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  • il y a 2 jours
Chères lectrices, chers lecteurs,

Mercredi 3 juin 2026, nous avons eu le plaisir d'accueillir Valérie Solvit pour une soirée autour de son premier ouvrage, paru aux éditions Les Pérégrines : Petit éloge de l'île de Ré.

🎙️ Discussion animée par Jacques Hébert.

Vous souhaitant de belles lectures,

L'écume 🌊

-

📖 La Quatrième : L’Île de Ré se ressent avec les yeux et le cœur. Elle est modeste mais légendaire. Elle est humble comme une confidence que l’on ose partager.

Pour Valérie Solvit, l’Île de Ré n’est pas un lieu de vacances mais un sanctuaire, une terre habitée d’histoire et de souvenirs, où les générations s’enracinent et se répondent, un amour hérité de son père qu’elle a transmis à ses enfants et petits-enfants.

Parler de cette île, c’est évoquer ses villages de pêcheurs, de vignerons, de sauniers, leurs églises, leurs ruelles fleuries, qui ont fait d’elle une terre préservée. C’est évoquer ses ports, ses phares, ses plages, ses dunes balayées par le vent, son parfum de pin et de sel et sa lumière si particulière. C’est parler des artistes qui ont su traduire l’esprit des lieux, des hommes et des femmes qui cultivent ces champs nourriciers.

Ce livre est une déclaration d’amour à cette île où l’auteure a trouvé refuge. C’est une invitation au respect de la terre et de la mer.

Valérie Solvit dirige une agence de communication de renom sur les rives de la Seine. Elle partage son temps entre Paris et Ars-en-Ré, où les siens se sont ancrés depuis des générations. Elle participe à la préservation de ce village. Passionnée d’art et d’artisanat, elle créa une biennale pour contribuer à la rénovation de l’église Saint-Étienne d’Ars-en-Ré et de son fameux clocher noir et blanc.
Transcription
00:00Bonsoir. Devant l'affluence exceptionnelle ce soir, d'abord je suis ravi, mais je me demande si on n'aurait
00:05pas dû mettre les places aux gens chers comme pour Céline Dion.
00:10Il va falloir faire 10 concerts supplémentaires en 2027.
00:15Alors merci d'être là, bien sûr. Bienvenue chez nous. C'est extrêmement agréable d'avoir autant de lecteurs passionnés
00:23qui viennent écouter nos petites causeries.
00:26Merci infiniment. Ça fait toujours plaisir aux libraires que nous sommes.
00:31Privilège de l'âge. On a rencontré dans sa vie beaucoup de gens sympathiques et surtout extraordinaires.
00:43Valérie, c'est le cas. Je ne vais pas cacher que nous nous connaissons depuis quelques années pour le plus
00:49grand plaisir.
00:49C'était une rencontre bien sûr professionnelle au départ et puis on s'est suivi de loin en loin avec
00:54toujours le même plaisir.
00:57Privilège de l'âge encore, je parle pour moi évidemment, c'est celui de pouvoir recevoir ici dans le cadre
01:03des activités professionnelles qui sont les nôtres de libraires
01:06aujourd'hui que les amis. C'est tellement plus agréable de recevoir les gens qu'on aime et de parler
01:12des livres qu'on aime.
01:14Les autres, on les oublie.
01:19Alors, je suis tout à fait gêné d'être là parce que je suis, j'imagine, devant beaucoup de gens
01:25qui connaissent l'île de Ré.
01:27Moi, je suis certainement un des parisiens qui est le plus réservé de billets de train, de chambres d'hôtels,
01:33de téléviseurs, de linge de maison, de location, que puis-je dire encore, de téléviseurs.
01:41J'ai fait venir des cigares, etc. à l'île de Ré sans y avoir jamais mis un pied.
01:49Donc, je suis totalement innocent et neutre devant la lecture de ce livre.
01:53Et Valérie, j'étais donc très content de te recevoir, de vous recevoir, Valérie.
01:58On est entre le tu et le vous en permanence pour que vous me fassiez découvrir l'île de Ré.
02:08Parce que, donc, j'espère que c'est un plaisir partagé pour vous d'être là.
02:13Alors, moi, je n'y suis jamais. Je n'ai jamais franchi le pont.
02:16Vous, vous y étiez, je crois, Valérie, avant même que le pont existe.
02:20Comment est-ce que vous êtes arrivé à l'île de Ré ?
02:22Je suis arrivé. Il n'y avait pas de pont, mais c'était, enfin, il y a très longtemps.
02:27C'est mon père qui est arrivé en premier.
02:30Vous m'entendez ? Non.
02:33Oui, mais est-ce que vous m'entendez, là ?
02:35C'est bon. Il n'était pas branché.
02:37Donc, je ne voudrais pas tout vous raconter, puisque mon bonheur, ce sera d'attendre,
02:42enfin, de vous laisser lire, mais je veux bien vous raconter ce qui m'a emmené.
02:49Attendez, j'ai une amie qui arrive, et comme elle est centenaire et que c'est une amie très chère,
02:54c'est Monique Lévi-Straud, si vous voulez bien l'applaudir.
02:59Monique, merci beaucoup.
03:00Bienvenue, chère madame.
03:05Attention, il y a une petite marche.
03:07Oui, prenez tes...
03:09Absolument.
03:10Antoine, vous pouvez...
03:11Pardon de retarder...
03:13Vous êtes vous à côté ?
03:14Merci infiniment d'être là.
03:17C'est très gentil à vous.
03:18Voilà. Alors, je crois que, Jacques, avant que ce rendez-vous ici ait lieu, nous avons conversé un peu,
03:28et vous m'avez demandé d'évoquer mon goût pour la littérature.
03:33Alors, je vais vous laisser me questionner sur ce que vous aviez envie,
03:38plutôt que de dévoiler tout ce que vous avez à lire dans ce tout petit opuscule,
03:44qui est mon premier pas dans la littérature, dans l'écriture surtout.
03:47Bon, je ne vous cache pas mon grand bonheur d'être dans cette librairie.
03:51J'y ai passé beaucoup de temps, j'y ai acheté beaucoup de livres.
03:54J'aime son emplacement, j'aime sa grandeur, j'aime qu'elle existe, j'aime les livres.
03:59Donc, tout ça, nous le partageons forcément tous ensemble.
04:03Et donc, c'est surtout...
04:05Voilà, donc je suis ravie d'être...
04:07D'avoir cette...
04:09Enfin, d'être présente ici, un peu comme une bénédiction,
04:11pour mon premier pas dans le monde de l'écriture.
04:15Voilà, ça, c'est pour ce que j'ai à vous dire, car ça me fait un grand plaisir.
