La guerre froide se rejoue dans les cuisines
00:06:31où s'entrechoquent la bouteille de soda marron
00:06:34et le litron de rouge.
00:06:35À ce jeu-là, les Américains,
00:06:37comme dirait Tati dans Jour de Fête,
00:06:39ont perdu d'avance.
00:06:40Le vin, ici, c'est sacré.
00:06:44Allez, mon bonhomme,
00:06:45placez votre camelot ailleurs.
00:06:47En Amérique !
00:06:51Tiens, ça me fait penser
00:06:52à la première émission de cuisine
00:06:53de Raymond Oliver.
00:06:54C'était en 1954
00:06:56sur la seule et unique chaîne de télévision.
00:06:58L'émission a duré 15 ans, un succès.
00:07:01Apprécier la précision du dosage en vin rouge.
00:07:05Encore ?
00:07:06Non, non, c'est pas vrai.
00:07:08Allez, encore un peu.
00:07:08Oui, oui, on va aller ici.
00:07:10Alors, je voudrais encore un peu de vin,
00:07:12parce que vous voyez...
00:07:12Ah, oui, encore un petit peu, voilà.
00:07:14Catherine Langer à côté
00:07:15est légèrement inquiète.
00:07:17Un bon veuil.
00:07:18Voilà, et puis...
00:07:19Quand il s'agit de vin,
00:07:20les Français n'y vont pas
00:07:22avec le dos de la carafe.
00:07:23Dans les années 50,
00:07:25on boit plus de 140 litres de vin
00:07:27par an et par personne.
00:07:29Imaginez, aujourd'hui,
00:07:30c'est seulement 50 litres.
00:07:33Vas-y, c'est une moyenne,
00:07:34on connaît qu'ils ne font pas
00:07:35baisser les statistiques.
00:07:38Tout le monde boit,
00:07:39même les sportifs,
00:07:41avec l'assentiment du corps médical.
00:07:45Les sportifs peuvent boire du vin,
00:07:48même en période de grande compétition,
00:07:50et même s'ils ont la classe internationale,
00:07:52mais du vin en quantité très restreinte,
00:07:54pendant les repas seulement.
00:07:57D'ailleurs, aux Jeux Olympiques de Londres,
00:07:59les Français avaient manqué de vin,
00:08:01et cet incident avait joué
00:08:03sur leur état d'esprit
00:08:05pendant un certain temps.
00:08:06C'est pour ça que j'étais nul en sport
00:08:08à l'école,
00:08:09je manquais de vin.
00:08:10Pas compliqué.
00:08:12Souriez, fillettes,
00:08:14souriez à la vie,
00:08:16vous en faites une tête,
00:08:19vous et vos amis.
00:08:21Voici quelque chose
00:08:22qui apporte la joie,
00:08:25fais voir la vie en rose
00:08:27aussitôt qu'on le voit.
00:08:29Oui, la France et le vin,
00:08:31vaste sujet.
00:08:33Si c'est pris en quantité raisonnable,
00:08:34j'estime que c'est tout à fait,
00:08:36ça fait du bien.
00:08:37Ça fait du bien, bien sûr.
00:08:38Bon, ben, c'est toujours agréable.
00:08:39Parce que le vin
00:08:40est un aliment très nourrissant.
00:08:43Pendant la guerre 14-18,
00:08:44on m'a appris à beaucoup boire de vin.
00:08:46Du reste, c'est ce qui a gagné la guerre.
00:08:48Il y en a qui disent
00:08:49qu'ils ont bu des sans-pôtes.
00:08:52Ben, moi, j'ai bu des citernes de vin.
00:08:55Vous comprenez ?
00:08:55Parce que j'ai fait deux guerres,
00:08:56et j'ai bien bu dans les deux guerres.
00:08:58Et entre les deux guerres,
00:08:59j'ai bien bu aussi.
00:09:00Dans les écoles, tenez-vous bien,
00:09:02on distribue aux enfants
00:09:03dès leur plus jeune âge,
00:09:05des bons points de Louis Pasteur
00:09:07qui prônent les valeurs nutritionnelles du vin.
00:09:10Si tu travailles bien,
00:09:11Louis Pasteur te donne un bon point
00:09:13et t'auras ta carafe de rouge.
00:09:14On voit aussi fleurir des réclames
00:09:16pour des apéritifs
00:09:18s'adressant directement aux enfants.
00:09:20Et le casse-croûte traditionnel pour l'école
00:09:22comporte un demi-litre de vin,
00:09:24de cidre ou de bière.
00:09:26Véridique.
00:09:26Vous êtes psychiatre, docteur ?
00:09:28Je suis psychiatre.
00:09:29Je soigne pas mal d'enfants
00:09:31que l'on m'amène pour des anomalies multiples,
00:09:34souvent des anomalies du caractère,
00:09:36de l'affectivité, du sommeil.
00:09:38Et en interrogeant les familles,
00:09:40j'ai appris qu'à ces enfants,
00:09:42et j'insiste,
00:09:43qui étaient souvent de très petits enfants,
00:09:44des enfants qui avaient de 3 à 8, 10, 12 ans,
00:09:47les familles donnaient régulièrement
00:09:49des boissons importantes pour leur âge,
00:09:51de vin, de cidre, de bière,
00:09:53et des quantités qui allaient
00:09:54de 1,5 litre à 1 litre de vin pur par jour.
00:09:57Le résultat, c'est que les enfants
00:09:59arrivent à l'école,
00:10:00rouges, suants,
00:10:01et toute la matinée,
00:10:02dorment à moitié.
00:10:04Il faudra attendre 1956
00:10:06pour que Pierre Mendès France
00:10:07fasse interdire l'alcool à l'école.
00:10:11À Mongeron,
00:10:12les enfants des écoles primaires
00:10:13sont des enfants heureux.
00:10:15Plus question de cantine,
00:10:16ils vont déjeuner comme des grands
00:10:18au restaurant d'enfants.
00:10:20Un menu scientifiquement équilibré
00:10:22tient compte en ce qui concerne
00:10:24le choix des boissons
00:10:25de la dernière circulaire
00:10:26du ministre de l'Éducation nationale
00:10:28qui vient d'interdire
00:10:29dans toutes les cantines scolaires
00:10:30toutes boissons alcoolisées
00:10:32pour les moins de 14 ans.
00:10:34Et les plus de 14 ans alors ?
00:10:36Ce n'est qu'en 1981
00:10:38que l'alcool est aussi interdit
00:10:40dans les lycées français.
00:10:41En matière de santé des enfants,
00:10:43les bases sont entièrement à revoir.
00:10:46Première règle,
00:10:47une cuillère à soupe tous les matins
00:10:49d'un liquide jaunâtre
00:10:51qui fait grimacer les enfants
00:10:53et dont le seul nom provoque l'effroi,
00:10:55l'huile de foie de morue.
00:10:57Deuxième règle,
00:10:58le lait.
00:10:59Un verre par jour à la récré
00:11:01prescrit Mendès France.
00:11:04Le lait,
00:11:05c'est la source même de la santé.
00:11:08Buvez du lait.
00:11:09Ah, vraiment souplexe.
00:11:11Désormais,
00:11:12il ne risque plus d'être périmé.
00:11:13Les dates limites de consommation
00:11:15apparaissent dès 1959
00:11:16et deviendront obligatoires en 1984
00:11:20pour toutes les denrées périssables.
00:11:22L'exemple de M. Mendès France
00:11:24a été suivi avec enthousiasme.
00:11:27Certains cabarets parisiens
00:11:28n'ont pas hésité à s'associer
00:11:30à cette campagne,
00:11:31c'est bien le cas de la dire,
00:11:32et dans une ambiance très olé-olé,
00:11:34on a vu se résumer enfin
00:11:35l'entente des producteurs
00:11:37et des consommateurs.
00:11:41Verrons-nous les boîtes de nuit
00:11:42se transformer en boîtes à lait.
00:11:44En attendant,
00:11:45on escompte pour cet hiver
00:11:46le renouveau de la java-vache.
00:11:48Ouais,
00:11:49le lait,
00:11:50on le voit,
00:11:51est propice au calambour,
00:11:52mais aussi à l'essor
00:11:53de nouvelles boissons chocolatées
00:11:55qui ont encore un parfum
00:11:56du temps des colonies,
00:11:58comme dirait Michel Sarnou.
00:12:02Banania redevient Banania,
00:12:04nouvelle fabrication
00:12:05qualité d'avant-guerre.
00:12:07Maintenant que vous avez le choix,
00:12:09exigez Banania,
00:12:11le petit déjeuner chocolaté,
00:12:13tellement meilleur.
00:12:16Pour moi,
00:12:17le lait,
00:12:17c'est aussi un souvenir personnel,
00:12:19celui des patates au lait
00:12:20de ma grand-mère,
00:12:21des pommes de terre
00:12:22qui avaient calciné
00:12:24sur le fourneau
00:12:24et qu'on trempait
00:12:25dans le lait chaud et mousseux.
00:12:27Oui,
00:12:27ben c'est comme ça,
00:12:28ma madeleine de Proust à moi,
00:12:29c'est une patate.
00:12:31En famille,
00:12:32dans les années 50,
00:12:33on n'a qu'une envie,
00:12:35se retrouver à table
00:12:36le temps d'un bon et long repas
00:12:38et refaire le monde.
00:12:40Le spectacle se déroule
00:12:41en quatre actes,
00:12:42entrée,
00:12:43plat,
00:12:43fromage
00:12:44et dessert,
00:12:45avec plusieurs rappels.
00:12:46Oui,
00:12:47on se resserre.
00:12:48Le vendredi,
00:12:49c'est poisson,
00:12:50collin au courbouillon,
00:12:51filet de limande grigué,
00:12:52le dimanche,
00:12:54rose bif aux pommes sautées
00:12:55ou poulets chasseurs
00:12:56et religieuses au chocolat
00:12:58après la messe.
00:12:59À Pâques,
00:13:00on sert le fameux
00:13:01gigot d'agneau au flageolet,
00:13:03le plat idéal
00:13:04des grandes tablées,
00:13:05des plats roboratifs,
00:13:07généreux
00:13:07et toujours bien arrosés.
00:13:09Sauf dans les milieux branchés
00:13:10où l'on trinque
00:13:11avec des boissons d'avant-garde.
00:13:14C'est dans la table
00:13:15que des sommeliers réticents
00:13:16préparaient les liquides
00:13:17extraits des céleries,
00:13:19radis et autres verdures
00:13:20sous le regard sombre
00:13:21des glorieuses bouteilles
00:13:23abandonnées.
00:13:24À l'étage supérieur,
00:13:26la fête battait son plein
00:13:27et tout un chacun
00:13:28trouvait l'ivresse
00:13:28entre deux doigts d'asperge
00:13:30et une bolée de navette.
00:13:32Hormis ces quelques azous
00:13:33qui s'enivrent au jus de céleri,
00:13:35les Français veulent
00:13:36de la viande.
00:13:38En pleine période d'inflation,
00:13:39on supplie le gouvernement
00:13:41de baisser les prix
00:13:42et on a gain de cause.
00:13:43Le président du conseil,
00:13:45René Pleven,
00:13:46impose une baisse de 10%
00:13:48sur le prix de la viande.
00:13:49Le poste de dépense
00:13:51incontournable
00:13:51dans le budget familial
00:13:53de l'époque.
00:13:57Le démocratique biftec,
00:13:59cher au cœur
00:14:00de tous les Français,
00:14:01sera-t-il moins cher
00:14:02pour leur porte-monnaie ?
00:14:03Il est la première cible
00:14:04d'un vaste tir de barrage
00:14:06contre la vie chère.
00:14:08Ah, madame a fait son marché
00:14:09de la viande.
00:14:10Par exemple, sur un kilo
00:14:11de rôti, si vous en avez
00:14:12pris un kilo,
00:14:12vous pensez avoir fait
00:14:13quel genre d'économie ?
00:14:15Oh, oui, bien de 300 francs.
00:14:17Et vous, madame,
00:14:18vous avez fait votre marché ?
00:14:19Oui, monsieur,
00:14:19j'ai terminé mon marché
00:14:20et j'ai constaté
00:14:22qu'il y avait un article
00:14:23dans chaque magasin
00:14:24qui a tiré notre attention
00:14:25et avec un prix spécial.
00:14:27Par exemple, du jambon.
00:14:28Monsieur Jean,
00:14:29restaurateur,
00:14:30nous l'affirme.
00:14:37Pour sûr qu'on est content,
00:14:39même qu'on aimerait
00:14:40la même chose
00:14:40pour les autres produits.
00:14:42Mais on ne peut pas
00:14:43baisser les prix partout
00:14:44comme ça, d'un coup.
00:14:46Du côté de l'Andernot,
00:14:47un homme pense que si
00:14:48et croit savoir
00:14:49comment s'y prendre.
00:14:55Voir baisser le prix de la vie,
00:14:56voilà aujourd'hui
00:14:57le grand souci des Français.
00:14:58On y pense,
00:14:59va-t-on y arriver ?
00:15:00C'est une histoire
00:15:01qui a fait du bruit
00:15:02à l'Andernot d'abord
00:15:03quand un certain Leclerc
00:15:04a ouvert dans un garage désaffecté
00:15:06un centre de détail
00:15:07où il vendait au prix de gros
00:15:08des articles achetés
00:15:09directement aux fabricants.
00:15:11Mais cette révolution
00:15:12va en laisser
00:15:13plus d'un sur le carreau.
00:15:15Monsieur Lefond,
00:15:16vous savez qu'on parle
00:15:17beaucoup en ce moment
00:15:18de votre métier,
00:15:19du métier d'épicier.
00:15:20Est-ce que vous pensez
00:15:21d'une façon ou de l'autre
00:15:22que votre métier
00:15:23tel que vous le pratiquez
00:15:24aujourd'hui
00:15:25est devenu, disons,
00:15:27un peu dépassé, démodé ?
00:15:30Légèrement.
00:15:31Oui, pourquoi ?
00:15:31Parce que
00:15:33le système Leclerc
00:15:35nous oblige à baisser nos prix
00:15:36et que nous ne voudrions pas baisser
00:15:38parce qu'il nous est impossible
00:15:39de le baisser.
00:15:40Pour quelle raison ?
00:15:43Vous voulez dire
00:15:43que vous ne le savez pas ?
00:15:44Pour quelle raison ?
00:15:45Je m'en doute.
00:15:47Je sais que M. Leclerc
00:15:48touche de la marchandise
00:15:50moins chère que nous
00:15:52et qu'en plus,
00:15:53il a de belles risques
00:15:53quantitatives
00:15:54et c'est cela
00:15:57qui nous assomme.
00:15:58Chez les épiciers
00:15:59comme chez les consommateurs,
00:16:00son système suscite
00:16:01de plus en plus
00:16:02de méfiance.
00:16:03Édouard Leclerc,
00:16:05le public a tellement
00:16:06peu l'habitude
00:16:06de voir un commerçant
00:16:07s'attaquer au problème
00:16:08de la vie chère
00:16:09que pour lui,
00:16:10ce commerçant est suspect.
00:16:12Devant cette résistance
00:16:13des commerçants
00:16:15et de tous ceux
00:16:15qui ne voulaient pas comprendre,
00:16:18j'ai hésité
00:16:20à poursuivre
00:16:21ce que j'avais commencé.
00:16:22Vous avez été parfois
00:16:23sur le point d'abandonner ?
00:16:24Oui.
00:16:25Sacré Édouard
00:16:26qui répond oui
00:16:27mais qui fait non de la tête.
00:16:28Leclerc n'abandonne pas,
00:16:30bien au contraire.
00:16:31En quelques années,
00:16:32son concept
00:16:33devient une institution
00:16:34qui transforme radicalement
00:16:35les modes de consommation.
00:16:37Pour de nombreux Français,
00:16:38c'est un enchantement.
00:16:40Ce qu'on a tous sous la main,
00:16:42on est habitués,
00:16:44on est seuls
00:16:44avec sa pensée,
00:16:46on sait pertinemment
00:16:47qu'à tel endroit,
00:16:48il y a telle chose,
00:16:49on prend tout son temps.
00:16:50C'est gracieux,
00:16:51c'est fleuri,
00:16:53c'est bien, n'est-ce pas ?
