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  • il y a 11 heures
De son quotidien à l'usine à la création artistique, FRS Taga se livre sur son parcours atypique. L'artiste explore les thèmes sociaux qui nourrissent son rap et ses écrits, dans une quête constante d'équilibre. Son nouveau clip et single 'La dose' est sorti le 27 mai.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Bah oui, les 9h50, on est toujours en direct dans le studio de la Grande Matinale.
00:04Ma nouvelle tête s'appelle FRS Taga. Il est rappeur, écrivain, ouvrier.
00:09Tout m'intéresse chez lui et je ne suis pas la seule, il se murmure
00:12que c'est l'un des futurs grands noms du rap.
00:14Un garçon qui a connu le travail à l'usine, les cadences, les lignes de production
00:17et qui passe dans le même temps ses nuits à lire, à écrire, à penser.
00:21Dévorer des centaines de livres, Bukowski, Jack London, Annie Ernaux
00:24et la philosophie aussi Nietzsche, Camus, Comte-Smonville en chaussures de sécurité.
00:28Il a raté de peu, le Capès de philosophie. Il publie aujourd'hui, depuis son petit village de Haute-Loire,
00:34un roman, l'usine et puis des titres comme celui-ci.
00:36On s'aveugle, l'esprit guidé par des machines. 3 millions de pièces en 35 heures, c'est de la
00:51magie.
00:52On pète un câble, les boulons sautent. Plus personne chante, pourtant l'usine joue son morceau.
00:58Bonjour FRS Taga, bienvenue sur France Inter.
01:00Merci, merci beaucoup pour l'invitation.
01:02Merci d'être venu jusqu'à nous, je suis ravi.
01:04Parce que là, vous êtes dans un studio de radio, face à un micro
01:07et vous allez devoir parler de vous pendant quelques minutes.
01:10Est-ce qu'on est proche de la torture ou est-ce que ça va aller ?
01:12Ça devrait aller, même si je préfère parler aux machines finalement.
01:15J'ai l'impression que j'ai un peu un conditionnement d'ouvrier.
01:18Mais ça devrait aller, ça devrait aller, je suis en bonne compagnie.
01:20Alors on écoute le début justement de l'usine.
01:23Je pars avec, un désavantage, je suis pas dans l'industrie.
01:25Mique sa mère, rappé pour du cash, je travaille à l'usine.
01:28Je fais comme mon père, je fais mon job et je ferme ma gueule.
01:31Je regarde très mal le patron, je dis bonjour à l'hôtesse d'accueil.
01:33Je m'allume une clope, je paye le café aux collègues.
01:36Il y a un nouveau, je le reconnais, on était ensemble au collège.
01:39Il me dit que c'est dur que son ancien patron l'a viré.
01:41Que ses gamins partent en couille et que sa nouvelle meuf l'a quitté.
01:44Des années donc à travailler à l'usine, mais en ayant peur de vous embourgeoiser.
01:48Vous voulez devenir artiste, mais sans trahir les ouvriers.
01:52Vous voulez être publié, vous l'êtes déjà, sans pour autant vous sentir écrivain.
01:56Vous êtes d'accord pour être reconnu, mais vous ne voulez pas devenir un personnage
01:59sans vous perdre dans les appareils des réseaux sociaux.
02:01On est hyper mal barré !
02:03Je suis schizophrène, j'ai quelques soucis mentaux, du mal à me gérer.
02:08Ouais non, il y a beaucoup de paradoxes dans toute ma personnalité.
02:10Oui, très difficile.
02:13Cette envie d'exposition et d'être entendu, mais en même temps de rester humble et dans mon coin.
02:17Je crois qu'on est un peu tous torturés de la même manière.
02:19Il y a du bon et du mauvais dans tous les cas, donc on essaie de faire au mieux.
02:22Vous vous définissez souvent comme un prolétaire de Saint-Etienne, accessoirement rappeur.
02:28Moi, j'ai l'impression que votre parole, quand on écoute vos musiques, entre autres votre EP qui s'appelle
02:34Prolétaire,
02:35ça ne vous appartient jamais complètement et qu'elle doit toujours servir à mettre quelqu'un au premier plan, en
02:42valeur.
02:42C'est à peu près ça votre mission ?
