00:007h50 sur Inter et face à vous Benjamin Duhamel, le directeur de Sciences Po.
00:05Bonjour Louise Vassy.
00:06Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:09Au lendemain des premiers résultats de Parcoursup, vous nous direz dans un instant si Sciences Po attire toujours autant et
00:14surtout quel type de profil.
00:15Mais avant cela, si l'on a parlé de Sciences Po et de vous ces dernières semaines, c'est pour
00:19le début de contestation dont vous faites l'objet.
00:21Plusieurs articles de presse ont fait état d'accusation de votre gouvernance qui serait trop verticale,
00:26de votre volonté présumée de mettre au pas les sciences sociales.
00:29Ils veulent sa peau à carrément titrer le Figaro.
00:32C'est le retour de la crise à Sciences Po, Louise Vassy ?
00:35Je ne crois vraiment pas.
00:37Sciences Po a connu des crises par le passé, y compris d'ailleurs au moment où j'ai été élu
00:42à sa tête.
00:43Et d'ailleurs, je pense que France Inter, comme toute la presse française, en avait abondamment rendu compte.
00:48Aujourd'hui, il y a des débats à Sciences Po et c'est très sain et très normal.
00:52Mais on ne peut pas dire qu'il y a une crise.
00:54Mais à vrai dire, les indicateurs sont tous au vert.
00:57Il y a des débats qui se retrouvent dans la place publique avec des critiques émises dans la presse.
01:00C'est la beauté de Sciences Po.
01:02Tout ce qui s'y passe, évidemment, fait l'objet d'une couverture nationale.
01:06C'est la rançon du succès.
01:07J'ai décidé de le prendre comme ça et j'invite les étudiants et les enseignants et les salariés de
01:11Sciences Po à le prendre comme ça.
01:13Mais cela dit, les choses vont quand même bien.
01:15Les classements internationaux pour Sciences Po sont absolument fantastiques.
01:19On est quand même la troisième université mondiale en sciences politiques.
01:22L'attractivité étudiante et des professeurs du monde entier est très forte.
01:26Quand Zelensky, président ukrainien, choisit une université, une seule, pour venir parler à la jeunesse européenne, c'est Sciences Po.
01:33Ils seront à Sciences Po juste après être passé dans le studio de France Inter.
01:36Mais là, ici, la question, Louise Vassy, n'est pas tant la qualité académique de Sciences Po que les débats
01:42politiques qu'il peut y avoir.
01:43Il y a un événement qui a cristallisé les critiques.
01:45Mi-avril, un peu moins de 80 étudiants occupent un amphithéâtre pour protester contre la loi Yadant, dite contre les
01:49formes renouvelées de l'antisémitisme.
01:51Et vous décidez, vous, Louise Vassy, de faire intervenir les forces de l'ordre pour les déloger.
01:54Ce qui vous a notamment valu une lettre de 145 professeurs et chercheurs qui protestent contre, je cite,
02:00« une volonté de criminaliser ce qui relève d'une longue tradition dans les établissements d'enseignement supérieur ».
02:04Vous dirigez Sciences Po à la Schlag, Louise Vassy ?
02:06Non, certainement pas. Au fond, Sciences Po, c'est d'abord et avant tout un espace de liberté.
02:11Il y a Sciences Po, il faut être concret, 2800 événements par an.
02:15C'est-à-dire que la parole est absolument libre.
02:16D'ailleurs, nous autorisons même les événements dans lesquels certains étudiants planifient les futurs blocages.
02:22Donc vous voyez qu'on est quand même vraiment très ouvert.
02:23Et donc un espace de liberté, c'est d'envoyer les forces de l'ordre pour déloger des étudiants qui
02:27font un sit-in dans un amphithéâtre ?
02:28Alors là, il faut être vraiment très concret sur ce qui s'est passé.
02:30De quoi parle-t-on ?
02:31On parle d'un professeur de finances publiques qui a commencé son cours et qui se voit sorti de son
02:37cours,
02:38alors qu'il demande expressément à pouvoir le tenir, il en est sorti et empêché.
02:43Alors est-ce que l'entrave à la liberté d'expression est du côté de ceux qui empêchent l'enseignant
02:49d'enseigner ?
02:50Ou est-ce qu'elle est du côté de celui qui restitue l'amphithéâtre à l'enseignement ?
02:54Je pense que poser la question, c'est y répondre.
02:56Mais cela dit, c'est un débat de fond qui est tout à fait légitime et que je suis prêt
02:59à avoir.
02:59Et donc les forces de l'ordre peuvent rentrer dans des universités, dans Sciences Po, ce n'est pas un
03:03sanctuaire ?
