- il y a 18 heures
Avec Stéphane Cohen, fondateur de Hublo
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TechnologieTranscription
00:00Le réseau des chambres de métier de l'artisanat, artisans de la nouvelle économie, présente
00:06Sud Radio, c'est ça la France, Nathalie Schrengerman
00:10Bonjour à tous et bienvenue dans ces salles à France sur Sud Radio, l'émission qui met en avant les
00:14parcours audacieux
00:15et ceux qui produisent sur le territoire qui prouve que le Made in France est possible.
00:20Quand on pense intelligence artificielle, on imagine souvent les géants de la Silicon Valley, les robots, les grandes plateformes numériques.
00:26Mais si, l'une des révolutions les plus spectaculaires de l'IA se jouait aussi dans un vieux métier, un
00:32métier vieux de plusieurs siècles.
00:34Mon invité a passé 20 ans dans les télécommunications, notamment chez Motorola et Google, puis il a décidé de reprendre
00:40un pressing, un premier pressing à Paris.
00:43On reviendra sur la success story tout au long de cette émission.
00:46Une reconversion étonnante qui l'a conduit à créer Hublot, une entreprise qui ambitionne aujourd'hui de transformer en profondeur
00:52l'entretien textile
00:54grâce à l'intelligence artificielle.
00:56On en parle tout de suite avec notre invité.
00:59Sud Radio, c'est ça la France.
01:01Bonjour Stéphane Cohen.
01:03Bonjour Nathalie.
01:04Comment allez-vous ?
01:05Ça va très bien, merci beaucoup.
01:06Alors vous avez travaillé pendant 20 ans dans l'univers de la technologie, des télécoms.
01:10Comment passe-t-on de Google, de Motorola à un pressing artisanal ?
01:15Dans toutes ces sociétés de tech, on apprend plein de choses, mais on apprend surtout qu'on est de plus
01:21en plus éloigné des clients et du service de proximité.
01:25Et c'est des sociétés américaines.
01:27Et au bout d'un moment, on se dit, moi je me dis, j'ai envie de retrouver la proximité
01:32des clients, de savoir pourquoi je fais un produit, pourquoi je fais un service.
01:36Et surtout, on sait que le monde est en train de changer, que la technologie avance de plus en plus
01:42vite et qu'il y a probablement beaucoup de technologie à mettre au service de la proximité sans perdre cette
01:48proximité.
01:49En fait, les clients finales sont à la recherche de plus en plus de proximité et en même temps, ils
01:53ne peuvent pas se dissocier de la technologie.
01:55Donc c'est comment on associe les deux.
01:56Ce qui veut dire que ce qui vous a intéressé, c'était de retrouver un métier plus proche des gens,
02:00pas forcément un pressing, mais plutôt dans l'artisanat.
02:05C'était ça en fait, c'est vraiment quitter ces grands groupes américains pour avoir quelque chose de plus humain.
02:11Exactement, avoir un service de proximité, être capable de rencontrer le client et surtout répondre à un besoin qu'il
02:18a effectivement aujourd'hui,
02:19plutôt que de créer un besoin qu'il aura peut-être dans une dizaine d'années.
02:23Donc c'était le pressing.
02:25Mais pourquoi le pressing justement ? Vous êtes passé un jour devant un pressing à vendre ?
02:30Qu'est-ce qui a fait que vous avez fait le choix du pressing ?
02:33Je pense que l'industrie du textile était en train de changer énormément.
02:38Le pressing, c'est un petit univers très complexe en fait, où on a de la fabrication, de la production,
02:46où on a de la gestion d'équipe et où on a aussi de servir le client.
02:51En général, il y a très peu de commerce où on a toute cette complexité à l'intérieur.
02:57Et encore une fois, il y avait besoin d'avoir des technologies plus innovantes pour nettoyer les vêtements.
03:02Ce qui veut dire que ce métier traditionnel, vous avez tout de suite constaté qu'il cachait en réalité un
03:08potentiel énorme d'innovation.
03:09Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas innové dans ce secteur.
03:13Moi, je n'aime pas m'opposer aux autres.
03:15Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ont essayé d'innover.
03:16Je pense qu'effectivement, il y avait beaucoup de choses à faire avec, par exemple, cette collecte à domicile qu
03:22'on a lancée,
03:23avec mettre plusieurs types de technologies dans un pressing pour être sûr de toujours apporter le meilleur type d'entretien
03:31textile au client final.