04:21Alors, vous avez le droit d'être assez dur quand vous aurez lu le livre,
04:24mais vous avez le droit aussi d'être gentil.
04:30Alors, ne croyez pas que j'avais oublié ce point.
04:33Je voulais y venir par l'entrée que vous avez faite à l'île de Ré, si j'ose dire,
04:38puisque je crois que la personne de votre papa,
04:41que j'ai eu le grand plaisir, non pas de connaître,
04:44mais en tout cas de croiser à plusieurs reprises,
04:46c'était des rencontres brèves et surtout professionnelles,
04:50donc je l'ai en fait découvert.
04:52Et votre papa, ça m'a beaucoup intéressé.
04:55Je ne vais pas raconter les pages que vous lui consacrez en ouverture de cet ouvrage,
05:01parce qu'elles sont indispensables à découvrir, à lire et à relire.
05:05Mais j'y ai vu, c'est très rare les portraits de père dans la littérature.
05:11Il y en a quelques-uns quand même qui sont très fameux.
05:15Proust et Albert Cohen parlaient plutôt de leur maman.
05:19Sartre parlait de son père.
05:21Michel Onfray a parlé de son père.
05:23Il a fait un portrait absolument magnifique de son père dans un court texte.
05:28Quand il est écrivain, il est vraiment formidable.
05:31Ça s'appelle « Les mains de mon père ».
05:34Sartre, lui, a parlé également de son père.
05:36Et ça m'amène, puisqu'il a peu connu son père, lui,
05:40il a donc raconté ses souvenirs et il a écrit son père.
05:46Est-ce que c'est aussi un peu votre cas, Valérie ?
05:49Alors, d'abord, mon père a écrit avant que j'écrive.
05:52Et donc, maintenant, mon père n'est plus là.
05:55Il faut mettre sur « On ».
05:57Et là, est-ce que c'est mieux ?
05:59Oui.
06:00Voilà.
06:01Je vais apprendre.
06:04J'ai donc d'abord lu mon père,
06:07qui a écrit très peu de pages sur ses souvenirs de sa vie cachée.
06:14Et mon père était un grand lecteur.
06:17Donc, c'était également un grand savant de la nature,
06:22d'une certaine philosophie de vie.
06:24Et j'ai eu envie d'écrire sur lui un peu comme un témoignage,
06:28un peu comme une transmission.
06:29et l'île de réincarne parfaitement ce que je ressens de mon père,
06:35ce que je ressentais de mon père,
06:37ce qu'il m'a appris.
06:38Donc, c'est sur ce territoire que j'ai voulu faire le parallèle
06:41entre lui et cette terre,
06:44que je trouve extrêmement modeste
06:47et extrêmement riche dans tout ce qu'elle m'apprend,
06:49dans tout ce que j'aime sur cet endroit,
06:55ses odeurs, sa simplicité,
06:57en fait, ce presque rien
06:58et qui, en réalité, est un tout.
07:01Et je dois vous dire aussi
07:03que beaucoup de gens,
07:04et dont certains dans la salle,
07:05n'aiment pas du tout l'île de ré
07:06ou du moins la ressemblent pas comme moi
07:09et trouvent qu'elle n'est pas flamboyante
07:12et je crois que c'est ce que j'aime en elle.
07:14Pour moi, elle l'est,
07:16c'est-à-dire qu'elle est l'infiniment grand
07:17dans l'infiniment petit.
07:19Et je dois vous dire
07:20que tout ce que je recherche souvent,
07:22c'est le grandiose minuscule.
07:27C'est ça qui, petit à petit,
07:30fait quelque chose pour moi
07:31qui est global et qui me réjouit.
07:33Donc, l'île de ré,
07:34je dois vous dire qu'elle me comble.
07:36Vous l'aurez peut-être compris ou pas
07:38parce qu'au fond, c'est un petit éloge
07:40et ce petit éloge,
07:42je l'ai appelé petit
07:43parce que c'est une collection
07:45qui s'appelle Petit,
07:46mais pour moi, c'est grand.
07:47Donc, ça me va très bien.
07:49Pardon.
07:50Je vous en prie.
07:52Petit éloge, oui,
07:53mais quand même grand portrait de papa.
07:56Et il faudra certainement
07:58que tous s'en délectent
08:00sans qu'on en parle longuement.
08:02Il ne faut pas le parler.
08:03Il faut vraiment le lire.
08:06Je vais poser une petite question
08:07après le portrait
08:09de votre père, Valère.
08:12Votre maman est assez peu présente.
08:14Je me demandais...
08:16Alors, elle plante, je crois,
08:17dans la cour.
08:18Non, non, mais ma mère,
08:19ce n'est pas l'île de ré.
08:20Voilà.
08:21Ma mère a accompagné mon père
08:22dans un endroit
08:22et elle a donc suivi son mari.
08:25Mais ce n'était pas forcément
08:27une femme soumise,
08:28mais elle a suivi
08:28le choix de mon père.
08:30Et donc, ce choix
08:31était un choix éthique,
08:33un choix de philosophie de vie.
08:35Et donc, je n'avais pas de raison
08:36de mettre ma mère
08:39là où elle ne devait pas être,
08:41si vous voulez.
08:42Elle aurait sûrement
08:43mieux aimé d'autres lieux.
08:44À la fin de sa vie,
08:46elle a adoré l'île de Ré,
08:47mais il lui a fallu du temps.
08:49Et donc, c'est l'endroit de mon père.
08:52C'est son éducation
08:53qu'il nous a donnée.
08:54Et c'est ça qui m'intéressait
08:56de vous transmettre.
08:58Et même dans le choix
08:59des chapitres,
09:01que ce soit la voile,
09:02que ce soit les amis,
09:04que ce soit le sel,
09:05que ce soit la rudesse du lieu,
09:08c'était, je marche sur ses pas.
09:12Voilà.
09:13Ou du moins, je ne sais pas
09:15si je marche sur ses pas,
09:16mais c'est la nourriture
09:17qu'il m'a donnée
09:18et elle me va.
09:20Si papa, c'était le côté mère,
09:23le côté île de Ré,
09:24maman, c'était côté père.
09:25Un jour, on aura un petit éloge
09:27de la vie parisienne.
09:29Je ne crois pas.
09:30Côté maman.
09:30Non, franchement pas.
09:31Non, non.
09:32Je crois que ce que j'aime
09:33dans ce que mon père nous a donné,
09:36c'est sa force d'éducation,
09:39sa façon.
09:40Il considérait que l'éducation,
09:42c'était quelque chose d'important.
09:45Et il disait toujours,
09:46je fais de l'élevage scientifique,
09:48si vous voulez.
09:48Et donc, c'était un mot
09:49qui pourrait paraître
09:50comme ça, particulier aujourd'hui,
09:52mais c'était une recherche.