02:44Oui, j'essaye de parler de choses sociales plutôt que de parler de moi.
02:47J'ai l'impression qu'on est dans un monde qui est plein d'égos et où tout le monde
02:51met sa petite personne en avant.
02:52Je trouve que c'est bien si on arrive à remettre des causes sociales, si on arrive à parler d
02:57'un ensemble,
02:57plutôt que de chacun prendre les lumières pour soi.
03:01Donc, j'essaye de faire ça le plus humblement possible.
03:04Le plus humblement, mais c'est comme si c'était une histoire de survie.
03:10Toute la journée, vous travaillez à l'usine, toute la nuit, il fallait écrire.
03:13Il n'y avait pas d'autre choix, en fait.
03:14Oui, c'est pour ça que la démarche est égoïste de base, c'est pour ne pas mourir.
03:18Pourquoi égoïste ?
03:19Je me sauve la vie en faisant ça.
03:21Et après, l'avantage, c'est que j'arrive à retranscrire des choses qui ne sont pas propres qu'à
03:26moi,
03:26qui parlent à beaucoup de gens.
03:27Mais à la base, c'est une démarche égotique.
03:29J'écris pour moi, pas à péter les plombs, en fait.
03:47On va parler de votre père.
03:51Il est partout dans l'histoire, j'ai l'impression, votre père.
03:54Vous avez grandi seul avec lui pendant plusieurs années.
03:57Vous vivez dans une caravane pendant que lui construit la maison.
03:59Il est tourneur fraiseur.
04:00C'est lui qui vous aurait transmis l'amour du mot juste ?
04:04Exactement. Il m'a transmis l'humilité, la sagesse, se taire quand on a des problèmes et travailler pour nourrir
04:10sa famille.
04:11Il m'a surtout transmis le fait de se cultiver et de bien parler parce que c'est un peu
04:18le moyen de s'élever socialement quand on est un prolétaire.
04:21C'est d'essayer de parler correctement, d'avoir un bon vocabulaire et surtout de savoir exprimer ses émotions.
04:27Et vous avez toujours été OK avec ça ? Comment il a fait ?
04:29Je ne sais pas. Je crois que c'est un peu instinctif.
04:32C'est un peu en nous.
04:33Et puis j'ai vu que c'était beau quand il parlait.
04:36Ça dénotait du milieu d'où il venait.
04:38Donc je me suis dit que je voulais faire pareil.
04:40Il vous écoute ?
04:41Là, actuellement, je ne pense pas.
04:43Après, le rap, il ne comprend pas grand-chose au rap, mais il fait l'effort.
04:46Il fait l'effort, il fait de son mieux.
04:48En petite dose, ça tombe bien. On va écouter la dose.
05:04Vous aimez le rap, ça vous va hyper bien.
05:07Mais j'ai l'impression que vous aimez moins tout ce qui va avec.
05:11Justement, l'exposition, la mise en scène de soi.
05:13Je reviens, mais ces réseaux sociaux, je sais que ce n'est pas évident.
05:16Pourtant, votre vie, elle a changé très vite grâce aux réseaux sociaux.
05:19Entre autres, parce que vous aviez posté un son qui s'appelle « Fuck les rappeurs »
05:22et qui avait été reposté par Booba.
05:24C'est quand même là que ça a démarré.
05:26C'est encore une fois tout le paradoxe de ma personne.
05:28C'est que je déteste ce qui me construit.
05:31Après, j'essaye de retirer le meilleur de tout ça.
05:33Je me dis qu'il vaut mieux être acteur sur les réseaux sociaux que consommateur.
05:37Ça me paraît être plus sain.
05:38Après, il y a beaucoup de vices de ça.
05:40Il faut en parler.
05:42C'est à ça que sert l'art.
05:43Après, on est obligé de se servir des outils.
05:45Il faut avancer avec son temps aussi.
05:47Il ne faut pas rester bloqué dans une certaine époque.
05:49Donc, on essaie de concilier entre ne pas être trop réactionnaire,
05:52mais en même temps garder certaines valeurs
05:55et certains principes qui sont nécessaires à la vie et à la bonne cohésion.
05:58Donc, on a le droit de suivre frstaga sur les réseaux sociaux.
06:01On est OK ?
06:02Absolument.