03:35Et potentiellement, ce qu'on a fait, on en parlera après, d'emmener de l'intelligence artificielle.
03:39Mais quand vous reprenez votre premier pressing en 2020, qu'est-ce qui vous frappe le plus ?
03:44L'état du secteur, le retard technologique ou au contraire, qu'est-ce qui vous a le plus marqué comme
03:52premier défi en fait ?
03:54Je pense que c'est de bien comprendre le besoin des clients et de me rendre compte que certains clients
04:02ne viennent plus dans les pressings
04:04parce qu'ils ont peur de donner un vêtement.
04:06Ils ont peur que quand ils vont donner un vêtement auquel ils tiennent énormément, ils s'abîment.
04:11Et aussi de voir qu'il y a toute une jeune génération qui ne vient pas parce qu'il sait
04:15même plus ce que c'est qu'un pressing.
04:16J'étais choqué une fois, j'étais en réception et quelqu'un rentre et un jeune, il me dit, est
04:21-ce qu'ici, vous nettoyez les costumes ?
04:23Ou quelqu'un d'autre qui me disait, moi j'ai un pull, je ne sais pas du tout le
04:27faire nettoyer, donc je ne le lave pas.
04:29Parce que pour vous, le pressing, c'est quoi ? C'est les draps ?
04:31C'est quelque chose de très vieux, vous ne savez plus ce qu'on peut emmener là-dedans.
04:35Et donc en fait, les gens préfèrent ne pas laver leurs vêtements parce qu'ils ne savent pas quoi faire
04:39et surtout, ils ont peur de les donner.
04:42Alors, votre entreprise vient de lever 1 million d'euros auprès du fonds Newfound pour accélérer son développement en France
04:48et à l'international
04:49avec une ambition impressionnante, équipé 9000 pressings d'ici 2030.
04:54Vous en êtes à combien de pressings à ce jour ?
04:56Aujourd'hui, on a 4 pressings sur Paris.
04:59On est dans le process d'en acquérir 2 sur Niscan.
05:05Et quand nous, on parle de 30 000 pressings, on parle d'équiper avec notre technologie d'intelligence artificielle, j
05:10'y reviendrai après.
05:11À 30 000 ? Moi j'étais sur 9 000.
05:12Sur 9 000, sur les 3 ans, après on est sur 30 000 sur un peu plus longtemps.
05:19Ça c'est sur les technologies d'intelligence artificielle.
05:22Nous, l'ambition à Hublot propre, c'est d'être dans toutes les capitales où la mode est importante,
05:28où on peut travailler avec certaines des maisons de luxe avec lesquelles on travaille déjà.
05:32Alors justement, en parlant d'intelligence artificielle, c'est vrai que beaucoup d'artisans craignent la technologie.
05:38Vous vous dites, au contraire, déjà ça peut créer aussi de nouveaux métiers.
05:42Et par ailleurs, elle est là.
05:43Et donc il faudra de toute façon composer avec elle.
05:46Alors expliquez-nous comment, dans ce métier artisanal, vous avez intégré cette intelligence artificielle ?
05:51Pour revenir, il n'y a pas de doute que l'intelligence artificielle comme le web, comme le web 2
05:58.0,
05:58vont révolutionner encore plus vite qu'on peut l'imaginer tous les métiers qui existent.
06:06Et c'est sûr qu'il ne faut pas la craindre, parce qu'en fait, chaque fois qu'on avance
06:10avec l'intelligence artificielle,
06:11ça crée de nouvelles opportunités.
06:13Donc la seule chose qu'on peut craindre, c'est que les métiers se transforment tellement vite qu'on ait
06:19du mal.
06:20Plus on est vieux, probablement, à rattraper cette vitesse.
06:25Mais ça crée des opportunités.
06:26Chaque fois qu'on fait quelque chose, on a une opportunité supplémentaire.
06:29Et il y avait la question sur comment ça révolutionne le marché du textile.
06:33Aujourd'hui, on sait que le marché du textile se veut de plus en plus rentrer dans de l'éco
06:39-conception.
06:40Donc l'éco-conception, on comprend bien ce que c'est dans la fabrication du vêtement.
06:44Mais on n'a aucune donnée sur ce qui se passe quand on entretient les vêtements.
