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  • il y a 2 jours
Été 1944. Le Débarquement sonne la fin des années sombres. Aspirant dès lors à un avenir meilleur, les Français retroussent leurs manches et se lancent dans la reconstruction du pays. Mais, dans cette France de l'après-guerre, les espoirs et la réalité ne tardent pas à s'entrechoquer.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un nouvel ordre social émerge avec la mise en place de l'État-providence. C'est l'heure de la croissance économique, du baby-boom, de la modernisation industrielle, de la sécurité sociale, de l'américanisation des modes de vie... Mais l'équilibre est précaire, et de nouveaux conflits sociaux, économiques et politiques font ressurgir les spectres d'un passé qu'on croyait révolu.
De la Libération de Paris aux accords d'Évian signant l'indépendance de l'Algérie, en passant par la crise sociale de 1947, l'appel de l'abbé Pierre contre la misère, l'essor du confort moderne et les attaques de l'OAS, ce documentaire dresse le vaste tableau d'un pays qui oscille entre unité et déchirement. Année de Production :

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Transcription
00:05Été 1944, c'est le débarquement.
00:13Notre pays va enfin redevenir libre.
00:19Au large de la Manche, des dizaines d'avions rompent le silence.
00:29Les Alliés sont là.
00:31Avec eux, l'espoir qui renaît et le sentiment qu'un long cauchemar a pris fin.
00:38Les années sombres sont terminées.
00:41Ces Français, nos parents, nos grands-parents, se mettent à rêver à des jours heureux.
00:49Mais derrière la joie et les sourires, se doutent-ils que la sortie de guerre durera plus longtemps que la
00:54guerre elle-même.
00:55Que leur pays mettra dix ans à se relever.
01:01Dans cette France désorientée, il y a ceux qui veulent oublier et ceux qui crient vengeance.
01:06Ceux qui pensent à l'avenir et ceux qui, traumatisés, ne le peuvent pas encore.
01:12En une décennie, cette génération va livrer d'autres batailles pour écrire une nouvelle page de l'histoire de France.
01:19Leur histoire.
01:21Notre histoire.
01:23Notre histoire.
01:29Notre histoire.
02:16Rouen, août 1944.
02:23Malgré la pluie, André Danais, 17 ans, a sorti sa caméra.
02:35Il filme les soldats allemands qui fuient la ville dans la précipitation.
02:45Sous ses yeux, des femmes sont arrêtées, humiliées au grand jour.
02:56Dans toute la France, les mêmes scènes.
03:00Comme le note le correspondant de guerre, Alan Moured,
03:03après quatre ans de brimade, de sévice, de favoritisme,
03:07le français désire se venger de ses compatriotes qui ont profité de l'occupation allemande.
03:18Des femmes sont cruellement prises pour cible.
03:25En marque d'infamie,
03:27celles qui ont entretenu des liaisons avec les Allemands
03:30ont le crâne rasé.
03:41A trois kilomètres de Vichy,
03:43trois collaborateurs sortis de prison sont lynchés par la foule.
03:58La justice se fait dans la rue, impitoyable.
04:09Yves Benazek, qui a combattu à Albi, raconte.
04:12Pendant quinze jours à trois semaines,
04:14n'importe qui faisait n'importe quoi.
04:18C'est le temps des règlements de comptes,
04:19des coupables et des héros.
04:21Les résistants sortent des maquis.
04:23On célèbre les braves, l'armée des ombres,
04:26ceux qui pendant quatre ans ont continué la guerre.
04:29Les gardes, tous les sabreurs, les bourgeois, les gavis,
04:34la jeune garde, la jeune garde.
04:37D'une poignée seulement, en 1940,
04:40les résistants sont passés à plus de 200 000 à l'été 44.
04:49Ni héros ni salauds,
04:5140 millions de Français ont tenté de survivre
04:54aux privations et aux injustices.
04:57Notre pays, ravagé et captif,
05:00attendait ses libérateurs.
05:07Ils arrivent, en uniforme britannique,
05:10canadien, américain.
05:15On se presse pour les accueillir,
05:17pour célébrer avec eux les premières victoires.
05:26Bouleversé par la libération de Paris,
05:29Robert Blanchery écrit dans sa femme
05:31« Mon amour, mes trésors, je viens de les voir.
05:35J'en ai encore le cœur tout gros
05:36et les yeux pleins de larmes.
05:38Les chars pouvaient à peine passer. »
05:59La capitale est à peine libérée
06:02qu'une silhouette d'un mètre 96 la traverse.
06:05La tête surmontée d'un képi
06:07qui accentue sa raideur.
06:11Sans presque rien savoir de lui,
06:13la foule applaudit sur son passage
06:15le général de Gaulle.
06:24La clameur qui l'entoure
06:26ferait presque oublier l'ampleur du désastre.
06:30De Gaulle écrira
06:31« La marée, en se retirant,
06:34découvre d'un bout à l'autre
06:35le corps bouleversé de la France. »
06:45La France est meurtrie.
06:48Les deux tiers de son territoire
06:49sont touchés par les destructions.
06:5274 départements
06:53contre 13 en 14-18.
07:03Un édifice sur quatre.
07:05Une gare sur trois.
07:07Presque tous les ports.
07:12Les murs et armatures
07:13désormais inutiles
07:15sont autant de squelettes à l'abandon.
07:19Notre pays qui avait gagné
07:20la Première Guerre mondiale
07:22sortent en lambeaux
07:23de la seconde.
07:27C'est dans ces champs de gravats
07:29que jouent les enfants du Havre,
07:31de Rouen,
07:32de Caen
07:32et de Saint-Malo.
