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  • il y a 12 minutes
Karine Chevreul, professeure de santé publique, responsable du projet Mentalo (ECEVE-Inserm). Pierre Valentin, essayiste, fondateur du média « Transmissions », auteur de « Malaise dans la Génération Z » (Gallimard). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat/le-debat-de-la-grand-matinale-du-mercredi-03-juin-2026-1765172

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00:01C'est bête à dire, je ne le vis vraiment pas bien de me dire que je suis en dépression.
00:05Je me dis mais j'ai 20 ans, je suis en dépression, mais qui va me croire ?
00:08Je ne comprenais pas trop ce qui se passait.
00:11Je suis allée en clinique psychiatrique, deux de mes amis très proches sont allés en clinique psychiatrique.
00:15Quasiment tous mes camarades de classe vont voir un psychologue ou un psychiatre.
00:19Enfin je pense qu'il y a vraiment un mal-être.
00:23Selon l'étude Mentalo en 2025, un tiers des jeunes présentaient des signes de troubles anxieux ou dépressifs.
00:30Selon les instituts Montaigne et Terram, un quart des 15-29 ans français souffrent de dépression.
00:37Débat ce matin sur le mal-être des moins de 30 ans.
00:41Faut-il se réjouir que la santé mentale des jeunes soit enfin au cœur du débat ?
00:46Ou bien faut-il se méfier d'une tendance à tout expliquer par des facteurs psy ?
00:51Tous les jeunes qui disent aller mal sont-ils forcément en dépression ?
00:55Ont-ils trop tendance à recourir au psy, là où parfois leur problème serait d'un autre ordre ?
01:05Et on en débat ce matin avec Karine Chevreul.
01:09C'est comme ça qu'on prononce votre nom ?
01:10Oui c'est comme ça, merci.
01:10Chevreul, voilà.
01:11Bonjour professeur.
01:12Bonjour.
01:13Professeur de santé publique et responsable du projet Mentalo.
01:15On va en reparler.
01:17Vous allez nous expliquer exactement en quoi consiste le projet et quelles sont ses conclusions.
01:22Face à vous Pierre Valentin, bonjour.
01:24Bonjour.
01:25Vous êtes fondateur du média Transmission et auteur de ce petit livre qui fait couler pas mal d'encre,
01:30qui s'appelle Malaise dans la génération Z, qui est paru récemment aux éditions Gallimard,
01:34qui fait sauter plus d'un psy au plafond.
01:37Et je vais être honnête, moi aussi ça m'a fait sauter au plafond.
01:39J'ai plein de questions à vous poser.
01:41Alors d'abord, je voudrais vous entendre tous les deux sur le constat de départ.
01:45Karine Chevreul, vous êtes donc responsable du projet Mentalo.
01:4817 000 jeunes de 11 à 24 ans interrogés sur leur santé mentale, soit une très large cohorte,
01:53exceptionnellement large même.
01:55Ce chiffre, sorti en octobre 2025, un tiers d'entre eux présente des signes de troubles anxieux ou dépressifs.
02:01Dans cette même étude, on apprend aussi que 4 jeunes sur 10 se sentent seuls.
02:06Est-ce qu'on a affaire tout simplement à une génération qui va mal, plus mal que les précédentes ?
02:11Alors, on sait qu'en fait, il y a des signes qui montreraient une aggravation.
02:14Ça, c'est clair.
02:15Après, de savoir s'ils se sentent seuls parce qu'ils vont mal,
02:19ou est-ce qu'ils vont mal parce qu'ils se sentent seuls,
02:22effectivement, là, je ne peux pas vous répondre,
02:23parce que la poule de l'œuf est assez difficile à distinguer.
02:27Mais il y a une aggravation, et donc ce sont des chiffres alarmants.
02:30Alors, il y a une aggravation si on suit d'autres études, comme les études en classe,
02:33qui montrent qu'effectivement, il y a une évolution.
02:35Mais là, dernièrement, les chiffres qui sont sortis disent,
02:38dans les deux dernières années, ça n'a pas forcément énormément changé.
02:42Donc, la bonne nouvelle, c'est que ça peut être fluctuant.
02:44Fluctuant.
02:45Vous commencez, Pierre Valentin, votre livre par des chiffres sans équivoque,
02:48des taux d'hospitalisation en psychiatrie qui ont augmenté de manière spectaculaire chez les jeunes,
02:53tout comme le nombre d'épisodes dépressifs caractérisés.