06:49Et ce type de données, on ne va pas l'avoir parce qu'on va pouvoir suivre les vêtements
06:54quand on va les prendre à nettoyer dans d'autres machines à laver.
06:57Par contre, les pressings, c'est une manne de données sur l'ensemble des vêtements qui rentrent et qui ressortent
07:04si on est capable de la capter.
07:06Quel type de données, par exemple ?
07:08Alors, nous, on sera capable de savoir combien de fois un vêtement peut passer à nettoyer sans s'abîmer.
07:15Ou quel type de marque est le plus souvent nettoyé.
07:19Ou quel type de marque a un problème particulier lorsqu'il se nettoie,
07:24qui lors de la conception a été mal vu.
07:27Et là où ce ne sera pas une erreur de nettoyage, mais ce sera une erreur dans la conception du
07:32vêtement.
07:33Et donc, avec toutes ces données, être capable de partager avec les marques
07:38et redonner effectivement les bonnes données pour mieux éco-concevoir.
07:44C'est pour ça que vous dites que votre système est capable d'éviter les erreurs, de détecter les risques
07:48invisibles ?
07:48Oui, ça c'est plus, là je parlais plus côté marque, côté données dans les pressings.
07:53Bien évidemment, je vais donner deux exemples particuliers.
07:57Imaginons qu'on s'est rendu compte qu'il y a un vêtement qui, en le nettoyant, pose problème.
08:02On va prendre une photo de ce vêtement.
08:04À chaque fois que ce vêtement rentrera, le même type de vêtement rentrera dans un pressing
08:10qui sera équipé exactement de la même technologie,
08:13alors ça sera détecté tout de suite et on dira attention, il y a un risque particulier.
08:17Et donc, voilà comment traiter ce vêtement.
08:19Et donc, ça c'est la certitude quelque part que sur des vêtements à haut risque,
08:23il n'y aura plus aucun risque de nettoyage.
08:25Mais l'autre, ça va être dans un pressing, on traite énormément de vêtements.
08:31C'est lorsqu'on passe tous les vêtements sous la caméra, 4K,
08:36ça nous permet à chaque moment de voir s'il y a un risque particulier
08:40et de donner un conseil de nettoyage à la personne artisan qui peut être expert,
08:44mais sur un nouveau tissu, parce que justement, on est dans le conception,
08:48sur des bimatières, d'avoir manqué quelque chose.
08:51Un rideau qui serait passé trop longtemps au soleil,
08:55où il y a un risque de déchirure, l'intelligence artificielle le verra tout de suite.
08:59Un simili-cuir qui a pris trop de parfum, trop de sueur
09:02et qui risque de craquer au nettoyage à sec,
09:04l'intelligence artificielle le verra tout de suite.
09:07Ce qu'on n'était pas capable de faire jusqu'à présent.
09:09Donc parfois, à l'œil nu, on pouvait juger,
09:12mais avec la quantité, j'imagine, de linge à laver,
09:17il y avait des petits oublis, quoi.
09:19Il y a deux choses.
09:20Des petits loupés.
09:20Il y a des gens très brillants qui, parce qu'ils avaient beaucoup de quantité,
09:24oubliaient, ou alors étaient capables de dire,
09:26là, il y a potentiellement un risque, mais de ne pas évaluer le risque.
09:29Là, on sera capable d'évaluer le risque et de donner des solutions,
09:33des options différentes pour ne prendre aucun risque.
09:36Et puis aussi, ce qu'il faut savoir, c'est que c'est un métier
09:38où il y a eu beaucoup moins de gens qui sont bien formés, qui sont sortis.
09:42Et donc cet outil, il permettra pour les gens qui ne sont pas encore complètement formés
09:46d'avoir un assistant qui va les aider à progresser rapidement.
09:49Donc c'est cette technologie-là que vous développez,
09:52que vous souhaitez justement proposer à différents pressings ?
09:56Exactement.
09:57L'idée, ce qu'on est déjà en train de faire, c'est de bâtir des intégrations aussi
10:01avec des systèmes de caisse.
10:02C'est-à-dire, un peu comme quand vous allez à Decathlon aujourd'hui,
10:05là, vous passez les vêtements sous la caméra, non seulement à l'analyse,
10:08mais elle rentre dans la caisse du commerçant.
10:11Tous les articles, donc lui, il n'y a aucun risque.