09:54Donc, le suivre et être avec lui,
09:56à l'île de Ré,
09:57dans cet endroit aussi modeste,
09:59et c'était ça,
10:01sa façon de nous éduquer,
10:03de nous expliquer la frugalité,
10:06mais sans nous l'expliquer,
10:07en nous la faisant vivre,
10:09de nous expliquer presque rien,
10:12mais en nous emmenant,
10:13en fait, c'était quelqu'un
10:14qui disait plutôt
10:15suivez-moi que allez-y,
10:16si vous voulez.
10:17Et donc, je suis sa trace.
10:21Voilà.
10:23Mais ma mère est tout à fait présente,
10:25mais ce n'est pas son histoire.
10:27Oui, vous suivez sa trace.
10:29Valérie, vous suivez aussi,
10:30j'ai l'impression,
10:30beaucoup ces mots.
10:32On le sent immédiatement
10:34après ce portrait de votre père
10:36que vous tracez,
10:37parce que vous allez aborder
10:39successivement dans plusieurs chapitres,
10:40mais en fait,
10:41c'est cousu en filigrane
10:43un peu partout dans vos pages.
10:45Vous allez visiter cette nature
10:48à l'île de Ré.
10:48Vous allez visiter la nourriture
10:52qui, bien sûr,
10:54est issue pour l'essentiel de la nature,
10:57le travail des hommes
10:58et de la nature.
11:00Et ce qui m'a beaucoup frappé,
11:03c'est que vous l'évoquez
11:04avec des mots, bien sûr,
11:07mais d'une précision extraordinaire.
11:09C'est-à-dire que je me demande,
11:10après ce que vous venez de dire
11:11de votre papa,
11:12de son goût pour la lecture,
11:13de sa connaissance,
11:15physique, j'allais dire,
11:17de l'île,
11:18si c'est toute cette connaissance
11:20de vocabulaire,
11:22d'une grande précision,
11:23le nom des fleurs,
11:24les espèces de pommes de terre,
11:26le nom des plantes,
11:28des routes,
11:29les termes de navigation aussi,
11:31je crois que c'était
11:31une passion de votre papa.
11:33Ces mots,
11:34ils ont aussi une saveur.
11:36Ce n'est pas seulement
11:37une description des mots vides.
11:39Ils vous habitent.
11:41Alors, pour revenir à la mer
11:43et à la voile,
11:44il y a une phrase,
11:45Platon est passée avant nous
11:46tout de même,
11:47et donc cette phrase
11:48que vous connaissez tous,
11:49qui dit,
11:51il y a les vivants,
11:52les morts,
11:53et les gens qui vont sur la mer,
11:54c'est évidemment
11:55la philosophie de vie
11:57de mon père.
11:57C'est-à-dire que partir
11:58à la voile,
11:59sur un bateau calme,
12:01pas du tout être dans les effets
12:03de ce que peut être la tempête,
12:05non.
12:06Ce qu'apporte la mer,
12:07cette façon de la...
12:09Vous ne pouvez pas la dompter.
12:11Elle est plus forte que vous.
12:12Donc comme elle est plus forte
12:13que vous,
12:13c'est mieux d'être savant,
12:15d'être à l'écoute,
12:16d'être attentionné,
12:17d'être...
12:18d'écouter.
12:20Et voilà.
12:21Mais aller sur la mer,
12:22c'est rencontrer les éléments,
12:24la difficulté de la vie
12:25et l'humilité.
12:27Et donc,
12:28c'est des traits
12:28qui lui vont bien,
12:31mais hormis qu'il lui aille bien,
12:32ils me conviennent
12:33comme éducation.
12:34Je reviens à cette ligne de conduite
12:39qui est la sienne.
12:39Et donc,
12:41voilà.
12:42Non pas que je suis
12:44pleine d'admiration,
12:45ce n'est pas exactement
12:46ma façon de penser la vie,
12:47c'est que j'aime
12:49ce qui m'a transmis.
12:50C'est plutôt comme ça.
12:52Vous aimez vivre à l'île de Ré,
12:54ça s'entend ?
12:54Vous aimez vivre
12:56dans la nature de l'île de Ré,
12:58sur la mer,
12:59à l'intérieur des terres,
13:00partout.
13:02Mais vous en faites,
13:04grâce à ces mots,
13:05j'ai l'impression,
13:06non seulement un éloge
13:07d'un lieu,
13:08d'une île,
13:08d'une vie,
13:09d'un mode de vie,
13:10mais vous en faites aussi
13:11implicitement
13:12un éloge du langage.
13:13Est-ce que je me trompe ?
13:15Écoutez,
13:16c'est plutôt,
13:16c'est grâce à la littérature.
13:17Je ne dirais pas
13:18que l'île de Ré
13:20m'a éduquée
13:23par le vocabulaire.
13:25Je dirais
13:25qu'elle me permet
13:26d'utiliser du vocabulaire.
13:28Mais c'est plutôt
13:29par la littérature
13:30que,
13:31surtout dans un lieu
13:32comme une librairie
13:33où si on aime
13:33les bibliothèques
13:34et qu'on aime
13:35les écrivains,
13:36ce qui est mon cas,
13:37j'ai eu quelques
13:39professeurs de vie
13:40comme mon grand-père
13:41qui a traversé
13:42le monde
13:42pour arriver en France
13:44et aimer Victor Hugo
13:45comme un homme
13:46qui voulait absolument
13:48comprendre
13:48et aimer
13:50être adopté
13:51par ce pays
13:51qui est la France.
13:54Il y a des mots
13:55dans Victor Hugo
13:56qui me plaisent.
13:57Victor Hugo
13:58me nourrit.
13:59Mais il y a aussi
14:00la géographie
14:02avec Élisée Reclus
14:03qui est évidemment
14:04un homme très engagé
14:05sur un plan politique
14:07mais qui,
14:08avant,
14:09pour ne pas parler
14:10que politique,
14:11sa façon de vivre
14:12était éthique
14:13et elle est extraordinaire
14:15la façon
14:16dont il décrit
14:16la France,
14:18dont il parle
14:20de ses contours,
14:21dont il parle même
14:21de l'île de Ré
14:22puisqu'il a connu
14:23cet endroit
14:23et que c'était
14:24un repère d'anarchistes
14:26où Élisée Reclus
14:27avait des lieux
14:31où il pouvait dormir
14:33et connaître des amis
14:34et même son gendre.
14:36Voilà,
14:37donc c'est plutôt
14:37les écrivains
14:38qui m'aident
14:40à avoir
14:41des bons mots
14:43et qui me nourrissent
14:44en plus.
