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  • il y a 12 heures
Avec Nicolas Demorand, à l’occasion de la sortie de son podcast "Si besoin", dans lequel il revient sur sa maladie mentale et son absence de l’antenne ces derniers mois. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-15-juin-2026-9848097

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00:01France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.
00:07Et c'est un grand entretien un peu spécial ce matin, puisque notre invité était encore à ce micro,
00:13début novembre, à la place que j'occupe depuis qu'il est parti, contraint par la maladie, au silence radio.
00:19Le voilà de retour avec un podcast, puis deux émissions à la rentrée.
00:23Bonjour Nicolas Demorand.
00:24Bonjour Florence, bonjour Benjamin et bonjour à tous.
00:27Merci d'être là ce matin dans ce nouveau studio de la matinale, vous avez vu on a déménagé, mais
00:33l'esprit reste le même.
00:35J'invite les auditeurs à nous appeler nombreux pour vous parler, eux qui se sont tant inquiétés de votre absence.
00:41Ils connaissent le chemin 01 45 24 7000 et je voudrais précisément qu'on commence ce grand entretien avec une
00:49auditrice, c'est Drissia.
00:51Bonjour Drissia, bienvenue.
00:53Bonjour.
00:53Vous vouliez parler à Nicolas Demorand.
00:57Oui, je voulais lui dire qu'il nous manquait, que c'est quelqu'un d'important dans ma petite vie,
01:07parce que grâce à lui, j'ai aimé la radio, j'ai découvert la radio,
01:12parce que je viens d'un milieu éloigné un petit peu de tout cet univers-là.
01:16Et voilà, j'aime la radio grâce à lui, j'espère qu'il reviendra, même si vous aussi, madame Paragoulos,
01:27vous avez très bien pris le relais aussi.
01:31Et voilà, ce que j'aime aussi beaucoup chez ce monsieur, c'est toute l'ouverture d'esprit, sa façon
01:38d'amener les choses, la culture aussi.
01:42Et puis voilà, c'est un moment de plaisir, commencer sa journée avec une voix comme la sienne en plus.
01:49Et il nous manque, et j'espère qu'il va aller bien.
01:52Et aussi, je voulais dire une dernière chose, pardon, c'est que grâce à lui, grâce à ce qu'il
01:56nous a partagé par rapport à sa problématique de santé psychologique,
02:01je trouve que ça a permis aussi de lever des choses qui maintenant, je trouve, sont très compliquées dans la
02:06société dans laquelle on vit.
02:07C'est-à-dire qu'on n'a pas le droit de ne pas aller bien.
02:10Il faut qu'on ait la belle voiture, il faut qu'on ait la belle maison, il faut qu'on
02:13ait des bons enfants.
02:15Et quelqu'un comme lui a dit autre chose en partageant ce qu'il vivait.
02:21Merci.
02:22Merci.
02:22Merci.
02:23Merci, Idrissia.
02:24Merci beaucoup.
02:24Je suis très ému d'entendre vos mots.
02:29Je suis très heureux d'être au micro de France Inter ce matin.
02:33Je suis très heureux de mettre le veto comme avant.
02:39J'avais oublié tout ça pendant les quelques mois qui m'ont tenu éloigné des studios d'Inter.
02:47À cause donc, vous l'avez dit, d'une maladie qui s'est manifestée sous une forme brutale et violente
02:56que je n'avais pas vue venir.
02:59Mais j'entends vos mots et je tiens à vous dire que je serai bien au micro de France Inter
03:05à la rentrée et que vous pourrez m'écouter le week-end.
03:08Comment ça va aujourd'hui, Nicolas ?
03:10Ça, c'est la question que tout le monde se pose.
03:12Ça va plutôt pas mal, Florence.
03:16Je suis moi-même étonné de le dire.
03:19Je n'aurais pas pensé il y a quelques semaines encore pouvoir le dire aussi simplement que ça.
03:24Ça va plutôt pas mal.
03:27Les tourments sont derrière moi.
03:31Les hauts, les bas, la variation, le mouvement de bascule entre ces deux États.
03:40Tout ça, bon, est apprivoisé pour le moment.