00:16:55C'est moderne.
00:17:05Oui, c'est bien gentil
00:17:06mais tous ces produits frais
00:17:07et désormais accessibles,
00:17:08comment les conserver ?
00:17:10Vous profiterez
00:17:11de toutes les occasions
00:17:12si vous avez un réfrigérateur.
00:17:16Plus de beurre-rante,
00:17:18plus de lait tourné.
00:17:25Le réfrigérateur,
00:17:27on en rêvait.
00:17:28Ah, le jour où on aurait un frigo,
00:17:30la vie deviendrait immense,
00:17:32sublime,
00:17:33miraculeuse.
00:17:34En 1955,
00:17:36seul un ménage sur dix
00:17:38possède ce joyau rare.
00:17:40Quinze ans plus tard,
00:17:41il est dans 70% des foyers.
00:17:44Élément de luxe hier,
00:17:46devenu indispensable aujourd'hui.
00:17:48C'est la nuit,
00:17:48écrivait Rostand,
00:17:49qu'il est bon de croire à la lumière,
00:17:51mais ce n'est pas seulement l'été
00:17:52qu'on peut apprécier le froid,
00:17:54c'est chaque jour.
00:17:55Et ce n'est que le début.
00:17:57Le réfrigérateur est un étendard,
00:17:59un éclaireur.
00:18:00À sa suite,
00:18:01une armée de robots ménagers
00:18:03se tient prête à nous envahir.
00:18:05Hé, tu cancées une crotte avec moi ?
00:18:07Ah, Francis Blanche.
00:18:09Quoi ?
00:18:09Un pire d'Aik ?
00:18:11Monsieur voudrait peut-être deux oeufs ?
00:18:13Monsieur fait son snab ?
00:18:15Parfaitement que j'en voudrais des oeufs.
00:18:17Et c'est le plat même.
00:18:18Ah, des oeufs.
00:18:19Tout au moins un plateau volant,
00:18:20comme aux armées nagers.
00:18:23Dimanche matin,
00:18:24Madame Dupont s'est levée de bonheur.
00:18:26Ah, de Funès.
00:18:27Deux ou trois trucs intéressants aux armées nagers.
00:18:29Pour une fois, Anatole,
00:18:30tu feras déjeuner les enfants
00:18:31et tu mettras un peu d'ordre dans la maison.
00:18:34Après tout, c'est bien ton tour.
00:18:36Une cuisine sans femme
00:18:37est une cuisine sans âme.
00:18:39Bon, c'est Louis de Funès qui le dit,
00:18:41et en 1953,
00:18:42alors qu'il est la tête d'affiche
00:18:44du salon des armées nagers.
00:18:46Le dôme du Grand Palais
00:18:47consacre le rêve de la consommation
00:18:49et se transforme en caverne
00:18:51d'Ali Baba regorgeant
00:18:53de grippe,
00:18:54de presse-agrumes.
00:18:55Un frigidaire,
00:18:57un joli scooter,
00:18:58un atomixer
00:19:00et du d'un lopio.
00:19:01Une cuisinière
00:19:02avec un four en verre,
00:19:04des tas de couverts
00:19:05et des pelles à gâteau.
00:19:06Une tourniquette
00:19:08pour faire la vinaigrette,
00:19:12un bel aérateur
00:19:15pour bouffer les odeurs.
00:19:18Des draps qui chauffent,
00:19:20un pistolet à gaufre,
00:19:22un avion pour deux
00:19:24et nous serons heureux.
00:19:26Boris Vian nous le confirme,
00:19:27le bonheur conjugal
00:19:29se trouve dans l'électro-ménager.
00:19:31La preuve,
00:19:32la cocotte minute Seb
00:19:34est, dès 1954,
00:19:36au sommet du hit parade
00:19:37et il restera longtemps.
00:19:41À 25 minutes de cuisson,
00:19:44vous arrêtez.
00:19:45Qui dit mieux ?
00:19:47Un grand nombre d'entrepreneurs
00:19:48suivent l'exemple.
00:19:49C'est à qui gâtera
00:19:50le mieux ces dames,
00:19:52heureuses de chouchouter
00:19:53leur mari.
00:19:54En tête de liste,
00:19:55cet homme,
00:19:56Jean Mantelet,
00:19:57patron de Moulinex.
00:19:58Magnanim,
00:19:59il a l'idée de nommer
00:20:00ses machines
00:20:01comme ses secrétaires.
00:20:02Voici donc les robots
00:20:03Marie, Suzy, Jeannette.
00:20:06Et voici un homme
00:20:07qui sait parler aux femmes.
00:20:08Non ?
00:20:08Pas toujours, toujours.
00:20:10Depuis plus de 30 ans.
00:20:13Ça fait plus de 30 ans
00:20:14que nous travaillons
00:20:15pour la femme et Suzy,
00:20:16non ?
00:20:16Il y a eu
00:20:17Laurel et Hardy,
00:20:19Roger-Pierre et Jean-Marc Thibault,
00:20:20Poiré et Serrault.
00:20:21Voici
00:20:22Duralex
00:20:23et Formica,
00:20:24le couple star
00:20:25des cuisines modernes.
00:20:27Duralex,
00:20:27le fameux verre de la cantine
00:20:29qui nous indique
00:20:29notre âge du jour
00:20:30Duralex
00:20:31ne s'ébrèche pas
00:20:33et Formica.
00:20:35La nouvelle matière révolutionnaire
00:20:37chantée ici
00:20:37dans une parodie
00:20:38d'une chanson de Brassens
00:20:39écrite pour Patachou.
00:20:41Étonnant, non ?
00:20:42Mon Dieu, quel bonheur,
00:20:44mon Dieu, quel bonheur
00:20:45d'avoir un mari qui bricole.
00:20:47Mon Dieu, quel bonheur,
00:20:48mon Dieu, quel bonheur
00:20:49d'avoir un mari bricoleur.
00:20:50C'est Formica,
00:20:52c'est formidable.
00:20:54Conquis par cette réussite,
00:20:56il décide à d'y donner suite
00:20:58et Convoca le menuisier
00:21:00pour transformer
00:21:01tout le mobilier.
00:21:02C'est Formica,
00:21:03c'est formidable.
00:21:05Alors la vie est belle.
00:21:06Pour la ménagère
00:21:07des années 50,
00:21:09si l'on en croit
00:21:09les réclames,
00:21:10la réponse est oui.
00:21:12Grâce à l'appareil ménager,
00:21:13la vie est belle,
00:21:15la vie est belle,
00:21:16et aussi que de temps gagné.
00:21:21Mais plutôt que de lire
00:21:23des livres de recettes,
00:21:24certaines préfèrent
00:21:25« Le deuxième sexe »
00:21:26de Simone de Beauvoir.
00:21:28C'est une révélation
00:21:29pour des milliers
00:21:30de femmes encouragées,
00:21:31notamment,
00:21:32à sortir de la cuisine
00:21:34et à s'affranchir
00:21:35de leur rôle d'épouse.
00:21:37Les jeunes françaises
00:21:38dénouent leur tablier
00:21:39et disent adieu
00:21:40au plat en sauce.
00:21:42Elles ont beaucoup mieux
00:21:43à faire.
00:21:46Elles ont de la chance,
00:21:47elles savent ce qu'elles veulent.
00:21:48Moi, je suis toujours
00:21:48à chercher le menu de ce soir.
00:21:50Je ne suis pas un homme
00:21:51de décision,
00:21:52je suis un comédien.
00:21:53Les comédiens,
00:21:54d'habitude,
00:21:54on leur donne leur texte.
00:21:56Au restaurant,
00:21:57en général,
00:21:57j'attends que mon voisin
00:21:58d'enfant s'est choisi.
00:21:59Je dis pareil.
00:22:01On va commencer
00:22:02par la base.
00:22:12C'est quoi,
00:22:1618 mois ?
00:22:1618 mois,
00:22:19donc été 2018.
00:22:21D'accord.
00:22:23On traque, non ?
00:22:29Excellent.
00:22:48Les sixties sont là
00:22:50et elles font souffler
00:22:51un vent de nouveauté
00:22:52sur tout le pays.
00:22:54Même Yvonne de Gaulle
00:22:55se laisse séduire
00:22:56par la modernité.
00:22:57La première dame de France
00:22:58avoue acheter en douce
00:23:00des boîtes de petits pois
00:23:01pour son mari.
00:23:02Oui, information.
00:23:03Le libérateur de la France
00:23:05aimait les petits pois.
00:23:07Ça vous embouche un coin, non ?
00:23:08C'est pas du diabète,
00:23:09le général, je sais pas.
00:23:10De Gaulle simplifie
00:23:11les grands repas de l'Elysée
00:23:12et change notre monnaie.
00:23:14Allez,
00:23:14du balai,
00:23:15la 4e République.
00:23:16Le bal des 30 glorieuses
00:23:18peut enfin commencer.
00:23:19On peut manger
00:23:20des barbapapas,
00:23:21chanter
00:23:23bipapaloula,
00:23:23mais c'est toute mon enfance.
00:23:25Armstrong va bientôt
00:23:26marcher sur la lune.
00:23:27Dutronc veut être
00:23:28une hôtesse de l'air.
00:23:29Joe Dassin flâne
00:23:31sur les Champs-Elysées.
00:23:32Le moral est au beau fixe,
00:23:34la croissance a son comble.
00:23:35Et les 10 millions d'enfants
00:23:36du Baby Boom
00:23:37ont une faim de loup.
00:23:45Chez les enfants,
00:23:46mais pas seulement,
00:23:47la tendance est de manger
00:23:48entre les repas.
00:23:49Du chocolat,
00:23:51des céréales,
00:23:52des glaces
00:23:53et bien sûr,
00:23:53des bonbecs.
00:23:58avec des caramels.
00:23:59Des caramels ?
00:23:59Vous pourriez en manger des kilos.
00:24:00Mais pour cela,
00:24:01voici une recette gourmande
00:24:02que Crema m'a dévoilée pour vous.
00:24:05On a vraiment grandi
00:24:06avec une cuillère en sucre
00:24:08dans la bouche.
00:24:09Les chiffres sont impressionnants.
00:24:11En France,
00:24:11en 1950,
00:24:12on consomme 25 kilos
00:24:14de sucre
00:24:15par an
00:24:16et par personne.
00:24:17A la fin des années 60,
00:24:19on atteint 40 kilos.
00:24:21Ça fait plus de 100 grammes par jour.
00:24:23Est-ce que tu manges le matin
00:24:24avant de partir à l'école ?
00:24:25Oui.
00:24:25Qu'est-ce que tu manges ?
00:24:27Des bonbons.
00:24:29A la sortie de l'école,
00:24:30on fonce chez le boulanger
00:24:32ou au kiosque à journaux
00:24:33acheter des bonbons à la pièce.
00:24:35Malabar,
00:24:36boules cocos,
00:24:37berlingots,
00:24:38des bonbecs fabuleux
00:24:39qui nous niquaient les dents
00:24:40et des ministres gagnants.
00:24:42Il y a les flûtes magiques.
00:24:43Oh la flûte magique.
00:24:45Je veux te voir ?
00:24:45Les flûtes magiques.
00:24:46Ça vaut combien la flûte magique ?
00:24:4830 centimes.
00:24:4930 centimes.
00:24:49Voilà,
00:24:50vous mangez le réglisse
00:24:51et après vous faites
00:24:51le champ du rossignol.
00:24:52On peut faire le champ du rossignol
00:24:53une fois qu'on a mangé le réglisse.
00:24:54Oui, oui.
00:24:55Ça c'est...
00:24:58C'est merveilleux ça.
00:25:01Les enfants sont formidables,
00:25:03n'est-ce pas Jacques Martin ?
00:25:04Et les sucreries en tout genre
00:25:06intéressent au plus haut point
00:25:07le marketing et la publicité.
00:25:11Créma,
00:25:12le meilleur caramel du monde
00:25:13vous présente
00:25:14le meilleur caramel du monde
00:25:17Créma.
00:25:18Non, écoutez plutôt.
00:25:21Meilleur caramel du monde,
00:25:22ça se discute peut-être.
00:25:24Il y avait aussi les carambars
00:25:25et leurs fameuses blagues.
00:25:27Je n'ai jamais été ennemi de l'humour.
00:25:29Mais enfant,
00:25:30avec la monnaie du pain,
00:25:31moi j'étais plutôt malabar.
00:25:37Et les grands alors ?
00:25:39Eux aussi veulent faire partie de la fête.
00:25:41Eux aussi veulent des produits emballés
00:25:43comme des cadeaux.
00:25:44Purée,
00:25:45mousseline en sachet,
00:25:47épices séchés en flacons,
00:25:48lait en poudre régilé.
00:25:50Colorés,
00:25:51variés,
00:25:52les marques deviennent familières
00:25:53et remplacent les produits frais.
00:25:55À partir de 1968,
00:25:58elles commencent aussi
00:25:59à faire leur show à la télé.
00:26:00Et ça donne envie
00:26:01de sauter sur des deux chevaux.
00:26:03Parmi les cinq marques
00:26:04qui prennent la parole
00:26:05à la télévision
00:26:06pour la première fois,
00:26:07trois sont des marques alimentaires.
00:26:09Virlux,
00:26:11Régilet
00:26:11et mon chouchou,
00:26:13Boursin,
00:26:14le tout premier spot de l'histoire
00:26:15à faire retentir son clairon.
00:26:17Attention,
00:26:18je vous préviens,
00:26:18il y a beaucoup de textes.
00:26:19Comment il s'appelle ?
00:26:20Du Boursin,
00:26:21Du Boursin,
00:26:21Du Boursin !
00:26:22Du Boursin !
00:26:23Comment il s'appelle ?
00:26:24Du Boursin,
00:26:25Du Boursin,
00:26:25Du Boursin !
00:26:26Jacques Duby.
00:26:27Du Boursin !
00:26:35Saveur d'une pointe d'ail,
00:26:36herbe du jardin,
00:26:37véritable ail et fines herbes.
00:26:39L'effet sur les ventes
00:26:40est immédiat.
00:26:41Désormais,
00:26:42toutes les marques
00:26:42veulent leur pub à la télé.
00:26:44Tant qu'à faire
00:26:44avec une chanson,
00:26:45certaines deviendront
00:26:46des standards.
00:26:47Quand je fais de la purée mousseline,
00:26:50je suis sûre
00:26:51que tout le monde en reprend.
00:26:52Purée mousseline,
00:26:54on en reprend.
00:26:56En 1963,
00:26:57Claude-François
00:26:58se demande
00:26:59ce qu'il ferait
00:26:59s'il avait un marteau.
00:27:00Et une foule de Français
00:27:02assistent à l'ouverture
00:27:03du plus grand magasin
00:27:04de l'histoire
00:27:04en région parisienne.
00:27:06Carrefour,
00:27:07le premier hypermarché.
00:27:09Comme un supermarché,
00:27:10mais moins cher
00:27:11et plus grand.
00:27:12On y vend même des marteaux.
00:27:15Oui.
00:27:17Bon, pour les marteaux,
00:27:18je ne suis pas sûr.
00:27:19Mais en tout cas,
00:27:19on y trouve.
00:27:20Oui, ça a l'air bon.
00:27:23Les surgelés.
00:27:25Oui, je ne vois pas
00:27:25qu'ils s'éveillent.
00:27:26Ah si, peut-être...
00:27:28Non, je ne vois pas.
00:27:29S'éveillent.
00:27:32Réjouissante pour certains,
00:27:34cette invention
00:27:34ne fait pas l'unanimité
00:27:35au départ
00:27:36et met un peu de temps
00:27:37à s'installer.
00:27:39Les surgelés,
00:27:39c'est un nouvel art de vivre.
00:27:41C'est la table de demain,
00:27:43affirment les maîtresses
00:27:44de maison à la page.
00:27:47Qu'est-ce que c'est
00:27:47qu'un produit surgelé ?
00:27:49Je ne mange jamais.
00:27:52Vous savez ce que c'est
00:27:52que des surgelés ?
00:27:54Oui, oui, oui.
00:27:55C'est ce qu'on a dans les machins,
00:27:57les trucs, oui, oui, je sais.