07:39Après les bombardements,
07:40ce qui importait,
07:41c'était de vivre,
07:42raconte un jeune Malouin,
07:44Jean-Yves Bernic.
07:46Un jour, dans les ruines,
07:47nous avons trouvé des armes.
07:48Nous les avons troquées
07:49contre des rouleaux de réglisse.
07:56Un autre habitant à Saint-Lô,
07:58détruit à 98%,
08:00écrit
08:00« Ma ville n'existe plus.
08:03Quelques semaines de folie
08:04ont suffi à effacer
08:06les repères de ma jeunesse.
08:07Comment les retrouver ? »
08:17Quel paradoxe !
08:19Ces alliés qui ont bombardé
08:20nos villes
08:21sont aussi ceux
08:22qui nous libèrent
08:23et nous ramènent à la vie.
08:30Alors, sans rancune,
08:32on échange avec eux
08:33ce qui a tant manqué.
08:35Des tablettes de chocolat,
08:36les dernières cigarettes
08:37et bien plus encore.
08:42Le paysan François Guillaume
08:44décrit l'enchantement
08:45de ces rencontres.
08:46Tout pour nous
08:47est motif d'étonnement,
08:49voire d'admiration
08:50pour l'armée américaine.
08:52Nous faisons avec eux
08:53du commerce
08:54grâce à l'eau de vie
08:55de Mirabel
08:55à raison d'un litre
08:57contre un jerrycan d'essence.
09:00Malgré leur ignorance
09:01de notre langue
09:02et nous de la leur,
09:03on se comprenait fort bien.
09:12La France devient
09:14une vaste base arrière
09:15des troupes alliées.
09:23Les boys débarquent
09:25avec leur Victory Disque
09:26et cette musique
09:27que les nazis
09:28qualifiaient de dégénérée.
09:39Les Français
09:40oublient pour un temps
09:41leurs problèmes.
09:44Ils seront parmi
09:45les premiers Européens
09:46à danser le bebop
09:48en mâchant du chewing-gum.
09:54Les balles clandestins
09:56prolifèrent
09:56malgré les interdictions.
10:01Le swing s'empare
10:02peu à peu
10:03des têtes
10:03et des corps.
10:10Dans toutes les villes
10:11de garnison,
10:12les Américains
10:13participent
10:13au réveil général
10:14de la libido
10:15à tel point
10:16que l'armée
10:17leur fournit
10:17des préservatifs.
10:24Selon le magazine Life,
10:26la France
10:26est un gigantesque bordel
10:28habitée par 40 millions
10:29d'hédonistes
10:30qui passent leur temps
10:31à manger,
10:32boire et coucher.
10:36Mais la vérité,
10:37c'est que ces jeunes soldats
10:38font chavirer les cœurs.
10:41On jetait un coup d'œil
10:42sur tous ces jeunes,
10:43éclatants,
10:44bien nourris,
10:45vêtus d'uniformes
10:46impeccables,
10:47raconte l'écrivaine
10:48Benoît de Groult.
10:50Les Américains
10:51n'étaient pas des hommes,
10:52c'étaient nos libérateurs.
10:54On faisait l'amour
10:55avec la liberté retrouvée.
10:57Dans leurs bras,
10:58on célébrait
10:58la fin du nazisme,
10:59le territoire récupéré,
11:01l'espoir de la paix universelle.
11:16Ça y est.
11:17Enfin.
11:18Le 8 mai 1945,
11:21en habit du dimanche,
11:22les Français fêtent
11:23la fin officielle de la guerre.
11:25Dans chaque ville et village,
11:27les familles sortent les drapeaux.
11:47Elles sont toutes là
11:48pour accueillir leurs fils,
11:49leurs frères,
11:50leurs maris,
11:51leurs pères.
11:52Ces prisonniers de guerre
11:53de retour d'Allemagne
11:54après cinq années de détention,
11:57revenus épuisés
11:58au terme d'un long
11:59et pénible voyage.
12:02Ils sont les premiers
12:04à rentrer.
12:21Ces hommes portent encore en eux
12:23toute l'amertume
12:24de la défaite de 40.
12:34René Blède,
12:3538 ans,
12:36raconte.
12:37Rire et pleurs,
12:39étreinte de tendresse,
12:40je flottais parmi
12:41tous ses amis
12:42qui voulaient saluer
12:43le soldat
12:43qui rentrait
12:44après 58 mois
12:45de captivité
12:46et quatre mois
12:47consacrés
12:47au voyage de retour,
12:49soit 2158 jours.
12:56Durant l'été,
12:57un million d'hommes
12:59rentrent au pays,
13:01changés à jamais.
13:26loin des gares,
13:27dans les cimetières,
13:29il y a tous ceux
13:29qui ne sont pas revenus,
13:30ceux dont personne
13:31n'attend le retour
13:32et pour qui l'ont pris.
13:39500 000 tués par la guerre,
13:41en majorité des civils.
13:49dans cette France
13:51encore très croyante,
13:52les cérémonies religieuses
13:54consolent
13:54et réchauffent les cœurs.
14:05Les messes en latin,
14:06les communions solennales
14:08des jeunes filles
14:08et les mariages
14:09en voile blanc
14:10permettent aux Français
14:11de se retrouver.
14:23Mais dans la banlieue rouge
14:25de Nanterre,
14:26la fête de la rosière
14:27se transforme
14:28en carnaval ouvrier.
14:30Autrefois,
14:31on récompensait
14:32la virginité
14:32des jeunes filles.
14:33Aujourd'hui,
14:35on encense
14:35les ouvrières modèles.
14:43Le communisme devient
14:45comme une nouvelle église,
14:46un espoir.