03:44Mais c'est toujours un « ça va » inquiet.
03:46Parce que c'est combien de temps ça va durer ?
03:48Est-ce que ça va se retourner ?
03:50Est-ce que ce n'est pas trop ?
03:52Voilà, j'ai toujours une petite pointe d'inquiétude.
03:54Mais bon, là, je profite quand même vraiment de l'état dans lequel je suis.
03:58Alors Nicolas, vous revenez à la radio avec un podcast en six épisodes nommé « 6 besoins ».
04:03On va revenir sur ce titre.
04:04Mais d'abord, Nicolas, les auditeurs savent que vous êtes malade depuis votre livre « Intérieur nuit » paru l
04:10'an dernier.
04:11Vous y racontiez votre bipolarité.
04:14À ce moment-là, est-ce que vous pensiez être tiré d'affaires avant que la maladie ne vous rattrape
04:20cet automne ?
04:20Je pensais que le fait d'en avoir parlé à visage découvert allait me donner une forme d'immunité contre
04:29la maladie.
04:30Que la parole était un médicament magique qui dissiperait la bipolarité.
04:38Bon, ça a été une erreur absolue et un échec total.
04:42Puisque la maladie m'a rattrapé dans des formes très, très, très brutales.
04:48J'ai appris au cours de mes différentes hospitalisations par mon médecin que c'était une maladie qui pouvait s
04:56'aggraver, ce que j'ignorais totalement.
04:58Je l'ai découvert en marchant, enfin en clodiquant pour être plus honnête.
05:03Et la parole, prendre la parole, dire les choses, sortir du secret, sortir de la honte, sortir du silence, ça
05:16fait du bien.
05:17Il n'y a pas de doute là-dessus, ça fait du bien.
05:21Mais ça ne guérit pas.
05:23Voilà, on peut le dire comme ça.
05:26La maladie reste là, c'est votre rapport aux autres qui a changé.
05:31Oui, parce que Nicolas, c'est la question que beaucoup se sont posée, que beaucoup vous ont aussi sans doute
05:36posée.
05:36Vous aviez parlé de cet exosquelette qui était le fait de faire de la radio,
05:42qui vous avait permis de tenir aussi ce secret.
05:45Et certains se sont dit, en fait, c'est en parlant, c'est en faisant des conférences,
05:49c'est en publiant ce livre Intérieur Nuit, qu'au fond, il a ouvert une boîte de Pandore qui ensuite
05:54ne s'est pas refermée.
05:55Comment est-ce que vous avez réfléchi à tout ça pendant ces mois d'absence ?
05:58Il y a une part de mystère, parce que quand vous écoutez ce qu'est le bruit de l'époque,
06:09parler est une valeur positive, révéler est un acte de courage nécessaire,
06:17s'exposer est quasiment obligatoire, en tout cas vertueux.
06:23Et ça n'est pas nécessairement vrai.
06:28Moi, je n'ai aucun regret de l'avoir fait.
06:33Je vois mes lecteurs que je croise dans la rue, qui viennent me voir, qui me disent merci,
06:39qui me racontent des morceaux de leur vie, qui me disent, grâce à ce livre que j'ai lu,
06:44j'ai pu comprendre ce qu'avait mon fils ou ma fille, j'ai pu aller vers le soin, vers
06:51la psychiatrie.
06:52Je sais par des psychiatres que beaucoup de lecteurs de ce livre vont en consultation avec le livre.
07:00Et des psychiatres m'ont dit qu'ils avaient l'impression que les consultations se déroulaient à trois personnes.
07:07Le soignant, le psychiatre, le patient et moi, quelque part à l'intérieur de la pièce.
07:15Donc, je sais que ce livre a fait du bien et c'est ce que je choisis de voir.
07:22Et c'est pour ça que je vous le dis, je n'ai absolument aucun regret de l'avoir écrit,
07:26qu'importe le coup que ça a pu avoir personnellement pour moi.
07:29Et c'est ce que vous choisissez de réitérer, puisque vous faites le choix de reprendre la parole,
07:34de raconter ce qui vous est arrivé pendant six mois dans le premier épisode de ce podcast,
07:40à savoir une phase maniaque terrifiante, suivie par une phase dépressive que vous n'aviez jamais connue.
