- il y a 10 heures
Stanislas Maximin, PDG de Latitude, et Antoine Meunier, rédacteur en chef du site Lachroniquespatiale.com, étaient les invités de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce lundi 15 juins. Ils sont revenus sur le premier vol de la fusée française Latitude, le lancement dans l’espace de deux astronautes français par Vast, et notamment l'explosion au décollage d'une fusée Blue Origin de Jeff Bezos, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Et on attaque notre dernière demi-heure de ce Tech & Co, la quotidienne,
00:08depuis le Paris Air Forum, ici à la Maison de la Mutualité, au cœur de Paris.
00:13Et on va faire notre petit débrief spatial avec deux personnalités que vous connaissez,
00:17qui viennent nous rendre visite de temps en temps dans Tech & Co.
00:21Antoine Meunier est avec nous, salut Antoine.
00:23Salut François.
00:23Antoine qui est le rédacteur en chef du site lacroniquespatial.com
00:27et Stanislas Maxima est avec nous aussi, salut Stan.
00:30Salut François, salut Antoine.
00:31Salut Stan.
00:32Stanislas Maxima qui est le PDG de Latitude.
00:35Stan n'est pas journaliste, c'est l'un des acteurs français les plus visibles du New Space
00:40avec ton entreprise qui développe, rappelons-le, des lanceurs légers.
00:45C'est ça la particularité de Latitude.
00:49Est-ce que tu peux nous présenter Latitude ?
00:50Absolument.
00:50Latitude, on est une entreprise qui existe depuis maintenant 7 ans.
00:53On est français, on est basé à Reims.
00:55C'est la petite particularité.
00:57On est un peu moins de 200.
00:58On a notre usine, on a notre propre zone d'essai et on développe des services de lancement
01:04en passant par la conception, la fabrication et opérer également nos propres fusées.
01:10On est sur la fin du développement, on vise un premier lancement l'année prochaine.
01:15Et on a une particularité, c'est que nous on vise un marché qui est extrêmement mal desservi,
01:19qui est le marché des satellites de moins de 200, moins de 300 kg.
01:23Des petits satellites.
01:25Absolument, mais qui en réalité sont la majorité des satellites commerciaux disponibles au lancement.
01:30Parce que, par exemple, les grosses constellations ne le sont pas, elles sont déjà toutes signées actuellement.
01:38Et surtout...
01:38Et en plus, il y a un embouteillage.
01:40C'est-à-dire qu'en fait, comme il y a très peu de lanceurs, ils ont des carnets de
01:44commandes qui sont remplis.
01:45Absolument.
01:45Et la réalité, c'est qu'on n'a jamais eu autant de lancements disponibles sur la planète
01:50et pourtant, il n'y a jamais eu autant de temps d'attente pour arriver à avoir son lancement.
01:55Et c'est ce qu'on essaie de résoudre avec 50 lancements par an sur la fusée dédiée la moins
01:59chère de la planète.
02:01On a un concurrent américain qui est Rocket Lab, qui opère depuis des années une fusée Electron.
02:06Ça fonctionne très bien, mais on en voit deux fois plus que 300 kg dans l'espace en orbite polaire
02:11et beaucoup moins cher qu'eux également.
02:14Antoine ?
02:15Intéressé par l'attitude, j'imagine ?
02:17Bien sûr. C'est quand même la petite boîte qui monte, qui monte.
02:2150 lancements...
02:21Qui monte en attente, qui décolle, parce que là, pour l'instant...
02:24Moi, il y a une question que je voulais poser à Stan.
02:26Tu dis 50 lancements par an, mais quel est le marché pour 50 lancements annuels ?
02:32En prenant en compte aujourd'hui les différentes zones géographiques,
02:36parce qu'on sait très bien que la Chine n'est pas accessible et que le marché institutionnel,
02:39par exemple, militaire américain, ne l'est pas non plus,
02:41en les retirant de l'équation et les autres potentiellement.
02:44Et en prenant en compte uniquement les clients qui ont besoin d'avoir accès à des orbites spécifiques
02:48auxquelles ni SpaceX ni d'autres n'opèrent, des orbites mini-incline ou plein d'autres possibilités,
02:56aujourd'hui, le marché, il est capable de supporter jusqu'à quasiment 150 lancements par an dès la fin de
03:03la décennie.
03:04Donc 50 lancements, c'est le strict minimum, sachant qu'aujourd'hui, il n'y a qu'un seul acteur.
03:09Et quels sont les acteurs, justement, qui ont besoin de lancer des satellites ?
03:13Des centaines dans le monde et qui opèrent déjà.