14:45Donc c'est un accompagnement
14:46parfait,
14:47j'oserais vous dire
14:48que je suis
14:51comblée chaque jour
14:52quand j'ai à lire
14:53des mots
14:54et des phrases
14:55qui me bouleversent
14:56et donc je reviens
14:57à ce géographe,
14:58est-ce qu'on peut
14:59trouver que la géographie
15:00est littéraire ?
15:01Je pense qu'Élisée Reclus
15:02écrit la géographie
15:04d'une façon littéraire.
15:05Voilà,
15:06comme je rendrais hommage
15:07au mari
15:09de Monique Lévi-Strauss
15:10qui est là,
15:11à Claude Lévi-Strauss
15:12qui nous a appris,
15:14qui nous a éduqués,
15:15qui a écrit
15:17avec une poésie
15:22en même temps
15:23qu'il écrivait
15:25ses livres
15:26tristes tropiques
15:26et d'une...
15:28C'est une littérature
15:30extraordinaire
15:31et donc comme quoi
15:32on peut être
15:33un grand scientifique,
15:34un grand expert,
15:35un grand savant
15:35et voilà.
15:36Donc,
15:37non,
15:37les mots,
15:38voilà,
15:39à nous de choisir.
15:42Et quant aux plantes,
15:44avec beaucoup de mots latins
15:46et beaucoup de mots français
15:47mais on peut très bien
15:48jouer avec les deux,
15:49c'est très...
15:50C'est tout à fait merveilleux
15:51de parler d'un Pythosporum,
15:55de variété
15:56sans pervirense,
15:57je fais la maligne
15:59comme ça,
15:59mais non,
16:00sans pervirense,
16:01ça veut dire
16:01toujours vert.
16:04Moi,
16:04ça me bouleverse
16:05de connaître
16:06le nom des plantes,
16:07de me promener
16:08et de savoir
16:08que le Ginkgo Biloba,
16:10il y a l'homme
16:10et la femme,
16:11que la femme,
16:12c'est un arbre
16:13qui sent tellement mauvais
16:15et donc,
16:16alors que le Ginkgo Biloba
16:18mal,
16:18pas du tout,
16:19donc tout ça,
16:20c'est des connaissances
16:21qui sont tellement inouïes.
16:23Ben oui,
16:24ça me plaît en fait,
16:24ça me procure
16:25des joies infinies.
16:27Voilà,
16:28donc je partage avec vous.
16:29Alors,
16:30je ne sais pas
16:31si j'ai parlé
16:31du Ginkgo Biloba
16:32à l'île de Ré,
16:33ce n'est pas sa terre.
16:34Mais moi,
16:35j'ai un Ginkgo Biloba
16:36dans le jardin
16:38de mes parents.
16:38Pourquoi ?
16:39Parce que mon père
16:40plantait des graines
16:43sur ces balcons
16:44de ces ateliers parisiens
16:45par centaines.
16:46Il disait toujours
16:47que le meilleur gagne
16:48et quand la graine poussait
16:51et que donc
16:51l'arbre arrivait,
16:53nous prenions
16:54tous ces petits arbres
16:55et nous les apportions
16:56à l'île de Ré,
16:57nous les plantions
16:57en pleine terre
16:58et ils devenaient
16:59des arbres.
17:00Ils ont grandi
17:01pendant ces dizaines
17:02et ces dizaines d'années
17:03et ce sont des graines
17:04que mon père a plantées.
17:05Et c'était ça
17:06sa philosophie.
17:07Alors,
17:07pour en revenir
17:08à ce magnifique livre
17:11de Jean Gionneau,
17:12L'homme qui plantait
17:12les arbres,
17:13en fait,
17:14vous allez trouver
17:15que je suis dans
17:16un truc oedipien
17:17complètement dédiant,
17:18mais pas du tout.
17:19Mon père était aussi
17:20l'homme qui plantait
17:21les arbres.
17:22Donc,
17:22ce qui fait que
17:22tout son environnement
17:23de verdure,
17:25d'arbres,
17:26de végétales,
17:27ce sont des graines
17:28que lui a plantées
17:30et qui sont devenues
17:30des arbres
17:3160 ans après.
17:32Donc,
17:33oui,
17:33je suis bouleversée
17:34de bonheur
17:34d'avoir vu
17:35cette simplicité
17:37de choses
17:39mais qui,
17:39en réalité,
17:40c'est ça la vie,
17:41c'est comme ça
17:41que je la vois.
17:42Voilà.
17:42Donc,
17:43je voudrais,
17:43je voulais partager
17:44avec vous,
17:45je suis très heureuse
17:45de pouvoir l'exprimer
17:46à l'oral,
17:47mais c'est à l'écrit
17:48que j'ai tenté
17:49de le faire
17:51très modestement,
17:52mais en tous les cas,
17:53j'ai semé,
17:54moi aussi,
17:55des petites graines
17:55de cette histoire.
17:56Voilà.
17:58Je reprends
17:59ce mot de modestie
18:02parce que
18:03une partie
18:03vraiment
18:05des textes,
18:06des chapitres
18:06que vous consacrez
18:07à la nature,
18:08à la nourriture,
18:09aux produits de la mer,
18:10aux produits de la terre,
18:11ça relève
18:12vraiment
18:12de la pastorale.
18:14C'était un genre,
18:15vous avez cité,
18:16vous avez cité
18:17Giono,
18:18mais on pourrait citer,
18:19je crois que vous le citez
18:19d'ailleurs,
18:20Hésiode,
18:21mais il y a plus récemment,
18:23bon,
18:23un peu après,
18:24Virgile,
18:25mais il y a
18:25Honoré Durfé,
18:26etc.,
18:26et c'est un genre
18:27en soi
18:27et je crois
18:28que vous avez réussi,
18:29Valérie,
18:30je ne vais pas trop
18:31faire des compliments,
18:33vous savez,
18:33je ne suis pas
18:33un très gentil garçon,
18:35mais vraiment,
18:36vous avez réussi
18:37à adapter
18:37ce mode
18:40de littérature
18:41de manière
18:43très vivante,
18:43très simple,
18:43très spontanée
18:44et ça m'a beaucoup plu
18:46cette modestie,
18:48je la prolongerai
18:49en disant
18:50que vous citez
18:50à de très nombreuses
18:51reprises
18:52des écrivains,
18:54non seulement
18:54pour ce qui concerne
18:57les paysages,
18:58la nature,
18:59mais il y a énormément
19:00de gens
19:01qu'on rencontre
19:02chez vous,
19:03Rabelais,
19:04on l'a dit,
19:05Hésiode,
19:05Montesquieu,
19:06Conrad,
19:06enfin j'en oublie,
19:08Proust et d'autres,
19:10ce que j'ai aimé,
19:11c'est votre modestie,
19:12vous les citez,
19:13vous les égrenez,
19:14vous ne faites pas
19:15un discours,
19:15jamais au sujet
19:17d'aucun,
19:17vous faites une petite
19:18allusion,
19:19comme si vous étiez
19:20toutes petites
19:21à leur côté,
19:23mais ça révèle
19:24quelque chose,
19:25vous êtes quand même
19:26une immense lectrice.