07:47Vous allez nous en raconter quelques bribes.
07:50Le podcast s'appelle « Si besoin ».
07:53Commencez par nous expliquer ce que c'est que ce « si besoin » que vous avez entendu tous les
07:56jours à l'hôpital psychiatrique.
07:57C'est une petite expression que j'ai découverte à l'hôpital psychiatrique.
08:05Plusieurs fois par jour, les patients font la queue devant la pharmacie du service.
08:12Vous êtes en ligne et on vous donne les médicaments à prendre à 8h, midi, 18h et un peu plus
08:20tard, 21h.
08:20Et à la fin de la journée, on vous donne deux somnifères et un demi « si besoin ».
08:30On vous donne des anxiolytiques et un de plus « si besoin ».
08:34Le « si besoin », c'est une petite marge de liberté qui est laissée aux patients de s'auto
08:42-évaluer,
08:43d'estimer l'état dans lequel ils sont.
08:46Et ça me semblait important de répondre à tous les auditeurs qui se sont inquiétés pour moi,
08:53qui l'ont écrit, qui ont envoyé des mails, qui m'ont écrit sur Instagram, très très très nombreux.
09:01De leur répondre et de leur donner ce podcast à écouter.
09:05Aussi « si besoin pour eux ».
09:06Voilà, à écouter « si besoin pour eux », s'ils avaient envie de savoir exactement ce qui s'était
09:12passé pendant ces six mois.
09:13Dans votre récit, Nicolas, vous racontez donc cette phase où vous perdez pied et où vos proches vous font hospitaliser.
09:21On a justement une question d'Émilie.
09:24Bonjour Émilie.
09:25Au sujet de cet internement d'office, il faut appeler les choses par leur nom.
09:30Bonjour Émilie, bienvenue.
09:31Oui, bonjour à tous.
09:32Bonjour.
09:33Bonjour.
09:34Bonjour.
09:37Moi aussi, je traverse une maladie mentale et j'ai lu un de vos articles et de votre livre.
09:50Et je voulais savoir si ça vous avait blessé d'être hospitalisé sans votre consentement.
10:03Et si après coup, qu'est-ce que vous avez pensé après coup ?
10:10Merci.
10:11Oui, alors je vous réponds le plus sincèrement possible.
10:15J'ai été blessé.
10:17J'ai eu le sentiment que ma liberté était annulée.
10:23J'ai eu le sentiment d'être non plus un adulte, mais un mineur.
10:31Et une fois que j'ai dit ça, je pense que je n'étais pas à ce moment-là en
10:37état de prendre des décisions urgentes et cruciales pour ma propre santé.
10:44Donc, j'en ai un souvenir contrasté.
10:52Je savais que je ne pouvais pas sortir d'un bâtiment.
10:55On m'avait enlevé les lacets de mes baskets, on m'avait enlevé mes affaires.
10:59Je n'avais plus rien.
11:01Donc, je savais ça.
11:03Je savais que je n'avais pas le droit de sortir.
11:05Mais en même temps, force est de reconnaître qu'il fallait que je sois soigné.
11:09Et que s'il n'y avait pas eu cet élément de contrainte, je ne l'aurais pas été parce
11:13que j'aurais dit non.
11:15J'aurais dit non.
11:16Nicolas, pour mesurer la dureté de ce que vous avez vécu, et vous le racontez dans ce podcast,
11:21il y a un certain nombre de descriptions, d'hallucinations que vous avez.
11:25Il y a ce moment où vous arrivez à l'hôpital et vous voyez des gens du GIGN,
11:29dont certains qui semblent vous pointer des armes sur vous.
11:32Il y a ce moment où dans la chambre d'hôpital, et là c'est peut-être le journaliste qui
11:36ressort,
11:36vous discutez du Sud Global avec Dominique de Villepin.
11:40C'est vrai, on en avait parlé.
11:41Il faut nous raconter, parce que vous le dites, et c'est très beau dans ce podcast,
11:46avec parfois même une forme de sourire, mais ça dit ce que vous avez vécu, la violence de l'épisode
11:52psychiatrique.