03:16Et qui font quoi, en fait ? C'est de la surveillance ? Ça va être des télécoms ?
03:20Oui, de l'observation de la Terre, des télécoms, de la radiofréquence.
03:23On a typiquement un contrat avec une société franco-belge qui fait de la détection, de brouillage, l'orage de
03:28signaux GPS, GNSS, comme on dit.
03:32C'est parfois très spécifique.
03:33Et on a aussi des contrats avec des sociétés un petit peu plus futuristes, mais qui, pour le coup, opèrent
03:38déjà,
03:38qui font des expérimentations en orbite, c'est-à-dire, ils envoient des capsules,
03:41qui testent des choses, qui fabriquent des éléments,
03:44en profitant de l'apesanteur et ensuite les ramènent sur Terre.
03:50D'accord. Donc, premier lancement commercial visé pour quand, Stan ?
03:54Alors, le premier lancement qu'on va faire en 2027 est un tir expérimental.
03:58Donc, il n'est pas commercial, en fait. C'est pour voir si tout fonctionne.
04:00On n'a personne à bord. On n'a personne à bord.
04:02Le premier lancement commercial arrivera une année après.
04:04Le temps d'apprendre de ce qui ne sera probablement pas le plus grand des succès,
04:08ce qui est normal. Au premier lancement, on est là pour apprendre.
04:11Et une fois qu'on a appris, on fait notre premier tir commercial et puis on continue à enchaîner.
04:17On a déjà plus de 50 millions d'euros sous contrat avec des options.
04:22On a plusieurs dizaines de lancements réservés et un pipe de quasiment 1,5 milliard.
04:26Et l'idée, c'est d'avoir combien de lancements par an après, quand on sera en rythme de croisière
04:32?
04:32Aujourd'hui, une cinquantaine qui n'est pas juste histoire de…
04:37Donc, ça veut dire quoi ? Un par semaine à peu près, c'est ça ?
04:39Un par semaine, c'est exactement ça, dépendamment des saisons et des pas de tir.
04:44Et potentiellement plus, on commence à se rendre compte que la demande augmente rapidement.
04:49Et qu'il y a une raison aussi pour laquelle on fait autant de lancements par an, au-delà du
04:52marché.
04:52C'est le besoin client de pouvoir déployer ces constellations en trois fois moins de temps qu'avant.
04:58Aujourd'hui, ça peut prendre des années. Et nous, on leur propose de faire ça en six mois.
05:01Et ça, c'est un avantage commercial énorme, puisque ça leur permet d'avoir accès aux revenus
05:04et à une rentabilité bien plus tôt qu'ils ne pourraient avec d'autres solutions existantes.
05:09Quand tu parles constellation, ça veut dire aussi Iris Carré parmi tes futurs clients ?
05:14Alors, on n'est jamais contre. Iris Carré est une grosse constellation avec des satellites assez volumineux.
05:20Donc, vous pourriez quand même, malgré tout, acheminer ou pas ?
05:23Certains, oui. Pour le moment, tout n'est pas clair et défini.
05:26Il y a plusieurs tailles de satellites dans l'Iris Carré. Il y aura des petits, des moyens, des grands
05:29?
05:30Donc, les petits, on peut. Et après, il y a beaucoup de satellites.
05:35Et l'Iris Carré, ça fait partie des rares constellations comme Amazon Leo, comme Starlink,
05:40qui sont des méga constellations. On a besoin d'envoyer des centaines de satellites en orbite.
05:45Et là, on a besoin de gros lanceurs dédiés, donc plutôt des lanceurs qui envoient plusieurs tonnes ou dizaines de
05:51tonnes.
05:51On peut quand même intervenir sur de l'appoint quand il faut remplir ou remplacer des satellites sur certaines orbites
05:59spécifiques,
05:59au lieu d'acheter une Ariane 6, par exemple, pour 200 kilos.
06:04Voilà pour l'attitude. Alors, on va maintenant s'intéresser avec vous deux à l'actualité spatiale du moment.
06:09Il y a plein de sujets, mais peut-être commencer par ce qui va se passer l'année prochaine avec
06:17ces astronautes européens
06:18qui vont se retrouver dans l'espace, avec en plus les stars du spatial français.
06:26Est-ce que tu peux nous raconter ce qui va se passer l'année prochaine, Antoine ?
06:28Alors, c'est un petit peu inédit, mais avec les annonces qu'il y a eu ces derniers jours,
06:34on a jusqu'à six astronautes européens qui vont se retrouver dans l'espace.
06:39Six astronautes, deux français. Thomas Pesquet, dont ce sera le troisième vol.