10:13Et tous les conseils potentiels, ils sont déjà marqués sur ce logiciel de caisse.
10:18Alors, pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion de tester ça chez Decathlon,
10:23c'est vrai qu'aujourd'hui, vous jetez tous vos habits dans un bac
10:26et automatiquement, le bac identifie tout ce qu'il y a dans le bac.
10:29C'est-à-dire que vraiment, c'est assez déstabilisant les premières fois,
10:33avec les conseils, les remarques et puis on paye.
10:36Donc ça, c'est un peu le même principe.
10:37Donc ça veut dire que c'est quoi ? C'est des capteurs ?
10:40C'est quoi exactement ce que vous êtes en train de développer ?
10:42C'est un algorithme particulier ?
10:45En IA, ce qu'on a en intelligence artificielle,
10:47c'est ce qu'on appelle de l'analyse d'image, en fait.
10:52Et donc, en fait, en permanence, notre caméra analyse l'image du vêtement
10:57et avec l'image du vêtement, est capable de détecter ce que c'est comme marque,
11:01ce que c'est comme tissu, est-ce qu'il y a des tâches particulières ?
11:06Donc c'est l'image qui va permettre...
11:08Exactement.
11:09On va continuer à parler de cette intelligence artificielle
11:11qui est en train de bousculer l'artisanat avec notre invité Stéphane Cohen.
11:15On se quitte un court instant et on revient juste après.
11:18Le réseau des chambres de métier de l'artisanat, artisans de la nouvelle économie présente...
11:25Sud Radio, c'est ça la France, Nathalie Schrengerma.
11:28Nous voilà de retour dans C'est ça la France, l'émission du savoir-faire français.
11:32Et on évoque l'IA, l'IA qui bouscule l'artisanat avec notre invité Stéphane Cohen
11:36à la tête de Hublot, ce pressing, cette marque de pressing qui a développé une technologie avec l'IA
11:43qui permet justement de pouvoir détecter assez rapidement les moindres petites particularités d'un tissu
11:52et donc même aller jusqu'à créer une banque de textiles.
11:56On va en parler avec notre invité dans C'est ça la France.
11:59Sud Radio, c'est ça la France.
12:01Stéphane Cohen, avec ces technologies que vous avez mises en place,
12:04c'est vrai que vous avez du coup une banque de données assez incroyable
12:07sur tous les différents textiles que l'on peut retrouver dans un pressing.
12:11Exactement. Tous les jours, à chaque fois qu'on passe un article, ça remonte et ça nous crée une banque
12:17de données
12:18qui est annotée en permanence et qui nous permet d'avoir une expertise énorme sur tous les textiles
12:24et ne prendre aucun risque et toujours choisir la technologie la plus adaptée
12:29pour le moins impacter le tissu quand on le nettoie.
12:32Il faut savoir qu'à chaque fois qu'on nettoie un tissu, on l'impacte beaucoup plus chez vous que
12:37dans les pressings
12:38et même dans les pressings, dépendant du type de technologie, on peut l'impacter le moins possible.
12:42Et donc ça, ça nous permet effectivement, la combinaison de ce qu'on fait en IA,
12:47nous permet de prendre aucun risque mais aussi d'impacter le moins possible le tissu.
12:51C'est intéressant de voir comment l'IA nous fait devenir, j'allais dire, des super artisans en fait.
12:56Ça permet vraiment d'être un compagnon de travail.
13:00Mais alors du coup, quel est le profil que vous recherchez au niveau de vos salariés ?
13:05Est-ce que du coup, avec l'IA, ça a changé ça aussi ?
13:09C'est une très bonne question.
13:11Donc ça fait seulement six mois qu'on a déployé ça dans notre premier pressing.
13:15Donc c'est un peu compliqué aujourd'hui de dire, est-ce que ça change complètement les profils ?
13:21Mais on a quelques tendances qui se dessinent.
13:24Bon déjà, on a besoin d'avoir pas mal d'ingénieurs IA.
13:26Aujourd'hui, on a quatre ingénieurs IA qui sont chez nous, qui développent notre technologie.
13:29Donc ce n'est pas une technologie qu'on va chercher autre part.
13:32Et donc c'est très chouette d'avoir des ingénieurs IA.