14:48Ce mouvement
14:49a acquis
14:50ses lettres de noblesse
14:51dans la résistance.
15:00Ces héros sont
15:01ces martyrs
15:02stigmatisés
15:03par le régime
15:03de Vichy,
15:04les francs-tireurs,
15:05la main-d'œuvre
15:06immigrée,
15:07les déportés politiques
15:08en tenue rayée,
15:09auxquelles on rend
15:09hommage.
15:21Placés au premier plan
15:22des victimes,
15:23ils occupent
15:24le devant de la scène.
15:25Ils masquent
15:26l'ampleur
15:26du principal crime nazi,
15:28le génocide
15:29de 6 millions de Juifs
15:31et de 500 000 tziganes.
15:40Sur les 76 000 Juifs
15:41de France
15:42déportés
15:42dans les camps
15:43d'extermination,
15:44seuls 2500 sont revenus,
15:47soit 3 %
15:48de survivants.
15:55Bernard d'Argol,
15:56juif arrivé
15:57sous l'uniforme américain,
15:59retrouve ses frères
15:59à Paris,
16:00dans le quartier
16:01du Marais.
16:09Malgré la chaleur
16:10des retrouvailles,
16:11les cœurs saignent.
16:13Une partie
16:14de la famille
16:14a été décimée.
16:18Il dit
16:19« J'arrivais
16:20aux huîtres
16:21des Frambourgeois.
16:22Les rideaux
16:23de notre magasin
16:24étaient baissés.
16:25J'appris
16:26que mes deux grands-mères
16:26étaient mortes
16:27et que grand-père Blum
16:28avait été arrêté
16:30et envoyé à Drancy
16:31à l'âge de 85 ans.
16:38pour les survivants,
16:39le retour à la vie
16:40d'autrefois
16:40semble impossible.
16:44Nombreux sont les déportés
16:45qui ne peuvent récupérer
16:46leurs appartements,
16:47confisqués
16:48et attribués
16:49à d'autres
16:49sous l'occupation.
16:56L'injustice
16:57s'ajoute
16:58aux longues années
16:58d'horreur.
17:05Alors,
17:06la plupart des Juifs,
17:07que personne ne veut
17:08entendre,
17:09vont se fondre
17:10dans la masse
17:10des victimes
17:11et se mûrer
17:12dans un long silence.
17:16le travail de mémoire
17:17est remis
17:18à plus tard.
17:31L'heure est à l'union
17:32de tous les vivants.
17:33Il y a tant
17:34à faire.
17:36Le mot d'ordre,
17:37c'est
17:38« retroussons nos manches ».
17:43La mobilisation
17:43est générale
17:44pour effacer la guerre
17:45et ses traces.
17:51Une bataille du rail
17:53s'engage
17:53pour remettre en état
17:54les voies de chemin de fer
17:56détruites par les Allemands
17:57dans leur fuite.
18:09Le cheminot
18:10est érigé en sauveur.
18:11Il est celui
18:12qui a saboté
18:13ses trains
18:13pour résister au nazisme,
18:15celui qui a été
18:16celui qui les rétabli
18:17pour réapprovisionner
18:18la France.
18:23Face à l'effort,
18:25on a besoin de modèles,
18:26d'exemples.
18:28Alors,
18:29on oublie pour un temps
18:30le triste rôle
18:31joué par la SNCF
18:32dans la déportation.
18:42L'heure est à l'entraide.
18:43Dans les ruines
18:44du Vieux-Port,
18:45des milliers de Parisiens
18:46se joignent aux Marseillais
18:47pour reconstruire.
18:54Détruits aux deux tiers,
18:56le pays compte
18:56sur la solidarité
18:57de tous les Français.
19:04Près d'un million
19:05de prisonniers de guerre allemands,
19:07que la France
19:07n'a pas voulu rendre,
19:09sont sommés
19:09de prendre leur part,
19:10sur ordre du gouvernement.
19:13Allemands,
19:14vous n'êtes pas ici
19:16pour accomplir
19:18la tâche banale
19:19qu'on impose
19:20à des prisonniers
19:21de guerre.
19:22Vous avez à payer
19:24une dette d'expiation.
19:26Vous reconstruirez
19:27des maisons,
19:28vous ne pourrez jamais
19:29reconstruire les foyers
19:30qui ont été détruits.
19:38ces Allemands
19:39déminent
19:40trois millions d'hectares
19:41pour permettre
19:42à sept millions
19:42de paysans
19:43de labourer
19:44à nouveau
19:44leur champ.
19:54Le monde des campagnes
19:55traîne encore
19:56le poids
19:57d'une triste réputation.
20:02Les paysans
20:03sont perçus
20:03par beaucoup
20:04comme des profiteurs
20:05de guerre,
20:06les principaux instigateurs
20:07du marché noir.
20:13Certains les accusent
20:14de s'être enrichis
20:15grâce à la vente
20:16de leurs récoltes
20:16quand les villes
20:17souffraient de pénurie.
20:23Désormais,
20:24ce sont 40 millions
20:25de bouches
20:25qui dépendent
20:26de leur labeur.
20:33dans ces familles
20:34souvent sans fortune,
20:35enfants,
20:36parents
20:36et grands-parents
20:37participent
20:38à la récolte.
20:44Ils se sentent isolés,
20:46mis au banc
20:47du reste de la France.
20:54Le paysan Michel
20:56de Baptiste
20:56raconte cette solitude.
20:59Nous formons
21:00un petit monde,
21:01condamnés
21:02aux mêmes gestes
21:02cent fois répétés,
21:04dans des horizons
21:05toujours les mêmes.