19:28Alors,
19:30je resterai modeste
19:32pour ceux qui me connaissent
19:33un peu,
19:33ou même parfois très bien,
19:35peut-être pensent-ils
19:36que je le suis,
19:37mais en réalité,
19:38ce n'est pas ce qui me caractérise,
19:39ce qui me caractérise,
19:40ce serait plutôt l'humilité,
19:42mais la modestie,
19:42c'est presque un gros mot
19:43pour moi,
19:44donc je vous remercie,
19:45c'est-à-dire que
19:46je n'ai pas envie,
19:47oui,
19:47vous avez raison,
19:48mais comme je suis gourmande,
19:49que j'ai un appétit féroce
19:51pour les choses qui me plaisent,
19:52pour les livres que je vais aimer,
19:54pour,
19:55je ne peux pas citer
19:56Joseph Kessel,
19:57Romain Garry,
19:58tout ce qui est maintenant
19:59un peu convenu,
20:01Bergson,
20:02je ne sais pas,
20:02Edmond Flegg,
20:03pour d'autres raisons
20:04dans ma vie,
20:06non,
20:06pour en revenir
20:07à ce petit coin
20:09de l'île de Ré,
20:10ce qui fait aussi partie
20:11de ma vie,
20:11c'est la peinture,
20:13et par exemple,
20:14puisque vous avez été
20:15attentif à des choses,
20:17à mes écrits,
20:18par exemple,
20:19bon,
20:19je parle beaucoup
20:20des figues,
20:21parce que les figuiers,
20:21là-bas,
20:22poussent comme des mauvaises herbes,
20:23mais tout ça,
20:25c'est très bien,
20:25bon,
20:26je mets évidemment la vie,
20:27pour moi,
20:28non pas comme Titien le dit,
20:30l'art est plus fort
20:31que la nature,
20:32je ne suis pas d'accord,
20:33donc je ne vais pas faire
20:34un débat comme ça,
20:35là,
20:35tout de suite,
20:36parce que je ferai la maligne,
20:37ce serait une erreur,
20:38mais pour moi,
20:39évidemment,
20:40c'est la nature
20:40qui est plus forte
20:42que l'art,
20:43d'abord,
20:43parce que c'est par là
20:44que ça commence,
20:45par ailleurs,
20:47j'ai observé,
20:49j'ai admiré un tableau,
20:50par exemple,
20:51sur les figues,
20:52j'ai partagé ce plaisir
20:55avec quelques-uns
20:55de mes amis,
20:58un tableau d'un type
20:59qui s'appelle
21:00Bartholomeo Bimbi,
21:01déjà rien que de vous le dire,
21:03je crâne,
21:04je suis gourmande,
21:05j'en peux plus de bonheur,
21:06c'est une merveille,
21:07ce tableau,
21:07c'est extraordinaire,
21:10c'est une pyramide
21:11de figues
21:12de toutes les couleurs,
21:14c'est un tableau
21:15qui est en Italie,
21:16qui est une splendeur absolue,
21:18et moi,
21:19à l'île de Ré,
21:20je connais des figues
21:20de toutes les couleurs,
21:22et donc,
21:22je les ai vues
21:23dans ce tableau,
21:24et donc,
21:24quand je ne suis pas
21:25à l'île de Ré
21:26en train
21:26de gloutonner
21:28des figues
21:29parce que c'est
21:29la fin de l'été,
21:31sauf à cause
21:32des changements climatiques,
21:34on a de la chance,
21:35on les a un peu plus tôt,
21:36mais sinon,
21:37ce tableau me comble,
21:38donc pour ceux
21:39qui n'ont pas de figuier,
21:40qui ne connaissent pas
21:41les figuiers,
21:42et qui veulent simplement
21:43regarder ce tableau,
21:46Bartholomeo Bimbi,
21:47c'est une beauté totale,
21:49donc voilà,
21:50déjà,
21:50alors,
21:50c'est dégoûtant,
21:54mais allez-y,
21:55ça ne m'étonne pas
21:56de vous,
21:57Gilles,
21:58ça ne m'étonne pas
21:59de vous,
21:59Gilles,
22:04Fika,
22:04allez-y,
22:05Gilles,
22:05ne vous gênez pas,
22:06ben non,
22:06mais on a le droit
22:07de dire des cochonneries,
22:08ça fait partie de la vie,
22:09je n'en ai pas mis
22:09dans mon livre,
22:10mais vous êtes bienvenus,
22:12en fait,
22:13tout est une métaphore,
22:14donc je vous en prie,
22:15ne vous gênez pas,
22:17c'est exactement
22:18ce que vous pensez,
22:19bon,
22:19eh bien,
22:20eh bien moi,
22:21la même chose que vous,
22:22grand dégoûtant,
22:23c'est ça,
22:23bon,
22:23très bien,
22:24donc nous allons,
22:24je vous en prie Jacques,
22:27il y a une autre figue
22:28très particulière
22:29à l'île de Ré,
22:30c'est la pomme de terre,
22:32et les pages
22:33que vous consacrez
22:34à la pomme de terre,
22:36moi je trouve ça
22:37absolument sublime,
22:38j'ai cherché d'ailleurs
22:39dans ma petite tête,
22:40pleine de trous,
22:41il y a quand même
22:42quelques autres écrivains
22:43qui ont parlé
22:43de la pomme de terre,
22:44pas tant que ça,
22:45mais beaucoup
22:46des écrivains
22:47plutôt de la pauvreté,
22:52mais là,
22:53il s'agit,
22:53il s'agit d'un délice
22:54qui est comparable
22:55aux fruits,
22:56absolument,
22:57je reste,
22:58alors il faudra lire
22:58ces pages
22:59parce que là aussi,
23:00c'est,
23:01non,
23:01je crois que là,
23:02je vais,
23:02non,
23:03le doigt est levé,
23:03non,
23:03la pomme de terre,
23:04c'est la survie,
23:05d'abord,
23:06aujourd'hui,
23:07on parle des pommes de terre
23:07comme ça,
23:08on en a des tonnes,
23:09on en jette,
23:10il y a un problème
23:12de production,
23:13tout le monde en fait pousser,
23:15la cove baisse,
23:15les agriculteurs
23:16sont dans l'embarras,
23:17mais il faut savoir
23:18qu'à un moment,
23:20sur la planète,
23:21on était dans la misère
23:23et l'arrivée
23:24de la pomme de terre
23:24qui venait des hauts plateaux
23:26d'Amérique latine
23:28est venue sauver
23:29des populations,
23:30est venue sauver
23:31des armées,
23:32est venue sauver
23:33des pays
23:34et donc,
23:35la pomme de terre,
23:36c'est ce presque rien
23:37pour en refaire,
23:38qui est tout
23:38et donc,
23:40quand je vois
23:40les restes
23:41des pommes de terre
23:42dans les champs,
23:42je ne peux pas
23:43ne pas me baisser,
23:45laisser mon vélo
23:46et aller ramasser
23:47les restes,
23:47même si peut-être
23:48que j'en ai chez moi
23:49ou bien,
23:51ça me bouleverse,
23:53je suis obligée
23:54d'aller glaner.
