00:00La guerre s'arrête, Hormuz va rouvrir. C'est un succès ou un fiasco pour lui ?
00:05Alors c'est, du point de vue du récit, plutôt un succès de communication.
00:10Il a réussi tout au long du week-end à entretenir le suspense en marquant sa conviction qu'il parviendrait
00:16à signer cet accord.
00:17Donc de ce point de vue-là, il a un joli paquet d'anniversaires avec beaucoup de papiers et beaucoup
00:23de rubans.
00:24Évidemment, quand on ouvre le paquet, force est de constater, au vu de ce que l'on sait aujourd'hui,
00:30qu'on a du mal à identifier très très clairement ce qu'il y a dans ce paquet, mais surtout
00:36ce que l'Amérique gagne.
00:38Les conditions qui sont énumérées sont plutôt à l'avantage de l'Iran.
00:48On ne sait pas concrètement ce qu'il y a dans cet accord et les points sur lesquels ils se
00:51sont mis d'accord.
00:52Alors, pour vous, Trump a signé à l'aveugle d'une certaine manière ?
00:54Il a signé, alors on sait qu'il a signé électroniquement à distance avec les Iraniens.
00:58Pour vous, il a signé à l'aveugle parce qu'il fallait un accord coûte que coûte ?
01:01Il a fini par constater depuis maintenant plusieurs semaines l'impasse stratégique dans laquelle il était.
01:08Cet impasse stratégique, elle a un coût très important pour l'économie mondiale et pour les États-Unis même.
01:13Et donc, pour quelqu'un qui va se préparer à des échéances électorales pour les midterms, c'est un risque
01:21majeur qu'il courait.
01:22Et donc, la signature s'est imposée à lui et à partir de là, il n'attache pas une importance
01:28considérable aux conditions qui sont posées.
01:33Et on voit bien que sur les objectifs de guerre qui étaient ceux des États-Unis, qu'il s'agisse
01:38de la chute du régime, qu'il s'agisse du nucléaire iranien,
01:42qui était quand même la grosse affaire qui nous a tous entretenus et angoissés pendant des années,
01:49eh bien, il y a un acquis qui est extrêmement faible.
01:51Il y a même des sujets qui ne sont plus du tout sur la table.
01:53La question des missiles iraniens, la question du soutien à des milices régionales, tout cela a disparu.
02:01Donc, on voit bien que la volonté de signer l'emporte sur le souci du contenu de l'accord.
02:07On va écouter Trump qui, d'une certaine manière, vous répond à distance.
02:10Ce soir, il est à Evian pour le G7 avec Emmanuel Macron, entretien tout à l'heure entre les deux
02:14présidents.
02:15Et voici ce que dit Donald Trump.
02:18C'est un texte important, puissant, contrairement au texte d'Obama qui était terrible.
02:26Celui-ci est puissant. J'aimerais le faire paraître bientôt, peu de temps après vendredi.
02:34Parce que le détroit va être ouvert.
02:36On le sera complètement vendredi quand les mines seront neutralisées.
02:41Alors, on reparlera d'Ormuz dans un instant.
02:43Un texte puissant, dit Trump, largement meilleur que ce qu'avait pu signer Obama en 2015.
02:50Je rappelle qu'au début des négociations avec les Iraniens, vous y étiez, Dominique de Villepin.
02:54En 2003, j'ai initié avec mon collègue britannique et allemand ces négociations qui ont abouti en 2015.
03:00Et je peux vous dire que la somme de travail, la somme de détails techniques que contenait cet accord
03:05n'a absolument rien à voir avec ce qui est aujourd'hui sur la table.
03:09Trump vous dit, j'ai fait mieux que vous.
03:09Oui, bien sûr, mais c'est facile à dire.
03:12Mais cela reste à prouver.
03:14Ce qui me paraît important, c'est qu'on voit que l'Iran obtient aujourd'hui la reconnaissance de sa
03:21puissance dans le Golfe.
03:23Même si, il ne faut pas sous-estimer le fait que l'Iran est considérablement affaibli sur le plan militaire.
03:30L'Iran obtient l'inclusion du Liban, ce qui est très important pour l'Iran parce que ça marque son
03:35soutien à certaines de ses milices
03:37et en particulier le Hezbollah.
03:38Et il obtient bien sûr la consécration de son droit sur Hormuz.
