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  • il y a 2 heures
Avec Me Pierre-Olivier Sur, avocat pénaliste, ancien Bâtonnier de Paris
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##C_EST_A_LA_UNE-2026-06-08##

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Transcription
00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Tardoz.
00:06Soyez les bienvenus dans Le Grand Matin de Sud Radio, vous avez la parole, vous le savez, au 0826 300
00:11300.
00:12C'est à la une, une nouvelle fois, l'affaire Liana.
00:16L'affaire Liana est-elle une affaire d'État ?
00:19C'est ce que vous écrivez sur vos réseaux, Pierre-Olivier Sûr.
00:22Bonjour Maître, vous êtes notre premier invité de la matinale, ancien bâtonnier de Paris.
00:26On s'interroge sur la responsabilité de l'État, police, justice, gendarmerie, les Français demandent des comptes d'une certaine
00:33manière.
00:34Vous êtes l'un des avocats pénalistes les plus en vue aujourd'hui.
00:37Est-ce que vous êtes étonné par ce que l'on apprend à travers cette affaire ?
00:41Écoutez, d'abord je dois vous dire que dans notre famille judiciaire,
00:49la famille judiciaire c'est à la fois les avocats mais les magistrats aussi, les greffiers, les enquêteurs,
00:55eh bien on a bien reçu les paroles du ministre.
00:59D'abord vendredi, il s'est exprimé, pour exprimer sa compassion, notre compassion.
01:07La nôtre, de toute notre famille judiciaire.
01:10Pour exprimer des excuses et pour aussi dire que s'il y a des fautes, il y aura des responsabilités
01:16qui seront recherchées, sanctionnées.
01:18Est-ce que c'est une affaire qui est révélatrice d'une crise systémique de la justice de proximité ?
01:23Puisque c'est de cela dont il s'agit.
01:24Oui. La justice en France fonctionne très mal pour la proximité et très bien pour les grandes affaires.
01:33Regardez, le PNF, on dit même que ça marcherait trop bien les affaires pénales financières.
01:39Regardez le PNAT, le terrorisme.
01:41Le procès V13 a été montré du doigt dans le monde entier comme un exemple de ce qu'il faut
01:46faire.
01:47Regardez le PNACO qui a été mis en place par le ministre Gérald Darmanin contre les crimes organisés,
01:55la criminalité organisée internationale, la narcotrafic, ça fonctionne.
01:58Mais ce qui ne fonctionne pas, c'est les affaires de tous les jours.
02:01C'est l'intrafamilial.
02:03C'est les affaires sexuelles, c'est les affaires de coups et blessures,
02:09c'est aussi toutes les affaires financières qui frappent au milieu des familles et dans notre premier cercle.
02:16Et ça, il faut le réformer.
02:18Maître, ce que ne comprennent pas les Français sont des choses très très simples.
02:21L'envoi par courrier.
02:23Personne ne s'est dit qu'un envoi par courrier d'un parquet à un autre pouvait faire perdre du
02:28temps,
02:29pouvait mettre en danger d'éventuelles nouvelles victimes,
02:32que pendant ce temps, en réalité, l'action judiciaire ne se mène pas.
02:37Il n'y a pas d'action judiciaire pendant qu'on envoie un courrier et qu'on met trois semaines
02:41ou un mois à l'ouvrir.
02:42C'est incompréhensible.
02:44C'est la justice par lettre Kraft ou lettre recommandée.
02:48Sachez qu'à Paris, on consacre en ce moment encore, par an, 10 millions d'euros à l'expédition postale.
03:00Et en France aussi, ça fait 20 millions d'euros.
03:03Si on faisait tout ça par Internet, par Intranet, on n'utiliserait pas ça.
03:07Pourquoi ça ne se fait pas ?
03:08Parce que pour cette justice-là, on est encore au temps des diligences...
03:13D'accord, ça c'est le constat. Mais pourquoi aucun ministre ne s'est dit, on va passer à l
03:16'informatique pour tout le monde ?
03:17Je pense que ça sera bientôt fait.
03:20Le ministre, hier, a rappelé qu'il s'intéressait beaucoup au réseau Cassiopée.
03:26J'appelle moi un Cassiopée de la deuxième génération.
