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Le pire scénario du GIEC est déjà là et l'Europe va prendre cher. Julie Deshayes, chercheuse au CNRS et océanographe physicienne au LOCEAN, décrypte le dérèglement de l'AMOC. Ce système mathématique modélise le transport de chaleur de l'équateur vers les pôles.
Son ralentissement ou son arrêt total menace directement l'Europe de l'Ouest. Oubliez les clichés hollywoodiens, la réalité scientifique implique une hausse de un mètre cinquante du niveau de la mer, des canicules estivales amplifiées et des tempêtes hivernales extrêmes.
Découvrez les mécanismes physiques et géologiques derrière ce bouleversement climatique majeur.

#Deshayes #Climat #GIEC #AMOC #réchauffement

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00:50 Julie Deshayes
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Où l'excédent de chaleur océanique est-il relâché ?
➡ Aux pôles.

Dans quelle zone le niveau de la mer va-t-il augmenter ?
➡ L'Atlantique Nord.

Quelle région désertique africaine suscite des controverses ?
➡ Le Sahel.

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Transcription
00:00C'est un arrêt de la MOC, c'est un arrêt du transport de la chaleur aux hautes latitudes.
00:04Et donc, on s'attend à ce que ce soit des conditions sur les continents qui sont tout autour,
00:08qui soient finalement telles que ce qu'on voit avec le chambre climatique, mais en pire.
00:12Notamment, par exemple, des canicules en été qui sont encore plus fortes.
00:15Pourquoi ? Parce que l'océan est chaud, il ne peut pas refroidir, il est encore plus chaud, il est
00:19toujours plus chaud en surface.
00:20Donc, il ne peut pas jouer ce rôle de thermostat.
00:22Donc, on s'attend à des canicules plus chaudes en été.
00:24Et par contre, on s'attend à des événements en hiver plus radicaux aussi, plus extrêmes.
00:29Donc, des températures en hiver plus froides, plus de précipitations de neige, par exemple, en Scandinavie.
00:34Donc, en fait, c'est des extrêmes qui sont plus marqués.
00:36Et suite à ces conditions sur les continents, il y a bien évidemment tous les impacts sur les écosystèmes, sur
00:42la production de nourriture, etc.
00:50On va parler spécifiquement de la MOC, parce que c'est un sujet qui a fait la une de certains
00:56médias.
00:56C'est derrière moi ? Est-ce que tu peux l'expliquer à quelqu'un qui ne saurait rien ?
00:59Alors, surtout, il faut sortir de l'idée que c'est un courant marin.
01:02En fait, c'est une construction mathématique qui a été mise au point pour représenter l'effet d'océan sur
01:08le climat
01:10via ce transport de chaleur de l'équateur vers les pôles,
01:13qui est vraiment le rôle numéro un de l'océan pour le climat de la planète.
01:17Donc, grosso modo, il y a trop de chaleur qui est reçue dans les océans à l'équateur
01:22et trop qui se part des océans aux pôles.
01:25Donc, certes, les pôles sont plus froids que l'équateur, l'équateur est plus chaud,
01:28mais pour que cette situation reste équilibrée,
01:31c'est-à-dire qu'on ne soit pas tout le temps en train de se réchauffer ou tout le
01:34temps en train de se refroidir,
01:35il faut qu'il y ait l'excédent de chaleur reçu à l'équateur qui parte vers les pôles
01:39où là, il peut être relâché vers l'extérieur, vers l'espace.
01:42Et ce sont les courants marins qui réalisent ceci, mais pas qu'un seul.
01:47Souvent, on associe Amok et Gulfstream.
01:49En fait, le Gulfstream n'est qu'un des courants parmi tous ceux dans l'Atlantique Nord
01:53qui vont contribuer à transporter la chaleur de l'équateur vers le pôle.
01:57Tu penses sur les implications de cet arrêt ou de ce ralentissement,
02:01enfin, le ralentissement puis de l'arrêt.
02:04Est-ce que vous pouvez nous lister les effets que ça aurait ?
02:09Alors ça, on va peut-être parler d'abord des effets à court terme qui sont attendus.
02:12À savoir qu'à court terme, l'océan, il joue quand même ce rôle de couverture thermique ou thermostat
02:17pour tous les continents qui sont autour.
02:19Et donc, un arrêt de l'AMOC, c'est un arrêt du transport de la chaleur aux hautes latitudes.
02:23Et donc, on s'attend à ce que ce soit des conditions sur les continents qui sont tout autour
02:28qui soient finalement telles que ce qu'on voit avec le chambre climatique, mais en pire.
02:32Notamment, par exemple, des canicules en été qui sont encore plus fortes.
02:35Pourquoi ? Parce que l'océan est chaud.
02:37Il ne peut pas refroidir.
02:38Il est encore plus chaud.
02:39Il est toujours plus chaud en surface.
02:40Donc, il ne peut pas jouer ce rôle de thermostat.
02:42Donc, on s'attend à des canicules plus chaudes en été.