02:56Caractérisés, dites-vous, vous dites que ce qui unit la génération Z,
03:00c'est-à-dire les moins de 30 ans, dont vous faites partie, vous avez quel âge ?
03:0328 ans.
03:0328 ans.
03:05C'est la crise de la santé mentale qu'elle traverse, c'est-à-dire ?
03:08C'est devenu, en fait, tragiquement, son ciment identitaire commun.
03:12Parce qu'en effet, quand on est...
03:13Alors, Santé publique France donnait déjà plus de 20% ces dernières années
03:17chez les jeunes qui souffriraient de dépression,
03:20et les instituts Montaigne et Terram, plus récemment,
03:23à partir du test PHQ-9 standardisé,
03:26sur plus de 5600 jeunes de 15 à 29 ans,
03:28que 25% d'entre eux, en incluant les Outre-mer,
03:30qui poussent légèrement à la hausse le chiffre,
03:33seraient en dépression.
03:33Donc là, évidemment, on est sur un fait social total dans cette génération,
03:36et évidemment, c'est une crise réelle,
03:38qu'on soit d'accord là-dessus,
03:39et on partage évidemment tous ici le même objectif,
03:41qui est de faire baisser ces chiffres et que ces jeunes aillent mieux.
03:44Moi, le seul point d'attention que j'apporte,
03:47c'est d'admettre,
03:48ça va paraître très contre-intuitif,
03:49et peut-être que d'autres sauteront au plafond également,
03:51que la déstigmatisation peut aller trop loin.
03:54Je ne dis pas que c'est le cas nécessairement aujourd'hui en France.
03:56Qu'est-ce qu'on appelle la déstigmatisation, Pierre-Valentin ?
03:57Disons qu'il y a les partisans d'une thèse
03:59que j'ai résumée dans l'ouvrage comme étant
04:00la thèse sensibilisation-déstigmatisation.
04:03Donc il faut sensibiliser les jeunes au sujet de la santé mentale,
04:06et déstigmatiser les sujets,
04:07et après tout irait mieux.
04:10Déstigmatiser, c'est-à-dire ?
04:11Parlez concrètement.
04:12C'est-à-dire ?
04:13Ça n'est plus une honte d'être en dépression,
04:15ça n'est plus tabou,
04:15il faut en parler le plus possible, etc.
04:17De dire qu'on souffre de santé mentale,
04:18la maladie mentale n'est plus quelque chose à cacher,
04:21mais au contraire, on peut vivre avec,
04:22on peut le montrer.
04:23Et je pense que typiquement,
04:24pour nuancer déjà,
04:26la génération de nos grands-parents,
04:27pour nombre d'entre eux,
04:27étaient sans doute dans ce paradigme-là.
04:30C'est-à-dire ?
04:30Dans ce paradigme de ne pas vouloir parler de leurs problèmes,
04:33de les enfouir, etc.
04:34Et que ça pouvait être source de mal-être.
04:38Fait-il dans autre chose aux Etats-Unis.
04:40Et c'est pour ça que j'essaie d'alerter en disant,
04:41aux Etats-Unis,
04:42on a une culture thérapeutique,
04:43je pourrais l'étayer avec plein de chiffres si vous voulez,
04:45qui est beaucoup plus forte,
04:46en n'en donnant qu'un,
04:48le hashtag Mental Health sur TikTok,
04:49donc santé mentale,
04:50il y a déjà plus de deux ans,
04:52avait dépassé les 100 milliards de vues.
04:53Mais quel est le problème ?
04:55Alors, je vais vous expliquer.
04:56Le problème, c'est que,
04:58c'est ce que citait l'historien Christopher Lach
05:00il y a plusieurs décennies,
05:01quand vous dites à un jeune,
05:03vous n'êtes pas coupable,
05:04et qu'on cherche à le déculpabiliser par rapport à ce sujet,
05:06on lui dit aussi,
05:07vous n'êtes pas capable.
05:08Quand on lui dit,
05:09vous n'y êtes pour rien,
05:10on lui dit aussi,
05:11vous ne pouvez rien y faire.
05:12Ce n'est pas évident.
05:13C'est-à-dire qu'il y a aussi ce phénomène
05:15que les sociologues décrivent,
05:16qui est l'extra-détermination,
05:17le sentiment d'être déterminé par l'extérieur
05:19et de ne pas être maître de son destin,
05:20qui fait partie des facteurs prédicifs de dépression.