03:29Parce que regardez, qu'est-ce qui se passe pour nous, avocats, quand on dépose plainte ?
03:33Vous êtes une radio beaucoup écoutée dans le sud de la France.
03:36Bordeaux, qui est une juridiction que je connais bien.
03:39On dépose plainte pour une jeune fille qui a subi des atteintes.
03:45Eh bien, il ne se passe rien.
03:47On appelle le parquet.
03:49Il ne vous prend pas au téléphone.
03:51On appelle les gendarmes.
03:53Rien.
03:54On appelle le maire de la ville.
03:56Alors lui, le maire, il fonctionne.
03:58Il fonctionne.
03:59Il appelle à droite, à gauche.
04:00Et enfin, vous arrivez à voir les gendarmes.
04:02Mais qu'est-ce qu'ils vous disent, les gendarmes ?
04:04Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
04:05Ah ben maître, oui, mais vous savez, on a beaucoup d'affaires en ce moment.
04:07On le mettra sûrement en garde à vue dans quelques mois.
04:10Et entre-temps, il est toujours là, sur zone.
04:14Bon, mais attendez.
04:15Alors, je reviens au moyen.
04:17Au moyen.
04:20Sur l'envoi par courrier.
04:22J'ai envie de vous demander, on vient d'apprendre également,
04:25qu'il y avait plusieurs systèmes informatiques.
04:28L'un pour la police, l'un pour la justice, l'autre pour la gendarmerie.
04:32Et que ces trois systèmes ne sont pas compatibles entre eux.
04:35Est-ce que c'est possible, ça ?
04:36Bon, enfin, c'est incroyable.
04:37C'est pour ça qu'il faut mettre en place un cassiopée de deuxième génération.
04:42C'est cet intranet entre les parquets.
04:44Mais surtout, ce qu'il faut, c'est, voyez, à l'image de ce qu'on fait pour le PNF,
04:49pour le PNAD, pour le PNACO.
04:51Il faut centraliser.
04:52Il faut spécialiser.
04:54Pas au niveau national, au niveau départemental.
04:57Il y a la proposition de Dominique de Villepin qui veut un parquet femmes et enfants sans danger.
05:01Est-ce que ça, par exemple, c'est une bonne piste ?
05:02Eh bien, écoutez, oui.
05:03C'est une bonne piste.
05:05Pas au niveau national, au niveau départemental.
05:07Avec un parquet spécialisé qui aura pour correspondant des juges spécialisés.
05:12Et puis des enquêteurs spécialisés.
05:15Aujourd'hui, l'enquêteur, il est généraliste.
05:19Et vous savez, pour entendre un enfant, c'est compliqué.
05:23Combien d'avocats en défense disent la parole de l'enfant ne pèse pas ?
05:26J'entends tout à fait ce que vous dites.
05:27Mais là, en l'espèce, on a l'impression que ce n'est même pas de ça dont il s
05:30'agit.
05:30Parce que là, si on reste sur l'affaire Liana, c'est des temps de latence incompréhensibles.
05:36C'est-à-dire que c'est huit mois depuis la plainte de l'été 25.
05:38Puis en février, alors, information qui est donnée par nos confrères du nouveau détective,
05:43qui n'est pas confirmée, mais je vous la donne.
05:44L'information selon laquelle des gendarmes de Lectour ne seraient pas allés interpeller
05:48le meurtrier présumé de Liana, le 14 février,
05:51alors que le magistrat ou un des magistrats aurait demandé à ce que ça se fasse rapidement.
05:58Est-ce que, par exemple, là, on est face à un manque de communication ?
06:01Est-ce que c'est crédible d'en arriver là avec la justice de notre pays aujourd'hui ?
06:05Alors, moi, je ne vais pas vous dire ce qui s'est passé dans l'affaire Liana.
06:08Je vais vous dire ce que je vois dans tous mes dossiers.
06:10Non, mais je parle du manque de communication.
06:12C'est l'exemple de Bordeaux tout à l'heure.
06:13Le parquet ne vous répond pas.
06:15Les gendarmes vous disent, mais oui, on va le faire.
06:17Mais maître, on a d'autres choses.
06:17On est stupéfait d'apprendre que des courriers peuvent patienter 15 jours en 3 semaines dans une boîte aux lettres.