21:06Nous n'avons
21:07ni radio
21:07ni journaux.
21:09Presque personne
21:10ne vient chez nous
21:10car nous sommes
21:11loin de tout.
21:25dans les fermes,
21:26l'eau courante
21:27est encore
21:27le plus souvent
21:28un rêve lointain.
21:31Et c'est au lavoir,
21:33malgré le dos courbé
21:34et les mains plongées
21:35dans l'eau glacée,
21:36que l'on trouve
21:37le temps
21:37et le plaisir
21:38d'échanger.
21:42C'est le quotidien
21:43de Madeleine d'Isset,
21:44paysanne en Gironde.
21:46J'aime aller
21:47au lavoir
21:47parce qu'on y rencontre
21:48d'autres femmes
21:49et qu'on bavarde.
21:50Il y a tellement
21:51peu de distractions.
22:01Grâce à l'effort
22:02de tous,
22:03la vie reprend
22:04progressivement
22:05sur les marchés
22:05où les nouvelles
22:06se propagent
22:07au rythme lent
22:08du bouche-à-oreille.
22:14Encore sur toutes
22:14les lèvres
22:15avec leurs drôles
22:16de noms,
22:16le rutabaga
22:17et le topinambour
22:18des années de guerre
22:19disparaissent
22:20enfin des étals.
22:23Ils sont remplacés
22:24par des produits
22:25plus raffinés,
22:26parfois rares,
22:27venus des colonies,
22:28qui participent
22:29loin des yeux
22:30à la reconstruction.
22:35Tandis que
22:35l'empire colonial
22:36commence à se fissurer
22:38dans l'indifférence générale.
22:44À l'été 1945,
22:47tous les regards
22:47se tournent
22:48vers une nouvelle bataille.
22:50La bataille de la production
22:51qui se joue
22:52dans les tréfonds
22:53de la terre,
22:54au pays des gueules noires.
22:58De ces forçats
23:00du charbon,
23:01le pays
23:01attend tout.
23:08Le ministre
23:09de la production
23:10industrielle
23:11leur adresse
23:12sa supplique.
23:13« Il faut travailler
23:14encore.
23:15Il faut écarter
23:16le marasme.
23:17Mineurs,
23:18on a besoin de vous
23:19pour que vive la France. »
23:24Ils acceptent
23:25des conditions
23:25de travail
23:26terribles
23:26pour couvrir
23:27la demande
23:27en charbon.
23:29100 000 tonnes
23:30par jour.
23:34Ils deviennent
23:35les visages héroïques
23:36d'une France
23:37qu'on voudrait prête
23:38à tous les sacrifices.
23:42Un mineur du nord,
23:43Louis Langrand,
23:44dit
23:44« Quand on crachait,
23:46on crachait tout noir.
23:48Ça collait à la gorge.
23:49Les yeux,
23:50on n'arrivait pas
23:51à les laver. »
23:56Il se souvient aussi.
23:58Quand l'ensemble
23:59des mines
24:00est arrivé
24:00à 100 000 tonnes,
24:01tous les mineurs
24:02ont touché
24:02un costume.
24:05La mine
24:05où on avait extrait
24:06le plus de charbon
24:07avait une prime.
24:08on installait
24:09le drapeau
24:10en haut du chevalet.
24:12Les ouvriers
24:13étaient fiers.
24:22Le chef
24:23du parti communiste
24:24dit
24:24« Produire,
24:26c'est aujourd'hui
24:26la forme la plus élevée
24:27du devoir des Français.
24:29Hier,
24:29notre arme
24:30était le sabotage.
24:31Aujourd'hui,
24:32l'arme,
24:32c'est la production. »
24:40Les ouvriers
24:41n'ont jamais été
24:41si nombreux.
24:43Ils sont 5 millions
24:45et adhèrent presque tous
24:46à un syndicat.
24:51Indispensables
24:52au pays,
24:53ils perçoivent
24:54leurs forces nouvelles.
25:03Quelques mois
25:04avant de quitter
25:05le pouvoir,
25:06De Gaulle
25:06vient leur rendre hommage.
25:10À Clermont-Ferrand,
25:11il salue
25:12l'exemple
25:12de courage
25:13et de sacrifice
25:13de l'entreprise
25:14Michelin,
25:15dont 4 des fils
25:16sont entrés
25:17en résistance
25:18et l'un
25:19est mort
25:19dans les camps.
25:30Tandis que la vieille
25:31bourgeoisie industrielle,
25:33si puissante avant-guerre,
25:35perd de son influence,
25:36tous les ouvriers
25:37acquièrent une reconnaissance
25:39nouvelle.
25:47L'horizon s'éclaircit,
25:49mais pour beaucoup,
25:50les jours heureux
25:51sont encore loin.
25:58La moitié
25:59de la population
25:59occupe un logement
26:01insalubre,
26:02un taudis.
26:06Et un million
26:08de familles
26:08sont toujours
26:09sans-abri.
26:17L'écrivaine
26:18Annie Ernaud
26:19se souvient
26:20des dents
26:21manquaient
26:21dans toutes
26:22les bouches.
26:26Les manteaux
26:27étaient retapés,
26:28les cols
26:28de chemise
26:29retournés,
26:30les vêtements
26:31du dimanche
26:31passés
26:32aux tous les jours.
26:35Qu'on n'arrête
26:36pas de grandir
26:37désespéraient
26:38les mères,
26:39obligées
26:40d'acheter
26:40des chaussures
26:41une pointure
26:42au-dessus,
26:42trop petites
26:43un an après.
