00:00Sur le principe d'indivisibilité, c'est un principe important,
00:03comme est important le principe d'égalité entre les citoyens.
00:06Mais l'égalité, c'est également traiter de façon différente des situations différentes.
00:12– La différenciation.
00:13– Et le constituant, dans le cadre de la constitution de 1958,
00:18a souvent su faire évoluer les thèses.
00:19Je rappelle que d'ores et déjà aujourd'hui,
00:21il y a par exemple un principe d'autonomie pour la Polynésie,
00:24il y a dans le titre XII la reconnaissance du peuple kanak
00:28à travers l'accord de Nouméa et de son droit à l'autodétermination,
00:32qu'il y a la possibilité, toujours en Polynésie,
00:34de prendre des mesures particulières pour favoriser l'emploi local
00:38ou l'accès aux fonciers,
00:40et que donc le constituant, c'est aménager les règles
00:44pour prendre en compte les situations spécifiques.
00:46– Mais sauf que là, on n'est pas en Polynésie, justement.
00:48Et si ce texte est adopté,
00:49la Corse deviendrait le premier territoire hexagonal autonome.
00:52Et vous entendez la crainte que ça donne des idées aux autres,
00:55aux Alsaciens, aux Bretons, et que du coup,
00:58ça entraîne un mouvement qui conduise à un éclatement
01:00de l'unité de la République ?
01:01– Je crois que cet épouvantail de l'éclatement
01:04de l'unité de la République doit être écarté.
01:07Pourquoi ? Parce que d'abord, si demain, il y a,
01:11et je pense qu'il y aura inéluctablement,
01:13un débat sur l'évolution du modèle institutionnel administratif français,
01:17ce n'est pas parce que la Corse aura eu l'autonomie,
01:19alors qu'elle est dans une situation tout à fait singulière,
01:22que ce débat sera perturbé.
01:24Donc, ce débat a vocation à avoir lieu, il aura lieu.
01:28Le risque d'un toboggan vers l'indépendance,
01:31il est écarté par l'observation du droit comparé.
01:34Les Açores, les Baléares, la Sicile, la Sardaigne
01:37sont autonomes depuis des décennies.
01:39Ils ont pu, grâce à leur autonomie,
01:41développer leurs îles ou leurs archipels
01:45à travers des mesures adaptées.
01:47Le sentiment et l'aspiration à l'indépendance
01:50qui était forte dans ces territoires a reculé,
01:53et au contraire, la relation avec l'État est apaisée.
01:57Donc, je pense véritablement que l'État et la République
02:00n'ont rien à craindre d'une autonomie de la Corse,
02:04mais qu'au contraire, ce qui se passe en Corse
02:06interroge l'État et de façon plus large,
02:09et la République, de façon plus large,
02:12est-elle, sont-ils aujourd'hui, oui ou non,
02:15capables de prendre en compte
02:17et d'intégrer dans l'ordre constitutionnel
02:19une aspiration démocratique
02:21qui puise à 50 ans de combat
02:24et qui est aujourd'hui validée
02:25par la très grande majorité des élus corses ?
02:27Et si on nous répond non,
02:28et je le dis là aussi,
02:29ce n'est pas du tout, et en aucun cas,
02:31un chantage à la violence,
02:32parce que moi, vous le savez,
02:33tout mon engagement s'est construit
02:35autour du rejet de la violence
02:37et notamment de la volonté
02:38de tourner définitivement la page
02:40de la violence clandestine.
02:41Mais nous souhaitons que la démocratie fonctionne.
02:45Si ce à quoi nous croyons profondément
02:47et qui est aujourd'hui validé
02:50par une très grande majorité,
02:52et quelquefois, par exemple,
02:52sur la notion de peuple
02:53ou de statut de résident ou de langue,
02:55à l'unanimité des élus,
02:56y compris la droite en Corse et la gauche,
02:58si on nous dit que cela n'est pas possible
03:00et que cela ne sera jamais possible,
03:03quelle solution nous offre-t-on
03:05autre que celle de la rupture ?
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