06:21Et vous savez ce qu'on vous dit à Bordeaux pour vous dire que ça va devoir patienter encore ?
06:25Ah, mais maître, il y a d'autres victimes.
06:27Donc, on constitue le dossier.
06:29Et parce qu'il faut le constituer encore,
06:31il va falloir que la garde à vue soit différée encore plus loin dans le temps.
06:35Donc, maître, si je comprends bien, tout est prioritaire, donc rien n'est prioritaire.
06:38C'est un peu ça.
06:39C'est pour ça qu'il faut une réforme systémique de la justice de proximité.
06:44Le ministre, hier, a promis que d'ici le 14 juillet, il y aurait 70 000 dossiers en cours qui
06:50seraient...
06:51J'entends, mais les Français en ont assez aussi des promesses qui, malheureusement, ne sont pas suivies des faits.
06:56Parce que les errements de la justice, on en connaît à travers d'autres affaires.
07:00Et vous le savez très bien, même mieux que moi.
07:01Et je sais bien, et je vous dis, Liana, Elias, ce sont des prénoms maintenant qui marquent,
07:08qui sont gravés dans nos cœurs, dans cette famille judiciaire que nous aimons et que nous servons.
07:13Et c'est pour cela que j'appelle à une réforme.
07:16Un parquet centralisé, spécialisé au niveau départemental, des juges spécialisés, des enquêteurs spécialisés.
07:23Et entre eux, un intranet, pour en finir évidemment, des enveloppes Kraft qui distribuent le dossier à qui va, au
07:31qui mieux mieux.
07:31On a entendu votre volonté mettre une dernière question, parce que ça a été l'actualité ce week-end.
07:36La sanction des magistrats via une instance indépendante, et non par des confrères, semble être assez populaire dans l'opinion.
07:44Est-ce qu'une peur du gendarme pour des magistrats ne serait pas salutaire ?
07:48On sait qu'il y a aujourd'hui un conseil supérieur de la magistrature qui rend quand même un certain
07:54nombre de décisions.
07:55Je crois qu'on est à une cinquantaine de décisions à peu près.
07:59Donc on ne peut pas dire qu'il n'y a absolument pas de décisions qui sont prises, mais ça
08:02n'est pas suffisant.
08:03Non mais écoutez, il y a une police des polices.
08:06Il y a pareil pour la justice aujourd'hui.
08:08Il y a des sanctions qui peuvent tomber.
08:10Le ministre l'a dit, il y a des sanctions qui tomberont.
08:12Donc il y a un logiciel qui est prêt.
08:14Il y a un système disciplinaire.
08:17Il est jugé non pas par ses pairs, mais par aussi un collectif de citoyens.
08:20Oui, bah écoutez, d'abord...
08:22Oui ou non ?
08:22Non. Dans le Conseil national, dans le CSM, il y a des personnes qualifiées qui ne sont pas des magistrats.
08:30Ce système fonctionne, pourra fonctionner.
08:33Le ministre a indiqué qu'il le mettrait en œuvre, et que des sanctions tomberont, et qu'elles seront très
08:38lourdes.
08:39S'il y a lieu, pour l'instant on ne connaît pas le dossier.
08:41Et pour l'instant, moi, ce que je veux dire, c'est aussi que je pense aux magistrats qui ont
08:46traité cette affaire et qui l'ont mal traité.
08:49Parce que malheureusement, ils sont dans le même cas que beaucoup de leurs collègues partout en France, à Bordeaux ou
08:55ailleurs.
08:56Et le problème, ce n'est pas un problème d'hommes ou de femmes.
08:58Souvent, les magistrats sont extrêmement dévoués, pleins de conscience professionnelle.
09:03Regardez, dans l'affaire Pellicot, cette affaire a été mise en œuvre par des consciences.
09:11Eh bien, ces consciences sont là.
09:12S'il y a des problèmes, on sanctionnera.
09:14Mais ce qui pose une difficulté, c'est le système.
09:18Et il faut une réforme systémique.
09:21On a bien compris votre souhait de réforme pour la justice de proximité.
09:25Merci infiniment, Pierre-Olivier Sur, pénaliste, ancien bâtonnier de Paris, d'être passé nous voir dans le studio de Sud
09:31Radio ce matin.
09:31Le rappel des titres.
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