00:27:59Est-ce que vous utilisez
00:28:00les surgelés,
00:28:00les choses comme ça ?
00:28:01Non, pas encore
00:28:01parce que je ne suis pas
00:28:02encore mariée.
00:28:04Ça me simplifie
00:28:05mon travail
00:28:06de maîtresse de maison
00:28:07à une mère de famille
00:28:07et que c'est bon,
00:28:09c'est excellent.
00:28:10D'autres luttent
00:28:11pour la survie
00:28:12des produits frais,
00:28:13en particulier dans les cuisines
00:28:14des restaurants
00:28:15où les surgelés
00:28:16ont déjà fait leur entrée.
00:28:18Est-ce que vous utilisez
00:28:19des produits surgelés
00:28:20dans votre cuisine ?
00:28:21Jamais, madame.
00:28:22Et pourquoi ?
00:28:23Et pour la bonne raison,
00:28:24c'est que je suis
00:28:24un des derniers serviteurs
00:28:26de la véritable cuisine française
00:28:28et il y en a très, très peu.
00:28:30Croyez-moi.
00:28:31À l'heure actuelle,
00:28:32l'art de la gastronomie,
00:28:34c'est de servir quotidiennement
00:28:37des choses fraîches et simples
00:28:39à tous ceux qui viennent
00:28:40s'asseoir à votre table.
00:28:41Je dis à votre table
00:28:43parce que le restaurant
00:28:44est une salle à manger
00:28:45où on reçoit des amis.
00:28:48Des amis qui commencent
00:28:49à être un peu serrés
00:28:50autour de la table.
00:28:5150 millions d'habitants,
00:28:53de plus en plus gourmands
00:28:55et impatients.
00:28:56À la campagne,
00:28:57pour répondre aux défis de rendement,
00:28:58l'agriculture devient productiviste
00:29:00et développe de nouvelles machines.
00:29:03Avec la PAC,
00:29:04politique agricole commune,
00:29:06certains paysans
00:29:07modernisent leur exploitation
00:29:09et les transforment en entreprises.
00:29:11Comme ce producteur de lait
00:29:13qui nous parle du rotolactor.
00:29:19On avait conditionné
00:29:20les hommes travaillant avec nous.
00:29:23On avait dit qu'il y en aurait
00:29:24au moins pour 3 heures de traite
00:29:26pour 47 vaches.
00:29:28Or, il se trouve
00:29:30que nous avons mis
00:29:31à peine 3 quarts d'heure.
00:29:34Inutile de vous dire
00:29:35la joie ressentie
00:29:37autour de ce rotolactor,
00:29:38les casquettes volaient en l'air,
00:29:40ça a été des grands hurrahs.
00:29:41Au fond, est-ce que vous vous sentez
00:29:43plus agriculteur
00:29:44ou plus industriel ?
00:29:47Ah !
00:29:48Facile à sélectionner,
00:29:50à reproduire,
00:29:51à loger,
00:29:51à soigner,
00:29:52le poulet se fabrique aujourd'hui
00:29:54à peu près
00:29:54comme une boîte de détergent.
00:29:56Je vends une marque,
00:29:59donc une garantie
00:30:00que,
00:30:01comme industriel,
00:30:02je ne peux donner
00:30:03qu'après avoir accompli
00:30:05un certain nombre d'efforts
00:30:06et je crois qu'il n'y a pas
00:30:08de comparaison
00:30:08entre la qualité
00:30:10des standards régulières
00:30:12que nous donnons
00:30:13à nos consommateurs
00:30:15et ce que peut prétendre
00:30:17fournir
00:30:18un producteur fermier
00:30:20traditionnel.
00:30:21Pour la majorité
00:30:23des agriculteurs,
00:30:24ce n'est pas
00:30:24le même son de cloche.
00:30:26Face à l'industrialisation,
00:30:28les petits producteurs
00:30:29ne font pas le poids.
00:30:30Alors ils désertent
00:30:32leurs fermes,
00:30:32non plus que
00:30:33leurs chemises vertes
00:30:35pour manifester
00:30:35et leurs yeux
00:30:36pour pleurer.
00:30:37L'exode rural
00:30:38qu'on appellera aussi
00:30:40la fin des paysans
00:30:41sera massif.
00:30:42Face à cette crise,
00:30:44le ministre du commerce intérieur,
00:30:46Joseph Fontanet,
00:30:47réagit avec la fameuse opération
00:30:49« Suivez le bœuf ».
00:30:50Les moqueurs remarqueront
00:30:52que l'opération est lancée
00:30:53un vendredi,
00:30:54jour du poisson.
00:30:55Vous feront des chansons.
00:30:57Et l'état
00:30:58qui prend des mesures
00:31:01fait monter
00:31:01un peu plus
00:31:02chaque mois
00:31:06de la vache
00:31:07à cent francs.
00:31:09On en mangeait autant,
00:31:10autant qu'on en voulait,
00:31:11plus qu'il ne fallait
00:31:12à midi au dîner.
00:31:13Dans le café au lait,
00:31:14de la vache à cinq cents francs,
00:31:15c'est déjà plus gênant.
00:31:17Moi,
00:31:17j'en mange en moyenne
00:31:18dix kilos par semaine
00:31:19pour avoir mon content.
00:31:19Je privais les enfants
00:31:20de la vache à mille francs,
00:31:22de la vache à mille francs.
00:31:23Il vaut mieux carrément
00:31:24se gaber d'hortelant
00:31:25et se prier des remards
00:31:26tarpineux de caviar
00:31:26de la vache à deux mille francs.
00:31:28Ce sera pour le jour de l'an.
00:31:29On la mangera trucée
00:31:30sur un grand canapé
00:31:31et on garde le foie gras
00:31:32pour les autres jours du mois
00:31:32de la vache à cinq mille francs.
00:31:34Il y en a certains
00:31:35ou certaines
00:31:36que tout cela
00:31:37amuse beaucoup moins.
00:31:38Tu veux ou tu veux pas ?
00:31:39Nous sommes seulement
00:31:4015 ans après la guerre.
00:31:42Tout le monde ne pense
00:31:42qu'à manger de la viande
00:31:44et la jeune Brigitte Bardot,
00:31:4528 ans,
00:31:46se lance à contre-courante
00:31:47dans l'émission
00:31:48la plus regardée en France.
00:31:50Les méthodes
00:31:51d'abattage d'animaux
00:31:52n'ont pas changé
00:31:53depuis le Moyen-Âge.
00:31:55Exactement.
00:31:56Qu'est-ce qui se passe
00:31:56comme un Moyen-Âge, Brigitte ?
00:31:58Les animaux sont égorgés.
00:32:00On leur coupe la gorge
00:32:02et le sang s'écoule
00:32:04en traînant la mort.
00:32:06Ça dure quelquefois
00:32:07trois, quatre ou cinq minutes.
00:32:09Et pendant ces trois,
00:32:10quatre ou cinq minutes,
00:32:11la bête est vivante
00:32:12et souffle.
00:32:20Comment faire entendre
00:32:22à une France
00:32:22qui perd son goût
00:32:23en maltraitant sa faune
00:32:25comme sa flore
00:32:25que le pays a une histoire ?
00:32:27Que derrière
00:32:28les grandes marques
00:32:29tentent de survivre
00:32:30de petits terroirs ?
00:32:31En ville,
00:32:32on s'inquiète surtout
00:32:33de gagner du temps.
00:32:34Pas vrai,
00:32:35monsieur Elkabach ?
00:32:37Le cordon bleu
00:32:38d'autrefois
00:32:38n'a plus beaucoup de temps.
00:32:40Il travaille,
00:32:41rentre tard
00:32:41et ne consacre pas forcément
00:32:42ses heures de liberté
00:32:43à la cuisine.
00:32:45De mère en fille,
00:32:47les traditions se perdent.
00:32:48Bien que le goût
00:32:49du plat mijoté,
00:32:50bien mitonné
00:32:50reste français,
00:32:51les femmes sauront-elles
00:32:53encore préparer
00:32:53cette bonne cuisine
00:32:54qui rendait heureux
00:32:55leurs invités
00:32:56dès la porte franchie ?
00:32:57Les selles qui faisaient
00:32:59floresse
00:33:00en rap de Dior
00:33:01et sac d'hermès
00:33:02rangées dans le musée Grévin
00:33:04du ciné-club
00:33:06ou le samelévin
00:33:08regrettent d'autant joli
00:33:09du poivre et sel
00:33:11et du bigoudi
00:33:12de ne pas avoir appris
00:33:14à la cuisine
00:33:17qui retient les petits maris
00:33:19qui se débine.
00:33:22Vous savez faire
00:33:23un pigeonneau en papillote ?
00:33:24Oui.
00:33:25Un soufflet de jambon ?
00:33:26Oui.
00:33:27Un roux ?
00:33:27Oui.
00:33:28Une génoise ?
00:33:29Oui.
00:33:30Une croustade de pommes de terre ?
00:33:31Oui.
00:33:32Est-ce que vous savez faire
00:33:33les mêmes plats que votre mère ?
00:33:34Oui,
00:33:35mais ça me dit
00:33:36que je n'aime pas tellement
00:33:36faire la cuisine.
00:33:38Vous voyez,
00:33:38ce soir,
00:33:38c'est du jambon,
00:33:39des pâtes,
00:33:40de la salade.
00:33:41Sinon,
00:33:41il y a des côtes-sauces.
00:33:43On arrive quand même
00:33:43à faire des lentilles.
00:33:44Mais le dimanche,
00:33:45on les gratte un peu plus,
00:33:46on fait la choucroute.
00:33:56Dans les fiches cuisine du magazine Elle,
00:33:59on peut lire les conseils de la chef star,
00:34:01étrangement prénommée Mappy,
00:34:04une sorte de GPS culinaire,
00:34:05mais à l'époque de la yaourtière.
00:34:09Mappy invente les fiches,
00:34:10et ça devient la grande mode.
00:34:12On en trouve à la fin
00:34:13de plein de magazines,
00:34:14et pas seulement en cuisine.
00:34:15Vous vous souvenez
00:34:16des fiches de Monsieur Cinéma,
00:34:17Pierre Tchernia.
00:34:20Mais moi,
00:34:20je suis sans Mappy,
00:34:22et je dois me débrouiller
00:34:23sans fiches
00:34:23pour trouver mon menu.
00:34:25Tiens,
00:34:25si de la solution,
00:34:26c'était...
00:34:27Mais bien sûr !
00:34:29La blanquette de vous !
00:34:35Bonjour, messieurs.
00:34:37Je voudrais une blanquette
00:34:39pour cinq personnes,
00:34:41s'il vous plaît.
00:35:00Deux baguettes,
00:35:00s'il vous plaît, madame.
00:35:08Dans les années 50,
00:35:10ma grand-mère,
00:35:11elle en préparait,
00:35:12elle aussi.
00:35:12Ça lui prenait trois heures,
00:35:14sans compter les courses.
00:35:17Et dans les années 60,
00:35:18c'est 25 minutes,
00:35:19montre en main.
00:35:20Et les restes,
00:35:22on les met dans un petit perroir
00:35:24qu'on range dans le frigo,
00:35:26naturellement.
00:35:27Deuxième plateau,
00:35:28c'est le Gemini.
00:35:29Les Gemini vous paraissent
00:35:30légèrement.
00:35:30En grand,
00:35:31c'est le buffet froid.
00:35:32Le buffet froid,
00:35:33je crois que beaucoup de personnes...
00:35:34Les réunions sont organisées
00:35:36chez les maîtresses de maison
00:35:37par les présentatrices
00:35:38qui effectuent ainsi
00:35:39la démonstration
00:35:41et la vente.
00:35:44Ah !
00:35:45Les réunions tu perroirs,
00:35:47comme disait Tata Giselle.
00:35:50Ça me fait presque
00:35:51comme un nouveau métier.
00:35:52Tu prends une boîte,
00:35:53comme ça,
00:35:54tu pourras remporter
00:35:55une barque de gâteau,
00:35:55chez toi.
00:35:56Tu gardes rôle tu perroirs,
00:35:58c'est pratique pour tes pique-niques.
00:35:59C'est parti.
00:36:14C'est parti.
00:36:18On va partir,
00:36:19on est parti.
00:36:20Sur la route des vacances,
00:36:22on peut désormais s'arrêter manger
00:36:23dans les premiers restaurants d'autoroute
00:36:25fondés par Jacques Borel.
00:36:27Cet industriel
00:36:28qui avait déjà créé Wimpy,
00:36:29première chaîne de fast-food,
00:36:31et les tickets restaurants.
00:36:34Les congés payés,
00:36:35les voyages plus faciles,
00:36:37tout concourt
00:36:38à nous faire découvrir le monde.
00:36:39Et qui dit tourisme,
00:36:40dit aussi curiosité gastronomique.
00:36:43« Monsieur, pourquoi allez-vous
00:36:44en vacances en Espagne ?
00:36:45Faut être tranquille d'abord,
00:36:46pour payer moins cher ensuite.
00:36:48Nous arrivons à trouver
00:36:49des petits restaurants
00:36:50à 1000 francs français par jour.
00:36:521057 francs français par jour !
00:36:53Mais c'est moins bon qu'en France
00:36:55quand même, non ?
00:36:55Comment ?
00:36:57Non.
00:36:57Non.
00:36:58C'est réellement aussi bon.
00:37:00Non, non, Pierre.
00:37:01Vous, commentez pas ça ?
00:37:02Ah, oui.
00:37:03Attends.
00:37:03Plus ça, je suis fier, c'est.
00:37:05Oui, merci.
00:37:06Merci, monsieur.
00:37:07Parfois,
00:37:07le choc culturel est violent.
00:37:09Heureusement,
00:37:10tout s'apprend.
00:37:10Même la dégustation
00:37:12de cet aliment étrange,
00:37:14le spaghetti.
00:37:15Alors, vous regardez
00:37:16comment on mange des pâtes.
00:37:18Vous la tenez bien comme ça,
00:37:20bien verticale.
00:37:22Et alors ?
00:37:23Hein ?
00:37:25Je ne sais pas pourquoi
00:37:26la poignée.
00:37:30Et je chantonne,
00:37:32je chantonne.
00:37:33La nouveauté vient surtout
00:37:34des vagues d'immigration
00:37:35et de la décolonisation.
00:37:37En 1962,
00:37:38circule à Marseille
00:37:39le premier camion à pizza.
00:37:41Dans la foulée,
00:37:42les pizzerias ouvrent
00:37:43un tour de bras
00:37:44dans tout le pays.
00:37:45Et même chez moi,
00:37:46à Flair, dans l'Orne.
00:37:52Puis,
00:37:52c'est au tour
00:37:53des réfugiés espagnols
00:37:54et portugais
00:37:54de rapporter
00:37:55leurs spécialités.
00:38:02Et là aussi,
00:38:03je chantonne,
00:38:04je chantonne.
00:38:09Au même moment,
00:38:10un million de pieds noirs
00:38:11revenus d'Algérie
00:38:12font découvrir
00:38:13le couscous
00:38:14qui devient,
00:38:15on n'a rien de temps,
00:38:16juste après la blanquette
00:38:17de veau,
00:38:18on en parlait,
00:38:19le deuxième plat
00:38:20préféré des Français.
00:38:21Voici le travail terminé.
00:38:22Le meilleur moment est arrivé,
00:38:24celui de la dégustation.
00:38:25Dans une assiette chaude,
00:38:26on verse successivement
00:38:28la semoule,
00:38:28puis les légumes
00:38:29et enfin la viande.
00:38:30Le tout arrosé
00:38:31d'un petit arbois arrosé.
00:38:33Essayer,
00:38:33c'est l'adopter.
00:38:38Chez les voisins,
00:38:39le barbecue
00:38:39n'a pas encore découvert
00:38:41les merguez,
00:38:41mais ça ne saurait tarder.
00:38:43À Paris,
00:38:44en 68,
00:38:45la ville se mélange,
00:38:46se parfume
00:38:47et se transforme
00:38:48aussi vite
00:38:48que les habitudes.
00:38:50Je peux savoir
00:38:51ce que vous êtes
00:38:52en train de manger,
00:38:53là, monsieur ?
00:38:54Je mange un potage
00:38:54péquinois.