03:04Non, c'est toujours évidemment, disons, mauvais que les forces de l'ordre entrent.
03:11Et une forme d'échec collectif, ça va de soi.
03:14Bien sûr qu'on veut d'abord régler les choses par le dialogue.
03:17Mais en l'occurrence, les étudiants qui étaient réunis ont refusé le dialogue avec l'administration.
03:22D'ailleurs, le premier vote qu'ils ont tenu en Assemblée Générale dans l'amphi a été de refuser toute
03:27forme de dialogue avec l'administration.
03:29Et c'est vrai qu'à la fin, pour qu'il y ait de la liberté d'expression, il faut
03:33que les espaces soient restitués à la communauté.
03:35Je ne sais pas, Louis Vassi.
03:36Et si d'ailleurs, je sais, puisque vous lui avez répondu, vous avez sans doute vu sur les réseaux sociaux
03:40ce commentaire d'un député insoumis, Thomas Porte, qui dit la chose suivante.
03:43Louis Vassi est le chien de garde de la Macronie qui mène la chasse aux étudiants qui soutiennent le peuple
03:47palestinien.
03:48Vous êtes un chien de garde de la Macronie, Louis Vassi ?
03:50Vous savez, quand je vois ça, et la violence honnêtement des propos qui sont tenus à mon égard, on parle
03:55quand même de Vassi génocidaire, Vassi assassin, Vassi a du sang sur les mains.
04:00Je ne m'inquiète vraiment pas pour moi, mais je m'inquiète vraiment pour la salubrité du débat public.
04:07Attaquer un directeur d'établissement d'enseignement supérieur avec une telle virulence, du fait des décisions qu'il prend, c
04:13'est objectivement s'en prendre à l'autonomie des établissements d'enseignement supérieur.
04:17Quand la politique attaque la science, je pense que c'est toujours très mauvais pour la démocratie, et donc j
04:23'appelle franchement chacun à rester serein, à conserver son calme.
04:27Pour ma part, je ne fais pas de politique, mais je m'inquiète quand la politique attaque l'université.
04:32On reproche, Louise Vassi, de faire de la politique, quand à ce même micro, vous disiez au moment de votre
04:37nomination, on recrute les étudiants les plus compétents, pas les plus militants.
04:41Certains ont interprété ça comme une façon de dire, au fond, la fête est finie à Sciences Po.
04:46Non, d'abord, la fête n'est vraiment pas finie à Sciences Po, l'ambiance est excellente, il y a
04:50une vie associative absolument remarquable, et on a des étudiants, c'est vrai, totalement exceptionnel.
04:56Vous savez, je me balade du fait de mes fonctions pour voir mes homologues aux Etats-Unis, en Chine, et
05:01partout, un message, vos étudiants sont les meilleurs.
05:04Et ils sont les meilleurs du fait de leur niveau, mais aussi du fait de leur capacité de créativité et
05:10d'action collective.
05:11Donc non, on ne fait pas de politique. Sciences Po, ça n'est ni de droite ni de gauche, c
05:16'est un endroit excellent, et c'est ça ma ligne de conduite, et j'entends continuer à la mener.
05:21Un mot encore avant de parler de Parcoursup. En novembre 2024, vous aviez interdit une conférence de Rima Hassan à
05:26Sciences Po, décision qui avait d'ailleurs été validée par la justice administrative.
05:30Est-ce que si Jean-Luc Mélenchon veut venir faire une conférence à Sciences Po, il est le bienvenu ?
05:34Mais Jean-Luc Mélenchon est déjà venu à Sciences Po, de même que Manuel Bompard et Clémence Guettet.
05:39L'interdiction de la venue de cette personnalité politique n'avait rien à voir avec le fond des propos qu
05:46'elle tient.
05:46La liberté à Sciences Po est totale, on peut tenir toutes les positions qu'on souhaite, même radicales.
05:52En revanche, quand on appelle les étudiants à se soulever et à commettre des désordres, évidemment il y a un
05:58risque pour l'ordre public.
06:00Donc tous les responsables politiques en vue de 2027 sont les bienvenus à Sciences Po, s'ils veulent venir faire
06:05une conférence, répondre aux questions des étudiants ?
06:07J'espère bien, c'est-à-dire qu'on est quand même l'école qui travaille sur la politique.
06:12Nous ne sommes pas nous-mêmes un objet politique, mais nous travaillons sur la politique.
06:15Donc si la politique ne peut pas venir débattre à Sciences Po, c'est un problème.
06:19Et ça rejoint le sujet de la libération des amphis.