06:45Arnaud Prost, pour qui ce sera le premier vol.
06:47On va avoir John McFall, qui est l'astronaute britannique de l'ESA, le parastronaute.
06:52On aura aussi un Tchèque. Là aussi, ce sera une première.
06:56Et puis, on va avoir un Italien à bord d'un vol Artemis, le vol Artemis 3,
07:02qui servira à qualifier les procédures d'amarrage entre le vaisseau Orion
07:08et les deux alunisseurs qui sont envisagés.
07:14Alors, ils vont aller dans l'espace pour quoi faire, tous ces gens-là ?
07:17C'est un vol de test. On ne va pas aller sur la Lune, je tiens à préciser.
07:21On va déjà tourner autour de la Terre. En fait, on va refaire, plus ou moins de manière schématique,
07:27Apollo 9. Apollo 9, c'était la mission qui avait permis de qualifier le LEM et le vaisseau Apollo
07:33en orbite autour de la Terre, de qualifier l'amarrage entre ces deux vaisseaux.
07:37Là, au cours d'Artemis 3, les astronautes vont faire exactement la même chose.
07:43Et on a un astronaute européen qui va participer à cette mission.
07:48Mais ce qui est intéressant, c'est que ces six astronautes européens
07:52sont positionnés sur trois programmes différents.
07:55L'ISS, la station Heaven One, qui est le petit module
08:00que la société américaine vaste compte lancer dès l'année prochaine.
08:05– Dont on va parler tout à l'heure, d'ailleurs. – Et dont on parlera après.
08:08Et bien sûr, ce vol du programme Artemis.
08:10Et là, c'est complètement inédit.
08:13Jamais il n'y a eu autant d'astronautes européens qui seront en l'air la même année.
08:18– Incroyable. Stan, c'est bien qu'il y ait autant d'Européens
08:21qui soient comme ça dans l'espace.
08:24Il y a malgré tout une petite polémique concernant cet envolé d'astronautes européens.
08:31– Alors oui, il y a effectivement une petite polémique,
08:35des petits grincements de dents qui s'élèvent
08:38de la part d'une partie de la communauté scientifique.
08:42Parce qu'on a quand même demandé au CNES de faire des économies
08:46au cours des trois prochaines années, 300 millions sur trois ans.
08:50– Oui, dans cette logique d'économie.
08:52– De faire des économies globales au niveau de l'État, bien sûr.
08:55– Là, c'est une mission, c'est une demande de l'État français
08:58de pouvoir faire voler les astronautes.
09:00Mais j'insiste aussi sur un point, c'est un partenariat qui est fait
09:04entre l'Agence spatiale française et la firme La Société Vaste,
09:08qui va d'ailleurs implanter son siège européen à Paris
09:11au cours des prochains mois.
09:15Mais moi, d'après ce que j'ai pu obtenir comme information,
09:18on m'a affirmé qu'il n'y aura aucune mission qui serait impactée
09:23à la suite de ces deux missions.
09:26C'est-à-dire qu'on ne va pas déshabiller Paul pour habiller Jacques.
09:30– Tu connais Vaste, je crois, Stan ?
09:32– Oui, j'ai eu la chance…
09:34– Tu peux nous les présenter un peu ?
09:36– Oui, Vaste est une entreprise…
09:37Alors, c'est assez particulier.
09:38C'est une entreprise qui a été créée il y a quelques années maintenant
09:41aux États-Unis, financée par un milliardaire de la crypto-monnaie.
09:45Et il y a eu un turning point dans l'histoire de Vaste
09:49quand Vaste a décidé de racheter une société qui s'appelle Launcher,
09:53société américaine fondée par Max Haught,
09:57qui se spécialisait sur des petites fusées un peu comme les nôtres.
10:01Et ce fondateur de Vaste a convaincu Max de les rejoindre,
10:06de mettre un peu de côté l'activité lancement,
10:09même s'ils continuent à développer leurs moteurs,
10:10qui sont des très bons moteurs d'ailleurs,
10:12avec un gros héritage ukrainien,
10:14et à la place de prendre la tête de la société
10:17pour délivrer dès 2027 ce premier module,
10:21Heaven One, de leur station,
10:23qui ensuite a pour vocation de s'étendre, de s'étendre et de s'étendre,
10:26un petit peu comme des building blocks les uns avec les autres.
10:29Moi, j'ai visité…
10:29Enfin, je connais Max depuis un petit moment
10:32et j'ai eu la chance de les visiter,
10:34leur siège à Los Angeles, il y a…
10:37– C'est une grosse boîte, Vaste ?
10:39– C'est une start-up ?