00:38:55C'est un potage
00:38:57au nouille chinoise
00:38:58avec du jambon
00:39:00de Paris
00:39:00et des champignons
00:39:02aussi de Paris,
00:39:03mais ça n'empêche pas
00:39:04que c'est un potage
00:39:04chinois
00:39:05et que j'apprécie
00:39:06beaucoup.
00:39:06C'est franco-chinois,
00:39:07c'est exact.
00:39:08Entre deux manifestations
00:39:09et un potage péquinois
00:39:11au jambon de Paris,
00:39:12les étudiants refont le monde
00:39:14dans les cafés
00:39:14du quartier latin
00:39:15ou dans les nouveaux
00:39:16restaurants universitaires.
00:39:18En 68,
00:39:19après la contestation
00:39:21printanière,
00:39:22disparaissent
00:39:22les émissions culinaires
00:39:24à la télé,
00:39:25jugées conservatrices
00:39:26et machistes.
00:39:27Moi, en 68,
00:39:28je suis en CM1
00:39:29à Saint-Georges-des-Groséillers.
00:39:31C'est loin
00:39:31de la rue Soufflot,
00:39:32mais je médite déjà
00:39:33sur ce monde
00:39:34qui change à toute allure.
00:39:36Je n'ai pas encore lu
00:39:37tout Guy Debord,
00:39:38toujours pas d'ailleurs,
00:39:39mais je perçois les choses.
00:39:45Cette décennie
00:39:46nous a libérés,
00:39:48mais un peu assommés aussi.
00:39:52Avec Alain Souchon,
00:39:53on ne va pas tarder
00:39:54à chanter
00:39:54« On est foutus,
00:39:55on mange trop ».
00:39:56Et un célèbre film
00:39:58va dénoncer cela
00:39:59avec force et fracas.
00:40:01Le Festival de Cannes,
00:40:03c'est un film
00:40:03qui ne laissera
00:40:04personne indifférent,
00:40:05paraît-il,
00:40:05qui est présenté ce soir
00:40:06au Festival de Cannes.
00:40:07Voici quelques-uns
00:40:08des qualificatifs
00:40:09que j'ai relevés
00:40:10dans une seule dépêche
00:40:11à propos du film
00:40:12« La grande bouffe »
00:40:13de Marco Ferreri
00:40:14présenté par la France.
00:40:16Ubuesque,
00:40:16rablésien,
00:40:17nihiliste,
00:40:18scatologique,
00:40:18pornographique,
00:40:19trivial,
00:40:19insoutenable,
00:40:20cruel.
00:40:21Ça devrait être
00:40:21un gros succès commercial.
00:40:22Un scandale.
00:40:28Un scandale.
00:40:30Pas contente,
00:40:31la dame.
00:40:32Cette violente satire
00:40:33du consumérisme bourgeois
00:40:34défraie la chronique.
00:40:36On refuse de voir
00:40:37ces 2h15 d'orgie
00:40:38alimentaire et sexuelle
00:40:40tournant au suicide collectif.
00:40:42Il faut dire
00:40:43que l'inquiétude monte
00:40:44tous azimuts,
00:40:45comme si on pressentait
00:40:46les crises à venir.
00:40:47La société,
00:40:48c'est une société
00:40:49où un petit groupe
00:40:52des gens,
00:40:52ils bouffent beaucoup
00:40:54et où
00:40:5690%
00:40:57ils bouffent rien.
00:40:58Alors,
00:40:59j'ai fait du cinéma
00:41:00pour les gens
00:41:02qu'ils bouffent.
00:41:03J'ai pas dit ça,
00:41:04ça l'a dit.
00:41:05Un monsieur
00:41:06qui l'a mettu dans la page.
00:41:07Je veux
00:41:08que les gens
00:41:09qui bouffent beaucoup
00:41:10se regardent
00:41:11dans ce film
00:41:12comme au miroir.
00:41:14On va se bouffer
00:41:14tellement
00:41:15que les 4h
00:41:16on va mourir.
00:41:17Pas tout
00:41:18en bouffant,
00:41:19mais en conséquence
00:41:21de la bouffe
00:41:22on en crève
00:41:23tous un peu
00:41:24de la bouffe.
00:41:24Dans le monde,
00:41:25il y a ceux
00:41:25qui crèvent
00:41:26de ne pas avoir
00:41:26de bouffe
00:41:27et les autres
00:41:27qui crèvent
00:41:27de avoir trop de bouffe.
00:41:29Car tandis que
00:41:30Piccoli et ses acolytes,
00:41:31ses picolites
00:41:32pourrait-on dire,
00:41:33dénoncent la société
00:41:34qui crève
00:41:34de trop bouffer,
00:41:35certains s'inquiètent
00:41:36d'une société
00:41:37qui crève
00:41:37de mal bouffer.
00:41:39Le magazine
00:41:4050 millions
00:41:41de consommateurs
00:41:42est fondé
00:41:42sous la tutelle
00:41:43de l'Institut
00:41:44de la consommation
00:41:45nouvellement créé.
00:42:01Vous savez
00:42:02qu'on vous parle
00:42:02très très souvent
00:42:03du rôle
00:42:03et de l'utilité
00:42:04des consommateurs
00:42:05regroupés en association.
00:42:06Quand on est tout seul,
00:42:07on ne peut rien faire.
00:42:09L'Union fédérale
00:42:10des consommateurs
00:42:11lance
00:42:11l'affaire
00:42:12des colorants.
00:42:14Retentissant
00:42:14scandale alimentaire.
00:42:15Et à chaque fois
00:42:16que la France a peur,
00:42:17on écoute Roger Jickel.
00:42:19Les colorants
00:42:20hors la loi
00:42:21à partir du 1er octobre,
00:42:22en tout cas,
00:42:23en tout cas,
00:42:23pour neuf d'entre eux
00:42:25considérés
00:42:26comme les plus douteux.
00:42:28Un consommateur
00:42:29qui absorbe
00:42:30par exemple
00:42:31une petite quantité
00:42:32de colorants
00:42:33pendant un an
00:42:34et deux ans
00:42:35peut n'avoir
00:42:36aucun effet nocif.
00:42:38Mais il faut prévoir
00:42:39que ces petites doses
00:42:41longtemps répétées
00:42:42et répétées
00:42:42jour après jour
00:42:43pendant toute une vie,
00:42:45peuvent parfois
00:42:46comporter des risques
00:42:47extrêmement insidieux.
00:42:48Je trouve que tout ça
00:42:48est très exagéré.
00:42:50Je me demande
00:42:51si vous n'avez pas
00:42:52un petit peu inconsciemment
00:42:54l'intention
00:42:54de paniquer
00:42:55le consommateur.
00:42:57La polémique
00:42:58prend de l'ampleur.
00:42:59Même les enfants
00:42:59donnent leur avis.
00:43:01Vous achèteriez
00:43:02un sirop
00:43:02qui est par exemple
00:43:04du sirop d'orange
00:43:05et qui est très pâle.
00:43:07Anne,
00:43:07tu en achètes ?
00:43:08Non,
00:43:08parce que
00:43:08ça veut dire
00:43:09que si c'est pâle,
00:43:12il y a moins de colorants
00:43:16tandis que si c'est
00:43:19très coloré,
00:43:20ça veut dire
00:43:22qu'il y a beaucoup
00:43:23de colorants.
00:43:24Moi, je trouve
00:43:25que c'est nécessaire
00:43:26les colorants dans
00:43:27les bonbons
00:43:27parce qu'on voit
00:43:30qu'elle part
00:43:30fraison.
00:43:32Thierry ?
00:43:32Moi, je trouve
00:43:33que c'est pas nécessaire
00:43:33parce que bien souvent
00:43:35sur le papier
00:43:35c'est marqué
00:43:38cerise ou cerise
00:43:39c'est marqué dessus.
00:43:41T'as qu'à dire
00:43:41sur le papier.
00:43:42T'as qu'à dire
00:43:43sur le papier.
00:43:43La vérité sort
00:43:44de la bouche
00:43:45des crôneurs.
00:43:46En France et en Europe,
00:43:47des organismes juridiques
00:43:49sont créés.
00:43:49Des étiquettes nutritionnelles
00:43:51apparaissent
00:43:52sur les emballages.
00:43:53La technique UHT
00:43:54se diffuse
00:43:55et le label rouge
00:43:56qui protégeait
00:43:57déjà la viande
00:43:57s'étend aux volailles
00:43:59et développe
00:44:00sa notoriété.
00:44:02Alors, quand on le mange,
00:44:04il a le bon goût
00:44:05du poulet élevé
00:44:06en liberté.
00:44:07Seulement, voilà,
00:44:09il faut l'attraper
00:44:09l'animal.
00:44:10Garanti par le label rouge,
00:44:12le poulet des Landes,
00:44:12c'est du poulet
00:44:13comme avant.
00:44:14Est-ce une réaction
00:44:15à cette méfiance
00:44:16généralisée ?
00:44:17Les nouveaux canons
00:44:18de beauté
00:44:19sont minces,
00:44:20très minces,
00:44:21maigres même.
00:44:22David Bowie,
00:44:23Jane Birkin,
00:44:24la mode
00:44:25est à la brindille.
00:44:26Alors, dans les foyers français,
00:44:28c'est régime pour tout le monde.
00:44:29Les régimes pour maigrir
00:44:31prennent une place
00:44:32de plus en plus importante
00:44:33dans la vie des français.
00:44:34Journaux, revues médecins,
00:44:35tout le monde donne
00:44:36des recettes miracles
00:44:37et dans la rue,
00:44:38chaque français
00:44:38a un truc
00:44:39pour garder l'aide.
00:44:40Alors, qu'est-ce que vous faites
00:44:41comme régime ?
00:44:42Ben, je fais attention
00:44:43à ce que...
00:44:43J'ai fait attention
00:44:44à manger...
00:44:46Je fais, disons,
00:44:47attention à ce que je mange, quoi.
00:44:49Oh, pour moi,
00:44:50ce sera une carotte râpée,
00:44:54une grillade sans sel.
00:44:56Le cassoulet est bien.
00:44:57Non, non, non,
00:44:58je vous remercie,
00:44:59je suis au régime.
00:45:00Oh, le rizou...
00:45:02Oh, oh, oh, oh,
00:45:04c'est une exception
00:45:04pour une fois, là.
00:45:06Mais le cassoulet
00:45:07est très, très bien.
00:45:08Je veux une carotte râpée !
00:45:10On ne veut plus du gros.
00:45:12C'est encore plus vrai
00:45:13pour les femmes, peut-être.
00:45:14Alors, c'est surtout
00:45:14pour les femmes.
00:45:15Se sentant très inconsciemment,
00:45:18absolument contestée
00:45:19dans sa signification même
00:45:20de femme,
00:45:21ne sachant plus
00:45:22ce qu'elle doit être,
00:45:23elle veut ressembler
00:45:24à ce qu'il est de bon ton d'être.
00:45:26Monsieur,
00:45:27comment préférez-vous
00:45:28les femmes ?
00:45:28Un peu rondes ou minces ?
00:45:30Mince.
00:45:32Mince.
00:45:32Et pour ce faire,
00:45:33si elles prennent
00:45:34deux ou trois kilos,
00:45:35est-ce que vous êtes
00:45:35partisans d'un régime ?
00:45:37Oui, d'un régime.
00:45:38Ah !
00:45:39Et vous allez supporter
00:45:41éventuellement
00:45:42que votre femme
00:45:43ne fasse plus la cuisine
00:45:44parce qu'elle ne mangera
00:45:45que des grillades ?
00:45:46Ah non !
00:45:47Je préfère qu'elle fasse
00:45:48la cuisine.
00:45:49Ah bon ?
00:45:50C'est-à-dire qu'elle fera
00:45:50la cuisine pour vous
00:45:51avec les plats en sauce
00:45:52et elle ne mangera
00:45:53qu'un oeuf dur ?
00:45:53Oui, voilà.
00:45:54En hiver,
00:45:56on peut être comme ça,
00:45:57c'est pas grave.
00:45:58Non.
00:45:58Au printemps,
00:45:59avec le soleil,
00:46:00les vêtements légers,
00:46:01il faut mieux être comme ça.
00:46:02Ben oui, c'est ça.
00:46:03Il faut être mince.
00:46:04Voilà.
00:46:05Être mince,
00:46:06on n'a plus que ce mot
00:46:07à la bouche.
00:46:08En France,
00:46:09comme dans le reste du monde,
00:46:10les nouveaux régimes
00:46:11se multiplient
00:46:12comme des biscottes
00:46:13sans sel.
00:46:13On a le choix
00:46:14entre le régime
00:46:15Weight Watchers,
00:46:16célèbre programme
00:46:17de discussion nutritionnelle
00:46:19né à New York.
00:46:20Ah, ça veut dire
00:46:20que vous avez perdu
00:46:21plus de 10 kilos.
00:46:22Le régime Ducan
00:46:23à base de protéines,
00:46:24le régime Atkins
00:46:26sans glucides,
00:46:27le régime Hollywood
00:46:29qui mise sur le pamplemousse.
00:46:31Même Jackie Sardou,
00:46:32pas franchement une brindille,
00:46:34accepte de s'y mettre
00:46:35avec une petite pique politique
00:46:37au passage.
00:46:38On va passer à celui d'à côté
00:46:38qui est le régime Mayo.
00:46:40Là, il n'y a plus rien.
00:46:42Là, il y a deux oeufs.
00:46:44Plus on va à gauche,
00:46:45moi, il y a à bouffer.
00:46:46C'est la misère, dis donc.
00:46:49Dans les supermarchés,
00:46:50on voit apparaître
00:46:51les premiers rayons 0%
00:46:53remplis de produits allégés.
00:46:55Il s'agit surtout de boissons,
00:46:57mais aussi de yaourts
00:46:59et de fromages frais aux fruits.
00:47:00Répondant à la demande
00:47:01sans cesse croissante
00:47:02de ceux qui veulent
00:47:03consommer léger,
00:47:05ils commencent à s'implanter
00:47:06sérieusement,
00:47:06surtout en grande surface.
00:47:15Taille-fine, j'ai refait ?
00:47:16Pour rester mince
00:47:17sans vous priver.
00:47:21Sans vous le dire tout de suite,
00:47:22notre film va vous couper l'appétit.
00:47:25200 substances ont obtenu
00:47:26l'autorisation d'être mêlées
00:47:28à nos aliments.
00:47:29Soit pour les colorer,
00:47:31soit pour les conserver,
00:47:33soit même pour améliorer
00:47:34leur goût.
00:47:35Que mangerais-vous,
00:47:35vous avez dit, hein ?
00:47:37Faites pas tout le pain ?
00:47:39Avec un colorant ?
00:47:40Un stabilisant ?
00:47:41Un émulsifiant ?
00:47:42Un conservateur ?
00:47:43Ça vous fait peur,
00:47:45actuellement,
00:47:45la nourriture que l'on donne ?
00:47:47Ah oui.
00:47:49Ah oui, la nourriture
00:47:50est tellement fralatée,
00:47:51tellement chimiquée.
00:47:52Il faut quand même
00:47:53admettre
00:47:54que depuis,
00:47:56disons un an,
00:47:58en tout cas plusieurs mois,
00:47:59les gens sont maintenant
00:48:01stressés,
00:48:02ils ont peur
00:48:03quand ils mangent.
00:48:05Tout cela ne suffit pas
00:48:06pour rassurer les Français
00:48:08qui n'ont plus confiance
00:48:09et cherchent des alternatives
00:48:10pour mieux consommer.
00:48:12Ils découvrent alors
00:48:13les magasins dits diététiques
00:48:15et une nouvelle technique
00:48:16de production
00:48:17qui fait une apparition remarquée,
00:48:19le bio.
00:48:21Comment est-ce que vous appelez
00:48:22les produits que vous vendez ici ?
00:48:24Des produits naturels.
00:48:25C'est-à-dire ?
00:48:26C'est-à-dire sans colorant,
00:48:28sans produits chimiques,
00:48:30sans conservateurs.
00:48:31Et vous achetez quoi,
00:48:32spécifiquement ?
00:48:32Eh bien, du pain,
00:48:34des gâteaux.
00:48:35Oh, j'achète des oeufs,
00:48:37des yaourts,
00:48:38du beurre,
00:48:40du fromage,
00:48:41de l'hydromel
00:48:42que mon mari aime beaucoup.