13:35Sur le type de profils qui sont effectivement en magasin,
13:38on va peut-être pouvoir avoir des gens qui sont un petit peu moins experts dans le textile
13:43et des gens qui sont par contre beaucoup plus proches du client dans l'intelligence émotionnelle
13:48pour mieux comprendre le client et savoir que petit à petit,
13:51l'IA va l'aider d'un point de vue très technologique à ne jamais se tromper.
13:54Mais alors est-ce que ça, ça ne pourrait pas inquiéter les artisans
13:58pour qui le savoir-faire repose sur une transmission orale, gestuelle ?
14:03Et là, on a presque l'impression du coup que ça sera moins important finalement
14:09que cette intelligence artificielle qui pourra,
14:12c'est peut-être elle qui finira par préserver entre guillemets cette mémoire collective.
14:17Donc on a l'impression que du coup, ce qui faisait l'essence même de l'artisanat
14:21serait un petit peu déplacé en fait, rouvre-vue.
14:25Pareil, c'est une très bonne question et c'est effectivement une crainte qu'on peut avoir.
14:28Ce qu'on se rend compte très vite, alors je vais donner deux exemples pour essayer d'illustrer.
14:33Aujourd'hui, il y a des gens qui sont très très bons dans nos pressings,
14:36mais transmettre tout ce qu'ils savent, c'est très compliqué parce qu'en fait ils savent...
14:40Mais le perdre c'est triste aussi en fait, une perte de savoir-faire.
14:43Et aujourd'hui, le transmettre c'est compliqué,
14:45donc du coup, des fois ils vont rester toute la journée dans leur pressing,
14:49de 8h jusqu'à 19h et 6 jours sur 7 parce qu'ils ont peur de mettre quelqu'un
14:53qui va prendre un risque sur le vêtement.
14:55Et comme c'est très compliqué à transmettre, l'IA,
14:58puisqu'elle va englober finalement toute la mémoire collective des gens qui ont cette expérience,
15:03plus de la mémoire, elle va pouvoir aussi aider à transmettre à la personne qui va reprendre.
15:08Donc il ne faut pas du tout le voir comme quelque chose qui va remplacer.
15:10Il n'y a personne qui a envie, ou très peu de personnes qui ont envie de parler à une
15:15IA
15:15quand ils déposent un vêtement auquel il tient.
15:19Par contre, d'avoir quelqu'un qui est là, qui les écoute, qui les comprend,
15:22mais d'être auganté effectivement par une IA, c'est vraiment quelque chose qui est top.
15:26Je peux en parler d'autant plus que nous, on a une application de collecte et livraison à domicile.
15:30Il y a des gens, ils n'ont pas envie de se déplacer en pressing,
15:32ils préfèrent passer par une application, tout est digital,
15:34mais il y a beaucoup de personnes sur les vêtements sur lesquels ils tiennent,
15:36une robe de mariée.
15:38Oui, qui ont des consignes à donner, ils sont rassurés de pouvoir échanger avant de donner cette robe.
15:43Exactement.
15:43Et puis il y a la jeune génération qui préfère être livrée en triporteur,
15:46c'est ce que vous faites, parce que voilà, on n'a pas le temps,
15:49ou ça ne nous intéresse pas d'échanger.
15:51Mais cette jeune génération, pour certains vêtements,
15:54c'est tout le temps des vêtements auxquels ils tiennent,
15:56sur lesquels ils ont fait une tâche et qui va les perturber.
15:58Le nombre de personnes qu'on a eues qui appellent, qui disent
16:00« Pouvez-vous me sauver ? » C'est quelque chose.
16:02Et ces gens-là, c'est mieux qu'ils viennent en boutique,
16:04parce qu'ils vont voir leur sauveur, quelque part.
16:07Alors, vous venez de lever un million d'euros,
16:09avec cette envie justement de vous déployer.
16:11Vous visez notamment les États-Unis, le Japon, l'Inde.
16:14Alors, pourquoi ces marchés ?
16:15On va aller chercher les marchés où il y a le plus de vêtements
16:20auxquels les gens tiennent,
16:22et sur lesquels ça va être la façon la plus rapide de se déployer,
16:26pour avoir un maximum de données.
16:29Donc, effectivement, les États-Unis en sont un,
16:33le Japon en est un.
16:35Et donc, voilà, c'est des marchés où c'est probablement
16:37le plus facile de se déployer rapidement
16:40et d'acquérir de la donnée, et où il y a vraiment un besoin.