10:40– C'est devenu gigantesque.
10:41Alors, le débat start-up à start-up, c'est tellement…
10:44Oui, ils sont beaucoup, je ne savais plus dire combien ils sont,
10:47mais plusieurs centaines, largement.
10:48– Plus de 600.
10:48– Merci beaucoup.
10:49Plus de 600 personnes,
10:51donc ils ont tout construit là où ils sont,
10:53et c'est assez extraordinaire.
10:56Ils ont accumulé un nombre de compétences
10:59au cours des dernières années,
11:02de manière extrêmement rapide,
11:03en étant capables de quasiment tout faire à la maison,
11:06sur la fabrication, la qualification
11:08et les essais de leur station.
11:11Quelle qu'en soit la polémique,
11:12ce dont je peux témoigner,
11:14c'est que j'ai rarement vu des entreprises
11:15qui sont capables d'exécuter aussi rapidement que Vaste.
11:19– D'accord.
11:20Mais là, pour revenir juste quelques secondes sur cette polémique,
11:23c'est que là, ce qu'on peut reprocher,
11:24c'est que dans cette période de disette,
11:26où évidemment, tout le monde sert un peu le cordon de la bourse,
11:30on donne de l'argent à Vaste
11:32pour que ces astronautes européens puissent partir, c'est ça ?
11:35– Des prestataires qui soient capables de réaliser
11:39des modules pressurisés dans le monde,
11:41il n'y en a pas tant que ça.
11:42Il s'avère que Vaste est une société américaine.
11:43– Oui, parce que la plupart du temps,
11:45quand il y a ces expérimentations entre pays,
11:47c'est gratuit finalement, c'est fait partie d'un programme de recherche.
11:49– C'est-à-dire que ça ne rentre pas dans ce qu'on appelle
11:53l'accord de troc, le barter agreement qu'il y a entre les agences,
11:56qui veut qu'on fournisse du hardware,
12:01et en contrepartie, on fait voler nos astronautes.
12:04– Si on prend le cas de Thomas Pesquet
12:05dans ses précédentes missions, c'était ça.
12:07– C'était ça.
12:08– C'était un partage de connaissances.
12:10– C'est un partage de connaissances.
12:11– Il fait que Thomas Pesquet est parti gratuitement
12:12pour son séjour dans l'ISS.
12:14– On est d'accord, mais là, c'est aussi un moyen
12:16de maximiser ce qui est fait, le travail de recherche
12:20qui est fait à bord de l'ISS,
12:22parce que Thomas va retourner sur la station spatiale.
12:26Donc c'est du travail supplémentaire, du temps supplémentaire
12:30qu'on achète.
12:31Je précise quand même qu'on n'envoie pas des touristes,
12:33on envoie des gens qui sont entraînés,
12:35des professionnels qui ont des missions.
12:38Il y a tout de même, il suffit de regarder,
12:41ne serait-ce que les dossiers de presse
12:43des missions des astronautes,
12:44il y a à peu près une trentaine d'instituts divers et variés
12:50qui sont appliqués et qui demandent à participer
12:54à des missions spatiales habitées.
12:56Donc je pense qu'il ne faut pas non plus polémiquer,
12:59parce que ça ne sert à rien, là, c'est stérile.
13:04C'est vraiment, c'est aussi un besoin
13:06qui est demandé par les instituts.
13:08– Stan ?
13:09– Oui, pour jouer l'antithèse de cette polémique aussi,
13:13chacun se fait son idée, mais d'une certaine manière,
13:14il faut s'imaginer dans un futur où l'ISS n'existera plus.
13:17Ce n'est pas demain la veille que des États se mettront d'accord
13:19pour dépenser 300 milliards pour refabriquer une ISS.
13:23Quel est le futur à ce niveau-là ?
13:26Et je pense là-dessus…
13:28– Mais parce que rappelons quand même ce qui va se passer.
13:29L'ISS va disparaître, va être désorbitée.
13:35Alors la date n'est pas toujours respectée.
13:38– 31-32.
13:39– Voilà, c'est ça.
13:40Donc on va désorbiter, il va se détruire dans l'atmosphère, c'est ça,
13:45pour après réinventer la suite de tout cela,
13:49mais d'une manière différente, d'après ce que j'ai compris, c'est ça ?
13:52– Alors l'idée, c'est de faire des stations plus petites.
13:55Il y a des prestataires, donc il y a une compétition lancée par la NASA
13:59pour demander à des prestataires privés de créer des structures plus petites
14:03que la Station Spatiale Internationale.
14:06VAST va tester ce petit module qui va servir à voir ce qui va et ce qui ne va pas.