06:23Nul n'est propriétaire des espaces communs, mais tout le monde peut les utiliser.
06:26Louis Vassi, hier soir les lycéens en terminale ont vu tomber les premiers résultats de Parcoursup.
06:31On sait à quel point ça peut être des moments angoissants pour eux, pour leur famille.
06:34Est-ce que Sciences Po est toujours aussi attractif ou est-ce que vous avez payé les critiques, les polémiques
06:40de ces dernières années ?
06:41Alors Sciences Po est non seulement toujours attractive, mais je dirais que Sciences Po est plus attractive que jamais.
06:47Et je le dis pour ceux d'entre nous autour de la table, nous sommes quelques-uns qui ont fait
06:51Sciences Po.
06:52Je dois dire que c'est beaucoup plus difficile d'entrer à Sciences Po aujourd'hui que pour notre génération.
06:58Notamment parce que les classes prépa sont un peu moins populaires qu'elles n'ont pu l'être par le
07:02passé.
07:02Et donc je pense que la journée d'hier pour nous, c'est presque une des plus belles journées.
07:08Parce que bien sûr, il y aura des déceptions, mais on sait aussi qu'il y a à peu près
07:111300 étudiants qui ont reçu un mail en disant qu'ils étaient admis à Sciences Po.
07:15J'imagine la joie qui est associée au fait de recevoir ce mail.
07:18Et c'est une joie qui est normale, parce qu'en réalité à Sciences Po, on va changer la vie
07:23des gens.
07:23Et dans les profils, il y a eu un certain nombre d'ouvertures, notamment depuis la politique opérée par Richard
07:29Descoings.
07:29Mais il y a toujours cette image d'une école réservée aux élites, réservée à des catégories sociales les plus
07:37favorisées.
07:38Est-ce que parmi ces 1300 qui ont reçu ce mail en disant qu'ils étaient admis à Sciences Po,
07:41est-ce que ça vient confirmer ou infirmer ce biais ?
07:44Vous savez, Sciences Po, ce n'est pas l'école de l'élite, c'est l'école du mérite.
07:48Et je vais vous dire pourquoi.
07:50Je regarde les dossiers.
07:51Il se trouve que, comme j'aime bien mettre les mains dans le cambouis, j'en ai regardé 200 personnellement.
07:55Et donc j'ai regardé hier si l'un des dossiers que j'avais vu a été admis.
07:59Et donc Juliette dans la Nièvre, elle est tout simplement, si elle nous écoute, surtout il faut confirmer son choix
08:05et venir à Sciences Po.
08:05Elle était première tous les trimestres dans toutes les matières, environ à 19.
08:09Donc c'est ça vraiment Sciences Po, si vous voulez.
08:12Et oui, nous avons une politique d'ouverture sociale.
08:14Elle est extrêmement forte.
08:15Je rappelle qu'il y a plus de boursiers à Sciences Po que dans la moyenne des universités parisiennes, qui
08:20parfois sont moins sélectives que nous.
08:22Louis Vessy, pour terminer, je voudrais aussi qu'on parle des étudiants étrangers.
08:25Oui.
08:25Ce qui est un phénomène intéressant, c'est qu'il y a une hausse importante des étudiants étrangers, et en
08:30particulier des étudiants américains.
08:32Donc vous dites merci Donald Trump ?
08:34Alors je dis que quand la situation internationale est troublée, c'est à Sciences Po qu'on vient trouver refuge.
08:41Et ça prouve, je crois, qu'on va assez bien, en effet.
08:44Enfin là, il y a un phénomène spécifique, visiblement, d'étudiants qui, compte tenu du climat, notamment dans les universités
08:50américaines,
08:52trouvent une forme d'exil à Sciences Po ?
08:54Bien sûr, et parfois c'est des étudiants américains, c'est parfois des étudiants d'autres nationalités qui ne veulent
09:00plus aller aux Etats-Unis.
09:01Et quand vous commencez à reconsidérer vos choix, Sciences Po arrive très vite grâce à l'investissement que cette institution
09:07a fait bien avant moi, d'ailleurs,
09:08qui est celui de l'internationalisation.
09:10Et donc, en termes de chiffres, c'est quoi pour les étudiants américains ?
09:13Alors on est à 33% d'augmentation, toute nationalité confondue, et en effet 50% d'augmentation pour les
09:17Américains.
09:17Et c'est un gros chiffre, parce que la particularité de Sciences Po, c'est que les Américains, c'est
09:20la première nationalité étrangère.
09:22Merci beaucoup, Louis Vassy, patron de Sciences Po, d'être venu beaucoup d'inter.
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