16:42Donc, Hublot est en train de se transformer complètement
16:44en entreprise technologique.
16:45Vous revenez à vos premiers amours ?
16:48Les deux.
16:49On veut vraiment garder les deux.
16:53Mais, effectivement, c'est chouette d'avoir de la technologie.
16:57Et dans l'idée, quand on a créé Hublot,
16:59c'était aussi de recréer une entreprise française
17:02avec de la technologie française
17:03qui peut l'exporter à l'international.
17:07Parce qu'on a des très chouettes ingénieurs en France.
17:09On est très bons.
17:10Il faut qu'on ait confiance en nous.
17:11Voilà, on innove pour pouvoir exporter
17:13ces savoir-faire français à l'étranger.
17:15Puis c'est aussi une manière de faire évoluer l'artisanat.
17:17Exactement.
17:18Merci beaucoup Stéphane Cohen.
17:19Je rappelle que vous êtes à la tête de Hublot.
17:21Cette marque de pressing
17:23qui intègre toutes ces nouvelles technologies,
17:25notamment l'intelligence artificielle.
17:27Merci d'avoir partagé avec nous votre expérience.
17:29Merci beaucoup.
17:30Allez, il est temps de les retrouver.
17:31Thibaut, notre French Trotter.
17:33Sud Radio, c'est ça la France.
17:35Avec Thibaut, le French Trotter.
17:37Et avec vous Thibaut, on retourne dans le Tarn,
17:39en pays gaillacois.
17:41Où allons-nous exactement ?
17:42Eh bien Nathalie, direction l'ouest du département,
17:45dans des paysages qui rappellent parfois un peu la Toscane
17:48avec leur village perché et fortifié,
17:49comme puis celle-ci.
17:50C'est là que l'on découvre un domaine viticole un peu à part,
17:53le château de Théride.
17:54A sa tête, Alix, une vignerone pleine d'idées
17:57qui a notamment engagé le domaine dans une conversion vers le bio
18:01et planté des oliviers.
18:02Elle nous fait découvrir le château et son savoir-faire.
18:05A l'origine, le château de Théride, c'était un relais de chasse
18:08qui a été construit en 1652 par une famille de verriers.
18:13Et c'est devenu un domaine viticole qu'en 1968,
18:17quand deux copains alsaciens ont acquis le domaine,
18:19ont déboisé autour du château et planté à peu près une quarantaine d'hectares de vignes.
18:23Comment a évolué ce domaine au fil des années ?
18:26Au fil des années, mes parents et moi-même, nous avons reconverti le vignoble.
18:30On a arraché des cépages rouges, merlot, cabernet, gamé,
18:33pour planter du blanc en premier lieu, du mozac, du loin de l'œil.
18:37Et ensuite, on a replanté aussi du rouge,
18:39mais avec des cépages plus historiques, autochtones du Gaïaquois,
18:42avec du brocol, du durace et du prunelard.
18:45On va suivre Alix qui va nous faire visiter la cave.
18:47Et ce qui est original ici, c'est l'utilisation de cuves
18:50qui ressemblent un peu à des œufs d'un mètre cinquante
18:52qui servent à élever le vin.
18:53Alors, on dit des œufs, mais ce sont des cuves ovoïdes en forme d'œuf.
18:58Ce sont des cuves en polyéthylène qui font à peu près 11 hecto,
19:01mais qui sont des cuves en part entière,
19:03puisqu'il y a un dégustateur, un couvercle et un robinet pour visager.
19:07Pour les auditeurs, est-ce qu'on peut rappeler le principe de l'élevage du vin ?
19:10Pour les rouges, par exemple.
19:11Alors, pour les rouges, c'est qu'après la fermentation alcoolique,
19:13les tannins sont très agressifs au niveau de la muqueuse de la bouche.
19:18Et donc, il faut essayer de travailler les vins de façon à les rendre plus souples.
19:21Pour ça, il y a deux éléments qui sont importants pendant l'élevage.
19:25C'est l'oxygénation, donc à travers la paroi, soit de l'œuf, soit du gré, soit du bois,
19:30si ce sont des barriques.
19:31Cette oxygénation va faire que les tannins vont légèrement s'oxyder,
19:35réagir avec les anthocyanes, qui sont la molécule de la couleur.