02:44Et par contre, on s'attend à des événements en hiver plus radicaux aussi, plus extrêmes.
02:49Donc, des températures en hiver plus froides, plus de précipitations de neige, par exemple, en Scandinavie.
02:54Donc, en fait, c'est des extrêmes qui sont plus marqués.
02:56Et suite à ces conditions sur les continents, il y a bien évidemment tous les impacts sur les écosystèmes, sur
03:02la production de nourriture, etc.
03:04Par rapport au niveau de la mer, on s'attend aussi à des conséquences, qu'il y ait une augmentation
03:07du niveau de la mer à peu près partout dans tout l'Atlantique Nord.
03:10Et pour les écosystèmes dans l'océan, c'est ça qui va avoir un impact.
03:14C'est d'une part le fait que l'augmentation de la température sera partout et sera plus généralisée.
03:19Cette surstratification, c'est ça aussi qui empêche l'oxygène profond des océans de remonter et d'alimenter les couches
03:25fautiques là où la vie est en train de se développer.
03:27En plus de la hausse du niveau de la mer qui va changer le trait de côte et qui va
03:31déplacer les écosystèmes, voilà, on a un cocktail d'étonnants.
03:34Donc, juste, je reviens sur ce que vous venez de lister, les hivers plus froids et les étés plus chauds,
03:40on parle de l'Europe ?
03:41On parle de l'Europe, mais attention, ce n'est pas tout l'hiver plus froid.
03:44C'est les événements hivernaux extrêmes, là, seront encore plus intenses.
03:49D'accord.
03:49De même que les événements estivaux extrêmes, qui sont plutôt plus chauds, seront encore plus chauds.
03:55Donc, on aura des hivers en moyenne plus chauds, sauf qu'on aura plus de chances d'avoir une semaine,
04:02deux semaines plus froides.
04:04De grosses tempêtes de neige, exactement.
04:05Et on parle des pays qui sont des pays côtiers ou alors c'est l'Europe même dans les terres
04:10?
04:10C'est toute l'Europe de l'Ouest.
04:12Donc, c'est jusqu'à toute la Scandinavie.
04:16Et après, le régime change vraiment quand on arrive à l'est de l'Allemagne et vers la Pologne.
04:21Là, on a quand même un type de climat qui est...
04:25On prend le dessus, qui est un autre.
04:26Voilà, qui est très différent.
04:27Et plutôt avec des masses d'air qui sont différentes, des trajectoires, etc.
04:30D'accord.
04:32Donc, quand on parle d'élévation au niveau de la mer, au GIEC, je pense qu'on disait entre 30
04:38cm et 1,50 m selon les scénarios.
04:41Donc, il faut rajouter 1 m par rapport à ça ?
04:43Non, il faut être sûr qu'on est sur le mètre 50.
04:45On est sûr qu'on est sur le mètre 50.
04:46Voilà.
04:46D'accord.
04:48Un minimum, j'imagine, parce qu'il y a des scénarios d'émissions plus élevées.
04:50Après, le problème aussi de ces amplitudes qui sont données dans le GIEC, c'est qu'il faut vraiment regarder
04:55à l'échelle locale ce qu'il faut en dire.
04:58C'est-à-dire que l'élévation au niveau de la mer, c'est à l'échelle globale.
05:01Donc, ce n'est pas que l'Atlantique Nord.
05:02Et il y a des endroits où le niveau de la mer est en train de diminuer.
05:05Et après, quand on essaie de se poser la question de l'élévation, par exemple, au large du Mont-Saint
05:09-Michel,
05:10alors là, il y a des effets locaux qui se superposent, à la fois les courants régionaux, mais aussi les
05:15marais, les moments de terrain, les sédiments, etc.
05:17Et ça, c'est intéressant, parce que vous dites qu'il y a des endroits où le niveau de la
05:20mer baisse et le niveau de la mer monte.
05:23Je sais que les climato-sceptiques sont injustes, parce qu'ils trouvent le petit endroit sur la carte où ça
05:27a baissé.
05:28Exactement.
05:29Mais donc ça, c'est dû à quoi ? Au vent ?
05:30Alors non, ce n'est pas dû au vent.
05:32C'est dû au fait qu'il y a des régimes océaniques, qu'il y a des dynamiques, et il
05:35y a des provinces.
05:35Et en fait, il y a des provinces qui ont certaines dynamiques et qui vont, dans le futur, évoluer dans
05:39une direction ou dans une autre.
05:40Des provinces dans l'eau.
05:41Des provinces dans l'eau. On est en train de parler de provinces dans l'eau.
05:43Donc ça, c'est juste si on ne se focalise que sur la phase liquide, donc l'eau qui est
05:49dans les océans.
05:50Après, il y a des endroits où le niveau de la mer baisse, parce que c'est la terre qui
05:52remonte.
05:53Typiquement, tout ce qui est le nord de la Scandinavie, en fait, on est toujours sous l'effet du rebond
05:58après le dernier maximum de glaciaire,
06:00qui est que quand il y avait une grosse calotte de glace qui était posée, la terre était enfoncée sous
06:04le poids de la calotte de glace.
06:05Cette calotte a disparu, mais on est toujours dans le temps géologique de remonter de la croûte terrestre à cet