14:12Il y a également Axiom Space qui, elle, doit connecter un module à la station.
14:17Et une fois qu'on enverra la station dans le Pacifique,
14:21ce module sera d'abord déconnecté de la station pour vivre sa vie.
14:26– C'est-à-dire qu'on est en train de privatiser en quelque sorte le futur de l'ISS
14:31qui va disparaître, c'est ça Stan.
14:35Et ce seront des boîtes privées qu'on va payer pour qu'elles puissent installer leur module.
14:40D'ailleurs, c'est intéressant parce que, quand on préparait ce rendez-vous,
14:44VAST a aussi, on va dire, une volonté de tourisme spatial.
14:48– Alors ça fait partie de leurs nombreux marchés, même si on le voit à court terme,
14:52on est sur des activités très professionnelles et de la recherche.
14:55Oui, on va vers une privatisation.
14:56Maintenant, l'ISS n'a pas été construite uniquement par des agences spatiales.
15:01Elle a été construite par énormément d'entreprises.
15:03Le spatial, par nature, fait travailler tout un écosystème.
15:06– Oui, mais c'était les États qui finançaient.
15:08– Absolument.
15:09Et là, la différence, en partie en tout cas, c'est que le CAPEX,
15:13l'investissement de cette station, est financé par du capital privé,
15:18et non pas par les États.
15:19Je pense que ça ne peut être que positif si la facture totale permet d'être inférieure,
15:24d'avoir été financée par des acteurs privés,
15:25et que ces entreprises convainquent des États à faire voler des astronautes
15:30et continuer les activités qu'ils auraient faits sur l'ISS, quoi qu'il arrive,
15:34et probablement à des tarifs plus élevés, à la place de les faire sur ces stations-là.
15:38– L'idée, et ça c'est l'idée qui est maîtresse depuis plusieurs années maintenant,
15:44c'est de maintenant sous-traiter complètement l'orbite basse de la Terre au secteur privé,
15:49j'entends pour les vols habités, bien sûr,
15:51de manière à ce que les agences se recentrent sur leur mission d'exploration.
15:55Mais quand je dis mission d'exploration, c'est pour le deep space, c'est-à-dire la Lune.
15:59Mars, on verra plus tard.
16:02– J'aimerais qu'on évoque aussi maintenant le prochain vol d'Ariensis,
16:06parce que c'est quand même un événement, ça a l'air de bien se passer,
16:08on touche du bois, les précédents vols se sont déroulés parfaitement,
16:13avec un client quand même majeur, c'est Amazon,
16:15qui est en train de construire sa constellation Léo,
16:17qui a aussi des déboires avec New Glenn, on en parlera après.
16:2117 juin, qu'est-ce qui se passe Antoine ?
16:23– Ça sera le prochain vol pour le client Amazon,
16:27à peu près une quarantaine de satellites à bord.
16:30– On compte 40 satellites d'un coup qui sont largués.
16:33– Et surtout, on va avoir des nouveaux boosters d'appoint,
16:36les P160, qui eux permettent vraiment d'augmenter la charge
16:41qu'on va envoyer dans l'espace,
16:42et ça pourra atteindre jusqu'à 22 tonnes.
16:46– 24 ?
16:46– 24.
16:47– Non, non, oui, 4 boosters.
16:48– Il y a 4 boosters, oui, il y a 4 boosters.
16:52Donc c'est la première fois qu'on utilise ces P160C, précisément.
16:56– Qui permettent quoi en fait ?
16:57D'enlever plus de masse, c'est ça ?
17:00– Oui, jusqu'à 22 tonnes.
17:01– C'est-à-dire que c'est la première fois qu'on envoie 40 satellites.
17:04Le précédent lancement, il y en avait moins ?
17:06– Il y avait à peu près la même chose,
17:08mais c'est la première fois qu'on utilise les boosters d'appoint P160.
17:12Avant, c'était les P120, qui étaient un petit peu moins performants,
17:15les P160 peuvent envoyer jusqu'à 22 tonnes dans l'espace.
17:20– Très bien.
17:21Donc 40 satellites, ce qui manque en fait à Ariane maintenant,
17:24c'est le rythme de croisière et d'accélérer les lancements.
17:27C'est ça, on est d'accord ?
17:28– C'est en train de monter en puissance petit à petit.
17:32Alors c'est vrai que si on parlait de New Glenn,
17:35New Glenn a eu un déboire il y a quelque temps,
17:37mais ça n'a pas d'incidence.
17:40Pour en revenir à Ariane, Ariane doit monter en puissance.
