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  • il y a 13 heures
Tous les matins à 7h42, l'invité qui fait l'actualité. Un acteur incontournable, un expert renseigné... 10 minutes d'interview sans concession avec Apolline de Malherbe et les témoignages des auditeurs de RMC au 3216.

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Transcription
00:00Après la mort de la petite Liana, les procureurs généraux sont convoqués dans moins d'une heure par le ministre
00:05de la Justice, Gérald Darmanin,
00:07qui exige que l'ensemble des plaintes impliquant des mineurs soient examinées d'ici la mi-juillet.
00:12Personne ne partira en vacances tant que les 70 000 plaintes ne seront pas passées au crible.
00:17Voilà ce qu'il dit. Bonjour Frédéric Chevalier.
00:19Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes procureur vous-même à Chartres et vous présidez la conférence
00:24nationale de tous les procureurs de la République.
00:27Comment vous vivez ce moment où Gérald Darmanin a tapé du poing sur la table en quelque sorte en disant
00:33« Vous ne partirez pas, vous, vous, Frédéric Chevalier, vous, tous les procureurs, en vacances tant que tout n'aura
00:40pas été passé au crible. »
00:42Comment vous le prenez ? D'ailleurs, est-ce que vous prévoyez du coup de partir en vacances ?
00:45Bonjour Madame, merci de m'inviter au nom de la conférence nationale des procureurs de la République.
00:49Il y a beaucoup d'émotion dans cette affaire et cette émotion, l'ensemble des procureurs, des magistrats des parquets,
00:54des magistrats en général, la partagent.
00:56Après, il y a de la colère, j'ai entendu. Vous savez, quand on est en responsabilité, la colère, elle
01:00est souvent très mauvaise conseillère.
01:02Quand on est en responsabilité, il faut pouvoir garder la tête froide.
01:06Et aujourd'hui, je trouve que ça dérive et que jeter en pâture des magistrats du parquet dont le but,
01:19la mission, la conviction, c'est que tous les matins, on se lève, Madame, pour faire en sorte que ces
01:23drames n'existent jamais.
01:27Mais c'est vrai que la colère, moi, je ne la partage pas et je veux, comme tout le monde,
01:31comme les Français, comprendre, savoir ce qui s'est passé.
01:34Moi, je n'en sais rien. Vous savez, il y a un article 11 du Code de procédure pénale qui
01:38dit que l'enquête et l'information judiciaire, elle est secrète.
01:41Bon, apparemment, il y a plein de monde qui savent beaucoup de choses, surtout.
01:43Moi, je n'en sais rien, Madame. Je sais ce que vous en dites.
01:47Et pour l'instant, j'ai trouvé très bien que notre ministre diligente une inspection, comme le ministre de l
01:53'Intérieur, parce que l'inspection, elle va répondre à ces questions.
01:56C'était la première étape. Première étape, c'était une inspection générale, administrative.
02:01Et puis, hier, cet appel plus, j'allais dire, presque plus menaçant.
02:07Nous ne partirons pas en vacances sans que les 70 000 plaintes, sous-entendu, il y a dans vos tiroirs,
02:12il y a sur vos bureaux,
02:13des plaintes en souffrance qui ne sont pas examinées et qui laissent des enfants sans protection.
02:17Il n'y en a pas 70 000. Il y en a 3 400 000, tous contentieux confondus.
02:23On le sait depuis des années, c'est renseigné.
02:26Tout le monde connaît l'état dans lequel les services enquêteurs, notamment.
02:31Parce que les 70 000 procédures, on va les trouver où, Madame ?
02:35On va aller les chercher dans les brigades.
02:35Les 70 000, ce sont celles qui concernent, dit-il, les mineurs.
02:38Les mineurs, très bien. Je dis simplement qu'il y a d'autres personnes victimes aussi,
02:41moins gravement sans doute, mais enfin, il y en a au total 3,4 millions.
02:45On va les chercher où ? On va aller chez les camarades policiers et gendarmes et on va regarder.
02:50Mais enfin, c'est ce qu'on fait déjà tous les jours.