26:51tout ce qui se trouvait
26:52dans les maisons
26:53avait été acheté
26:54avant la guerre.
26:57Tout devait faire
26:58de l'usage,
26:59rien ne se jetait.
27:04Les plus démunis
27:05redeviennent chiffonniers.
27:08Ils ramassent
27:08les papiers
27:09et les textiles
27:10en espérant
27:10leur donner
27:11une seconde vie.
27:22Dans cette France
27:24fragile,
27:25l'État
27:25se fait davantage
27:26protecteur
27:27et devient Providence.
27:31Il emploie
27:32un quart
27:32des travailleurs
27:33français.
27:41En 1946,
27:44une utopie
27:45est gravée
27:45à jamais
27:45dans notre Constitution.
27:49Tous les Français
27:50ont le droit
27:51à un système
27:52de protection sociale
27:53égalitaire,
27:54la sécurité sociale.
28:02Employés
28:03et patrons
28:03alimentent
28:04les caisses.
28:09se soigner
28:11n'est plus
28:11un problème.
28:18Tous s'unissent
28:19autour de cet idéal
28:20de solidarité.
28:26Les parents,
28:27soulagés,
28:28voient leurs enfants
28:29sauvés
28:29de la tuberculose
28:30pulmonaire.
28:35pour limiter
28:36sa propagation,
28:37on confine
28:38les patients
28:39dans les sanatoriums.
28:44Cette maladie
28:45de la pauvreté
28:46qui décimait
28:47encore la population
28:48après-guerre
28:48disparaît
28:49peu à peu.
28:55La vaccination
28:56obligatoire
28:57l'éradiquera
28:58bientôt,
28:59comme un autre
29:00fléau
29:00déjà prévu.
29:00presque disparu.
29:02La variole.
29:11Si l'État
29:11prend autant soin
29:12des familles
29:13et des enfants,
29:14c'est que la nation
29:15a vieilli.
29:16Après deux guerres
29:18et une saignée
29:18d'un million d'habitants,
29:20il faut encourager
29:21la natalité.
29:25L'esprit
29:26d'avant-guerre
29:26et de Vichy
29:27rôde encore.
29:30le travail
29:31et la famille
29:32restent les ciments
29:33de la patrie.
29:35L'ordre moral
29:36est inflexible.
29:40Au printemps 1946,
29:43les maisons closes
29:44sont interdites.
29:46La sexualité
29:47est reléguée
29:48à sa dimension maritale
29:49au nom de la procréation.
29:55Les jeunes filles
29:56sont sommées
29:57d'être des mères
29:59et les mères,
30:00une fois de plus,
30:01sont renvoyées
30:02à leur foyer.
30:06Dans le magazine Elle,
30:08l'épouse du chef
30:09du gouvernement,
30:10Félix Gouin,
30:11expose le manuel
30:12de l'épouse parfaite.
30:13Quand votre mari
30:15rentre,
30:15que le dîner soit prêt
30:16avec les plats
30:17qu'il aime.
30:18Ne lui dites
30:19que ce qu'il aime entendre.
30:21Écoutez-le
30:21tant qu'il veut parler.
30:23Soyez une ombre
30:24jamais pesante.
30:29La libération
30:30de la France
30:31n'est décidément
30:32pas encore
30:32celle des femmes.
30:39Si les françaises
30:41ont enfin obtenu
30:41le droit de vote
30:42le 21 avril 1944,
30:45elles sont très nombreuses
30:46à s'abstenir
30:47lors des premiers scrutins
30:48après-guerre.
30:59Trop longtemps
31:00habituées à se taire,
31:01sans doute,
31:02dans un monde d'hommes.
31:151947
31:16est une année terrible
31:17pour les français.
31:19L'année de tous les dangers.
31:24L'hiver est le plus rude
31:26jamais enregistré
31:27depuis 70 ans.
31:31Et les tickets
31:31de rationnement
31:32sur le sucre,
31:33le café
31:33et l'essence
31:34sont encore en vigueur.
31:40Les souvenirs
31:41d'un passé
31:41qu'on croyait révolu
31:42remontent à la surface.
31:44Les boutiques
31:45ne sont plus
31:46approvisionnées,
31:47les pénuries
31:48réapparaissent,
31:50tout peut basculer.
31:56en avril,
31:57parce que le blé
31:58manque,
31:59le gouvernement
32:00abaisse la ration
32:01de pain
32:01à 200 grammes
32:02par jour.
32:04Du jamais vu
32:04depuis 1940.
32:13Comment vivre avec moins
32:14quand on a déjà si peu ?
32:16Les français
32:17n'en peuvent plus.
32:18La rareté
32:19fait monter les prix
32:20à un niveau
32:21insoutenable.
32:23Le nouveau chef
32:24du gouvernement,
32:25Léon Blum,
32:26promet d'en finir
32:27avec la vie chère.
32:29Aujourd'hui,
32:30le gouvernement
32:31se prête
32:31pour dire
32:32à la hausse,
32:34non,
32:35tu n'iras pas
32:36plus loin.
32:37Non seulement,
32:38tu n'iras pas
32:39plus loin,
32:40mais désormais,
32:41tu vas
32:42recul.
32:47Mais cette bataille
32:49des prix
32:49n'est pas
32:50à la hauteur
32:50des attentes.
32:53Les français
32:53espéraient surtout
32:54une hausse
32:55généralisée
32:56des salaires.
33:01Et ce sont
33:02les américains,
33:03encore,
33:04qui viennent
33:04à notre secours
33:05en fournissant
33:06de la farine
33:07de maïs.
33:09On se console
33:10avec ce pain
33:11qui prend subitement
33:12la couleur
33:12de l'or.