00:48:45Et vous avez l'impression
00:48:46que l'alimentation habituelle
00:48:47des gens maintenant
00:48:48est très novègue.
00:48:49Elle est infâme.
00:48:50Elle est infâme.
00:48:52Pourtant, on a l'impression
00:48:53généralement
00:48:53que ces aliments
00:48:54dits naturels
00:48:55n'ont pas le même aspect,
00:48:57la même vision.
00:48:58Mais heureusement, monsieur.
00:48:59Heureusement.
00:48:59Ils sont plus laids.
00:49:00Mais exactement,
00:49:01c'est nécessaire.
00:49:01pour vraiment avoir
00:49:02envie de les acheter.
00:49:03Oui, oui.
00:49:04Il faut avoir envie
00:49:04de les goûter.
00:49:05Après, c'est gagné.
00:49:09Le vert
00:49:10et la couleur à la mode.
00:49:12Tout le monde s'y met,
00:49:13y compris la télé.
00:49:17La vie en vert
00:49:18est allée rendre visite
00:49:18au jardinier amateur
00:49:19le plus célèbre de France,
00:49:21Louis de Funès.
00:49:22Louis de Funès
00:49:23qui nous a reçus
00:49:23dans son potager.
00:49:26Vous avouerez
00:49:27qu'on mange
00:49:28un petit peu
00:49:28n'importe quoi.
00:49:29Pas du tout.
00:49:31Comme beaucoup de Français,
00:49:32parce que maintenant,
00:49:33ça se généralise
00:49:33de plus en plus.
00:49:34Je cultive
00:49:35depuis déjà,
00:49:36je suis en deuxième année,
00:49:37je cultive
00:49:37tout mon potager,
00:49:38tout mon jardin,
00:49:39mon verger
00:49:39en culture biologique.
00:49:41C'est-à-dire
00:49:41qu'il n'y a aucun
00:49:42engrais chimique,
00:49:43aucun herbicide
00:49:45et aucun insecticide.
00:49:48Bonne salade.
00:49:54Louis de Funès
00:49:55est désormais
00:49:55bien loin
00:49:56du salon des arts ménagers.
00:49:58Aux côtés de Coluche,
00:49:59il jette de l'huile
00:50:00sur le feu
00:50:00avec un film prophétique
00:50:02au succès immédiat
00:50:03L'aile ou la cuisse.
00:50:04Le sujet,
00:50:05c'est la gastronomie.
00:50:05Vous êtes le président
00:50:06d'un guide célèbre.
00:50:08Le guide comment ?
00:50:09Le guide du chemin.
00:50:10Oui, très bien.
00:50:11Il n'y a aucune allusion
00:50:12à la coque ce soit ?
00:50:12Aucune.
00:50:13Et vous luttez
00:50:13contre un monsieur
00:50:14qui fait de la restauration
00:50:15à l'autoroute
00:50:16qui s'appelle
00:50:17Tricatel.
00:50:18Oui.
00:50:19Aucune allusion.
00:50:20Aucun algérien.
00:50:21Rien du tout.
00:50:22Tricatel.
00:50:27Contre la cuisine
00:50:28d'autoroute
00:50:28de Tricatel
00:50:29alias Jacques Borel,
00:50:31des voix vont s'élever
00:50:32et en premier lieu
00:50:33dans le monde
00:50:34de la gastronomie.
00:50:39Et en famille,
00:50:40on ne s'y trompe pas,
00:50:41on sent venir
00:50:41sous nos doigts
00:50:42l'inspiration
00:50:43des grands chefs.
00:50:45de funès
00:50:46comme tous les grands
00:50:47avaient un sens
00:50:48exceptionnel du tempo.
00:50:49En cuisine aussi,
00:50:50c'est essentiel.
00:50:51Admirez la souplesse
00:50:52du poignet,
00:50:53la précision du tranchant,
00:50:55la découpe impeccable
00:50:56du veau.
00:50:59Je mériterais
00:51:00trois étoiles
00:51:01dans le guide du chemin,
00:51:02non ?
00:51:02Je ne sais pas,
00:51:03peut-être, oui,
00:51:04ça fait effectivement,
00:51:05ce n'est pas faux,
00:51:05sans doute.
00:51:08En cuisine,
00:51:10les chefs ont flairé
00:51:11le tournant
00:51:11de l'histoire
00:51:12et Bernard Pivot
00:51:13ne s'y trompe pas.
00:51:15Bonsoir à tous,
00:51:16il y a eu
00:51:17la nouvelle vague,
00:51:18le nouveau roman,
00:51:19le cinéma nouveau,
00:51:21il y a maintenant
00:51:21le nouveau contrat social,
00:51:23la nouvelle gauche,
00:51:24la nouvelle action française,
00:51:25il y a aussi
00:51:25le nouvel observateur,
00:51:27le nouvel économiste,
00:51:29le nouveau Créteil,
00:51:30etc.
00:51:31On dit même
00:51:31que depuis la fin
00:51:32de l'RTF,
00:51:32il y a la nouvelle télévision.
00:51:33Et puis voici
00:51:34la nouvelle cuisine française.
00:51:35À l'origine
00:51:36de cette révolution,
00:51:38Henri Gau
00:51:38et Christian Millot,
00:51:39qu'on appelle déjà
00:51:40Gau et Millot
00:51:41en un seul mot
00:51:42comme leur guide.
00:51:43En présence
00:51:44d'un certain
00:51:44Paul Bocuse
00:51:45qui leur fait découvrir
00:51:46la cuisson al dente
00:51:48des haricots,
00:51:48ce tandem devenu
00:51:50rapidement célèbre
00:51:51tout autant que
00:51:51Stone et Chardin
00:51:52édicte les principes
00:51:54de la nouvelle cuisine.
00:51:55La nouvelle cuisine,
00:51:56c'est une cuisine
00:51:56qui est généralement
00:51:57faite avec des produits
00:51:58moins cuits,
00:51:59des produits qui sont
00:52:00plus distincts
00:52:01les uns des autres
00:52:02comme je disais tout à l'heure
00:52:03où les goûts sont nets,
00:52:05où les sauces
00:52:05sont aussi légères.
00:52:07C'est une cuisine
00:52:08qui est inventive.
00:52:09On peut toujours dire
00:52:09que tout a été inventé,
00:52:10ça n'est pas vrai.
00:52:12Une révolution
00:52:12qui n'est pas flagrante
00:52:13pour tout le monde.
00:52:14Quand on me parle
00:52:15de sauce légère,
00:52:17ça a toujours existé.
00:52:18Quand on me parle
00:52:19de légumes peu cuits,
00:52:21toujours existé.
00:52:22Nous ne vivons plus
00:52:23en 1976
00:52:24comme nos grands-parents
00:52:26avant la guerre,
00:52:27ça n'est pas vrai.
00:52:28Ce que nous reprochons
00:52:29à ce style de cuisine
00:52:30emphatique,
00:52:31un peu comme
00:52:31à cette peinture charmante,
00:52:33c'est de trop en faire,
00:52:34de trop en mettre.
00:52:35Trop de beurre,
00:52:36trop de crème.
00:52:37Alors Courtine,
00:52:38votre avis là-dessus ?
00:52:38Pour moi,
00:52:39c'est un gadget publicitaire.
00:52:40C'est tout.
00:52:41Vous comprenez ?
00:52:41Il y a deux choses.
00:52:42Il y a deux cuisines,
00:52:43la bonne et la mauvaise.
00:52:44Paul Bocuse,
00:52:44vous vous placez
00:52:45sous la serviette
00:52:46de la nouvelle cuisine française.
00:52:46Je pense que la nouvelle cuisine française
00:52:48aujourd'hui,
00:52:49c'est une chose,
00:52:50un état d'esprit.
00:52:51Maintenant,
00:52:51la cuisine,
00:52:51elle appartient au cuisinier.
00:52:53Un cuisinier,
00:52:54avant,
00:52:54était un domestique.
00:52:55Et aujourd'hui,
00:52:56nous sommes les patrons,
00:52:56nous sommes les relations publiques,
00:52:58nous allons dans la salle.
00:52:59Et donc,
00:52:59en faisant notre cuisine,
00:53:01on la fait comme on la pense,
00:53:02on n'est plus dirigé par quelqu'un
00:53:03et on fait donc
00:53:04cette nouvelle cuisine d'aujourd'hui.
00:53:06Voilà vos coquets Saint-Jean.
00:53:08Oh, c'est joli,
00:53:09c'est très joli ça,
00:53:10Monsieur Saint-Grince.
00:53:13Quelle couleur.
00:53:14Et quelle odeur.
00:53:16Les chefs ne se contentent plus
00:53:18d'interpréter
00:53:18les partitions classiques
00:53:19de leurs ancêtres.
00:53:20Ils créent,
00:53:21sortent de l'anonymat
00:53:22et passent du côté de la lumière.
00:53:26En 1976,
00:53:28les frères Trois-Gros,
00:53:29qui en fait ne sont que deux,
00:53:30signent le retour de la cuisine
00:53:32à la télévision
00:53:33après huit ans d'absence
00:53:34avec l'émission
00:53:36La Grande Cocotte.
00:53:37A leur côté,
00:53:38on trouve d'autres futurs grands noms
00:53:40comme Alain Sandrins,
00:53:43Alain Chapelle
00:53:44et un petit nouveau
00:53:45qui fait une entrée fracassante
00:53:47sur la scène culinaire,
00:53:48le chantre de la cuisine minceur,
00:53:51envoyer les violons.
00:54:02Michel ?
00:54:03Il s'appelle
00:54:05Michel Guérard
00:54:06et il est devenu
00:54:07en très peu de temps
00:54:08une vraie star
00:54:09du petit écran.
00:54:11Michel Guérard
00:54:12qui est là
00:54:12avec deux livres
00:54:13dans la cuisine minceur
00:54:14et la cuisine gourmande.
00:54:15C'est pas contradictoire ?
00:54:16Absolument pas, non ?
00:54:17C'est toujours de la cuisine.
00:54:21Bonjour Michel.
00:54:22Bonjour Anne-Marie.
00:54:23Je suis contente,
00:54:24nous allons faire du poisson aujourd'hui.
00:54:26Oui.
00:54:26Ça a manqué d'idées un petit peu.
00:54:27Alors nous allons mettre également
00:54:29du beurre là-dessus
00:54:30pour nourrir le poisson
00:54:31pendant la cuisson.
00:54:32Mais enfin c'est léger.
00:54:34Ah oui, on s'est très très léger.
00:54:35Vous allez voir, c'est...
00:54:36Comment vous disiez ?
00:54:37Légèreté, simplicité, audace.
00:54:39La nouvelle cuisine fait éclater les dogmes
00:54:41et ouvre un nouveau champ de créativité.
00:54:44Anne-Marie Pesson est contente.
00:54:46Ah oui.
00:54:47Ah bien.
00:54:48Extrêmement simple,
00:54:49extrêmement léger.
00:54:50Eh bien, je crois que nous allons bien
00:54:52nous en souvenir de celui-là.
00:55:00A l'Elysée, le président Valéry Giscard d'Estaing
00:55:03se glisse avec agilité
00:55:05dans les atours de cette nouvelle cuisine.
00:55:08Il dit au revoir.
00:55:10Au plat en sauce de l'Elysée,
00:55:12découvre le saumon à l'oseille
00:55:14des frères Trois-Gros.
00:55:21Il clame partout sa passion
00:55:24pour la fameuse soupe aux truffes VGE
00:55:26signée Paul Bocuse
00:55:27qu'il décore de la Légion d'honneur.
00:55:30Bocuse, pas la soupe.
00:55:31Plus que jamais,
00:55:32la cuisine devient aussi affaire de communication.
00:55:35Elle fait son entrée
00:55:36dans les pages sérieuses de la presse
00:55:38et le président décide de s'inviter
00:55:40à dîner chez les Français
00:55:41pour partager leur table
00:55:42puisqu'il veut, comme il dit,
00:55:44« J'ai regardé dans les yeux. »
00:55:47Le temps de votre mari vous a dit
00:55:48« Le président de la République
00:55:49va venir dîner à la maison.
00:55:51Quelle a été votre première réaction ? »
00:55:53Vous n'avez pas eu une réaction de panique ?
00:55:55« Ah oui, j'ai paniqué beaucoup.
00:55:59Ce qui vient à l'esprit tout de suite,
00:56:00c'est l'organisation avec le menu. »
00:56:02« Alors, quel était le menu ? »
00:56:04« Ah, le menu. »
00:56:07Il y avait un bar
00:56:08avec une sous-mousseline,
00:56:12une côte de bœuf
00:56:13avec une garniture de tomates,
00:56:16de cressons naturellement
00:56:17et de jardinière de légumes.
00:56:23Vous l'appeliez Monsieur le Président
00:56:24ou Monsieur simplement ?
00:56:26Monsieur le Président,
00:56:28parfois Monsieur.
00:56:29C'est très long de dire Monsieur le Président.
00:56:33« Tu sais que la conscience ne veut plus monter le courrier ? »
00:56:35« Dans la vraie vie,
00:56:38la cuisine light façon Giscard ou Guérard
00:56:41n'est pas encore à l'honneur. »
00:56:43« Ah oui, mais c'est comme le sourire.
00:56:45Son amie qu'une tête,
00:56:46mais c'est tellement bon ! »
00:56:48Les foyers français fortement touchés
00:56:50par les chocs économiques
00:56:51n'ont pas accès à ces extases gustatifs.
00:56:55« C'est de la blanquette ça, hein ? »
00:56:58« C'est la première fois que t'en fais, non ? »
00:56:59« Non, on trouve plutôt des macros
00:57:01sans queue ni tête
00:57:01mais en boîte
00:57:02ou du riz lustu cru incollable. »
00:57:06« Très bon ! »
00:57:07« Si un jour tu refais de la blanquette,
00:57:08remarque que t'es pas obligé,
00:57:09le riz, tu le fais pareil. »
00:57:20Et le plaisir dans tout ça.
00:57:22On ne nous avait pas dit
00:57:23que les années 70
00:57:25y seraient consacrés,
00:57:26mais entre la diète pour les uns
00:57:29et la hausse des prix pour les autres,
00:57:31les années 70
00:57:32sont vite oubliées
00:57:34pour la majorité des Français.
00:57:36Comment chérir la joie de vivre
00:57:38et la liberté
00:57:39en surveillant les matières grasses
00:57:42et l'origine contrôlée ?
00:57:44La nouvelle cuisine
00:57:46essaie de s'y atteler
00:57:47mais pour la plupart des gens,
00:57:48on attend une lueur d'espoir.
00:57:53Coulomiers, Époisses,
00:57:56Bleu d'Auvergne, Beaufort,
00:57:58Livareau, Reblochon,
00:58:00Abondance, Montdor,
00:58:02Crotin de Chavignol,
00:58:05Chabichoux du Poitou,
00:58:07Pyrénées de Brobis,
00:58:09Vacherin du Haut-Douz,
00:58:11Camembert, Saint-Nectaire,
00:58:14Saint-Paulin,
00:58:15Sous-Maintrain,
00:58:16Roux de Brie,
00:58:17Tête de Moine,
00:58:18Mimolette,
00:58:19Boursin,
00:58:20avec,
00:58:21avec,
00:58:2260%
00:58:23de matière grasse.
00:58:30Pardon.
00:58:343, 2, 1,
00:58:37François Mitterrand
00:58:38est élu président
00:58:39de la République.
00:58:40En 1981,
00:58:42un événement considérable
00:58:43secoue la France.
00:58:44Je suis étudiant
00:58:45en lettres à Caen
00:58:46et je viens de réaliser
00:58:47mon premier riolé.
00:58:49La France ne sera plus
00:58:51jamais la même.
00:58:52Accessoirement,
00:58:53la gauche accède au pouvoir
00:58:54pour la première fois
00:58:55dans la Ve République.
00:58:56François Mitterrand
00:58:57fête l'événement
00:58:58autour de charcuteries,
00:59:00de pâtés forestiers,
00:59:01de foie gras.
00:59:02On n'est pas au Fouquet's,
00:59:03mais au Vieux Morvan,
00:59:04à Château-Chinon.