05:22Il y a beaucoup de choses dans ce que vous dites,
05:23Pierre Valentin,
05:24Karine Chevreul.
05:25Est-ce que quand on dit à un jeune,
05:27tu es en dépression,
05:28et tu peux le dire haut et fort,
05:30je suis en dépression,
05:31est-ce qu'on lui dit,
05:32tu n'es pas coupable ?
05:33Et est-ce qu'on le déresponsabilise ?
05:35Oui, je pense qu'il faut faire une distinction
05:37entre déculpabilisation et déresponsabilisation totale.
05:41C'est-à-dire que quelque part,
05:42on peut lui dire,
05:43effectivement,
05:44tu as vécu des événements
05:45qui peuvent influencer ta santé mentale,
05:48des événements familiaux,
05:50des événements de vie,
05:51et être exposé par exemple
05:52à des situations de précarité,
05:54où on est en errance,
05:55où on n'a pas de logement et autres,
05:57on peut lui dire,
05:58oui, tu n'es pas coupable,
05:59tu n'es pas coupable d'avoir été victime de violences.
06:01Par contre,
06:02ce n'est pas une façon de lui dire,
06:03tu n'es responsable d'absolument rien
06:05de ce qui va t'arriver par la suite,
06:07et nous allons te soigner.
06:08Parce que je pense que ce qui est important
06:10de distinguer,
06:11c'est santé mentale
06:12et maladie mentale
06:14et psychiatrie.
06:15D'accord ?
06:15Et pour le coup,
06:16quand on est dans une situation sociale
06:18qui fait qu'on va aller un petit peu mal,
06:20qu'on va avoir du mal
06:21à endosser un certain stress,
06:23effectivement,
06:23on peut aussi informer,
06:25éduquer sur la santé mentale,
06:27prévenir sur ce que sont les ressources,
06:28les choses qu'on peut faire pour soi,
06:29et ce n'est pas une façon
06:30de déresponsabiliser les gens.
06:32Donc, ça vous choque
06:32ce que dit Pierre Valentin ?
06:34Moi, ça m'interroge beaucoup,
06:35je peux vous dire.
06:36Allez-y, Pierre Valentin.
06:37J'essaie d'identifier dans l'ouvrage
06:39six causes culturelles profondes
06:40de la crise de la santé mentale des jeunes.
06:42On ne va pas tous les faire,
06:43mais en tout cas,
06:43c'est des causes culturelles
06:44qui me paraissent profondes
06:46et très durables.
06:48quand, aux Etats-Unis,
06:49on a une multiplication par quatre
06:52du nombre d'adhérents
06:53à la American Psychological Association,
06:54donc ceux qui sont de la société
06:56psychologique américaine principale,
06:58de 46 à 1960,
06:59multiplication par quatre,
07:00donc beaucoup plus de psys,
07:01d'experts, etc.
07:02De 70 à 95,
07:03on a encore une multiplication par quatre.
07:05Donc, on verra une explosion là-dessus.
07:06De 86 à aujourd'hui,
07:08chaque décennie aux Etats-Unis
07:09avait une multiplication par deux
07:11des dépenses liées à la santé mentale.
07:13Pour autant, aujourd'hui,
07:14c'est le pays qui connaît
07:15une crise encore plus puissante
07:17que la nôtre.
07:18Donc, moi, ce que j'essaie de dire,
07:19c'est que ça n'a pas marché pour eux,
07:21cette approche-là.
07:22Ça ne marchera pas pour nous.
07:23A priori, je ne vois pas pourquoi
07:24ça marcherait pour nous.
07:25Mais moi, j'ai une question toute bête.
07:26Ce n'est pas une bonne nouvelle
07:27d'avoir beaucoup plus de jeunes
07:29en dépression ?
07:30Je veux dire,
07:30ce n'est pas une bonne nouvelle.
07:31Je vous pose bêtement la question
07:33à l'un et à l'autre,
07:36une bonne nouvelle au sens
07:37« enfin, on peut le dire »,
07:39« enfin, on le diagnostique »,
07:40« enfin, on le soigne »,
07:41« enfin, on l'admet »,
07:43« enfin, ça a une place
07:44dans le débat public
07:44et dans la vie sociale ».
07:47Je pense qu'il y a deux façons
07:48de le voir.
07:49Effectivement, on peut se dire
07:50le fait qu'enfin on le dise,
07:52le fait qu'enfin on puisse le dire,
07:55effectivement, c'est une bonne nouvelle.
