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  • il y a 11 heures
Retrouvez « La question philo » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-chronique-de-charles-pepin

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Transcription
00:00La question philo Charles Pépin et vous répondez donc ce matin à une question de Gaspard
00:05qui s'inspire de Rimbaud, je est-il vraiment un autre ?
00:09Eh bien je est un autre, on connaît cette affirmation de Rimbaud mais attention, que
00:13nous soyons parfois un peu étrangers à nous-mêmes, que nous ayons un inconscient psychique qui
00:17nous travaille et que Freud appelle le ça pour le distinguer du moi, tout cela est vrai
00:21mais attention au contresens, il ne faut surtout pas penser cet inconscient comme un autre
00:25moi, une sorte d'aliène tapis au fond de soi, bien au contraire, mon inconscient c'est
00:30moi, c'est moi que je ne veux pas voir, c'est moi que je refoule, c'est moi que
00:34je ne peux
00:35pas assumer socialement, mais c'est moi quand même.
00:37Alors d'ailleurs il y a une erreur de grammaire, parce qu'on devrait dire je suis un autre,
00:41mais je est un autre, c'est curieux comme formulation, le but de la psychanalyse, en
00:46tout cas freudienne, c'est de prendre conscience de ce moi qui est inconscient.
00:50Exactement, il s'agit au fond de devenir un peu plus le sujet de sa vie, de mieux répondre
00:54de ses actes, en prenant conscience des conflits intérieurs qui font de nous des névrosés.
00:59Mais le but est bien que le moi, en assumant davantage ces forces inconscientes, soit le
01:04moins possible un autre, et donc que nous nous connaissions mieux et soyons davantage responsables
01:09de nos actes, de nos paroles, de notre vie même.
01:11La plus mauvaise compréhension du freudisme serait donc de se déresponsabiliser avec
01:17une protection du genre « c'est pas moi, c'est mon inconscient ». Et c'est parfois
01:20dans ce sens qui est interprété le mot de Rimbaud « je est un autre ». Or, Freud
01:25écrit précisément le contraire « où ça était, je dois devenir ». On ne s'allonge
01:31donc sur le divan que pour mieux se relever et savoir dire clairement « je ».
01:36Voilà pour la précision freudienne.
01:37Très bien.
01:38Il y a une autre manière de prendre ces distances avec l'expression de Rimbaud.
01:42Tout à fait.
01:43C'est de dire que je n'ai pas un autre, mais plusieurs autres, en fonction des contextes.
01:48Je ne suis pas le même en réunion au bureau avec mes collègues et en vacances, loin
01:51de tout, avec mes enfants.
01:52Je ne suis pas le même dans le contexte formel d'une obligation sociale et dans celui
01:56très intime d'une nuit sensuelle.
01:58Merci d'ailleurs.
02:00On appelle ça « la théorie des cadres relationnels ». Et cela nous permet de ne pas faire de
02:05généralisation abusive du genre « moi, je suis timide » ou « moi, dès que je tente
02:10un truc audacieux, j'échoue ». Si je ne suis pas exactement le même en fonction
02:14du contexte, je vais pouvoir m'engager dans le réel sans être entravé par une idée
02:18du « moi » trop figé.
02:20C'est ainsi qu'un passionnant courant de psychothérapie qu'on appelle la thérapie
02:24acte, distingue le « moi » conceptualisé, cette idée trop figée du « moi », du « moi
02:30contextuel » qui, lui, varie en fonction des circonstances.
02:33Et c'est une belle façon d'entendre cette multiplicité du « moi » que l'on devine
02:38bien sûr dans le mot de Rimbaud « je » est un autre, mais disons plutôt « je » et
02:43plusieurs autres qui composent la richesse du « moi » et forment un sujet.
02:47Alors attention, un sujet protéiforme, multiple et changeant, mais un sujet quand même.
02:53Si notre identité n'est donc pas figée, si notre « moi » n'est ni une monade ni
02:58un monolithe, mais une identité multiple et en partie obscure à elle-même, on ne peut
03:03pas pour autant aller jusqu'à dire que « je » est un autre, on doit bien reconnaître
03:07que le sujet existe et qu'il est lui-même.
03:10Quand on reconnaît quelqu'un qu'on aime, quand on reconnaît la silhouette d'un ami
03:13dans la rue, quand on a l'impression de réussir à s'exprimer dans sa vie, on sent bien que
03:18ça n'est pas la vie d'un autre, que le jeu n'est pas un autre, mais bien lui
03:22-même,
03:23même si c'est un soi, complexe et changeant.
03:26Mais dernière question, qu'est-ce qui fait l'unité de ce « moi » ?
03:29Le style, le passé, le projet de vie ? Eh bien la meilleure réponse est donnée par
03:35Bergson, c'est ma manière d'hériter de mon passé et de l'emporter vers l'avenir.
03:40Eh bien c'est ce que Bergson appelle la personnalité.
03:43Merci Charles Pépin, je rappelle que la pièce « La rencontre » que vous avez écrite
03:48pour Thierry Lhermitte sera jouée ce jeudi 4 juin à Genève dans la grande salle de
03:53l'Uptown Genève et en juillet lors du festival d'Avignon au théâtre du Chêne-Noire.

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