33:18Les français
33:19font contre
33:20mauvaise fortune
33:21bon cœur.
33:27Faute de combustible
33:29pour les voitures,
33:30les sabots
33:30des chevaux
33:31résonnent à nouveau
33:32sur les pavés.
33:38Le vélo,
33:39le cheval
33:40du pauvre
33:40envahit
33:41la capitale.
33:45Je suis parti
33:46l'autre jour
33:47depuis tôt
33:48en vélo.
33:51J'ai vu
33:52des petits,
33:52des minces,
33:53des grands,
33:53des gros
33:54en vélo.
33:57Je suis arrivé
33:58en trois semaines
33:59à Saint-Lô.
34:00En vélo.
34:03Avec l'œil frais
34:04et de sûr
34:04en flombe
34:05à du dos.
34:06En vélo.
34:17Trois ans
34:18après la libération,
34:19les français
34:20ont le sentiment
34:21d'avoir donné
34:21bien plus
34:22qu'ils n'ont reçu.
34:25La colère monte.
34:27Au point d'inspirer
34:28cette formule choc
34:29qui circule
34:30dans les cortèges,
34:31« Donnez-nous du beurre »
34:33ou « Rendez-nous
34:34les boches ».
34:39Tous ceux
34:40dont le travail
34:40forcené
34:41a rythmé
34:42la reconstruction
34:43du pays
34:43se rebellent.
34:47Et comme
34:47s'il s'était passé
34:48le mot,
34:49c'est tout d'un coup
34:50la France entière
34:51qui se fige.
34:53Au printemps 1947,
34:56partout,
34:56des grèves s'organisent.
34:58Avec le début
34:59de la guerre froide,
35:00l'exclusion
35:01des communistes
35:01du gouvernement
35:02attise les mécontentements.
35:04C'est l'engrenage.
35:07En quelques semaines,
35:0980 000 mineurs
35:10arrêtent le travail.
35:12Puis c'est au tour
35:13des employés
35:13de l'industrie
35:14et de l'éducation nationale.
35:18Dans leur terril
35:19devenu leur second lieu
35:20de vie,
35:21les mineurs
35:21occupent le terrain
35:22en organisant
35:23des tournois de football.
35:24de l'éducation nationale.
35:34Musique de l'éducation
35:36de l'éducation nationale
35:51Comme si toutes les peines
35:52endurées
35:52éclataient soudain
35:53au grand jour,
35:55la France entière
35:56est au bord
35:56de l'explosion.
35:58En 18 mois,
36:003600 grèves
36:01éclatent
36:02dans tout le pays.
36:04L'un des conflits sociaux
36:05les plus violents
36:06de notre histoire.
36:13100 000 réservistes
36:14de l'armée
36:15sont envoyés
36:15pour couper court
36:16au blocage
36:17qui menace
36:17de ruiner
36:18tous les efforts
36:18d'après-guerre.
36:34Une toute nouvelle force
36:36intervient
36:36pour rétablir l'ordre.
36:38Les CRS,
36:39les compagnies républicaines
36:41de sécurité.
36:47Un slogan est lancé
36:50CRS,
36:51SS.
36:57L'armée française
36:58elle-même
36:59est comparée
36:59à la Wehrmacht,
37:00l'armée d'occupation
37:01allemande.
37:08Dans le nord,
37:09des cheminots
37:10sabotent
37:11leurs propres trains.
37:1220 morts.
37:20Du côté des manifestants,
37:22les affrontements
37:23font des centaines
37:24de victimes.
37:262 000 sont arrêtés,
37:283 000 seront licenciés.
37:32L'État,
37:33qui se voulait
37:34être ami du peuple,
37:35devient l'ennemi
37:36des grévistes.
37:40C'est la fin du rêve
37:41d'unité
37:42qui avait suivi
37:42la libération.
37:46C'est le début
37:47d'un espoir
37:47pour beaucoup
37:48de communistes
37:49qui attendaient
37:50le grand soir.
37:53Le déclenchement
37:54de la révolution.
38:01Le communisme
38:02est puissant.
38:03Son prestige
38:04et son influence
38:05dans l'après-guerre
38:06dépassent largement
38:07les 600 000
38:08encartés du parti.
38:10Ils forment
38:11presque une contre-société.
38:14André Pierard,
38:1519 ans,
38:16explique son engagement.
38:17Être communiste,
38:19pour moi,
38:19c'est le plus bel idéal
38:21du monde.
38:21Nous nous considérons
38:23comme une élite.
38:23Nous sommes l'avant-garde.
38:26Nous comparons
38:27notre adhésion
38:28au communisme
38:29à celle
38:29des premiers chrétiens
38:30à leur croyance.
38:35Des milliers d'enfants
38:36rejoignent
38:37l'Union des Vaillants
38:38et Vaillantes,
38:39une organisation
38:40qui reprend
38:40les codes du scoutisme
38:42en éditant
38:43l'hebdomadaire
38:43Vaillant,
38:44l'ancêtre
38:45de Pif Gadget.
38:50Avec leurs parents,
38:51ils participent
38:52à la fête
38:53de l'humanité.
39:02Un rendez-vous incontournable
39:04qui rassemble
39:05chaque année
39:06un million de Français.
39:15Un grand moment
39:16de réjouissance populaire
39:19comme ce ballet
39:20du ravitaillement
39:21qui résume bien
39:22les préoccupations
39:23d'alors.
39:33Les communistes
39:34rêvent d'un avenir radieux,
39:36débarrassés
39:37du capitalisme.
39:45avec le plan Marshall,
39:46cette aide accordée
39:48par les États-Unis
39:48après-guerre,
39:49les produits américains
39:50commencent à envahir
39:51le quotidien des Français.