11:52C'est, Benjamin, une découverte en fait, les hallucinations.
11:55Moi, je n'avais jamais connu de telles déchirures de la continuité psychique.
12:03Pour reprendre l'exemple que vous prenez, premières heures à l'hôpital, je regarde par la fenêtre,
12:14je vois quatre hommes de la BRI dans une voiture, brigade de recherche et d'intervention,
12:21et dans un arbre en face de moi, un homme du GIGN en tenue camouflage avec un fusil à lunettes.
12:28Et je suis persuadé que ces gens-là m'attendent et vont monter à l'assaut pour venir me chercher
12:35et m'amener de force, me faire soigner.
12:40Et l'image à une telle, ce n'est pas un rêve.
12:44Un rêve où vous levez le matin, c'est confus, c'est brumeux, vous l'oubliez au fil des heures,
12:52voire des minutes.
12:53Là, ce sont des images extraordinairement marquantes.
12:58Dominique de Villepin débarque dans ma chambre en pleine nuit.
13:01Moi, je suis habillé, bien sûr, mais je suis assis sur mon lit.
13:06C'est la nuit.
13:07Lui, il est parfaitement habillé pour le coup.
13:09Il est en costard.
13:11Bien taillé.
13:11Bien taillé, le pli du pantalon, je me souviens du pli du pantalon parfaitement repassé.
13:18Et avec la voix qu'on lui connaît, il s'emporte contre la diplomatie française, son manque de curiosité, son
13:27manque d'allant, son manque d'inventivité
13:29qui fait que le sud global a été laissé de côté.
13:32Moi, je hoche la tête en disant « ouais, c'est vrai ».
13:35Et donc, on a un véritable échange et puis je cline des yeux et pof, il disparaît.
13:41Et c'est ma petite filleule qui est là à ce moment-là et qui papote avec moi.
13:47Et je me tourne pour prendre une vapoteuse.
13:50Elle n'est plus là et c'est ma compagne qui est au pied de mon lit.
13:54Et comme ça, des séquences imagées d'une puissance, a posteriori, je vais vous dire même, a posteriori, tout en
14:04sachant que c'est faux.
14:07Il y a quelque chose dans votre cerveau qui résiste à cette idée.
14:11Je me dis quand même la BRI, elle était là.
14:14Et le GIGN aussi.
14:16Même si je suis retourné dans cette chambre, j'ai regardé, il y a bien un parking en bas, mais
14:20c'est des voitures de l'hôpital.
14:23Il n'y a pas la place, il n'y a pas de fourgon de la BRI.
14:26Mais c'est incroyable la puissance, la densité, la couleur de ces images-là.
14:36J'en ai eu plein d'autres.
14:38Et ça, c'est quand même quelque chose qui déstabilise.
14:42Avant de comprendre que vous vivez des hallucinations, les premières hallucinations vous déséquilibrent totalement.
14:52Votre podcast s'attache à divers aspects de la psychiatrie, de la maladie, on va y revenir, mais de cette
14:59expérience à l'hôpital, vous retenez aussi, et j'ai trouvé ça assez beau, la fraternité des malades.
15:06Vous disiez « je » pour parler de la maladie.
15:09Désormais, vous dites « nous ».
15:11Nous, les malades.
15:12Oui, nous.
15:14Le podcast m'a permis de prendre conscience de ça en me comptant.
15:20Il y a sept intervenants dans ce podcast.
15:23Et oui, c'est une approche collective de la maladie.
15:29Et ça change quand même beaucoup de choses par rapport au livre que j'avais écrit, où je parlais à
15:35la première personne du singulier.
15:37Et là, j'ai eu l'impression de pouvoir partager des analyses, partager des sentiments, des sensations, avec des gens
15:51venus d'horizons très différents.
15:53Et ça dédramatise la maladie.
15:56Quand on n'est plus seul, on peut en rire.
15:59Dans le podcast, il y a plein de moments où on se bidonne, parce qu'on peut parler enfin des
16:05choses collectivement.
16:10On accueille Bérangère au Standard.
16:13Bonjour, bienvenue Bérangère.
16:15Bonjour, merci de me recevoir.