07:56Mais c'est quand même
07:57à désimbriquer du fait
07:58qu'effectivement,
07:59il y a plus de tentatives de suicide
08:00et on ne se dit pas
08:01« enfin, je peux me suicider ».
08:02D'accord ?
08:03Donc, pour le coup,
08:04il y a l'expression,
08:05il y a l'hospitalisation
08:07et les deux doivent certainement
08:09faire qu'on voit
08:10une augmentation du nombre.
08:11Mais on ne peut pas ignorer
08:12quand même qu'on ne parle
08:14pas seulement de mal-être,
08:15on parle réellement
08:16de psychiatrisation.
08:18Et donc là,
08:19c'est un diagnostic qui est clinique
08:20et je veux en revenir.
08:22Et c'est allié au fait que...
08:23Donc on est quand même
08:23très très loin
08:24de l'effet de mode
08:24que sous-entend Pierre-Valentin
08:26parce que vous parlez
08:27de hashtag sur TikTok
08:28comme si c'était contagieux,
08:29comme si c'était un effet de mode,
08:31comme si c'était
08:32chouette, cool et glam
08:33de se déclarer
08:35en mental health.
08:36Dans le contexte anglophone,
08:37ça l'est
08:38et nous sommes en train
08:38de prendre cette direction-là.
08:40Franchement, vraiment ?
08:41Je vous assure,
08:41le psychologue américain
08:42Jonathan Haidt
08:43rappelle que
08:44quand vous prenez
08:45une jeune femme,
08:45ça marche moins
08:46avec les jeunes hommes,
08:47vous prenez une jeune femme
08:47qui est en dépression,
08:48vous la déposez
08:48dans un contexte social donné,
08:50tous ses proches
08:51ont d'un seul coup
08:52142% plus de chances
08:53de tomber en dépression
08:54eux aussi.
08:55Si en plus de ça,
08:55vous lui dites
08:56le plus important
08:57dans votre identité,
08:58c'est d'en parler
08:59le plus possible
08:59autour de vous,
09:00ça va de soi
09:01qui a une part autoréalisatrice.
09:02C'est-à-dire qu'aux Etats-Unis,
09:03il y a un sondage fascinant
09:04qui a été fait
09:04qui montre que là,
09:05on bascule de
09:06je gère un trouble
09:07et ce trouble devient
09:09part de mon identité,
09:09ce qui est autre chose.
09:10On a posé la question
09:11aux zoomers américains,
09:12donc la génération Z américaine,
09:14est-ce que vous êtes d'accord
09:15avec l'affirmation suivante ?
09:16Les troubles liés,
09:17les défis liés
09:18à la question de la santé mentale
09:19sont parties intégrantes
09:20de mon identité.
09:21Chez la génération du baby boom,
09:22on est à entre 20 et 30%.
09:23Chez les jeunes femmes
09:24de la génération Z américaine,
09:25on est à 72%.
09:27C'est-à-dire qu'on les encourage
09:27à s'identifier à un trouble.
09:29On encourage les jeunes
09:30à s'identifier à un trouble.
09:31Aux Etats-Unis,
09:32et on prend cette direction-là
09:33en France.
09:33Oui, alors après,
09:34aux Etats-Unis peut-être,
09:35mais on est bien d'accord
09:37qu'en fait,
09:38toute crise morale ou autre
09:39comme vous la décrivez,
09:40ça dépend de la culture.
09:42Bien sûr.
09:42Ça dépend tout à fait du concept.
09:43Tout à fait.
09:44Pour le coup,
09:45ce qu'on peut se dire,
09:45c'est qu'effectivement,
09:47avant, on était dans la honte.
09:48D'ailleurs, c'est ce qu'on montre
09:49dans notre étude.
09:50Est-ce que quand t'es pas bien,
09:51tu en parles ?
09:57On ne sait pas à qui en parler.
09:58Et ce dont vous parlez,
09:59c'est que d'un seul coup,
10:00on a quelqu'un qui dit
10:02« Moi, j'ai pas honte
10:02de vous le dire.
10:04J'ai pas honte de vous le dire. »
10:05Et les autres se disent
10:05« Mince, c'est quelqu'un de bien.
10:07Peut-être que moi non plus,
10:08j'ai pas honte. »
10:08Et ça ne veut pas dire
10:09qu'on a généré chez lui
10:10du mal-être.