17:46On vise, je crois, 8 tirs pour 2026,
17:51et arriver de 9, à peu près une dizaine de tirs au cours de 2027.
17:57Tout à l'heure, j'avais le patron de Maya Space
18:01qui travaille justement sur ces lanceurs
18:03qui reviendraient sur Terre, en fait, réutilisables.
18:06C'est ce qui manque en fait, non ?
18:08À l'équation Ariane.
18:11D'accord ou pas, Stan ?
18:12Je te vois te dandiner.
18:15– Ça va être compliqué de le faire dans un temps court,
18:17donc je vais tenter l'exercice.
18:19– Non, mais vas-y, vas-y.
18:20– Est-ce qu'on a besoin de développer la technologie,
18:22la réutilisation ?
18:23La réponse est oui en tant que continent ou qu'entreprise.
18:25Est-ce que Ariane 6, avec la cadence qu'elle a aujourd'hui,
18:31un maximum de 12 par an, imaginez,
18:33est-ce que ça ferait sens ?
18:34Non.
18:35Pourquoi ?
18:36La majorité des vestes de coup sur Falcon 9
18:39n'est pas liée, en tout cas pendant très longtemps,
18:42n'a pas été liée à la réutilisation,
18:44mais elle a été liée au design,
18:48aux techniques d'industrialisation et à l'internalisation.
18:51À une simplification du design également,
18:54et avec des technologies robustes poussées au bout,
18:56mais robustes.
18:59Et ensuite, la réutilisation est intervenue,
19:02pas seulement pour baisser les coûts,
19:03même si ça y a participé, pardon,
19:07mais parce que quand vous faites 120 lancements par an,
19:09si vous deviez fabriquer 120 premiers étages,
19:12vous allez galérer.
19:13Et aujourd'hui, SpaceX galère à fabriquer 120 second étages,
19:15qui sont plus simples.
19:17Elle est surtout là,
19:18il est surtout là l'intérêt.
19:19Donc il faut avoir une certaine cadence
19:21pour justifier la réutilisation.
19:22on n'est pas encore à l'échelle.
19:24Il faudrait qu'Ariane 6 lance beaucoup,
19:26beaucoup plus de fusées chaque année
19:30pour pouvoir envisager le réutilisable.
19:34C'est ça ?
19:35Absolument.
19:36Après, sur le marché du lancement...
19:38Ça serait bien déjà qu'on arrive à maîtriser la technologie.
19:40Absolument.
19:41Sur le marché du lancement,
19:42il y a toujours le débat de l'œuf et de la poule.
19:45C'est-à-dire que vous retirez Falcon 9,
19:47on n'aurait pas le marché spatial qu'on est aujourd'hui.
19:49Falcon 9 a créé et a participé
19:53à un développement phénoménal,
19:56également des applications satellites
19:57et des satellites actuels.
19:59Donc, quand je dis que c'est de l'œuf ou de la poule,
20:02on l'a vu,
20:04avant qu'Electron, Rocket Lab,
20:06première fusée dédiée,
20:08opérationnelle à une belle cadence,
20:10existait,
20:11personne n'allait à des orbites dédiées
20:12parce que c'était juste impossible d'y aller.
20:13Avant Falcon 9,
20:15on n'envoyait pas autant de satellites
20:16parce que c'était impossible.
20:18Donc, qu'est-ce qui va attirer ?
20:20Est-ce que c'est la cadence qui viendra au premier ?
20:24Est-ce que c'est grâce à la cadence
20:25que le marché y répondra ?
20:27C'est des questions à lesquelles
20:29il est difficile de répondre.
20:30Antoine ?
20:31Personne n'aurait parié sur le modèle économique de SpaceX
20:34qui est d'envoyer ce qu'il produit.
20:37Donc, aujourd'hui,
20:40Ariane 6, elle est dimensionnée
20:41pour 10 lancements.
20:42Allez, 11 lancements annuels.
20:46Si tout va bien.
20:46Si tout va bien,
20:47on pourrait aller plus loin.
20:49Mais il faudrait des investissements supplémentaires
20:51pour augmenter la chaîne de production.
20:55Et pas seulement en France,
20:58mais aussi en Guyane.
21:00Et pour l'instant,
21:01ce n'est pas à l'ordre du jour.
21:02Un mot aussi sur les galères de Jeff Bezos
21:07avec New Glenn
21:08qui, on l'a vu,
21:10et ses images sont carrément spectaculaires.
21:12L'explosion avant le décollage de cette fusée
21:15qui a provoqué une destruction massive
21:18de tout ce qu'il y avait tout autour, etc.