06:12endroit-là.
06:12Donc à cet endroit-là, le niveau de la mer diminue, parce que la terre remonte.
06:15Comme un ressort.
06:16Comme un ressort, exactement. De la même manière, il y a des endroits où la croûte terrestre s'enfonce.
06:21Et là, dans ces cas, le niveau de la mer remonte encore plus.
06:23Et c'est notamment le cas des grandes villes, des grandes métropoles qui sont en façade côtière,
06:27parce que le poids de l'infrastructure de la métropole pèse sur la côte terrestre qui a tendance à s
06:32'enfoncer.
06:32Dans les deltas aussi asiatiques.
06:37Donc, dans l'introduction, vous connaissez l'introduction que j'ai faite tout à l'heure,
06:41j'ai parlé du jour d'après, où il y a une banquise qui s'installe un peu partout.
06:45Bon, ce n'est pas du tout ça.
06:47Ce n'est pas du tout ça.
06:48D'accord.
06:48Alors si, peut-être ça a été ça.
06:50Donc, les échelles de temps ne sont pas bonnes, c'est beaucoup trop rapide dans le film.
06:53Mais peut-être cet aspect banquise versus pas banquise, c'était ça dans le climat du passé.
06:59Peut-être.
06:59Ce qui est sûr, c'est que tout de suite, on ne peut pas juste calquer ça.
07:03Ça, c'était l'image qu'on en avait si le climat n'avait pas changé par ailleurs.
07:07Mais en ce moment, le fait que le climat change par ailleurs
07:09et que du coup, le rôle de l'océan et le rôle de la moque par rapport au climat est
07:13différent,
07:14ça, on ne peut pas faire l'erreur de l'oublier.
07:18Donc, on va revenir sur les conséquences.
07:20Il y en a une qui m'inquiète tout particulièrement.
07:23C'est le régime de précipitation qui change, c'est ça ?
07:27Oui.
07:27Et ce que vous nous parlez, déjà, de quelle manière il change ?
07:30Et aussi, les implications sur les récoltes de céréales,
07:33si c'est quelque chose que vous avez étudié ou que vous avez lu ?
07:36Alors, non, ce n'est pas quelque chose sur lequel je suis très experte.
07:40Donc, je peux en parler parce que j'ai lu le rapport du GIEC moi-même,
07:43pour savoir la synthèse qui en était faite.
07:45Il faut distinguer les modifications du cycle hydrologique
07:48dans la bande équatoriale et aux moyennes latitudes.
07:51Donc, aux moyennes latitudes, j'en ai parlé,
07:53on a une intensification du cycle hydrologique
07:55avec finalement plus d'évaporation à l'équateur
07:59et donc plus de précipitation aux moyennes latitudes,
08:01ce qui nous apporte là.
08:02Les moyennes latitudes, c'est chez nous.
08:03C'est chez nous, voilà, c'est chez nous.
08:05Et c'est ce qu'on appelle la cellule de Hadley dans l'atmosphère.
08:08Et ça, en fait, sur l'année, ça va faire plus de précipitations.
08:11Mais ce qu'on a remarqué, c'est qu'on avait une concentration
08:13de saisonnements précipitants sur des fenêtres de temps assez courtes.
08:18Et donc, ça fait des extrêmes.
08:20Et résultat, ça fait, en fait, de l'eau qui n'est pas forcément disponible
08:23pour les écosystèmes qui sont en train de se développer.
08:25Ça, c'est ce qu'on observe maintenant.
08:27Et ça, c'est naturellement son modification de la MOC.
08:29Et ce que dit le rapport du GEC, c'est qu'avec un arrêt de la MOC,
08:33ce sera ça encore pire et encore plus important.
08:36L'évolution autour de la bande équatoriale,
08:38il est en fait de nature à peu près similaire.
08:41C'est-à-dire qu'avec un arrêt de la MOC,
08:43on va avoir encore plus de précipitations dans la bande
08:45où il y a les grosses précipitations sur l'équateur
08:47et encore plus d'évaporation dans les zones qui sont désertiques,
08:50donc qui sont un tout petit peu à l'écart de l'équateur,
08:53qui seront encore plus désertiques.
08:54Mais sur ça, par exemple, je sais qu'il y a des grosses controverses
08:57autour de l'évolution du Sahel, par exemple,
08:59qui est une région qui est désertique,
09:01mais qui n'a pas toujours été désertique,
09:03qui a été vert par le passé.
09:04Et on se pose la question dans le futur,
09:06dans quelle mesure la désertification va continuer
09:09ou au contraire, est-ce qu'on va retourner vers un Sahel vert ?
09:11Et ça, c'est des controverses qui sont très intéressantes,
09:13qui font beaucoup de sensations sur, en effet,
09:18les espaces de discussion de public non averti
09:21par rapport au côté dramatique des conséquences du changement climatique.
09:26Non, je pense qu'il ne faut pas s'en réjouir de ça.
09:28Il faut juste se poser la question de quelle est l'incertitude qu'on a
09:32par rapport à certaines régions.
09:34Je pense que le changement climatique,
09:36personne ne peut s'en réjouir nulle part.
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