00:06Il faut que vous nous expliquiez un peu le contexte de tout cela.
00:09Ce contexte il est assez particulier, quand les Etats-Unis proposent leur candidature,
00:15ils sont obligés de s'associer avec le Canada et le Mexique, et ce contexte il est d'autant plus
00:19particulier.
00:20Pourquoi justement ?
00:21Alors, ça renvoie finalement à la désignation par la FIFA du Qatar.
00:25On est en 2010, la FIFA, la surprise générale, ne choisit pas les Etats-Unis,
00:29Bill Clinton se pince les lèvres, tout le monde comprend qu'il s'est passé quelque chose.
00:33La justice américaine à ce moment-là fait son travail, c'est-à-dire qu'elle va poursuivre la FIFA
00:38et la décapiter littéralement, ce qu'on appelle le scandale de la FIFA.
00:41C'est le moment où Jaline Fantino, notre sémillant italo-suisse, arrive au pouvoir.
00:46Dans ce contexte-là, il n'y a pas le choix.
00:47Lui, c'est un homme honnête, rassurez-nous.
00:49Parfaitement honnête, le plus honnête des courtisans et quelqu'un dont la probité ne peut jamais être mis en cause,
00:54évidemment.
00:55Et ce qui est assez intéressant avec lui, c'est qu'il sait tout de suite qu'il faut satisfaire
01:00les Etats-Unis.
01:01À ce moment-là, Trump vient d'arriver au pouvoir, la candidature américaine est sur la table,
01:05le Maroc est en face, il va tout faire pour que les Etats-Unis l'emportent.
01:09Jusqu'à inventer une commission au dernier moment, orienter finalement les choix.
01:13Les Etats-Unis sont évidemment choisis, sauf que dans l'intervalle, le président Trump, premier mandat,
01:18donc le 45e président, va tweeter avec un message clair.
01:22Vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous, si vous êtes contre nous, on ne l'oubliera pas.
01:26Déjà là, on a la patte Trump.
01:27Sauf qu'il revient pour un deuxième mandat et les deuxièmes saisons ne sont jamais aussi réussies que les premières.
01:32Et là, en l'occurrence, cette Coupe du Monde, elle va être pire parce qu'elle est plus politique,
01:37plus égocentrée autour de Trump et en plus, on a des choses qu'on n'avait jamais vues avant.
01:42Alors qu'est-ce qu'on n'a jamais vu avant ? Parce qu'on a déjà vu beaucoup de
01:45choses, Jean-Baptiste Gué.
01:46Là, on repousse les limites et les frontières du possible.
01:49On a des arbitres désignés par la FIFA qui sont interdits d'entrer sur le sol américain, un arbitre somalien.
01:54Vous avez une délégation, finalement, iranienne qui va jouer dans des conditions
01:58qui sont tout sauf conformes, finalement, aux règles.
02:02Vous avez des joueurs qui ont été fouillés sur les tarmacs des aéroports
02:06dans des conditions qu'on ne réserve jamais à des VIP.
02:08Comme par hasard, ce sont exclusivement des joueurs des sélections africaines.
02:12Vous avez des supporters qui ont été interdits purement et simplement d'accès au territoire américain
02:16pour des raisons qui renvoient aux déclarations de Donald Trump,
02:19c'est-à-dire ces pays, ce sont des « shitty countries ».
02:22Donc je vous laisse traduire.
02:23On est ici sur la traduction de la politique trumpienne,
02:27c'est-à-dire on fait du show, on fait du spectacle,
02:29et l'objectif, c'est clairement de montrer que notre politique anti-immigration est efficace,
02:34peu importe les conséquences.
02:35Et puis après, vous aurez ce qui va se passer pendant la manifestation,
02:38c'est ICE, cette fameuse police anti-immigration,
02:41qui va roder autour des stades et qui va rappeler, finalement,
02:44ce qu'on n'a pas du tout envie de voir quand on va voir du sport,
02:46c'est le retour de la politique et de ses excès.
02:49Oui, parce qu'on aurait pu imaginer que Trump ayant voulu cette Coupe du Monde,
02:53puisqu'il a ardemment désiré,
02:55il laisserait, disons, un certain nombre de manifestations se dérouler paisiblement,
03:03sans intervention particulière ou sans aile des autorités.
03:06Alors, dans un monde normal, ça aurait été le cas,
03:09sauf que Donald Trump n'est pas un président normal,
03:11et en l'occurrence, dans ce cadre-là, son objectif,
03:14et il l'a toujours fait, c'est polariser l'événement.