16:17Vous avez un message à passer.
16:19Oui, bonjour.
16:20Bonjour.
16:21Je voulais féliciter Nicolas Demorand pour ce qu'il a fait.
16:26Et puis, exactement, oui, pour son travail.
16:30Et moi, c'est vrai que je voulais dire que je suis bipolaire aussi.
16:33J'ai été hospitalisée de force plusieurs fois à mon grand-dame, ce qui a été très compliqué à vivre.
16:38Et c'est vrai que depuis que j'ai repris une vie sociale et une vie de travail,
16:44que j'ai repris un travail, bon, à temps partiel, mais c'est déjà ça.
16:47Et c'est vrai que depuis que je retravaille, que je revois du monde, j'ai l'impression de revivre.
16:53Et en fait, j'ai l'impression de mettre un petit peu en arrière et en arrière-plan ma maladie.
16:59Et c'est vrai que, bon, après, j'en parle.
17:02Je veux dire, pour moi, ce n'est pas une tare.
17:05Ce n'est pas un tabou.
17:06J'en parle.
17:08Je n'en ai pas honte.
17:10Même si des fois, malheureusement, les gens le prennent très mal,
17:12ces gens-là, je les laisse de côté parce que je pense qu'ils ne sont pas intéressants.
17:17Et du coup, pour moi, c'est vrai que ce travail, ça a vraiment été une très, très grosse aide,
17:21en fait, pour m'aider.
17:23Même si parfois, il y a des hauts, même si parfois, il y a des très, très gros bas encore.
17:27Et j'essaye au maximum de faire un très gros effort pour aller travailler.
17:32Des fois, c'est difficile de se lever pour y aller, mais je fais l'effort.
17:35En plus, je fais un bono qui me plaît énormément et c'est vrai que ça m'aide beaucoup.
17:38Merci Bérengère pour ce témoignage, le travail, Nicolas.
17:42Oui, c'est, comment dire, quand on peut le faire, quand on peut le faire.
17:47Moi, je me suis retrouvé, c'est ce que disait Benjamin tout à l'heure, privé de mon exosquelette de
17:53la radio.
17:54Donc, moi, c'est le travail qui m'a tenu pendant toutes ces années de maladie.
18:00Bon, ensuite, voilà, l'exosquelette s'est dissous.
18:07Il n'était plus là.
18:09Le secret qui est une autre forme d'exosquelette était dissipé également.
18:17Et donc, plus rien n'était là pour m'étayer.
18:21Et voilà, j'ai disparu.
18:24Nicolas, il faut qu'on parle des épisodes de ce podcast.
18:27Ils sont formidables, ils sont variés.
18:30Il y a votre monologue dans le premier épisode, les échanges avec votre ami Guy Birenbaum dans le deuxième,
18:34qui parle de sa dépression très, très sévère.
18:38Et puis, il y a le dernier épisode avec Philippe Lançon, qui est formidable.
18:42Et vous parlez notamment de la difficulté à lire, parce que vous ne le pouvez pas, tout simplement.
18:49Sauf que, justement, lui, vous conseille de recommencer en lisant des polars.
18:54Et alors, visiblement, ça fonctionne.
18:56L'ordonnance du docteur Philippe Lançon a marché.
18:59Ça, ça vous a redonné le goût de la lecture.
19:03Ça vous a permis de remettre la machine en marche.
19:05Il a été essentiel.
19:07Il m'a envoyé des SMS pendant que j'étais malade.
19:11Et bon, je lui ai dit que j'étais à l'hôpital.
19:15Et il m'a répondu, j'espère au moins que tu lis.
19:17Et je lui ai dit que j'en étais incapable, parce que dans certains états, on ne peut plus se
19:22concentrer.
19:24Et donc, il m'a dit, effectivement, recommence avec le polar.
19:28Et bon, OK, j'y suis allé.
19:31J'en ai lu plusieurs dizaines.
19:35Et la clé de tout ça, me disait Philippe Lançon, c'est le plaisir.
19:42Il faut retrouver le plaisir.
19:44Et le polar, c'est le plaisir.