02:52Moi, mon parquet, par exemple, mes collègues vont plusieurs fois par semaine
02:56dans les services de police, de gendarmerie, pour faire l'état des stocks,
02:59pour donner des réponses pénales, pour faire avancer les procédures.
03:02Bon, alors, on va le faire, ce recensement.
03:05Pas de difficulté. On ira de nouveau chez les policiers et les gendarmes pour le faire.
03:08Et après ? Et après, il va falloir les traiter.
03:10Ce qu'on fait de manière nécessaire, quotidienne, on va les traiter.
03:16Évidemment, si on traite prioritairement, on va mettre de côté un petit peu d'autres sujets.
03:20On est prêt à le faire.
03:21Vous voulez dire qu'ils sont tous prioritaires ?
03:23La priorité, Gérald Darmanin, il a été clair quand il est arrivé.
03:27C'est le narcotrafic, les atteintes aux personnes.
03:30Parmi les atteintes aux personnes, on a cinq catégories, dont les mineurs.
03:33Alors, ça fait... Mais on n'a pas attendu Gérald Darmanin.
03:37M. Dupont-Moretti nous avait dit, en mars 2023, sur 14 pages, consacrez-vous à cette lutte ?
03:43Pardon, je vais vous arrêter un instant, Frédéric Chevalier.
03:45Vous dites, moi, je ne sais pas ce qui s'est passé.
03:47Et ça vous ennuie, visiblement, qu'effectivement, un certain nombre d'éléments soient sortis par voie de presse la plupart
03:53du temps.
03:54Alors que, dites-vous, l'enquête, elle est secrète.
03:56Moi, je veux bien.
03:57Mais il y a quand même un moment où c'est un peu facile de dire, il y a le
04:00secret.
04:01Il y a une plainte, n'en prenons qu'une, qui a été déposée le 22 août dernier.
04:04C'est une petite fille de 9 ans, puis de 10 ans, puis de 11 ans, qui dit des viols
04:08répétés.
04:09Elle dépose cette plainte avec sa maman le 22 août.
04:12Le 11 septembre, le rapport médical conclut à des lésions qui corroborent son récit de viol.
04:21Qu'est-ce qu'il faut attendre de plus ?
04:23Là, vous l'avez, l'élément, et j'imagine que cet élément, il a été connu de quelqu'un.
04:28La maman elle-même, plusieurs fois dans les semaines et dans les mois qui ont suivi,
04:31n'ayant elle-même pas le compte-rendu de cette enquête médicale, appelle et dit, on en est où ?
04:38Et on finit par lui dire, écoutez, ça finit par être du harcèlement, vous nous saoulez, madame.
04:42Pardon, comment c'est explicable ?
04:45Madame, je ne dis pas qu'il ne s'est rien passé.
04:47Je ne dis pas qu'il faut, je dis simplement, est-ce qu'on peut prendre le temps de la
04:51compréhension de tout ça ?
04:52Mais on l'a pris suffisamment ?
04:54Non, non, pardon, neuf mois, neuf mois avec une plainte dans un tiroir, on peut prendre encore plus de temps
04:58?
04:58Mais attendez, n'importe quel criminel, quand il est accusé, il a le droit à avoir une enquête sérieuse et
05:04à avoir les moyens.
05:05Mais quand il y a un fait comme celui-là, jusqu'à quand vous continuez, vous estimez que l'enquête
05:09n'est pas finie ?
05:09On peut toujours se dire, bah oui, il faut d'autres éléments, mais qu'est-ce qui empêche de continuer
05:12l'enquête tout en allant chez le prévenu, frappé à la porte ?
05:16Il y a une petite fille de 10 ans qui a été violée.
05:18Madame, je vois que vous, comme les autres, vous avez plein de...
05:22Pardon, oui, vous allez me reprocher d'être dans la colère et l'émotion.
05:24Non, non, vous avez plein de compétences en matière de procédure pénale. Tant mieux.
05:27Non, non, j'en ai aucune, je vous pose la question.
05:28Bon, je dis simplement, sur cette affaire-là, je ne peux pas vous répondre, je n'ai pas les éléments...
05:32Moi, je les ai, je viens de vous les donner.
05:33Sauf que, non, madame, vous vous arrêtez, je ne sais pas, au 22 septembre, au 11 octobre, au 9 février,
05:39j'en sais rien.