10:11C'est une révélation.
10:12Et je pense que c'est pour ça
10:13qu'il n'y a pas de contagion,
10:14il n'y a pas de contamination,
10:15il n'y a pas d'effet de mode.
10:17Alors, on ne peut pas dire
10:18exposer vous-même
10:19à des gens
10:20qui révèlent
10:21leur tentative de suicide,
10:22leur mal-être et tout ça,
10:23ça peut vous rendre mal
10:24vous mettre, même.
10:25Et pour le coup,
10:26on parle,
10:26moi, la génération
10:27dont je parle,
10:28c'est les adolescents
10:29et les jeunes adultes.
10:30Et c'est une classe d'âge
10:32où effectivement,
10:33on peut être très sensible
10:35au mal-être de l'autre.
10:36Donc, ce n'est pas vrai.
10:36On n'y est plus sensible
10:37et ça peut nous rendre mal.
10:39Mais ce n'est pas pour ça
10:39qu'en fait,
10:40on se dit
10:40« Ah, c'est une contagion sociale. »
10:42à des difficultés
10:43de diagnostic,
10:44à des difficultés
10:45de repérage,
10:47à des difficultés
10:47de symptômes cliniques,
10:49à des difficultés
10:50de soins.
10:51Alors oui,
10:51mais je vais terminer
10:52sur ce que je voulais dire.
10:53C'est en fait,
10:53ça peut nous rendre mal,
10:54mais ce n'est pas pour ça
10:55qu'on n'a pas les ressources.
10:56On a tous des mauvaises nouvelles.
10:57Ce n'est pas pour ça
10:58qu'on n'a pas les ressources
10:59pour se dire
10:59« Oui, je vais quand même bien aider. »
11:01On est toujours
11:02face à des difficultés
11:04de soins
11:04puisqu'effectivement,
11:05si on prend le continuum
11:06de la santé mentale,
11:08il y a...
11:08J'ai des...
11:10En fait, j'ai un trouble
11:12commis à des choses
11:13qui sont soit stressantes,
11:15soit qui vont me rendre triste
11:16et je vais réussir
11:17à m'adapter ou pas.
11:19Et puis ensuite,
11:19à un moment,
11:19je ne m'adapte plus
11:20et là, je vais pouvoir
11:21faire une dépression
11:22ou avoir une vraie
11:23pathologie mentale.
11:24Cher Valentin,
11:24quand on est dans
11:25la pathologie mentale,
11:26on peut avoir
11:27des difficultés
11:28d'accès aux soins.
11:28Vous, vous pointez
11:29une dérive du langage.
11:30Vous dites les mots
11:31M-O-T-S
11:35ont changé
11:36et c'est symptomatique
11:38de l'approche
11:38des mots M-A-U-X.
11:39Oui,
11:40les seuls mots
11:41qui nous restent
11:42pour nommer nos problèmes
11:43sont psychiatriques
11:44ou psychologiques
11:45et on n'a plus
11:45le langage moral.
11:46Alors,
11:46le langage moral,
11:47on ne l'aime pas
11:47parce qu'il peut être humiliant,
11:49il nous juge
11:50et on peut le trouver dégradant.
11:51Néanmoins,
11:51il présuppose le libre-arbitre
11:52de la personne
11:53à laquelle on s'adresse.
11:54Tandis que le langage
11:56psychologisant,
11:57pathologisant,
11:58présuppose l'absence
11:58de libre-arbitre
11:59de l'individu
12:00auquel on s'adresse.
12:00Mais quelle absence
12:01de libre-arbitre ?
12:02Parce que c'est quelque chose
12:03qui lui arrive
12:03et dont il ne peut pas
12:04s'en sortir
12:11c'est une page
12:13interminable
12:13dans laquelle
12:14on mentionne
12:15le rôle des inégalités,
12:16le rôle de l'enseignement,
12:17on rajoute que c'est
12:17un droit fondamental
12:18de tout être humain
12:19et en fait,
12:20au fur et à mesure,
12:20on se rend compte
12:20que c'est une définition
12:21de la vie en commun
12:22qui est donnée par l'OMS
12:22sauf qu'on l'appelle santé.
12:23Qu'est-ce que ça change ?
12:24Si on parle de la vie en commun,
12:26on parle de la politique
12:26au sens noble,
12:27ça veut dire que tout le monde
12:28a son mot à dire.