19:47Et à partir du moment où vous retrouvez le plaisir, vous commencez à sortir de la dépression.
19:56La dépression, dont l'un des symptômes est la disparition du plaisir, du désir,
20:01quels que soient les objets du désir et du plaisir.
20:04Donc, quand vous recommencez à éprouver ça, un livre à la main, enfin des dizaines de livres à la main,
20:12bon, ben voilà.
20:13Le premier, c'était quoi, Nicolas ?
20:16Oh là là !
20:16Vous vous souvenez ?
20:19Je pense que c'était la trilogie de...
20:24Bleu, blanc, rouge.
20:25Voilà, bleu, blanc, rouge.
20:26Dierstein.
20:27Dierstein, voilà, qui doit vous...
20:28Je pense que c'est moi qui vous l'avez conseillé.
20:30Vous me l'avez conseillé, voilà.
20:32Et ça, ça a été...
20:33Alors, la trilogie expédiait en trois jours.
20:36J'étais dans une quête du plaisir...
20:41Effréné.
20:41Effréné.
20:42Effréné.
20:43Nicolas, juste un mot.
20:44Vous dialoguez avec deux psychiatres tour à tour, notamment Sarah Smadja, qui est chef de service à Saint-Anne,
20:52sur la beauté du métier qu'elle exerce, que si peu de médecins voient l'embrasser.
21:00La profession, elle est mal aimée, alors qu'elle fait des progrès étourdissants en termes de recherche, de soins apportés
21:07aux malades.
21:07Donc, il manque des médecins, il manque des infirmiers.
21:10On a beaucoup de questions aux standards de France Inter sur ce sujet, sur l'absence de moyens donnés à
21:17la psychiatrie.
21:18Qu'est-ce que vous en avez vu, vous, à votre échelle ?
21:22Et est-ce que vous pensez qu'il est illusoire de décréter la cause, grande cause nationale, dans ces conditions
21:30?
21:30Moi, j'ai eu la chance d'être soigné à l'hôpital Saint-Anne, à Paris, qui est l'un
21:35des meilleurs,
21:37dans un service, pour décrire tout bêtement les choses, où tout était propre, bien organisé,
21:45où pendant la journée, il y avait un personnel nombreux et très professionnel.
21:50Ensuite, oui, c'est un métier, me dit Sarah Smadja dans cet épisode du podcast,
21:57c'est un métier qui continue à faire peur.
22:00Mais c'est une question de moyens ou c'est une question d'attrait ?
22:03C'est une question d'attrait, c'est une question de clichés qui entourent la maladie
22:13et qui entourent la profession.
22:19Avec Sarah Smadja, on parle de tous les reproches qui sont faits à la psychiatrie,
22:24la contention, le fait d'entraver les gens, les camisoles chimiques,
22:29le fait de donner trop de médicaments, l'enfermement sous contrainte, etc.
22:33Donc, on peut avoir très facilement une vision de la psychiatrie
22:38comme une discipline médiévale, entre guillemets.
22:41Alors que moi, ce que j'ai rencontré, ce sont des gens qui veulent simplement,
22:46qui sont dans le soin, le care, comme on dit.
22:50Et qui aiment profondément leur métier.
22:52Et qui aiment profondément leur métier,
22:53avec également toutes les avancées qu'il peut y avoir.
22:56Il nous reste quelques instants, Nicolas.
22:59D'abord, cette question aussi plus générale et qui recoupe aussi
23:02tous ceux qui au standard nous appellent ce matin
23:04en partageant leur propre expérience de la maladie.
23:06Si vous aviez une leçon, attirez-vous personnellement aussi pour eux
23:11de ces jours, de ces mois sombres
23:14et de là où vous en êtes arrivé ce matin ?
23:17Il faut se soigner.
23:19Il faut se soigner.
23:21C'est-à-dire que le danger supérieur, c'est d'être malade.
23:27Et pour une raison ou une autre,
23:29être dans une relation de défiance avec le soin, les soignants, les médicaments.
23:35Avec aussi ceux parfois qui disent, c'est ce que vous appelez le syndrome orangina.
23:38Oui, secoues-toi.
23:39Secoues-toi.
23:40Et ça ira mieux.