39:56L'allié,
39:57le libérateur d'hier,
39:59est le nouvel ennemi
40:00des communistes.
40:04Le coca-cola
40:06devient le symbole
40:07de ce rejet viscéral.
40:10Un film de propagande
40:11l'oppose au bon vin.
40:15Pour beaucoup,
40:16c'est un cheval de Troie
40:17débarqué d'outre-Atlantique.
40:20Le journal L'Humanité
40:22interroge.
40:23Serons-nous
40:24coca-colonisés ?
40:29Dans les salles,
40:30les Français
40:31voient déferler
40:32des milliers
40:32de films hollywoodiens
40:33en raison
40:34de quotas imposés.
40:37Le prix
40:38a payé
40:38pour que les États-Unis
40:40effacent
40:40la colossale dette
40:41de guerre
40:42de la France.
40:45Walt Disney
40:46reçoit même
40:47une récompense
40:47des mains
40:48du ministre du Commerce
40:49et de l'Industrie.
40:55Le changement
40:56vient d'Amérique
40:57et le monde
40:58de la culture
40:58s'en inquiète.
41:01À l'hiver 1948,
41:04Jean Marais
41:05et Simone Signoret
41:06se joignent
41:07aux milliers
41:07de professionnels
41:08qui défilent
41:09pour la sauvegarde
41:10d'une certaine
41:10exception française.
41:14Mais l'Amérique
41:15rebute tout autant
41:16qu'elle fascine.
41:22Paris hésite,
41:24tandis que
41:24de nouveaux artistes
41:25à Saint-Germain-des-Prés
41:26se réinventent
41:28dans les cafés
41:28et les caves
41:29au rythme du jazz
41:30et du blues,
41:32Montmartre
41:32et Montparnasse,
41:33figés dans le passé,
41:35font revivre
41:35à l'infini
41:36les spectacles
41:36qui ont fait
41:37leur gloire.
41:41L'esprit cabaret
41:42devient un brin
41:43nostalgique.
41:46La môme Piaf,
41:48intemporelle,
41:49semble l'ignorer.
41:55Qu'est-ce qu'il y avait
41:56comme chanson ?
41:57C'est bien réglé.
41:58Manuel.
42:00Ah oui,
42:01attends,
42:01t'as.
42:02N'y va pas,
42:03Manuel,
42:03n'y va pas,
42:05il y a des choses
42:06dans la vie
42:06qu'on ne sait pas
42:08et plus tard,
42:09tu le regretteras.
42:11N'y va pas,
42:12n'y va pas,
42:14d'ailleurs,
42:14il y a été tout même,
42:15tu sais.
42:21En silence,
42:22le mime Marceau
42:24invente le moonwalk
42:25qu'il appelle
42:26la marche contre le vent.
42:29Cette marche synthétise
42:30à sa façon
42:31toute la contradiction
42:32de l'époque,
42:34légère et grave.
42:44Même à reculons,
42:46les Français,
42:47eux aussi,
42:47sont forcés d'avancer.
42:52Ils ne peuvent s'offrir
42:53le luxe de refuser
42:54l'aide américaine
42:55ni de résister
42:56à la course au progrès.
43:03Les ports de l'Atlantique
43:05fourmillent d'activités
43:06grâce aux livraisons
43:07de matériel US.
43:11Dans les caisses,
43:14ils découvrent
43:14de fabuleuses machines.
43:32Selon un magazine spécialisé,
43:35Désormais,
43:36les cultivateurs
43:37aiment leurs tracteurs
43:38comme jadis
43:38ils aimaient leurs chevaux.
43:42Leur nombre triple
43:43en dix ans.
43:53La motorisation change
43:55le paysan
43:55en agriculteur.
44:02Dans la Beauce,
44:03Efraim Grenadou
44:04fait l'inventaire.
44:06J'ai six tracteurs,
44:08une moissonneuse batteuse,
44:09une presse,
44:10un corn-piqueur.
44:12C'est moins l'homme
44:13qui fait le boulot
44:14que la mécanique.
44:20Au passage de ces engins,
44:22les paysages du bocage
44:23breton et normand
44:24sont redessinés.
44:27Nos terres et nos sols
44:29font l'objet
44:29d'expériences nouvelles
44:30bouleversantes.
44:32La science métamorphose tout,
44:34même les lieux familiers.
44:38Une fièvre sans précédent
44:40s'empare
44:41d'étranges chercheurs d'or
44:42dans le Limousin.
44:46Les Français sont appelés
44:47à rattraper leur retard
44:49sur les Etats-Unis
44:50par le physicien communiste
44:52Frédéric Joliot-Curie.
44:56Trouvez de l'uranium,
44:57fouillez partout
44:58sans complexe.
44:59Vous êtes les premiers
45:00maillons d'une chaîne
45:01gigantesque
45:02qui travaille
45:02pour notre pays.
45:08Armés de compteurs
45:10geigères,
45:10on se mobilise.
45:12On devient des pionniers.
45:15En décembre 1948
45:16naît Zoé,
45:18la première pile atomique
45:20d'Europe.
45:24Le nucléaire
45:26pourrait un jour,
45:26croit-on,
45:27remplacer le charbon.
45:32Les bombes
45:33de Hiroshima
45:34et Nagasaki
45:35sont encore
45:36dans toutes les têtes.
45:37Mais pour la France,
45:38l'énergie atomique,
45:39c'est le Graal.
45:40Une chance
45:41pour notre avenir.
45:49Le visage du pays
45:50se remodèle
45:51au gré des chantiers.