19:38Ça va faire des chaînes plus longues,
19:40et qui vont amalgamer les tannins et les rendre plus souples.
19:43La deuxième chose, c'est l'élevage sur lit.
19:46Quand la fermentation alcoolique est terminée, les levures se déposent au fond de la cuve.
19:51Et quand on met le vin dans des œufs qui sont ronds,
19:53il y a des mouvements qui se créent, qui s'appellent les mouvements bronniens.
19:56Ça va remettre ces lits en suspension.
19:58Ces lits, petit à petit, vont se dégrader et vont libérer des polysaccharides,
20:01c'est-à-dire des sucres à chaînes longues,
20:03qui vont venir enrober le tannin et donc assouplir le tannin.
20:06Et ça, au bout de 8 mois, 10 mois, 12 mois,
20:09on a un vin qui est beaucoup plus souple et beaucoup plus agréable à la dégustation.
20:12Alors, on pourrait obtenir la même chose en cuve, mais ça prendrait beaucoup plus de temps.
20:16Le souci, c'est que tous les mois de septembre, il y a une nouvelle récolte qui arrive.
20:19Et donc, à un moment donné, il faut vider les cuves.
20:21Ouverter la place.
20:21Ouverter la place, exactement.
20:23En tout cas, elle est extrêmement claire, Alix, dans ses explications.
20:27On comprend bien l'élevage du vin, l'utilisation de ces étonnantes cuves en forme d'œufs.
20:33Est-ce qu'il y a beaucoup de femmes vigneronnes dans le Gaïaquois ?
20:36Eh bien oui, j'ai croisé beaucoup de vigneronnes.
20:38Et d'après Alix, l'une des particularités du Gaïaquois, c'est justement la place importante qu'occupent les femmes
20:43dans le monde du vin.
20:44Écoutez, elle va nous en parler.
20:46Il y a une vingtaine d'années, des statistiques avaient été faites sur la parité dans les vignobles.
20:50Et effectivement, Gaïaquais était très féminin.
20:52Voilà, ça veut dire que c'est quand même un métier qui, certes, peut-être, est parfois physique.
20:56Mais en termes de dégustation et d'analyse et de créativité,
21:02je pense qu'on est aussi doué qu'un homme pour faire du vin.
21:06Et je crois savoir que vous avez une association qui ne réunit que des vigneronnes.
21:09Oui, alors au début, ça devait s'appeler les ailes, c'est-à-dire L-E-S, plus loin E
21:13de Z-L-E-S.
21:14Et en le prononçant, on s'est aperçu que ça faisait les ailes.
21:17Alors on a rajouté le Z parce que notre association aide les gens à restaurer leurs pigeonniers.
21:21Ce pigeonnier, c'est un symbole du bâti viticole gaïaquois.
21:25Puisqu'à l'époque, donc à 972, l'abbé Michel, à qui on doit l'abbaye Saint-Michel à Gaillac,
21:31avait mis en place un certain nombre de règles de production des vins de Gaillac.
21:35Et donc l'une, c'était d'utiliser la Colombine de Pigeon comme seul engrais autorisé dans les vignes.
21:40À partir de là, il y a eu énormément de pigeonniers.
21:43Aujourd'hui, ces pigeonniers ne servent plus.
21:44Ils sont dans des états d'élabrement assez avancés.
21:47Et donc, on crée chaque année un événement autour d'un pigeonnier qui a besoin d'être restauré.
21:51On fait une vente aux enchères de vin, le bénéfice est reversé à la restauration du pigeonnier.
21:56Elle est formidable, Alix.
21:58Merci beaucoup Thibault pour cette découverte.
22:00On le rappelle une nouvelle fois, ces vins sont à consommer avec modération.
22:05On vous retrouve la semaine prochaine, Thibault, pour de nouvelles aventures ?
22:08Absolument !
22:09Merci à vous, chers auditeurs.
22:11C'est ça, la France est terminée pour aujourd'hui.
22:12Rendez-vous la semaine prochaine.
22:14Même jour, même heure et même radio.
22:17Et surtout d'ici là, portez-vous bien.
22:19Sud Radio, c'est ça la France, Nathalie Schrengerma.
22:22Avec les chambres de métier de l'artisanat.
22:25Artisans, porteurs de projets, apprentis.
22:27Nous vous accompagnons depuis 100 ans pour faire battre le cœur de la France.
22:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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