23:40Voilà, c'est-à-dire le regard social qui pense la maladie mentale
23:45comme un défaut de la volonté.
23:47T'es dépressif allongé sur un canapé,
23:50c'est vraiment parce que t'as pas envie de te lever.
23:51Ben non, c'est parce que...
23:52C'est parce que t'es malade.
23:53Voilà, c'est parce que je suis malade et que je peux pas faire autrement.
23:57Donc, il faut pas avoir honte d'être malade.
24:00Il faut vraiment pas avoir honte de se soigner.
24:05Et savoir que...
24:08On n'est pas que ça, en fait.
24:10On n'est pas que ça.
24:11On peut être bipolaire, on peut être dépressif, chronique.
24:15Mais on n'est pas que ça.
24:17On est autre chose.
24:19On est toujours autre chose.
24:20Moi, je suis aussi un journaliste qui adore la radio,
24:25qui aime son métier.
24:27Qui adore les polars.
24:27Voilà, qui aime les polars.
24:30Bipolars, on va me surnommer maintenant.
24:32Et donc, voilà, on n'est pas que ça.
24:36On n'est pas que notre maladie.
24:37On est aussi mille autres choses.
24:40On a mille brins dans notre identité.
24:44Et il faut les cultiver parce que sinon,
24:47on s'enferme dans une position qui peut être extrêmement douloureuse.
24:52Et vous dites aujourd'hui, ma vulnérabilité fait ma force.
24:56Elle m'offre une clairvoyance particulière.
24:59Il faut qu'on dise aux auditeurs qu'on va vous entendre
25:03à partir du mois de septembre, à la rentrée prochaine,
25:06tous les samedis et tous les dimanches, de 9h à 10h.
25:10L'émission va s'appeler Recto Verso.
25:12En deux mots, Nicolas, ça va ressembler à quoi ?
25:14Recto, le samedi, on se penche sur l'actualité de la semaine
25:20qui vient de s'écouler.
25:21Et on essaye de repenser un certain nombre d'événements.
25:25Il y a eu le flux de tous les événements de la semaine.
25:27On en prend trois ou quatre et on essaye de les repenser
25:30avec des sociologues, des intellos, des philosophes, des historiens.
25:35Dimanche, Verso, on se projette sur la semaine qui vient.
25:39On fait un peu de prospective.
25:40Et là, on recevra un cinéaste dont on sait que le film sort mercredi,
25:46un écrivain dont on sait que le livre sort jeudi.
25:49Et on parlera un petit peu au futur.
25:52C'est une conclusion.
25:54On parlera au futur que je veux partager avec vous,
25:57qui est valable pour la maladie comme pour l'émission.
26:00Un tout dernier mot, Nicolas.
26:01Tout dernier mot.
26:02Après 11 ans passés à la matinale de France Inter,
26:06en 11 ans, en deux fois,
26:08vous ne vouliez pas revenir à ce poste.
26:11Donc, s'en est fini des réveils de nuit,
26:13du petit matin pour vous.
26:15Qu'est-ce que vous voulez dire aux auditeurs de la matinale d'Inter ?
26:18Que j'ai aimé passionnément ce métier,
26:22parce que je les ai aimés passionnément.
26:26Et que si une chose m'a tenu,
26:30c'est une question quotidienne.
26:34Comment peut-on faire pour proposer la meilleure,
26:39la plus belle émission possible ?
26:41Comment témoigner aux auditeurs qu'on les respecte,
26:45comme individus et comme intellect ?
26:48Ça, ce sont de belles questions à travailler.
26:51Et c'est pour ça que j'ai fait ce métier
26:53entre France Culture et France Inter,
26:5515 ou 16 ans.
26:58Parce que vous vous demandez
27:02comment partager quelque chose,
27:04comment partager une sensation,
27:07que vous avez une idée qui vous traverse.
27:11et la question du respect aussi est cruciale.
27:13Et ça va continuer.
27:14Oui !
27:14L'an prochain, merci beaucoup Nicolas Demorand.
27:16Merci à tous les deux.
27:17On a un petit peu poussé les murs.
27:19Ne m'en veuillez pas, chers camarades.
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