45:58Dans les Alpes,
45:59les habitants médusés
46:01assistent au passage
46:02de gigantesques turbines,
46:04celles-là même
46:04qui engloutiront
46:05leurs vallées
46:06sous des lacs artificiels.
46:16Bientôt,
46:17l'électricité arrivera
46:19dans toutes les campagnes.
46:23Le progrès a noyé
46:24des villages entiers
46:25dont la population
46:26entretient le souvenir.
46:34Mais ce passé anéanti,
46:36c'est le prix à payer
46:37pour un nouvel espoir
46:38qui naît.
46:44à la fin de la décennie,
46:45les Français
46:46peuvent enfin
46:47reprendre leur souffle.
46:49Après des années
46:50d'efforts
46:51et de privations,
46:52la production
46:53retrouve son niveau
46:54d'avant-guerre.
47:00Hiver 1949.
47:02Enfin,
47:02les tickets de rationnement
47:04disparaissent
47:04de leur vie
47:05pour toujours.
47:07Nous sommes très heureux
47:09de la suppression
47:09des cartes d'alimentation.
47:11Surtout,
47:12ce que nous demandons,
47:12c'est de ne pas
47:13d'augmentation
47:13pour le sucre,
47:15le beurre
47:15et le café.
47:26La libération
47:27des prix
47:28devient une fête.
47:30Comme la production
47:30est exponentielle,
47:32le nouveau devoir
47:33des Français,
47:34c'est acheter
47:35et acheter encore.
47:36Un frigidaire,
47:38un joli scooter,
47:39un atomixer
47:40et du d'alopio,
47:42une cuisinière
47:43avec un four en verre.
47:45Les Français
47:45entrent dans
47:46la société
47:47de consommation
47:48de masse.
47:58Beaucoup s'en réjouissent
48:00en flânant
48:01en famille
48:01le week-end
48:02dans les allées
48:03du salon
48:03des arménagers.
48:04Pour le plaisir
48:05des yeux,
48:06surtout.
48:07Mon frigidaire,
48:08mon armoire à cuillère,
48:10mon évier en fer
48:11et mon poil à mazout,
48:12mon cirgodasse,
48:14mon repas au limace,
48:15mon tabouret à glace,
48:16et mon chasse fut loup.
48:20L'épicier en blouse
48:21subit la concurrence
48:23des premiers magasins
48:24en libre-service
48:24et des pionniers
48:26du discount.
48:29Leur promesse,
48:30des prix bas
48:31toute l'année.
48:37La viande est emballée
48:39dans les rayons,
48:40le lait,
48:41désormais pasteurisé,
48:42se vant en bouteille.
48:47Un article du Parisien Libéré
48:49s'en réjouit.
48:50Vous gagnez du temps,
48:51vous ne vous épuisez pas
48:52en querelle
48:53avec une vendeuse revêche.
48:55Et si vous êtes mal servi,
48:56vous n'avez à vous en prendre
48:57qu'à vous-même.
49:03En 1952,
49:04dans le magasin
49:05Félix Potin
49:06de la place Saint-Augustin
49:07à Paris,
49:08une famille ordinaire
49:09est photographiée
49:10devant tous les produits
49:11qu'elle a consommés
49:12en une année.
49:15Les chiffres sont éloquents.
49:18120 kilos de pain
49:19par personne,
49:21143 litres de vin
49:22pour seulement
49:2374 litres de lait.
49:34Mais consommer,
49:35c'est aussi posséder
49:36un objet à soi.
49:39Pour une Renault 4 chevaux
49:41ou la nouvelle 2 chevaux
49:42de Citroën,
49:44les Français sont prêts
49:45à vivre à crédit.
49:47Sauf l'ouvrier
49:48qui la fabrique,
49:49qui y sacrifierait
49:513 ans de son salaire.
49:56Un mirage pour certains,
49:58une réalité
49:59que d'autres
50:00peuvent déjà s'offrir.
50:06Comme le journaliste
50:07Jean Ferniaud
50:08qui savoure
50:08« Mon permis de conduire
50:10en poche,
50:11nous passons
50:11notre premier dimanche
50:12sur les routes.
50:14Ainsi viennent les vacances
50:15et je me dis
50:16que je n'ai jamais compris
50:17ce qu'était la liberté
50:18avant de prendre le volant. »
50:38Avec leurs bolides
50:39et leurs deux semaines
50:40de congés payés par an,
50:42les Français redécouvrent
50:43les vacances en famille
50:44sur la côte d'Azur
50:45ou au bord de l'Atlantique.
50:51La guerre
50:52semble désormais
50:52bien loin.
51:03Les enfants
51:04jouaient à cache-cache
51:05dans les bunkers
51:06où,
51:06dix ans plus tôt,
51:08les combats
51:08du débarquement
51:09résonnaient.
51:14En 1953,
51:16grâce au progrès
51:18de la pédiatrie
51:19et à l'assurance maladie,
51:20la mortalité infantile française
51:22a été divisée
51:23par deux
51:24en dix ans.
51:26Le baby-boom
51:27explose.
51:32Au sortir de la guerre,
51:34ils rêvaient
51:35de jours heureux
51:36qui semblent enfin là.
51:38En une décennie,
51:39c'est un nouveau pays
51:40qui est sorti de terre.
51:43Mais cette génération
51:44se doute-t-elle
51:45de ce qui lui reste
51:46à traverser ?
51:48L'équilibre retrouvé,
51:50encore bien fragile,
51:52résistera-t-il
51:52aux nouvelles tempêtes
51:53qui s'annoncent ?
52:03Sous-titrage Société Radio-Canada
52:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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