00:59:06L'histoire ne dit pas
00:59:07s'il y avait du riz au lait
00:59:08ou pas.
00:59:10La phrase consacrée à l'époque
00:59:11est qu'avec Mitterrand,
00:59:13les travailleurs et les ouvriers
00:59:14entrent à l'Elysée.
00:59:16On aurait dû rajouter
00:59:17la cuisine du terroir.
00:59:19Dans les cuisines du président,
00:59:20c'est Daniel Mazé-Delpe,
00:59:22paysanne d'origine périgourdine,
00:59:24qui prend le pouvoir.
00:59:27À la télévision,
00:59:28Michel Oliver,
00:59:29le fils de Raymond,
00:59:30reprend le flambeau de son père
00:59:32en compagnie de Christian Morin.
00:59:34C'est un pull littéralement
00:59:37imbattable.
00:59:38Bonjour.
00:59:39Vous le savez,
00:59:40tous les mois,
00:59:41toutes les 4 semaines exactement,
00:59:42avec Christian Morin,
00:59:43nous vous présentons
00:59:44une nouvelle émission
00:59:45qui est destinée
00:59:47aux jeunes.
00:59:48Moi, au soir du 10 mai 1981,
00:59:51j'étais enthousiaste.
00:59:52Mon oncle Marcel m'avait dit
00:59:53« C'est pas sûr,
00:59:54il faut attendre demain
00:59:55vraiment les résultats. »
00:59:57Il n'y avait pas tort.
00:59:58Les lendemains déchantent.
00:59:59Une partie de la gauche
01:00:00devient un caviar,
01:00:01tandis que l'inflation
01:00:02s'installe vertigineuse.
01:00:06Au cinéma,
01:00:07cette crise inspire.
01:00:09Déjà,
01:00:09le Père Noël
01:00:10était une ordure.
01:00:11Josette SDF
01:00:12mangeait des huîtres
01:00:13chez Thérèse
01:00:14dans les beaux quartiers.
01:00:15Les doux-bichoucs
01:00:16avaient un goût amer.
01:00:18Dans la vie
01:00:18et un long fleuve tranquille,
01:00:19les Lequenois
01:00:20soupent en silence
01:00:21à côté de la famille Groseille.
01:00:23Les inégalités se creusent.
01:00:28Nous avons rencontré
01:00:29des gérants de cantine
01:00:30qui augmentent les doses
01:00:32le jeudi
01:00:33et le lundi
01:00:34parce que les enfants
01:00:35ne sont pas assez nourris
01:00:36pendant les jours de congé.
01:00:38On entend aussi
01:00:39les mots « aide »,
01:00:40« protection »
01:00:40et « revenu minimum »
01:00:42et des initiatives
01:00:43solidaires sont lancées.
01:00:45La seule chose
01:00:45que je peux vous dire,
01:00:46M. Nipperand,
01:00:47je vous en profite
01:00:47de vous avoir
01:00:47parce que je suis fier
01:00:48d'être là.
01:00:49Daniel Balavoine,
01:00:50connu pour ses revendications politiques
01:00:51et ses coups de gueule médiatiques,
01:00:53est le premier en 1983
01:00:55à avoir interpellé
01:00:57les patrons de Grande Surface
01:00:58et le gouvernement
01:00:59pour créer une banque alimentaire.
01:01:02Lettre morte.
01:01:03Les politiques font la sourde oreille.
01:01:05Deux ans plus tard,
01:01:07un autre chanteur engagé
01:01:08retentent le coup
01:01:10sans trop y croire.
01:01:12Jean-Louis Châtard
01:01:13et Gérard Grandjean,
01:01:15sur la musique
01:01:16de Pierre Bénichoux
01:01:17et Marie Grospierre,
01:01:18misère.
01:01:19Vous voulez créer
01:01:20un restaurant ?
01:01:21C'est un local
01:01:22dans lequel on va
01:01:23travailler à la nourriture
01:01:25et on la distribuera
01:01:26à des gens
01:01:26qui ne font que pas sèche.
01:01:29Du 21 décembre
01:01:30au 21 mars,
01:01:31on espère
01:01:32distribuer
01:01:33200 000 repas
01:01:34par jour
01:01:34en France.
01:01:35Au total,
01:01:36l'hiver 1985,
01:01:37ce sont 8,5 millions
01:01:39de repas
01:01:40qui seront distribués.
01:01:42On s'est dit
01:01:43que ce n'était pas normal
01:01:44que dans un pays
01:01:45de bouffe
01:01:46comme la France,
01:01:48des gens manquent
01:01:48de nourriture.
01:01:49Merci beaucoup,
01:01:50Coluche.
01:01:51Merci de votre initiative.
01:01:52Merci à vous.
01:01:52Et bravo.
01:01:53Vous m'entendez maintenant.
01:01:54Ça marche.
01:01:56On pensait
01:01:56que les restos du cœur
01:01:57ne dureraient
01:01:58qu'un grand soir.
01:01:5934 ans plus tard,
01:02:01ils sont encore là
01:02:01et distribuent
01:02:02130 millions
01:02:03de repas
01:02:04chaque hiver.
01:02:05Quelle misère.
01:02:06La fracture sociale
01:02:07s'installe en France.
01:02:08Qu'à cela ne tienne,
01:02:09l'industrie alimentaire
01:02:10lance les premiers
01:02:11supermarchés.
01:02:12Aide l'épicier,
01:02:13Lidl et Liderpreis.
01:02:15Le Hard Discount.
01:02:16Rien à voir
01:02:17avec le journal du Hard
01:02:18de Canal+.
01:02:18Non,
01:02:19ces magasins permettent
01:02:20plutôt la démocratisation
01:02:21de certains produits
01:02:22de luxe.
01:02:23Au moment des fêtes,
01:02:24ces nouveaux magasins
01:02:26proposent champagne,
01:02:27saumon fumé,
01:02:28foie gras
01:02:28à des prix
01:02:29qu'on n'espérait même pas.
01:02:31Les nouvelles exigences
01:02:33sont claires.
01:02:34Le consommateur
01:02:35veut gagner du temps
01:02:36tout en se régalant.
01:02:37Un défi
01:02:38pour les industriels
01:02:39qui vont toquer
01:02:40à la porte
01:02:40des grands chefs.
01:02:41Ces nouvelles stars
01:02:42pour rendre
01:02:43la nouvelle cuisine
01:02:44plus accessible,
01:02:45plus facile à préparer.
01:02:47Et c'est comme
01:02:48un mercato footballistique.
01:02:50Sandrin se joue
01:02:51chez Carrefour,
01:02:52Robuchon intègre
01:02:53Fleury-Michon
01:02:54et Gérard signe
01:02:55plusieurs saisons
01:02:56chez Fendus.
01:02:59Je l'ai fait sciemment
01:03:00parce que je pense
01:03:00qu'un cuisinier
01:03:02doit aller au-delà
01:03:04des plats qu'il fait
01:03:05pour une certaine élite.
01:03:07Et chez William Sorin,
01:03:09une choucroute sous vide
01:03:10vous propose
01:03:10de dîner avec Paul
01:03:12Brocuse.
01:03:13J'ai conçu 12 recettes
01:03:14de notre cuisine régionale.
01:03:15Les voilà.
01:03:17Ces recettes,
01:03:17vous les trouverez
01:03:18au rayon frais
01:03:19des meilleurs magasins.
01:03:20Alors bon appétit
01:03:21à tous.
01:03:24On a un dîner.
01:03:25Bon, pas de panique.
01:03:27Avec moi,
01:03:28le micro-ondes Philips,
01:03:29tout va s'arranger.
01:03:30Pas de temps à perdre,
01:03:31c'est le mot d'ordre
01:03:32de l'époque.
01:03:33Le nouveau maître de maison
01:03:35a une voix virile
01:03:36et rassurante
01:03:36et il est doté
01:03:37d'une minuterie.
01:03:38Il est ultra moderne.
01:03:48Les micro-ondes
01:03:50sont parmi nous.
01:03:51A la fin des années 80,
01:03:53les boutiques
01:03:53d'électroménagers
01:03:54regorgent de fours
01:03:56à micro-ondes.
01:03:57L'engin fait encore
01:03:58un peu peur à certains
01:03:59et coûte très cher
01:04:00mais il trouve tout de même
01:04:01sa place
01:04:02dans plus de 20%
01:04:03des foyers.
01:04:04Et même l'élite
01:04:05s'y intéresse.
01:04:06Après le couple
01:04:07hypermarché-frigo,
01:04:09célébrons le mariage
01:04:10du micro-ondes
01:04:11et du chef étoilé.
01:04:15Pour la mère de famille,
01:04:16c'est bientôt une nécessité.
01:04:18Pour nourrir
01:04:18sa petite famille,
01:04:19elle passe 20 minutes
01:04:21montre-main par jour
01:04:22pour les deux repas
01:04:23et 20 minutes
01:04:24par semaine
01:04:24pour faire les courses.
01:04:26Un coup d'œil
01:04:26dans sa cuisine,
01:04:27vous y découvririez
01:04:28beaucoup de conserves,
01:04:29des pâtes,
01:04:30des pizzas surgelées,
01:04:31des saucisses de Strasbourg,
01:04:33des soupes en poudre,
01:04:34du lait UHT.
01:04:34C'était simple,
01:04:36il fallait y penser.
01:04:37Vous trouvez que c'est
01:04:38du temps perdu
01:04:39de faire la cuisine ?
01:04:40Faire la cuisine,
01:04:41oui, je trouve
01:04:42que c'est du temps perdu.
01:04:43Parce qu'on passe
01:04:43trois heures
01:04:45pour faire un repas
01:04:46qui engloutit
01:04:47en un quart d'heure,
01:04:48même pas avec les enfants,
01:04:49c'est 10 minutes
01:04:50et puis ils se lèvent
01:04:51de table tout le temps.
01:04:52Je trouve que c'est
01:04:52vraiment du temps perdu.
01:04:54Je crois, si vous voulez,
01:04:55c'est pour ça que j'ai
01:04:56remercié Christine
01:04:57de bien vouloir nous parler,
01:04:58c'est qu'il y a
01:04:58beaucoup de femmes
01:04:59qui pensent ça,
01:05:00il y a beaucoup de femmes
01:05:00qui font comme ça
01:05:01mais qui n'osent pas le dire
01:05:02parce qu'en France,
01:05:03on n'a pas le droit de dire
01:05:04quand on est une mère de famille
01:05:05qu'on n'aime pas faire la cuisine.
01:05:06Un tabou que Simone de Beauvoir
01:05:08continue à combattre.
01:05:09L'autre jour,
01:05:10dans France Soir,
01:05:11il y avait une femme
01:05:12qui s'exprimait
01:05:12avec beaucoup de violence
01:05:13en disant
01:05:14je rentre
01:05:14pour préparer le déjeuner
01:05:15des enfants,
01:05:16je leur fais cuire leurs légumes,
01:05:17je leur donne ensuite
01:05:18un morceau de viande à manger,
01:05:19après ça,
01:05:20ils s'en vont,
01:05:20mon mari rentre après,
01:05:21lui, il veut voir la télévision,
01:05:23il faut que je lui apporte
01:05:23sa nourriture sur un plateau
01:05:24et au milieu de tout ça,
01:05:25moi j'ai juste le temps
01:05:26de manger debout comme ça
01:05:27ce qu'il se trouve dans les casseroles.
01:05:29Moi, pendant ce temps-là,
01:05:31je balance mon veau
01:05:34sans précipitation.
01:05:35Il faut que ça mijote
01:05:37doucement.
01:05:44Fin des années 80,
01:05:46au contraire,
01:05:46ça s'accélère encore,
01:05:48au travail,
01:05:48on ne rentre plus déjeuner,
01:05:49les entreprises s'éloignent
01:05:50du centre-ville,
01:05:51c'est l'avènement de la journée
01:05:52continue
01:05:52et du resto d'entreprise.
01:05:54Et dans l'ensemble,
01:05:55c'est bon,
01:05:56ça dépend un peu des jours.
01:05:57Casse-croûte sur le pouce,
01:05:59jambon-beurre au comptoir,
01:06:00pommes de pain,
01:06:01croissanterie,
01:06:02les pauses déjeuner,
01:06:03pauses goûter
01:06:03et pauses café
01:06:04donnent le tempo
01:06:05de la journée.
01:06:07Bon,
01:06:07on va avoir une journée normale,
01:06:08on commence le matin
01:06:08à 9h30 dès que ça ouvre,
01:06:09on vient manger,
01:06:10on vient prendre un petit café
01:06:11avec 2-3 pains au chocolat.
01:06:13Après,
01:06:15après 1h30,
01:06:16on revient encore ici,
01:06:17on boit un soda
01:06:18ou on prend encore
01:06:19des pains au chocolat
01:06:20ou des sandwiches.
01:06:21Tous les jours,
01:06:22c'est exactement le même refrain.
01:06:23Alors après,
01:06:23on revient vers la fermeture,
01:06:25on prend au pareil
01:06:25des pains au chocolat,
01:06:27des croissants,
01:06:27des jus d'orange,
01:06:29des soda,
01:06:30des...
01:06:31Et le soir,
01:06:32vous dînez ?
01:06:32Le soir, oui.
01:06:33Je me récupère
01:06:33parce que j'ai pas mangé de midi.
01:06:35Les Français deviennent
01:06:36experts en grignotage.
01:06:38Les Américains
01:06:38nous ont bien éduqués.
01:06:40On est fin prêt
01:06:40pour accueillir
01:06:41le géant à la matière.
01:06:43C'est un petit pain
01:06:44roulé moelleux.
01:06:46Napé de sauce Big Mac.
01:06:48Surmonté
01:06:49de l'étue fraîche,
01:06:51de fromage fondant.
01:06:53Et couronnée
01:06:54de viande grillée,
01:06:56pure bœuf
01:06:56et de petits oignons.
01:06:58Est-ce que vous savez
01:06:58ce que c'est
01:06:59un fast food ?
01:07:00Un fast ?
01:07:01Un fast food.
01:07:03On connaît pas,
01:07:04c'est dans l'anglais ça ?
01:07:04Un endroit où on sert
01:07:06des espèces de brioches
01:07:08avec dedans
01:07:10du steak haché.
01:07:14Une mode le burger ?
01:07:16La brioche au steak haché
01:07:17n'a pas d'avenir
01:07:18au pays du bien manger ?
01:07:20C'est ce qu'on croit
01:07:21à l'époque.
01:07:2145 ans après l'ouverture
01:07:23du premier McDo
01:07:24de Créteil
01:07:24en 1972,
01:07:26le Français
01:07:27deviendra
01:07:27le deuxième plus grand
01:07:28consommateur
01:07:29de fast food
01:07:30au monde
01:07:31après les Etats-Unis.
01:07:32La France,
01:07:33l'autre pays
01:07:34du hamburger.
01:07:44J'ai déjà attendu
01:07:45très très longtemps
01:07:46avant d'avoir mon plat,
01:07:48si on appelle ça un plat.
01:07:49Alors on attend des heures
01:07:50en faisant la queue.
01:07:51La fabrication de la frite,
01:07:53il n'y a plus d'huile,
01:07:54il faut en remettre,
01:07:55il n'y a plus de frites,
01:07:55il faut en refaire.
01:07:56Bon, c'est lent d'accord
01:07:57mais un si petit prix.
01:07:58Les prix même
01:07:59ils sont très chers
01:08:01par rapport à ce qu'on mange.
01:08:03Ah oui,
01:08:0340 francs c'est un peu cher.
01:08:04mais pour 40 francs
01:08:06on mange pas mal tout de même.
01:08:10Non.
01:08:10Si c'est trop bon,
01:08:12ça sort de sa catégorie
01:08:13qui est d'être donné quand même,
01:08:14c'est ce qu'on avait.
01:08:14Vous savez,
01:08:15les Américains ont un mot pour ça,
01:08:16ils disent c'est de la junk food.
01:08:18C'est-à-dire en fait,
01:08:19junk food c'est de la bouffe de merde
01:08:20qu'il faut bien dire.
01:08:21Mais c'est ça qui est génial.
01:08:23C'est vrai,
01:08:23lent, cher, mauvais,
01:08:25pas encore gastronomique
01:08:26et tant de succès,
01:08:27chapeau.