21:21Qu'est-ce qui ne va pas chez Amazon ?
21:24En tout cas,
21:24dans la partie spatiale de Jeff Bezos.
21:27Alors, Blue Origin.
21:28Blue Origin.
21:28Deux sociétés sont séparées.
21:30Bien sûr.
21:31Les actionnaires d'Amazon
21:31ont bien insisté là-dessus
21:33lors de la négociation des contrats d'Amazon Léo.
21:36Si ça marchait,
21:38ils insisteraient moins là-dessus.
21:39J'imagine qu'il devait y avoir
21:40deux, trois actionnaires
21:41qui ont envoyé des lettres
21:42avec un petit ton suffisant.
21:45Vas-y.
21:46Commence, je t'en prie.
21:48Ce que je peux dire,
21:49je ne crois pas qu'ils aient publié les causes.
21:53Il est, je pense, trop tôt.
21:55Ce n'est pas la première fois
21:56que ça arrive à des lanceurs.
21:58Et c'est peut-être moins surprenant
22:00aussi tôt dans leur programme
22:01que ça a pu l'être
22:02sur le vol à MOS 6 de SpaceX
22:04qui, pareil,
22:05a complètement explosé
22:06sur le pas de tir.
22:08Falcon 9 est une fusée
22:09beaucoup plus petite
22:10en comparaison à New Glenn.
22:12Donc, l'explosion
22:12n'était pas aussi spectaculaire
22:13même si elle l'était.
22:16Oui, c'est un coup dur.
22:18Non seulement parce que
22:20les États-Unis ne croulent pas
22:21sous le nombre de pas de tir disponibles
22:23et que le pas de tir,
22:25ce n'est pas l'infrastructure
22:25que vous avez envie
22:26de reconstruire tous les quatre matins.
22:28Même si, il faut admettre
22:30que SpaceX a montré
22:31qu'ils étaient capables
22:31de refaire des pas de tir
22:32en un temps record pour Starship.
22:34D'accord.
22:34Donc, c'est un peu la double peine.
22:37Est-ce que là, le pas de tir
22:37a été détruit,
22:38a été complètement détruit,
22:40c'est ça ?
22:40Complètement.
22:41Là, d'après ce qui a été estimé,
22:45il ne faudra pas entre 6 mois
22:47à 6 à 18 mois au minimum
22:49pour tout reconstruire.
22:52Ce que je voulais dire tout à l'heure,
22:53je me suis un peu emmêlé,
22:54en fait, c'est qu'Amazon,
22:58ils ont très bien fait
22:59de demander à 3 opérateurs différents
23:01de lancer leurs satellites.
23:04Il y a 3 fusées
23:05qui doivent déployer
23:06la constellation Amazon Leo.
23:08Et l'ennemi juré,
23:09notamment SpaceX.
23:11Et il y a ULA,
23:12SpaceX a été de la point en réalité.
23:14ULA, il y a bien sûr le New Glenn,
23:16mais il y a aussi Ariane 6.
23:18Ariane 6, elle a un contrat
23:19de 18 lancements.
23:22On va réaliser le troisième
23:23dans quelques jours.
23:26Mais tout à l'heure,
23:26moi, j'ai posé la question
23:27à David Cavaioles,
23:28il m'a dit, on discute,
23:30mais sans m'en dire plus.
23:31On ne peut pas...
23:34Avec le clé.
23:36J'imagine bien.
23:37C'est clair que, pour le coup,
23:39quand on regarde
23:41ce que fait ULA,
23:43Blue Origin et Ariane Group,
23:45aujourd'hui, c'est Ariane Group
23:46qui délivre sur ce contrat-là.
23:48Et à part acheter
23:50de la Falcon 9,
23:51qui, je pense,
23:54est à la marge,
23:55Falcon 9 a fait
23:57largement moins de délancements
23:58commerciaux
23:59en dehors de SpaceX,
24:00en dehors de Starlink,
24:01pardon,
24:02l'année dernière.
24:04Je ne suis pas sûr
24:04qu'ils aient la volonté
24:05de vouloir en plus
24:05donner des Falcon 9 en plus
24:07pour un compétiteur.
24:08Ils ne pourront pas
24:08tout absorber non plus,
24:09ce n'est pas possible.
24:10C'est ça, c'est-à-dire
24:10que le paradoxe,
24:11c'est un rappelons-le
24:11quand même l'histoire,
24:12c'est qu'en fait,
24:14Jeff Bezos est en train
24:15de construire sa constellation
24:17de satellites équivalentes
24:18et concurrentes
24:19à celle de Starlink.