03:43Même si, pour les prochaines semaines, il n'y a pas de droit de péage, on croit comprendre que dans
03:48l'accord,
03:49il y a l'acceptation de paiement, de droit de passage qui serait dû néanmoins par les bateaux.
03:56On retrouverait une situation que l'on connaît déjà, par exemple, dans le Bosphore.
03:59Mais qui peut s'élever jusqu'à plusieurs centaines de millions d'euros.
04:02Elsa ?
04:03Est-ce qu'il y a la moindre possibilité réaliste en 60 jours d'atteindre un accord nucléaire qui ait
04:10du sens,
04:11qui puisse empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire ?
04:14Alors, il y a une option.
04:16Et cette option consiste justement à reprendre le document que rejette aujourd'hui Donald Trump.
04:22C'est de reprendre les travaux et de les adapter à l'évolution des dernières années.
04:28Et là, il y a un travail sérieux.
04:30Il y a même des verrous qui permettent de vérifier que l'Iran n'échappe pas aux contraintes qui sont
04:37posées.
04:37Il y a un rôle donné à l'Agence internationale de l'énergie atomique qui peut vérifier sur place.
04:42Il y a la concrétisation des obligations liées au traité de non-prolifération.
04:49Donc, oui, on a une mémoire sur ce dossier très sérieuse.
04:53Il y a une deuxième condition, à mon sens.
04:54Ce serait que Donald Trump accepte que l'Union européenne, que les pays comme l'Allemagne ou comme la France,
05:00ou l'Angleterre, le Royaume-Uni, qui ont été partie prenante, fassent partie de la négociation,
05:06parce que c'est un gage de sérieux.
05:07Je ne crois pas que M. Witkoff et que M. Jared Kouchner, qui ont, si j'ai bien compris récemment,
05:12subi un stage accéléré de formation aux questions nucléaires de quelques jours ou d'un week-end,
05:17soit en mesure de négocier face à des personnalités comme Arichi.
05:22Nous connaissons bien les négociateurs iraniens.
05:24Ce sont des personnages tout à fait chevronnés.
05:27Et donc, la vérité, c'est est-ce que Donald Trump acceptera à un moment ou à un autre
05:34d'empocher ses pertes et de reconnaître l'échec qui est le sien ?
05:37Mais ça, ça n'arrivera jamais, Dominique de Villeneuve.
05:39Alors, ça n'arrivera jamais, sauf que nous savons d'expérience, c'est une leçon de l'histoire,
05:44que dans une guerre asymétrique, le plus fort ne gagne jamais quand il n'a pas des objectifs précis.
05:52C'est la loi de tous les empires qui ont chuté, c'est l'Empire romain, c'est l'Empire
05:56napoléonien,
05:57c'est l'Empire du Japon face à la Chine, c'est une loi absolue.
06:01Et le plus faible, quand il est déterminé, n'a pas besoin de vaincre pour l'emporter.
06:07Il a simplement besoin de résister et de survivre.
06:10C'est exactement ce que fait l'Iran.
06:12L'Iran survit, mais rien qu'en faisant cela, vis-à-vis des États du Golfe, vis-à-vis des
06:18grandes puissances,
06:19il affirme sa victoire.
06:21Et donc, aujourd'hui, je pense que l'inconnu, c'est d'abord la capacité des Américains
06:26d'avoir une diplomatie suffisamment sérieuse pour mener une négociation.
06:29J'ai personnellement quelques petits doutes sur le professionnalisme de la diplomatie américaine
06:34pour mener quelque chose d'aussi compliqué face aux Iraniens.
06:37C'est un premier élément.
06:38Deuxièmement, Israël, dont on ne parle pas, ils ne sont pas partis à l'accord.
06:43On n'imagine pas Benjamin Netanyahou, d'ici le mois d'octobre,
06:46rester sur son aventin et attendre que le temps passe,
06:49sans chercher à peser sur l'évolution de cette négociation.
06:53Et là, il y a effectivement un certain nombre d'éléments qui peuvent peser,
06:57ne serait-ce qu'à travers la question libanaise,
07:00parce que dans les grandes questions qui vont être activées,
07:02il y a bien sûr la question du Liban.
07:04Je pense que la question de Gaza, à un moment ou à un autre, devra s'inviter.
07:08Et il y a donc un certain nombre d'obstacles qui sont devant les Américains
07:13et qui sont difficiles à approcher.
07:43Oh, oh.
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