23:55Alors,
23:56évidemment,
23:56on sait très bien
23:57que glaner,
23:58autrefois,
23:58c'était ceux
23:58qui ne pouvaient pas
23:59s'acheter des pommes de terre,
24:01ceux qui n'avaient pas de terre
24:03et qui donc ramassaient
24:05ces minuscules pommes de terre
24:06qui restaient
24:07et qui passaient
24:07dans les mailles,
24:08si je puis dire.
24:09Et aujourd'hui,
24:10c'est le contraire.
24:10la minuscule pomme de terre,
24:12c'est la Rolls,
24:14des tables,
24:15des villes
24:16et des nantis.
24:18Donc,
24:19on a changé de monde,
24:20c'est comme ça,
24:22et voilà.
24:22Donc,
24:22je me suis mise
24:23aux grosses pommes de terre.
24:24Voilà.
24:26Dans ce torrent des loges
24:27que je vous ai adressées,
24:28oui,
24:28j'ai cherché
24:28pour les écrivains
24:29qui ont parlé
24:30des pommes de terre
24:31un petit peu
24:32et effectivement,
24:33ils sont tous
24:33du côté de la pauvreté.
24:35C'est Van Gogh,
24:36c'est Heinrich Böhl,
24:37c'est Gunther Grass,
24:38parce que des gens
24:40qui ont évoqué
24:41des périodes de souffrance
24:42et de malnutrition.
24:44Mais j'ai un très grave reproche
24:46à vous adresser
24:47au sujet
24:47de la pomme de terre
24:48de l'Ile-de-Rey.
24:51Tentez,
24:51tentez.
24:52Je vais tenter,
24:52je vais tenter.
24:53Vous n'avez pas indiqué
24:54que Régine de Forge
24:55avait été la marraine
24:56d'une pomme de terre
24:58du côté des Portes-en-Rey.
25:00En 1987,
25:01c'était la première fois.
25:02J'en ai énormément souffert.
25:03Vous avez raison,
25:04Régine de Forge
25:05a été demandée
25:07pour être la marraine
25:07des pommes de terre.
25:08C'était le début.
25:09La coopérative avait souhaité
25:11appeler une pomme de terre,
25:13enfin,
25:13qu'elle soit AOP.
25:15Vous connaissez
25:15ses appellations.
25:17Paraît-il que ça aide
25:18au commerce,
25:19ça aide à sublimer
25:21les produits modestes.
25:23Et donc,
25:23Régine de Forge
25:25était une écrivaine
25:29évidemment extrêmement connue.
25:31et ça a été merveilleux
25:33qu'elle devienne
25:33la marraine de Lideret
25:35puisqu'elle a accepté.
25:36Donc,
25:36c'était une variété
25:37qui était particulière
25:38de l'époque.
25:39Maintenant,
25:40on sait que les AOP
25:41ou les autres choses
25:44comme ça,
25:45ça se discute.
25:47Voilà.
25:48C'est-à-dire que
25:49c'est un problème.
25:51Du coup,
25:51tous les autres sont exclus.
25:52Donc,
25:53dès qu'un produit
25:54a un petit problème
25:56ne rentre pas
25:56dans un calibre,
25:58on la met de côté,
25:59on la maltraite.
26:00Donc,
26:00si vous voulez,
26:01voilà.
26:01Donc,
26:02les AOP,
26:02c'est merveilleux.
26:03Mais voilà.
26:04En tous les cas,
26:05on s'éloigne de la littérature
26:06mais pour en revenir
26:07aux pommes de terre
26:07de Lideret,
26:08elles font partie
26:09d'un chapitre
26:10tout particulier
26:11par rapport à l'hommage
26:12que j'ai envie
26:13de rendre aux agriculteurs
26:14car j'aime énormément
26:15la beauté de la terre
26:17travaillée par les agriculteurs.
26:20Je pense que c'est
26:22extraordinaire
26:22de traverser
26:23les pays
26:24qui ont des terres travaillées
26:25et donc l'île de Ré
26:26qui est toute plate,
26:28on le voit plus facilement
26:29qu'ailleurs,
26:31tout est travaillé
26:32quand on traverse l'île
26:33et donc c'est magnifique
26:35de voir cette parcelle
26:36de terre sur l'eau
26:37qui est travaillée
26:39par les vignes
26:40et par les pommes de terre.
26:42Voilà très cher.
26:44Alors moi,
26:44je n'ai malheureusement
26:45enfin heureusement
26:46pas connu la période
26:47où par exemple
26:47que des Christenbeck
26:48où effectivement
26:49on allait glaner
26:50au risque d'ailleurs
26:51de sa vie
26:52des pommes de terre
26:52puisque même
26:53le glanage
26:54pour les très pauvres
26:55était interdit.
26:56J'ai quand même
26:57eu la chance
26:57de chipper
26:58et de glaner
26:59quelques pommes de terre
27:00baptisées Régine de Forges
27:03dans ce qui restait
27:04dans la cuisine.
27:05Vous êtes un chanceux.
27:07Alors,
27:08Régine,
27:09écrivaine,
27:10ça nous ramène
27:11si je puis me permettre
27:12à tous les écrivains
27:14que vous avez cités
27:15que j'ai rapportés
27:17enfin pour quelques-uns
27:18en tout cas,
27:18beaucoup de chanteurs
27:19également,
27:21Jeanne Moreau,
27:22Boustaki,
27:23Hugo Fray,
27:24enfin...
27:24Non mais là,
27:25vous parlez des balades
27:26à vélo.
27:27Alors, oui,
27:27mais...
27:27Vous parlez des soirées
27:28chez Valérie Solvy.
27:30Absolument, mais...
27:31Vous parlez des déjeuners
27:32en compagnie
27:32de Sylvia Nagazanski.
27:34Tout ça,
27:34on va y venir,
27:36mais tout ça
27:36sont des artistes.
27:38Ah,
27:39j'ai oublié,
27:40Barbara Meignal,
27:40grande chanteuse
27:41de Jeanne Moreau.