06:02C'est autorisé.
06:03C'est même conseillé.
06:04Venez me suivre.
06:05Mais en parlant de paradoxe, franchement, j'ai cru que vous m'aviez fait une blague.
06:09Vous m'avez confié qu'un son qui vous aide à vivre.
06:12C'est Mylène Farmer et c'est celui-ci.
06:23C'est ce titre-là.
06:24C'est une belle journée.
06:25C'est pas une blague du tout.
06:26Ce son me donne l'envie de vivre alors qu'il parle de mourir justement.
06:30Je vis avec ça.
06:31Je m'endors avec cette musique tous les jours pour Mylène.
06:33Oui, j'adore.
06:34Je suis un grand fan de Mylène Farmer.
06:36Génial.
06:36Elle est en train de proposer un nouvel album.
06:38Oui, mais j'ai hâte de ça.
06:40À grand regret, je ne l'ai pas encore vu en concert.
06:42C'est dans mes projets futurs.
06:44Je suis un grand fan de Mylène.
06:45Inconditionnel.
06:46Cette musique est magnifique.
06:47Elle a été écrite par Jean-Jacques Goldman, me semble-t-il.
06:49Il faut un feat avec Mylène Farmer.
06:53FR Estaga, Mylène Farmer, c'est une évidence.
06:56Je ne pense pas encore avoir les moyens ni la force nécessaire pour ça.
06:59Mais Mylène, si tu nous entends, je souhaite faire un futuring avec toi.
07:02C'est dit.
07:03C'est passé.
07:03J'ai un message à faire passer.
07:05J'aimerais bien avoir FR Estaga en live au micro de France Inter.
07:08Ouais.
07:08Ça vous va ?
07:16Je me suis planté plein de fois.
07:18J'ai loupé plus d'un virage.
07:19Si moi, je réussis, gros, c'est un putain de miracle.
07:21J'étais seul toute ma life, nique sa mère.
07:23T'étonnes pas si je te rappelle jamais.
07:25J'ai fait dix enterrement, zéro mariage.
07:27Blessure très profonde, c'est pire que la fosse des Mariannes.
07:29Perdu entre la pauvreté et l'or.
07:31Je suis tout seul, je vis comme si j'étais mort.
07:33Je tombe sur répondeur quand je suis dans la mer.
07:35Je les pardonne, mais ils le feraient pas si c'était l'inverse.
07:37Je dois faire quoi ?
07:37Je dois fermer ma gueule, dire amène à tout.
07:39Inutile d'arriver premier à personne qui m'attend.
07:41Je suis quelqu'un, même en étant personne.
07:43Je suis quand même riche, même sans belle somme.
07:45C'est un remake des Simpsons.
07:47Ils se moquent les humains, c'est des Nelson.
08:05Je dois rendre l'album dans les temps.
08:07J'écris des flingues sur les tempes.
08:09Il y a plus de lumière dans la pièce.
08:11J'ai le cœur et l'esprit éteint.
08:14Je dois rendre l'album dans les temps.
08:15J'écris des flingues sur les tempes.
08:17Il y a plus de lumière dans la pièce.
08:20J'ai le cœur et l'esprit éteint.
08:22Ils s'en foutaient de comment j'allais quand j'étais pauvre.
08:24J'ai dû la quitter pour alléger mes épaules.
08:26Ça fait 10 ans de relation avec la misère.
08:27Ça fait long, ça fait mal et surtout relativisé.
08:29J'ai tellement été en bas, j'ai tellement été dans le noir.
08:31Que les lueurs d'espoir, c'est des lumières tamisées.
08:34J'avais tellement rien que je suis bien avec eux.
08:35J'ai perdu du temps tout seul, j'en ai gagné avec eux.
08:38Qu'est-ce que je dois penser de l'amour ?
08:40Si tous les gens que j'aime font de la merde.
08:42Les promesses, les mots, c'est de la poudre.
08:44La confiance, c'est dur quand tu la perds.
08:46Enfermé chez moi, j'attends aucun appel.
08:47Mon lavabo, c'est ma douche et mon lit, c'est mon canapé.
08:49Confiné, j'ai pas la baisse.
08:52Un appel, c'est trop tard pour dire désolé.
08:54J'dois rendre l'album dans les temps, putain.

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