05:39Non, non, je vous dis, le 11 septembre, il y a cet élément médical.
05:42Est-ce que cet élément médical doit rester dans le fond d'un tiroir en disant, bah on n'a
05:46pas encore d'autres preuves ?
05:47Je trouve que les collègues de Toulouse ont parfaitement fait le travail, magnifiquement, à ce que vous me dites.
05:51Bah oui, les éléments médicaux, ils les ont collectés.
05:55Normalement, vous savez, les collègues, ils n'auraient rien dû faire.
05:57Ils auraient dû simplement dire, on n'est pas compétent.
06:00À Toulouse, il n'y avait aucun critère de compétence.
06:02Ils auraient dû directement donner la plainte sur le lieu où les enquêteurs auraient dû enquêter, c'est-à-dire
06:08hoche.
06:09Bon, ils ne l'ont pas fait par souci de préservation des investigations urgentes.
06:14Bon, ça, on peut le dire aussi.
06:16Après la suite, j'en sais rien, madame.
06:17Et c'est pour ça, et le garde des Sceaux n'en sait pas plus.
06:20Simplement, il dit, pour comprendre, pour savoir, je fais une inspection.
06:24Pourquoi, madame, pourquoi ne pas laisser le temps de 15 jours ?
06:27On n'a pas 15 jours devant nous, par respect pour cet enfant, pour savoir ce qui s'est passé.
06:31Et une fois que l'inspection nous aura dit, voilà ce qui s'est passé, voilà qui a fait quoi,
06:37et de ça nous...
06:38Les juges doivent-ils rendre des comptes ?
06:40Les juges doivent-ils rendre des comptes ?
06:41Évidemment.
06:42Est-ce que vous estimez qu'il doit y avoir des sanctions ?
06:45Non, j'estime qu'il faut...
06:46C'est quoi rendre des comptes s'il n'y a pas de sanctions ?
06:47Mais madame, à quoi ça se sert de faire une inspection ?
06:51Je ne vous dis pas une sanction aujourd'hui, je vous dis une sanction à la fin de l'inspection.
06:54Est-ce qu'il faudra des sanctions ?
06:56Est-ce que les uns et les autres...
06:57Les magistrats ne sont à l'abri de rien.
06:59Voilà, il y a un conseil super à la magistrature, dont c'est un des objectifs, c'est ça,
07:05c'est de faire la discipline des magistrats.
07:08Bon, donc, ce conseil, le garde des sceaux, tout le monde agira,
07:12une fois qu'on saura dans maintenant moins de 10 jours ce qui s'est passé.
07:16C'est quand même pas compliqué à comprendre.
07:18Vous rencontrez d'ailleurs, je crois, le ministre demain.
07:21Qu'est-ce que vous allez lui dire ?
07:23On va lui dire ce que je vous dis.
07:24On va lui dire qu'on apprécie son engagement.
07:27Depuis un an et demi qu'il est à la tête de ce ministère, c'est incontestable.
07:31On apprécie les moyens qui nous ont été donnés, c'est incontestable.
07:34On apprécie le fait qu'on est sorti de cette clochardisation,
07:38dont le garde des sceaux Urvoas parlait,
07:40pour aller vers des budgets qui deviennent corrects.
07:43C'est une trajectoire, il va falloir l'amplifier, manifestement.
07:46On est là pour travailler tous les matins, on se lève pour ça, madame.
07:49Et on dira au garde des sceaux, réservez simplement votre prise de décision,
07:54une fois que vous aurez les éléments pour ça,
07:56et arrêtez de jeter en pâture notamment notre collègue de Hoche.
08:00Merci beaucoup d'avoir pris le temps ce matin de venir.
08:03On le sent bien, vous estimez qu'il ne faut pas être en colère,
08:05mais vous-même, vous êtes au bord de cela.
08:08Non, je veux dire simplement les choses avec conviction, madame.
08:11Et c'est entendu. Merci beaucoup Frédéric Chevalier,
08:13vous-même donc procureur à Chartres
08:15et président de la Conférence nationale des procureurs de la République.
08:19Merci à vous.
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