01:08:27Qu'est-ce qu'on cherche
01:08:28au fast food ?
01:08:30Pour nous les jeunes,
01:08:31ça représentait quelque chose
01:08:32de nouveau
01:08:32et bon,
01:08:33c'est un lieu de rencontre
01:08:34et finalement
01:08:36on mange un hamburger,
01:08:37on en mange deux,
01:08:38on en mange trois.
01:08:39Est-ce que ce n'est pas
01:08:40le lieu de l'affranchissement
01:08:42des contraintes en général ?
01:08:43Toutes les contraintes,
01:08:45d'accord,
01:08:45mais la santé.
01:08:46Dans les années 90,
01:08:48les chaînes de fast food
01:08:49deviennent la cible préférée
01:08:51des diététiciens.
01:08:52Pourtant en France,
01:08:53on avait été parmi
01:08:54les premiers prévenus.
01:08:56Cet homme est dans un fast food.
01:08:58il mange debout.
01:08:59Pourquoi ?
01:09:00Parce que s'il s'assoit,
01:09:02s'il s'assoit,
01:09:02ce sont ses genoux
01:09:03qui mangent à sa place.
01:09:06C'est intelligent.
01:09:07Alors il mange debout.
01:09:09Ben évidemment.
01:09:10Et debout ?
01:09:10T'en penses en balle.
01:09:12Debout,
01:09:13il donne à manger
01:09:13à ses pieds.
01:09:16Et vous trouvez ça drôle ?
01:09:18Oui.
01:09:21C'est un cri d'alarme
01:09:22qu'on vous lance.
01:09:22Oh, il ne faut pas aller jusque là.
01:09:24Ce n'est pas un cri d'alarme.
01:09:25Disons que maintenant,
01:09:25c'est une note, disons,
01:09:26un peu plus grave,
01:09:27mais qui intègre
01:09:28tout ce qui a été dit là.
01:09:29En 1979,
01:09:30un scientifique français,
01:09:32Joël Deronet,
01:09:33prononce le mot
01:09:34malbouffe.
01:09:35Ce que nous mangeons
01:09:36est à la fois
01:09:36trop copieux,
01:09:38trop carnés,
01:09:38trop gras,
01:09:39trop sucrés,
01:09:40trop salés,
01:09:41trop raffinés,
01:09:41trop arrosés.
01:09:42C'est que je suis toujours
01:09:43très surpris de voir
01:09:44des hommes en particulier
01:09:45qui entretiennent le moteur
01:09:46de leur voiture,
01:09:46qui règlent leur carburateur
01:09:47pour économiser de l'essence,
01:09:49qui mettent des trucs anti-rouille
01:09:50en pensant que leur voiture
01:09:51ira plus loin,
01:09:52qu'elle leur coûtera moins cher
01:09:53et qui ne font aucune attention
01:09:54à leur propre machinerie biologique.
01:09:56Dix ans plus tard,
01:09:57toujours chez Pivot,
01:09:58un autre ennemi de la malbouffe
01:09:59voit encore plus rouge.
01:10:01Il s'appelle Jean-Pierre Coff
01:10:03et il nous le dit franchement,
01:10:04ce qu'on mange,
01:10:05c'est de la merde.
01:10:07Regardez,
01:10:07vous trouvez que c'est joli,
01:10:09ce truc-là ?
01:10:09Voilà le travail.
01:10:10C'est ce qu'on trouve maintenant.
01:10:11Alors c'est pour ça
01:10:12que je me bagarre.
01:10:13Là, vous vous assurez
01:10:14qu'entre les industriels
01:10:14qui veulent absolument
01:10:15produire des cerises sans queue.
01:10:17C'est une effectivement...
01:10:19Alors que c'est comme ça
01:10:20qu'on voit leur fraîcheur.
01:10:21Bien sûr,
01:10:22la queue doit être raide,
01:10:25ferme, verte, brillante.
01:10:28Je ne vois pas
01:10:29ce qui peut faire rire.
01:10:32Sacré Jean-Pierre,
01:10:33sur d'autres chaînes plus prudes,
01:10:35on reste optimiste
01:10:36en valorisant
01:10:36notre patrimoine gastronomique.
01:10:38La truculente Maïté,
01:10:40cuisinière star de l'époque,
01:10:42nous apprend à déguster
01:10:43les hortolans
01:10:44de sa région.
01:10:46Plus prude,
01:10:48pas sûr finalement.
01:10:49Je ne veux pas
01:10:49qu'on me voit
01:10:51lui sucer le derrière.
01:10:54En Santa Madonna.
01:10:57Jetons un voile pudique
01:10:58sur la première émission
01:10:59culinaire quotidienne
01:11:01et la dernière à ce jour
01:11:02où l'on voit
01:11:03les produits entiers
01:11:03avant transformation.
01:11:05Comme on le dit
01:11:06pour l'humour de des proches,
01:11:07« Ah non, mais ça,
01:11:08aujourd'hui,
01:11:09ça ne serait plus possible. »
01:11:12« Eh bien, on va commencer
01:11:14par dépecer
01:11:15ce beau sanglier.
01:11:17C'est en général
01:11:18un travail dormé. »
01:11:19« Ouh ! »
01:11:20« Elle fait ça
01:11:20comme un jeu. »
01:11:21« Ça y est ! »
01:11:22En 1985,
01:11:24l'État avait déjà commencé
01:11:25à réaliser l'ampleur
01:11:27de la malbouffe
01:11:27en créant le label
01:11:29agriculture biologique.
01:11:31Mais le mal est fait.
01:11:33On trouve des salades
01:11:34en sachet.
01:11:36Le poisson est devenu carré.
01:11:39On ne sait plus très bien
01:11:40si la vache
01:11:40a un quelconque rapport
01:11:41avec le steak haché.
01:11:43Quel lien mystérieux
01:11:44relie le cordon bleu
01:11:46au poulet
01:11:46et en quel animal
01:11:48sont faites les saucisses.
01:11:49La cigale
01:11:50de la consommation
01:11:51de masse
01:11:52pour l'instant
01:11:53chante à tue-tête.
01:11:54Et grâce à Richard Gottener,
01:11:56cela donne
01:11:57quelques chefs-d'oeuvre.
01:11:58« Il est blanc,
01:12:00il est crème,
01:12:01ton fromage,
01:12:02dis de nous en un peu,
01:12:05mais le déchart. »
01:12:05Et le saviez-vous ?
01:12:07Avant l'insoutenable
01:12:08légèreté de l'être,
01:12:10Juliette Binoche
01:12:10a vanté
01:12:11l'insoutenable
01:12:12douceur du chamallow.
01:12:13Détendez-vous.
01:12:15Relax.
01:12:16« Prolongez le plaisir. »
01:12:18« C'est bon ?
01:12:19C'est tout ? »
01:12:21Dans les années 90,
01:12:22nous dormions insouciants
01:12:24sous notre aigre d'eau
01:12:25en chamallow.
01:12:26Quand,
01:12:27patatras,
01:12:28catastrophe sanitaire.
01:12:29« Figurez-vous
01:12:30que les troupeaux
01:12:30en Grande-Bretagne
01:12:31sont atteints
01:12:32d'un mal mystérieux,
01:12:33l'encéphalopathie bovine
01:12:34qui rend les vaches
01:12:35complètement folles. »
01:12:37Encore un coup
01:12:37des Anglais.
01:12:38Au départ,
01:12:39on n'est pas très inquiets.
01:12:40« Parce que dans le temps,
01:12:41il y en avait
01:12:42des vaches folies,
01:12:43mais on ne savait pas
01:12:43qu'est-ce que c'était. »
01:12:45« Bah,
01:12:45eh !
01:12:46il disait qu'elle était malade. »
01:12:48Très vite,
01:12:49l'inquiétude augmente.
01:12:50On peut mourir
01:12:52en mangeant de la viande.
01:12:53Des études affirment
01:12:55que les vaches anglaises
01:12:56vont nous contaminer,
01:12:57trouer nos cerveaux
01:12:58comme du gruyère.
01:13:00Dans les médias,
01:13:01certains experts
01:13:01cherchent à nous calmer,
01:13:03voire à évacuer
01:13:04le problème
01:13:04d'un revers de main.
01:13:06En 1996,
01:13:07la vérité éclate.
01:13:08Plusieurs cas de contamination
01:13:10sont révélés en Belgique,
01:13:11en Hollande
01:13:12et en France.
01:13:13L'affaire tourne au cauchemar.
01:13:15Quoi ?
01:13:16On aurait donné à manger
01:13:17de la viande
01:13:17à des vaches ?
01:13:18Dès lors,
01:13:19des mesures sanitaires
01:13:20sans précédent
01:13:21sont adoptées.
01:13:22Les frontières sont fermées.
01:13:24Des millions d'animaux
01:13:25sont tués.
01:13:26Et l'on crée
01:13:27le CIV,
01:13:28Centre d'information
01:13:29de la viande,
01:13:30en instaurant
01:13:31le principe
01:13:31de traçabilité.
01:13:33L'étiquetage est obligatoire
01:13:35depuis octobre 1997
01:13:36avec trois mentions,
01:13:38l'origine de l'animal,
01:13:39son type,
01:13:40avion, doulettière
01:13:41et enfin la catégorie,
01:13:42jeunes bovins,
01:13:43taureaux,
01:13:43bœuf,
01:13:44génie sous vache.
01:13:45Mais le scepticisme
01:13:46est toujours là.
01:13:48La vache folle,
01:13:50ça continue
01:13:50car personne
01:13:51n'achète plus
01:13:55de la pavette.
01:14:00Les abattoirs
01:14:01n'embauchent plus,
01:14:02tous les bouchers
01:14:03sont dans la rue
01:14:04car leurs clients
01:14:05ne veulent plus
01:14:08de l'aiguillette.
01:14:12Il en faut plus
01:14:14pour effrayer
01:14:14Jacques Chirac
01:14:15qui en 1996
01:14:17rend visite
01:14:18aux Anglais
01:14:18et dîne
01:14:19à Buckingham.
01:14:22À Buckingham,
01:14:25Chirac n'a pas fait
01:14:27de drame.
01:14:29Il était pas très à l'aise
01:14:33de bouffer
01:14:34de la vache anglaise.
01:14:37Face au rose-bif anglais,
01:14:39le président l'affirme
01:14:40il préférera toujours
01:14:42sa fameuse tête de veau.
01:14:44Si l'on veut
01:14:44avoir du bœuf royal,
01:14:46il faut d'abord
01:14:46avoir un veau.
01:14:49Et que comme
01:14:50tous les veaux
01:14:50naturellement
01:14:51ne peuvent pas
01:14:51devenir des bœufs,
01:14:54alors il faut bien
01:14:55aussi les manger.
01:14:57D'où l'importance
01:14:58qu'il y a également
01:14:59à sauvegarder
01:14:59la tête de veau.
01:15:03Malgré la démonstration
01:15:04du président,
01:15:05les supermarchés
01:15:06éliminent
01:15:07une liste croissante
01:15:08de pièces à risque.
01:15:09la moelle,
01:15:11la cervelle
01:15:11et moi
01:15:12qui ai fait mes études
01:15:13de lettres à Caen,
01:15:14je pleure la disparition
01:15:15des tripes.
01:15:16Autre mesure forte
01:15:18de santé publique,
01:15:19la loi Evin
01:15:20de 1991
01:15:21qui limite
01:15:22la publicité
01:15:23et l'incitation
01:15:24à la consommation
01:15:25de tabac
01:15:25et d'alcool.
01:15:27Dégâts collatérales majeurs,
01:15:29on interdit
01:15:29les cigarettes
01:15:30en chocolat.
01:15:32Dans le même ordre d'idées,
01:15:33on élimine aussi
01:15:34plusieurs cinquantaines
01:15:35de produits
01:15:36jugés dangereux
01:15:37et d'autres
01:15:38dont les publicités
01:15:39sont jugées racistes.
01:15:42Les boissons tangues,
01:15:44trop chimiques,
01:15:45les billes picorètes,
01:15:46peu hygiéniques
01:15:47et les berlingots Nestlé,
01:15:50trop sucrés.
01:15:52Mini berlingots,
01:15:53l'énergie des rigolos.
01:15:55De l'autre côté
01:15:56de la Manche,
01:15:57le prince Charles
01:15:58en personne
01:15:58s'inquiète pour nous.
01:16:00Que va devenir la France,
01:16:01devenue obsédée
01:16:02par l'hygiène ?
01:16:03In a bacteriologiquement correcte société,
01:16:07qu'est-ce qui se devient
01:16:08de la brie de meurtre ?
01:16:10Le crottin de Chavignol
01:16:12ou le bleu d'auvin ?
01:16:16Very good accent, Charles.
01:16:18Bon, et nous ?
01:16:19Where are we
01:16:20with the blanket ?
01:16:22The blanket de veau.
01:16:30Je sens que ça va leur plaire.
01:16:34Ou pas.
01:16:36Elle m'a dit
01:16:37qu'elle voulait
01:16:38si je le permettais
01:16:40déjeuner en paix.
01:16:41Philippe Dian
01:16:42écrit cette chanson
01:16:42pour Stéphane Echer.
01:16:44Il veut déjeuner en paix,
01:16:46à l'abri du tumulte du monde.
01:16:48On le comprend.
01:16:49Les enfants des baby-boomers,
01:16:51eux, sont plus insouciants.
01:16:52Ils préfèrent sécher l'école,
01:16:54créer leur groupe de musique
01:16:55et ils mangeront
01:16:56ce qu'ils veulent
01:16:57quand ils veulent.
01:16:59Dans les années 90,
01:17:01des études inquiètes
01:17:02sur la santé de nos enfants.
01:17:04Les médias les montrent
01:17:05en train de grignoter
01:17:06des sucreries
01:17:07toute la journée,
01:17:08affalées devant la télé.
01:17:09Glace Agandas,
01:17:11Dinosaurus,
01:17:12Kakolak Candy Up,
01:17:14tout ce qui peut agrémenter
01:17:15les sessions Game Boy,
01:17:17Super Nintendo,
01:17:18les séries A, B productions
01:17:20avalées sans modération.
01:17:21Ça a l'air pas mal du tout
01:17:22ce que t'es en train de te taper là.
01:17:24Hein ?
01:17:25Eh ?
01:17:26Ce serait pas un yop ?
01:17:27Je sais pas ce que c'est,
01:17:28mais c'est pas l'extase.
01:17:29Bon, c'est une espèce
01:17:31de yaourt liti.
01:17:32Mais le voir ton yaourt ?
01:17:33Mais laisse-moi yaourt tranquille.
01:17:34De toute façon,
01:17:34j'ai craché dedans.
01:17:35Hein ?
01:17:36T'as craché dans ton yop ?
01:17:37Mais c'est grave ça, oh !
01:17:38Eh !
01:17:39Non mais sans blague,
01:17:41ils vont pas me tirer mon yop quand même.
01:17:42Certains médecins accusent le stress
01:17:43à l'école,
01:17:44pendant les études,
01:17:45mais aussi les cantines
01:17:46et restaurants universitaires
01:17:48jugés médiocres
01:17:48et les parents
01:17:49qui rentrent plus tard
01:17:50et cuisinent moins.
01:17:55Comment restructurer une famille décomposée ?
01:17:57En 1995, 38% des couples mariés
01:18:01finissent divorcés.
01:18:02Mais certains parents célibataires
01:18:04ne s'en sortent pas si mal
01:18:05et parviennent à préserver
01:18:07la règle d'or,
01:18:08les repas se prennent à table.
01:18:10Voilà.
01:18:12Alors, il y a, pour changer,
01:18:15des pâtes au gruyère et au four
01:18:18et de la viande.
01:18:20Voilà.
01:18:21Pour déjouer cette tendance
01:18:23et retrouver la joie
01:18:24des réunions de famille,
01:18:25on déploie des tas d'astuces.
01:18:30C'est la grande mode
01:18:31des raclettes fondues,
01:18:32machine à crêpes,
01:18:33la fondue bourguignonne
01:18:34avec toutes les petites sauces.
01:18:36J'adorais ça,
01:18:36même si le lendemain,
01:18:37ça sentait la friture
01:18:38jusque dans les rideaux.