24:20Et c'est vrai
24:21que c'est quand même
24:21assez bizarre
24:24pour Jeff Bezos
24:25de faire appel
24:25à Elon Musk
24:26qui est son principal
24:27concurrent avec Starlink
24:28pour qu'il lance
24:29ses satellites.
24:32Oui, c'est paradoxal.
24:33Non, mais c'est dingue,
24:34c'est dingue,
24:35cette histoire-là.
24:35Ce qui fait que,
24:36en fait,
24:37le programme Léo
24:38va prendre énormément
24:39de retard, non ?
24:40J'imagine.
24:41C'est une bonne question.
24:43Ça va dépendre aussi
24:44de comment ULA performe.
24:45Oui, parce que ULA
24:46doit remettre en service
24:49son lanceur Vulcan.
24:50Là, pour l'instant,
24:51les choses,
24:52il n'y a pas d'infos
24:53qui transpirent.
24:56Mais ils peuvent
24:56au moins déjà compter
24:57sur Ariane 6
24:58qui a prouvé
25:00pour le moment
25:00sa parfaite fiabilité.
25:02Mais bon,
25:03à 40 satellites
25:04lancés
25:05par chaque lancement
25:07et je crois
25:07qu'Amazon,
25:09enfin Léo,
25:09c'est plusieurs milliers,
25:11c'est compliqué.
25:12Et c'est là
25:13où je te rejoins
25:13sur ta première remarque,
25:14c'est qu'Ariane Group
25:16ne va pas tripler
25:16sa cadence demain matin.
25:17Donc même
25:18si demain,
25:19Amazon Léo
25:19voulait commander
25:20et diffuser de plus,
25:21sur les trois prochaines années,
25:23ça ne va probablement
25:24pas changer
25:25le nombre de satellites
25:25qu'ils pourront mettre.
25:27En fait,
25:27c'est une baisse nette
25:28par rapport à New Glenn.
25:29Leur solution,
25:30c'est de remettre
25:30New Glenn en service.
25:32Alors,
25:32il ne faut pas faire
25:32l'amalgame aussi
25:33entre Blue Origin
25:34et Amazon,
25:35même si Bezos
25:36en fait partie des deux,
25:37c'est deux entités différentes.
25:38Tout à fait,
25:39mais qui sont intimement liés
25:41malgré tout.
25:41Mais New Glenn
25:42doit quand même aussi
25:43revenir très vite
25:44en service
25:44parce qu'outre
25:45le lancement
25:46d'Amazon,
25:47ils sont aussi
25:48positionnés
25:48avec Artemis
25:49pour lancer
25:50l'aluminisseur
25:52Blue Moon.
25:53Oui,
25:53c'est un client
25:53de la NASA
25:55finalement.
25:55Tout à fait.
25:56Donc on pourrait
25:57même voir
25:57si jamais
25:59le hasard le fait,
26:01un Blue Moon
26:01sur un Starship
26:02ce qui serait
26:03particulièrement rigolo.
26:04J'y crois peu.
26:04J'y crois peu non plus.
26:06Mais bon,
26:06j'aime bien la science-fiction aussi.
26:08Mais voilà.
26:09En tout cas,
26:10on se rend compte
26:10qu'il y a une vraie appétence
26:11pour tous ces sujets.
26:13On le voit
26:14avec ce Parier Forum.
26:15C'est intéressant pour vous
26:16d'y être aujourd'hui ici ?
26:17Oui.
26:18Absolument.
26:18C'est un très beau rendez-vous.
26:21On en a plusieurs
26:22et le Parier Forum
26:23fait partie des rendez-vous
26:23les plus importants de l'année.
26:25Incontournable.
26:25Et demain,
26:26on sera à l'Eurosatory.
26:27Tiens.
26:28Stan,
26:28tu y seras aussi ?
26:29Je n'y serai pas demain
26:30mais j'y serai dans la semaine
26:32et pareil,
26:33extrêmement important.
26:34il faut évoluer
26:35et il faut évoluer
26:35avec ce monde-là.
26:36Voilà.
26:36On va parler de défense
26:37et aéronautique et spatiale aussi.
26:39Merci beaucoup à tous les deux.
26:40C'est un plaisir
26:41de vous avoir dans Tech&Co
26:42pour parler de ce sujet
26:44inépuisable
26:45qu'est l'espace.
26:46Merci beaucoup
26:47Stanislas Maxima,
26:48le PDG de Latitude
26:49et Antoine Meunier,
26:50rédacteur en chef
26:51de la chronique spatiale.com
26:53pour terminer
26:54ce Tech&Co,
26:55la quotidienne
26:56depuis ce Parier Forum.
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