12:29Si on parle de santé mentale,
12:30on parle d'un transfert
12:31de compétences du peuple
12:32vers des experts.
12:33Donc vous remettez en question
12:34la notion même
12:35de santé mentale ?
12:36Non, je dis que c'est
12:36une notion floue
12:37et Alain Ehrenberg
12:38il y a plus de 20 ans
12:39qui disait déjà
12:40qu'avec la santé mentale
12:41on ne doit pas
12:42de quand on parle
12:42car on parle de tout.
12:43C'était Ehrenberg en 2004.
12:44Oui, peu importe.
12:46En fait,
12:46ce dont vous parlez
12:47c'est une confusion
12:48entre la psychiatrie,
12:50la pathologie mentale
12:51et la santé mentale.
12:53Et là, en fait,
12:53on ne parle pas du tout
12:54de la même chose.
12:55C'est la culture
12:55dans laquelle nous baignons.
12:56Les spécialistes du monde médical
12:58ne demandent pas justement
12:59à parler de santé mentale
13:01en général.
13:02Eux, ce qu'ils veulent prendre
13:03c'est en compte
13:04les pathologies mentales
13:05qui peuvent être liées
13:06au fait qu'on ne parle pas
13:07de la dépression
13:08je me sens déprimée.
13:09Là, il y a une confusion.
13:10Eux, ils veulent parler
13:11en fait des psychoses
13:12des troubles du neurodéveloppement
13:14et autres
13:14qui sont beaucoup plus
13:15diagnostiqués
13:16et qui veulent...
13:17Pierre Valentin
13:18vous n'êtes pas
13:18dans un discours
13:19extrêmement rétrograde
13:21où en gros
13:22on prend les jeunes
13:23on les secoue
13:23on leur dit
13:24de se sortir les doigts
13:26et de leur dire
13:26allez, allez, allez
13:27on se bouge
13:27faites des efforts
13:28vous êtes responsables
13:29prenez votre destin en main.
13:30Ce qu'on entendait
13:32comment dire
13:32il y a quelques décennies
13:33et on est bien content
13:34d'être sortis ?
13:35Alors, je voulais juste
13:36vous lire
13:39des questionnaires
13:39dits préventifs
13:40que l'on met
13:41à des jeunes adolescents
13:42aux Etats-Unis
13:43et je veux juste arracher
13:44Oui, mais sortons
13:44des Etats-Unis !
13:45Mais c'est la direction
13:46que nous prenons
13:47Mais comment vous le savez ?
13:48C'est notre avenir
13:48Mais comment vous le savez ?
13:49C'est la direction que nous prenons
13:50Mais non, je ne suis pas d'accord
13:50Mais on a une culture thérapeutique
13:51qui se développe en France
13:52Alors, à des élèves de 14 ans
13:54ou plutôt prononcées
13:56à des élèves de 11 à 13 ans
13:57on leur pose la question
13:57dans des établissements américains
14:00Au cours de l'année écoulée
14:01avez-vous fait quelque chose
14:02pour vous blesser volontairement
14:03sans souhaiter mourir
14:04comme vous coupez
14:05ou vous prûlez volontairement ?
14:06Avez-vous déjà pensé sérieusement
14:07à vous suicider ?
14:08Avez-vous déjà planifié
14:09la manière dont vous suicideriez ?
14:10Poussons ces logiques à bout
14:11Pourquoi est-ce qu'on n'en donnerait pas
14:12ce questionnaire
14:13toutes les semaines ?
14:14Pourquoi pas tous les jours ?
14:15Pourquoi de 11 à 13 ans ?
14:16Pourquoi pas à 6 ans ?
14:17Pourquoi pas à des enfants ?
14:17Donc, faire de la prévention
14:18ou faire de la détection
14:19c'est inciter un jeune
14:20à se suicider ?
14:21On donne un jeune
14:23C'est de la mesure préventive
14:24Mais à quel moment
14:25est-ce que ça finit
14:26par avoir un effet sur l'enfant ?
14:27On lui dit implicitement
14:28que c'est la norme autour de lui
14:29ça n'est pas rien
14:30Malaise dans la génération Z
14:31Lisez cet essai
14:33qui fait couler de l'encre
14:34et qui fait hurler beaucoup psy
14:36c'est paru chez Gallimard
14:38et c'est Pierre Valentin
14:39qui le signe
14:40Karine Chevreul
14:40Merci d'avoir débattu
14:42ce matin au micro de France Inter
14:43Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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