01:18:39Ces appareils de cuisson,
01:18:40dits conviviaux,
01:18:41on le vend en coupe.
01:18:42Du coup,
01:18:43les fabricants font preuve
01:18:44d'une imagination sans limite.
01:18:46Et enfin,
01:18:47au hit parade 90
01:18:48du bonheur familial,
01:18:49les nouveaux services
01:18:50de livraison à domicile.
01:18:53Après une journée chargée,
01:18:55les courses,
01:18:55c'est souvent la corvée.
01:18:56120 000 parisiens
01:18:58ont décidé de ne plus mettre
01:18:59le nez dehors.
01:19:00Ils ont troqué leur caddie
01:19:01pour un Minitel.
01:19:06Restophone,
01:19:07bonjour.
01:19:08Bonjour monsieur.
01:19:10Oui,
01:19:10le plat pour demain,
01:19:12demain ce sera...
01:19:13Livrer du lundi au samedi
01:19:15entre midi et deux heures
01:19:16et à domicile
01:19:17des plats chauds
01:19:17aux particuliers,
01:19:18c'est ce que fait Restophone
01:19:19depuis un an maintenant.
01:19:21Une mini-entreprise
01:19:22de trois personnes
01:19:23qui cuisine tous les jours
01:19:24un plat différent
01:19:25et vous le porte
01:19:25moyennant 23 francs
01:19:27à l'heure voulue.
01:19:29Des plats qui n'existaient pas
01:19:30il y a quelques années
01:19:31deviennent subitement
01:19:32des standards.
01:19:34Salut à toi,
01:19:35salade de chèvre chaud,
01:19:37entre ici,
01:19:38cake aux olives
01:19:38et pour un oui,
01:19:40pour un non,
01:19:40on fait des vérines.
01:19:42A la fin du siècle dernier,
01:19:44le café se décaféine,
01:19:46le thé se déthéine
01:19:47et l'assiette devient
01:19:49un vrai compteur à vitamines.
01:19:50Aujourd'hui,
01:19:51deux produits alimentaires
01:19:53sur trois
01:19:53lancés sur le marché
01:19:54avancent un argument santé,
01:19:56une allégation,
01:19:57bref,
01:19:57la promesse
01:19:58d'une vie meilleure.
01:19:59On les appelle
01:20:00alicaments
01:20:01ou aliments fonctionnels.
01:20:02En France,
01:20:03pays des terroirs
01:20:04et de la gastronomie,
01:20:05le goût ne suffit plus
01:20:06à faire vendre un produit.
01:20:08Bref,
01:20:08la science investit
01:20:10nos assiettes.
01:20:11Plus de dégustation,
01:20:12plaisir,
01:20:13il faut manger juste,
01:20:14utile et efficace.
01:20:17En même temps
01:20:18que monte cette tendance
01:20:19hygiéniste,
01:20:20un poil angoissante,
01:20:21des journalistes américains
01:20:22découvrent éberluer
01:20:24le French paradoxe.
01:20:26Et même que nous étions
01:20:27petits,
01:20:28petits,
01:20:28c'était...
01:20:30Je me rappelle,
01:20:31on se faisait griller
01:20:32le soir du pain
01:20:34devant la cheminée,
01:20:35on se pasdigeonnait
01:20:36avec la caisse de canard.
01:20:38On aimait bien ça.
01:20:40Et depuis,
01:20:41Josette n'a pas changé
01:20:42ses habitudes.
01:20:4341 ans de vie en couple
01:20:44à Pavie dans le Gers,
01:20:46un des départements
01:20:46où l'on vit
01:20:47le plus longtemps
01:20:47en France.
01:20:49Réputé pour être
01:20:50mangeur de graisse
01:20:51et buveur de vin,
01:20:52les Français du Sud-Ouest
01:20:53et de Provence
01:20:54auraient l'insolence
01:20:55de vivre plus longtemps
01:20:56avec un cœur plus vaillant.
01:20:58Comment est-ce possible ?
01:20:59Leur régime comprend
01:21:01des légumes grillés,
01:21:02du poisson gras,
01:21:03du canard,
01:21:04une huile d'olive
01:21:05miraculeuse
01:21:06et contre toute attente
01:21:07au moins
01:21:08un verre de vin
01:21:09quotidien.
01:21:13À la fin de la décennie,
01:21:15on retrouve le sourire.
01:21:16La France est
01:21:18championne
01:21:18du monde de football.
01:21:20Jacques Chirac
01:21:21emploie le cul des vaches
01:21:22au salon de l'agriculture
01:21:23et fait l'éloge
01:21:24de la pomme.
01:21:25La pomme est un fruit
01:21:26sympathique
01:21:27et je l'observe
01:21:27tous les jours.
01:21:31tandis que Yolande et moi
01:21:32faisons l'éloge
01:21:33du gibolin.
01:21:34En réalité,
01:21:36je n'ai pas été
01:21:36vraiment élevé
01:21:37au gibolin.
01:21:38Le gibolin.
01:21:39Mais en revanche,
01:21:41je me souviens
01:21:42du plat unique
01:21:42de la cantine,
01:21:43pas toujours enthousiasmant,
01:21:44alors qu'aujourd'hui,
01:21:45la restauration collective
01:21:46propose souvent
01:21:47un choix de menu
01:21:49respectant
01:21:50les goûts de chacun.
01:21:55Alors,
01:21:56pour Valérie
01:21:57qui est intolérante
01:21:58au gluten,
01:21:59j'ai du pain de maïs.
01:22:00Pour Jean-Claude
01:22:01qui est végétarien,
01:22:03j'ai une portion
01:22:03de lentilles corail
01:22:04avec du tofu grillé
01:22:06à la place
01:22:06de la blanquette.
01:22:08Simon ne mange pas
01:22:09de porc,
01:22:09ça tombe bien,
01:22:10c'est du veau.
01:22:11Et Antoine,
01:22:13Antoine,
01:22:13il mange de tout.
01:22:14En revanche,
01:22:15j'ai peut-être été léger
01:22:16sur le chinon.
01:22:26Nouveau millénaire,
01:22:27nouveau mode de vie.
01:22:29La France découvre
01:22:30les RTT.
01:22:32Précision pour les plus jeunes,
01:22:33RTT ne veut pas dire
01:22:34« rebeurre ta tartine »
01:22:36ni « range ta timbale »,
01:22:37mais « réduction du temps
01:22:39de travail ».
01:22:43Réduction du temps
01:22:44de travail,
01:22:45les 35 heures
01:22:46en trois lettres.
01:22:47Très naturellement,
01:22:48notre rapport à la cuisine
01:22:49se modifie.
01:22:50On y passe plus de temps,
01:22:51on devient plus exigeant.
01:22:53Moi, grâce au RTT,
01:22:55j'ai appris à faire
01:22:56le gigot de cette heure.
01:22:57Des clients venus de Suisse,
01:22:58d'Alsace ou de Picardie.
01:22:59Sur la table,
01:23:00des pâtisseries
01:23:01et des confitures maison.
01:23:03Et pour leurs 15 convives
01:23:04de ce soir,
01:23:05Yveline et Daniel
01:23:05ont prévu
01:23:06la traditionnelle
01:23:07salade aux noix
01:23:07suivie d'un souffle
01:23:08et de foie de volaille
01:23:09sauce financière
01:23:10et d'un canard rôti
01:23:11dans le four à pain.
01:23:13« En fait,
01:23:14on fait les menus
01:23:15de nos grands-mères
01:23:17exactement ce qu'elles faisaient
01:23:18les jours de vie. »
01:23:19Papi,
01:23:20réveille-toi,
01:23:20on parle de mamie là.
01:23:22La France entière
01:23:23se découvre une passion
01:23:24pour les cours de cuisine.
01:23:26Cuisiner devient un jeu.
01:23:27« Que du bonheur ! »
01:23:28Une activité parfaite
01:23:30pour les enfants,
01:23:31comme pour l'école Blanc.
01:23:32Le repas français,
01:23:34envié par le monde entier,
01:23:35entre en 2010
01:23:37au patrimoine immatériel
01:23:39de l'humanité,
01:23:40en même temps
01:23:40que le flamenco
01:23:41ou l'acupuncture chinoise.
01:23:44Alors là,
01:23:44je dis pardon.
01:23:46Cuisiner devient donc
01:23:47un loisir.
01:23:48Et dans les appartements,
01:23:49la cuisine devient pour beaucoup
01:23:51la pièce principale
01:23:52de la maison.
01:23:53Elle n'est plus
01:23:54une pièce isolée
01:23:55du salon fonctionnel.
01:23:56Elle l'est,
01:23:57comme dirait mon voisin,
01:23:58agent immobilier,
01:24:00une pièce à vivre.
01:24:02Et les sites de recettes
01:24:04comme Marmito
01:24:05ou Cuisine AZ
01:24:06viennent tout naturellement
01:24:07coloniser un média
01:24:08balbutiant
01:24:09mais prometteur,
01:24:10Internet.
01:24:11« Je suis une fan d'Internet.
01:24:13Avant de connaître les blogs,
01:24:14je connaissais les forums.
01:24:15Ce sont des espaces
01:24:16de discussion et d'échange
01:24:18et pour moi,
01:24:19ça compte beaucoup.
01:24:20Ça me permet
01:24:21de m'ouvrir complètement
01:24:22sur le monde.
01:24:23Ce n'est pas si loin
01:24:24et pourtant,
01:24:25les premiers sites
01:24:26nous paraissent
01:24:26aujourd'hui archaïques.
01:24:28On n'est pas encore
01:24:29à l'ère de la photo
01:24:30de la Vérine
01:24:31hyper-instagrammable.
01:24:32Pour l'instant,
01:24:33on dessine un peu
01:24:34des mammouths
01:24:34dans des grottes.
01:24:37Dans 20 ans,
01:24:39en 2020,
01:24:40le produit deviendra
01:24:41un top modèle.
01:24:42On le photographiera,
01:24:43on le déshabillera,
01:24:44on parlera même
01:24:45de porn food.
01:24:46On n'en est pas encore là,
01:24:48mais l'histoire est lancée.
01:24:49À la télévision,
01:24:51c'est l'inflation
01:24:52des émissions
01:24:53en prime time.
01:24:54Chaque chaîne
01:24:55a sa brigade composée
01:24:56de chefs
01:24:56qui deviennent
01:24:57à leur tour
01:24:58des stars.
01:24:59Tu veux le goûter ?
01:25:01Toi aussi,
01:25:01présente,
01:25:01ta recette qui rit
01:25:02à la télé avec moi.
01:25:05Et l'édition traditionnelle,
01:25:07loin de pâtir
01:25:08de cette concurrence,
01:25:09explose les ventes
01:25:10de livres de cuisine.
01:25:13En 2004,
01:25:14un cercle de connaisseurs
01:25:16très parisiens
01:25:16lance un néologisme explosif,
01:25:19la bistronomie.
01:25:21Avant,
01:25:22il y avait ce mouvement
01:25:22nouvelle cuisine
01:25:23où on vous servait
01:25:24trois carottes
01:25:25et deux petits pois
01:25:27dans une assiette
01:25:27en disant que c'était un plat
01:25:28et que vous sortiez
01:25:30du restaurant,
01:25:30vous aviez faim.
01:25:32Une terrine
01:25:33dans la cuisine
01:25:34d'un chef étoilé
01:25:35n'a plus rien
01:25:36de surprenant
01:25:37tant le consommateur
01:25:38privilégie désormais
01:25:39la simplicité
01:25:40et la traçabilité.
01:25:42C'est un lieu
01:25:43de convivialité,
01:25:44c'est un lieu de partage,
01:25:45c'est un lieu
01:25:45de gérard social.
01:25:46C'est une déportivité
01:25:47de coup d'un coup.
01:25:48Je ne veux pas rester
01:25:48dans un lieu
01:25:49simple et basique.
01:25:51Je veux le rendre
01:25:51entre guillemets
01:25:51et gastronomiques.
01:25:53Quelle surprise !
01:25:54Il s'agit d'apporter
01:25:56l'exigence des grands chefs
01:25:57sur des produits
01:25:58plus simples,
01:25:59plus abordables
01:26:00et dans un cadre
01:26:01plus détendu.
01:26:02La comédie française
01:26:04mais en jean.
01:26:05Pour ce faire,
01:26:06les chefs jettent
01:26:07leur nappe
01:26:08et s'approvisionnent
01:26:09auprès de producteurs
01:26:10locaux et bio.
01:26:11Lorsqu'il y a 20 ans,
01:26:13on créait la première
01:26:14AMAP,
01:26:15qui aurait pu penser
01:26:16qu'aujourd'hui,
01:26:16on en compterait
01:26:1710 fois plus
01:26:18qu'en Allemagne
01:26:19et que chaque jour
01:26:20verraient naître
01:26:2121 nouvelles fermes bio.
01:26:23Est-ce que vous avez
01:26:24le sentiment
01:26:24que c'est un acte militant
01:26:25que vous faites ?
01:26:26Plus ou moins,
01:26:27oui,
01:26:27c'est refusé
01:26:27la société de consommation
01:26:28dans laquelle on est
01:26:29actuellement.
01:26:30Donc oui,
01:26:31c'est le parlement.
01:26:32D'ailleurs,
01:26:33le mot locavore
01:26:34entre dans le dictionnaire
01:26:36en 2010.
01:26:37Je le sais,
01:26:37j'ai fait 75 au Scrabble avec.
01:26:40On remange des produits
01:26:41de saison cultivés
01:26:42près de chez soi
01:26:43et d'une façon plus saine.
01:26:45La consommation
01:26:46de produits bio
01:26:47a doublé
01:26:48ces 10 dernières années.
01:26:50On retrouve
01:26:51les circuits courts
01:26:53des années 50,
01:26:54les variétés anciennes
01:26:55de légumes.
01:26:56On écoute
01:26:57un peu moins
01:26:58Elvis Presley
01:26:59ou Patachou.
01:27:00Moi, j'écoute toujours Patachou,
01:27:01mais à part ça,
01:27:02la boucle est bouclée.
01:27:06Il y en a même
01:27:07qui cuisinent
01:27:07une blanquette
01:27:08pour leurs invités.
01:27:10Ce qui a changé,
01:27:11en revanche,
01:27:11c'est que la nourriture
01:27:12n'a jamais été
01:27:13aussi politique,
01:27:14sociale et culturelle.
01:27:16En 2020,
01:27:17la période de confinement
01:27:18due à la pandémie
01:27:20de Covid-19
01:27:20nous a bien montré
01:27:22à quel point
01:27:22comptait notre rapport
01:27:23à l'alimentation,
01:27:24à la cuisine,
01:27:25aux produits.
01:27:26Cuisiner a été
01:27:27pour beaucoup de Français
01:27:28une activité primordiale
01:27:30pendant cette période
01:27:30comme un repère.
01:27:32Elle a été aussi
01:27:33le moyen
01:27:33de manifester
01:27:34de nombreuses actions
01:27:35de solidarité.
01:27:37Quoi qu'il en soit,
01:27:39comme le cinéma,
01:27:40la BD ou la musique,
01:27:41la cuisine est devenue
01:27:42un élément
01:27:43de pop culture
01:27:44et de culture populaire.
01:27:47C'est incroyable !
01:27:50Ce qui est sûr,
01:27:52c'est qu'on va parler
01:27:53de tous les sujets
01:27:53qui fâchent,
01:27:54de tous les sujets
01:27:55interdits.
01:27:57On va aussi se réjouir
01:27:58au fur et à mesure
01:27:59de la soirée
01:28:00jusqu'au dessert.
01:28:01On va ricaner.
01:28:03Mais surtout,
01:28:05on va parler
01:28:06de ça.
01:28:09parce que
01:28:10ce qui nous caractérise
01:28:12au-delà
01:28:13de la finesse
01:28:14de notre art culinaire,
01:28:15c'est
01:28:16le plaisir
01:28:18de goûter
01:28:18et le plaisir
01:28:20d'en parler.
01:28:26Bref,
01:28:27c'est une affaire
01:28:28d'état familial.
01:28:30Salut !
01:28:31Salut François !
01:28:32Ça sent bon !
01:28:33Qu'est-ce qu'on mange ?

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