27:42Je la vois
27:43dans la salle.
27:45Tout ça
27:46sont des artistes,
27:47des artistes des mots,
27:48les écrivains
27:48comme les chanteurs,
27:50comme les compositeurs.
27:52Vous avez évoqué
27:53tous ces gens
27:54dans votre livre
27:54avec une fraîcheur,
27:56une délicatesse,
27:56une légèreté,
27:57comme je le disais tout à l'heure.
27:58Donc,
27:58j'ai retiré modestie,
27:59bien sûr.
28:00Je me suis dit,
28:01est-ce que,
28:02à quel moment
28:03est-ce que vous vous êtes décidé,
28:05vous avez beaucoup écrit
28:06dans votre carrière,
28:07mais à titre professionnel,
28:09pour défendre une marque,
28:11pour défendre une œuvre,
28:13pour illustrer la personne
28:14d'un artiste ?
28:16À quel moment
28:16vous êtes autorisé
28:17après avoir fréquenté
28:19tous ces écrivains,
28:21ces chanteurs,
28:22ces fréquentés
28:23au sens littéraire du terme,
28:24bien sûr,
28:25écrire vous-même ?
28:28Merci pour cette question.
28:30Non,
28:31une vie sans écriture
28:32est une drôle de vie.
28:34Beaucoup de mon entourage,
28:37beaucoup de gens
28:37dans mon entourage
28:38souhaitaient depuis
28:39plus de 20 ans
28:40ou plus encore
28:41que j'écrive.
28:42J'avais d'autres priorités,
28:44mais l'écriture
28:45fait partie de ma vie,
28:47même quand c'était
28:48des toutes petites phrases,
28:50des petits mots,
28:51des petits carnets.
28:52Voilà,
28:53après,
28:53se jeter à l'eau,
28:56rendre public
28:56ce qu'on écrit,
28:58c'est très particulier.
28:59Je vous dirai ça
29:00dans quelques mois.
29:01Voilà,
29:02grâce à vous
29:04ou à cause de vous.
29:05Mais je ne sais pas
29:06ce qui a provoqué
29:08une liberté
29:09de commencer
29:10à articuler
29:12des chapitres
29:13et à me libérer
29:14de cette...
29:18Je m'interdisais sûrement
29:19l'écriture,
29:20mais non,
29:21je pense que vraiment
29:21c'était une question
29:22de priorité.
29:23J'avais d'autres choses
29:25à faire.
29:28Le titre,
29:29bien sûr,
29:29c'est le titre
29:29de la collection
29:31Petite éloge.
29:33Dans Petite,
29:34il y a,
29:35non pas de la modestie,
29:37j'ai bien noté,
29:38mais il y a donc
29:40surtout après,
29:41éloge.
29:41Alors éloge,
29:42c'est un très beau mot,
29:43c'était aussi
29:44un genre littéraire
29:45qui était très prisé
29:46pendant longtemps,
29:47l'Antiquité,
29:48le début de la Renaissance.
29:51Éloge veut dire aussi
29:52qu'on n'aborde
29:52que les qualités
29:55du sujet
29:55ou de l'objet
29:56que l'on loue.
29:59Y a-t-il des défauts
30:01à vivre à l'île de Ré,
30:02à la fréquenter,
30:03à la vivre ?
30:05Au fond,
30:05votre question
30:06m'intéresse à peine.
30:10Tout simplement
30:11parce que
30:11quand on parle
30:12de quelque chose
30:13ou de quelqu'un
30:13et qu'on parle
30:14et qu'on évoque
30:15ses qualités,
30:16au fond,
30:17tout est dedans.
30:18C'est-à-dire
30:19que ça fait un tout.
30:20Si on a envie
30:21de décortiquer,
30:23de raconter
30:24les défauts,
30:25comme la phrase
30:26évidemment magnifique
30:27du Figaro
30:28qui dit
30:29qu'il n'y a point
30:30d'éloge flatteuse
30:31sans la liberté
30:32de blâmer,
30:32très bien,
30:34c'est vrai,
30:35mais ce n'est pas si facile,
30:37c'est généreux
30:38de pouvoir aimer,
30:39de pouvoir
30:40tout simplement
30:41dire du bien,
30:42d'être reconnaissant
30:43de ce qui nous est offert
30:44et de ce qu'on voit
30:45et finalement,
30:47eh bien,
30:49on devrait tous
30:51être plutôt
30:53dans ce...
30:54de s'entraîner
30:54à ça
30:55plutôt qu'à autre chose.
30:56Voilà.
30:57C'est...
30:58Exister,
30:59c'est une performance.
31:01Se lever,
31:03se nourrir,
31:04rester debout,
31:05se voir,
31:06se regarder,
31:07se côtoyer,
31:10aimer,
31:11c'est du travail
31:12et donc,
31:13il n'y a aucune raison
31:14de critiquer
31:15en même temps
31:16qu'on aime.
31:17je dirais que
31:18non,
31:19c'est un peu
31:19comme la beauté
31:20d'une orange.
31:21C'est...
31:22Voilà,
31:22c'est beau,
31:23c'est rond,
31:23la peau est
31:25granuleuse,
31:25elle a des pores
31:26parfois un peu
31:28épais,
31:28mais elle est belle.
31:29Eh bien,
31:30voilà,
31:30c'est comme ça
31:31que je vois les choses.
31:32Donc,
31:32l'éloge,
31:33c'est bien.
31:34Je sais très bien critiquer,
31:35je fais ça très bien,
31:36ceux qui me connaissent
31:37dans la salle
31:37savent très bien
31:38que quand je fais
31:39des portraits,
31:40ils auraient rêvé
31:41que je fasse un petit livre
31:42là,
31:43terrible,
31:44que je me prenne
31:44pour Théophrate
31:45ou bien les caractères
31:46de la bruyère
31:47et que je sois truculente
31:49dans mes remarques,
31:52eh bien,
31:53non,
31:53parce que j'ai plutôt
31:54envie de parler
31:55et de faire l'éloge.
31:58Je trouve ça intéressant
32:01et ça me plaît.
32:02Et d'ailleurs,
32:03je pense que c'est bon
32:05pour l'âme.
32:05Voilà.
32:08Je vais,
32:09ce sera dans les derniers.
32:15Ça sera certainement
32:16ma dernière interrogation.
32:20Je me suis dit
32:21un petit peu,
32:23Gracq écrit toujours
32:24en géographe.
32:26Il traverse
32:27chacun des paysages,
32:29les pays
32:30au sens ancien
32:31du terme
32:32qu'il évoque.
32:33Il les traverse
32:33en géographe
32:34et à chaque fois,
32:36la géographie
32:37de ces romans
32:38devient l'un des personnages,
32:40sinon le personnage
32:42essentiel
32:43de ces livres,
32:45en tout cas de fiction.