03:17C'est en faire un événement clivant pour parler à sa base, d'abord,
03:20MAGA, dans un contexte compliqué.
03:22On rappelle qu'il y a les militaires en novembre qui arrivent,
03:24que ces élections, pour l'instant, s'inscrivent dans un contexte compliqué.
03:28Pas sûr qu'il les remporte.
03:29La guerre au Proche-Orient n'est pas particulièrement populaire.
03:32Voilà, ça n'aide pas.
03:33Vous avez ajouté l'inflation derrière,
03:35et vous avez les Américains qui se braquent,
03:37donc il faut leur donner des gages,
03:38et notamment à votre base pour qu'elles se mobilisent.
03:40Et pour ça, rien de tel que de cibler les pays africains
03:42aient finalement utilisé cette Coupe du Monde
03:45comme un formidable amplificateur de vote politique à l'échelle nationale,
03:49et aussi un moyen de peser à l'international.
03:52Mais c'est quand même étrange,
03:53parce que les Etats-Unis, a priori, ne sont pas un pays de foot.
03:56Alors, c'est un pays de foot chez les filles.
03:58C'est-à-dire que c'est l'une des premières nations féminines du soccer,
04:02et on voit vraiment une progression chez les jeunes.
04:05Mais c'est un sport qui est quand même réservé,
04:07classe moyenne et classe supérieure.
04:08Ce n'est pas une puissance footballistique à l'européenne,
04:11ou une puissance footballistique populaire,
04:13comme on peut le voir par exemple en Afrique.
04:15Ce mondial, il était censé aussi finir d'établir
04:18la présence du soccer sur le territoire américain.
04:20Mais alors, justement,
04:22on a donc un sport en conquête actuellement aux Etats-Unis.
04:26On sait que ça va rapporter beaucoup d'argent à la FIFA,
04:29j'ai entendu parler d'11 milliards.
04:31Un minima, oui.
04:32Un minima.
04:33Pour les Etats-Unis ?
04:35La question de la rentabilité et de la profitabilité de l'événement,
04:38c'est un second sujet.
04:40L'idée, c'est d'abord de montrer qu'on a une puissance globale
04:42et qu'on est capable d'organiser le meilleur événement du monde.
04:44Et le coup, de toute façon,
04:45ce n'est pas le gouvernement fédéral qui le paiera,
04:47ce sont les villes organisatrices.
04:49Donc, comme d'habitude avec le sport de haut niveau,
04:51c'est-à-dire que vous privatisez les revenus,
04:53et pour le reste, c'est le public qui va payer.
04:56Et en l'occurrence, là,
04:57la FIFA et les Etats-Unis sont rencontrés sur le même terrain.
05:00Il faut que ce soit bigger than life.
05:03C'est, finalement, le mondial qui va être le plus important.
05:06Il y a une démesure des chiffres.
05:07Les revenus, le nombre d'équipes, 48.
05:10Le nombre de matchs, 104.
05:11Un millier de joueurs sur le territoire.
05:13L'album Panini, qu'on avait tous l'habitude de remplir petit,
05:16il fait quasiment 100 pages.
05:18Bon, il y a beaucoup de tensions géopolitiques.
05:21Il y a beaucoup d'équipes qui sont présentes,
05:24qui représentent des pays, qui se font la guerre.
05:28Alors, vous avez une image, avec cette Coupe du Monde,
05:30de la réalité du monde.
05:31C'est-à-dire que vous avez, finalement,
05:33un précipité des relations internationales.
05:35Et puis, vous avez surtout cette relation
05:38entre deux pays qui sont en conflit aujourd'hui,
05:39l'Iran et les Etats-Unis.
05:41Alors, Donald Trump, ou à la 38e fois,
05:42vous explique qu'il va trouver un accord.
05:44Et il espère se servir de l'aura de la Coupe du Monde
05:47pour le mettre en scène.
05:48Mais puis, vous avez tous les autres.
05:49C'est-à-dire que toute la complexité de notre monde
05:51se retrouve sur le sol américain, en ce moment,
05:53avec un président instable et particulièrement clivant,
05:57dans un contexte où, théoriquement,
05:59en tout cas, c'est les paroles de Gian Infantino,
06:01le football peut permettre la paix.
06:03Ça, c'est ce qu'on réserve aux naïfs.
06:05La réalité, c'est qu'aujourd'hui,
06:06vous avez un état de la puissance mondiale,
06:07ici, et des rapports de force.
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