32:47Je me suis dit
32:48en lisant
32:48votre ouvrage,
32:49vraiment,
32:50on le traverse
32:50comme une pastorale.
32:52Il y a la nature,
32:53il y a les hommes
32:53qui la peuplent.
32:56Je me suis dit,
32:57au fond,
32:58est-ce qu'on a
32:58véritablement affaire
32:59à un personnage
33:01hylderé séparé
33:04de l'auteur
33:05ou est-ce que
33:05vous vous êtes
33:09autorisé
33:09à peindre
33:10pour une fois,
33:11parce que je continue
33:12à croire que vous êtes
33:12quelqu'un d'extraordinairement
33:13pudique,
33:15indépendamment
33:16des apparences,
33:17une géographie intérieure,
33:19c'est-à-dire
33:20vous avez brossé,
33:21vous vous êtes brossé
33:22à un portrait
33:24plus intime
33:25qu'à l'ordinaire,
33:26celui qu'on connaît
33:26moins de vous ?
33:29Écoutez,
33:30si la sensibilité,
33:32l'observation,
33:34le détail,
33:35c'est de la réserve,
33:37eh bien,
33:37très bien.
33:38Mais de toute façon,
33:40observer,
33:41oui,
33:42de se servir
33:43de tous ses sens
33:46pour accompagner
33:47ce qu'on vit,
33:48ce qu'on aime,
33:48ce qu'on rencontre,
33:49eh bien,
33:50c'est ma règle.
33:51Donc,
33:52ça fait partie
33:53de mes commandements.
33:53Alors que vous
33:56appeliez ça
33:57de la réserve
33:58ou de la tumidité,
33:59d'abord,
33:59pour la première fois,
34:01dirais-je,
34:02là,
34:03c'est moi qui signe,
34:05c'est ce que je vois
34:06et je parle
34:07et j'écris
34:08sur ce que je vois.
34:10Je n'ai pas du tout
34:11envie d'être arrogante
34:13sur quoi que ce soit.
34:13D'abord,
34:14j'abîmerai ce territoire
34:15qui,
34:16comme je l'ai dit,
34:17il n'est pas flamboyant,
34:18il n'est pas arrogant,
34:20il est merveilleux,
34:22il existe,
34:22il a survécu
34:24malgré les tempêtes,
34:26il est minuscule,
34:27il est à la merci
34:28de ras-de-marée,
34:30donc c'est presque
34:31un exemple
34:32de résistance
34:33à la planète.
34:35Donc,
34:36quand on vit
34:37sur un exemple,
34:38eh bien,
34:39ça nous sert.
34:40On peut aussi
34:40s'identifier
34:41à ce genre de choses.
34:43Donc,
34:44je ne...
34:46je n'avais pas de raison
34:47de mettre
34:48les phares
34:49sur ça.
34:51J'ai envie,
34:52au contraire,
34:53j'ai jamais aimé
34:54le phénomène
34:55de mode
34:58sur des territoires,
34:59d'abord parce qu'on
35:00les abîme.
35:01Ce qui me dérange
35:02dans le tourisme,
35:03c'est qu'on vient
35:04profiter d'un lieu
35:05sans lui donner
35:06autant qu'il nous donne.
35:07Ça,
35:08pour moi,
35:08c'est une agression.
35:10Donc,
35:10cette île,
35:11si je veux rentrer
35:12dans tous ces détails,
35:14pour parler des sauniers,
35:15des agriculteurs,
35:16des musiciens
35:17qui viennent y jouer,
35:18parce que je suis en face
35:19à l'instant même
35:20de Jean-Claude Casatzu
35:22qui est un de mes amis.
35:24Je suis son fan club,
35:25je ne suis pas seule,
35:27certainement,
35:27mais en tous les cas,
35:28j'aime aller au concert
35:29sur cette île.
35:30C'est comme s'il venait
35:31sur l'île de Ré,
35:32qui est quand même
35:33comme une note de musique
35:34déjà dans l'appellation
35:36de cette île.
35:37Jouer,
35:38ça rend hommage
35:40dans cet endroit
35:40où on pourrait
35:41ne rien avoir.
35:43Tellement,
35:44c'est compliqué,
35:45il faut traverser,
35:46il y a des ponts,
35:47on ne peut pas se loger,
35:48tout est une aventure,
35:50tout est une résistance,
35:52tout est une contrainte
35:53et c'est ça
35:54qui donne de l'allure
35:55à notre vie,
35:55là-bas.
35:56Et donc,
35:57quand j'étais petite,
35:59il n'y avait pas l'eau,
36:01pourtant je ne suis pas si vieille,
36:02mais je suis déjà vieille
36:03et encore jeune,
36:04donc c'est quand même
36:05beaucoup de chance,
36:06mais il n'y avait rien,
36:08il y avait tout.
36:09Et donc,
36:10cet endroit mérite
36:11qu'on raconte tout ça.
36:14Ces digues
36:14qui sont tout autour,
36:16construites certaines
36:17par vos bancs,
36:18dans un endroit
36:18si éloigné,
36:20on pourrait imaginer
36:21que vos bancs
36:21n'a jamais été si loin.
36:23Il est tellement,
36:24c'était un génie
36:25de l'architecture,
36:29pas que d'ailleurs,
36:30de la pensée,
36:31de la stratégie,
36:32etc.
36:32et donc,
36:33l'île de Ré,
36:34il y a tout.
36:35Et je n'ai aucune envie
36:37de mettre les phares dessus,
36:39mais j'ai envie
36:40d'être précise,
36:41j'ai envie de prendre
36:43les uns,
36:44les autres,
36:45par la main,
36:45ceux qui la connaissent déjà,
36:47être complices
36:48et partagés,
36:49et les autres
36:49qui la regardent
36:50avec un intérêt
36:51ou du moins
36:53avec soin,
36:55avec délicatesse.
36:57Voilà.
36:59Je vous remercie.
37:00Je crois qu'il va être
37:02temps de vous rendre
37:02à votre public,
37:04à vos fans,
37:04en délire.
37:06Je voulais vraiment
37:07vous remercier.
37:16Je voulais vous remercier,
37:18Valérie,
37:18d'avoir accepté
37:19d'être là,
37:21chez nous,
37:21et ça m'a fait
37:23extraordinairement plaisir.
37:24Et puis,
37:25je vous remercie aussi
37:26d'avoir apporté
37:28pour illustrer
37:30vos ouvrages
37:32dans notre vitrine
37:33une toile de pierre,
37:34de Pierre Viaz.
37:36Ça me fait
37:37très plaisir
37:38qu'il soit là
37:39de cette manière.
37:40Merci à tous.
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