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  • il y a 9 minutes
Luis Vassy, directeur de Sciences Po (Paris), est l'invité de la matinale de France Inter. Très contesté après avoir accepté l'intervention de la police pour évacuer un amphithéâtre occupé par des étudiants opposés à la loi Yadan contre "les nouvelles formes d'antisémitisme", il assure que son institut d'études politiques "ne fait pas de politique". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-03-juin-2026-7108840
Transcription
00:007h50 sur Inter et face à vous Benjamin Duhamel, le directeur de Sciences Po.
00:05Bonjour Louise Vassy.
00:06Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:09Au lendemain des premiers résultats de Parcoursup, vous nous direz dans un instant si Sciences Po attire toujours autant et
00:14surtout quel type de profil.
00:15Mais avant cela, si l'on a parlé de Sciences Po et de vous ces dernières semaines, c'est pour
00:19le début de contestation dont vous faites l'objet.
00:21Plusieurs articles de presse ont fait état d'accusation de votre gouvernance qui serait trop verticale,
00:26de votre volonté présumée de mettre au pas les sciences sociales.
00:29Ils veulent sa peau à carrément titrer le Figaro.
00:32C'est le retour de la crise à Sciences Po, Louise Vassy ?
00:35Je ne crois vraiment pas.
00:37Sciences Po a connu des crises par le passé, y compris d'ailleurs au moment où j'ai été élu
00:42à sa tête.
00:43Et d'ailleurs, je pense que France Inter, comme toute la presse française, en avait abondamment rendu compte.
00:48Aujourd'hui, il y a des débats à Sciences Po et c'est très sain et très normal.
00:52Mais on ne peut pas dire qu'il y a une crise.
00:54Mais à vrai dire, les indicateurs sont tous au vert.
00:57Il y a des débats qui se retrouvent dans la place publique avec des critiques émises dans la presse.
01:00C'est la beauté de Sciences Po.
01:02Tout ce qui s'y passe, évidemment, fait l'objet d'une couverture nationale.
01:06C'est la rançon du succès.
01:07J'ai décidé de le prendre comme ça et j'invite les étudiants et les enseignants et les salariés de
01:11Sciences Po à le prendre comme ça.
01:13Mais cela dit, les choses vont quand même bien.
01:15Les classements internationaux pour Sciences Po sont absolument fantastiques.
01:19On est quand même la troisième université mondiale en sciences politiques.
01:22L'attractivité étudiante et des professeurs du monde entier est très forte.
01:26Quand Zelensky, président ukrainien, choisit une université, une seule, pour venir parler à la jeunesse européenne, c'est Sciences Po.
01:33Ils seront à Sciences Po juste après être passé dans le studio de France Inter.
01:36Mais là, ici, la question, Louise Vassy, n'est pas tant la qualité académique de Sciences Po que les débats
01:42politiques qu'il peut y avoir.
01:43Il y a un événement qui a cristallisé les critiques.
01:45Mi-avril, un peu moins de 80 étudiants occupent un amphithéâtre pour protester contre la loi Yadant, dite contre les
01:49formes renouvelées de l'antisémitisme.
01:51Et vous décidez, vous, Louise Vassy, de faire intervenir les forces de l'ordre pour les déloger.
01:54Ce qui vous a notamment valu une lettre de 145 professeurs et chercheurs qui protestent contre, je cite,
02:00« une volonté de criminaliser ce qui relève d'une longue tradition dans les établissements d'enseignement supérieur ».
02:04Vous dirigez Sciences Po à la Schlag, Louise Vassy ?
02:06Non, certainement pas. Au fond, Sciences Po, c'est d'abord et avant tout un espace de liberté.
02:11Il y a Sciences Po, il faut être concret, 2800 événements par an.
02:15C'est-à-dire que la parole est absolument libre.
02:16D'ailleurs, nous autorisons même les événements dans lesquels certains étudiants planifient les futurs blocages.
02:22Donc vous voyez qu'on est quand même vraiment très ouvert.
02:23Et donc un espace de liberté, c'est d'envoyer les forces de l'ordre pour déloger des étudiants qui
02:27font un sit-in dans un amphithéâtre ?
02:28Alors là, il faut être vraiment très concret sur ce qui s'est passé.
02:30De quoi parle-t-on ?
02:31On parle d'un professeur de finances publiques qui a commencé son cours et qui se voit sorti de son
02:37cours,
02:38alors qu'il demande expressément à pouvoir le tenir, il en est sorti et empêché.
02:43Alors est-ce que l'entrave à la liberté d'expression est du côté de ceux qui empêchent l'enseignant
02:49d'enseigner ?
02:50Ou est-ce qu'elle est du côté de celui qui restitue l'amphithéâtre à l'enseignement ?
02:54Je pense que poser la question, c'est y répondre.
02:56Mais cela dit, c'est un débat de fond qui est tout à fait légitime et que je suis prêt
02:59à avoir.
02:59Et donc les forces de l'ordre peuvent rentrer dans des universités, dans Sciences Po, ce n'est pas un
03:03sanctuaire ?
03:04Non, c'est toujours évidemment, disons, mauvais que les forces de l'ordre entrent.
03:11Et une forme d'échec collectif, ça va de soi.
03:14Bien sûr qu'on veut d'abord régler les choses par le dialogue.
03:17Mais en l'occurrence, les étudiants qui étaient réunis ont refusé le dialogue avec l'administration.
03:22D'ailleurs, le premier vote qu'ils ont tenu en Assemblée Générale dans l'amphi a été de refuser toute
03:27forme de dialogue avec l'administration.
03:29Et c'est vrai qu'à la fin, pour qu'il y ait de la liberté d'expression, il faut
03:33que les espaces soient restitués à la communauté.
03:35Je ne sais pas, Louis Vassi.
03:36Et si d'ailleurs, je sais, puisque vous lui avez répondu, vous avez sans doute vu sur les réseaux sociaux
03:40ce commentaire d'un député insoumis, Thomas Porte, qui dit la chose suivante.
03:43Louis Vassi est le chien de garde de la Macronie qui mène la chasse aux étudiants qui soutiennent le peuple
03:47palestinien.
03:48Vous êtes un chien de garde de la Macronie, Louis Vassi ?
03:50Vous savez, quand je vois ça, et la violence honnêtement des propos qui sont tenus à mon égard, on parle
03:55quand même de Vassi génocidaire, Vassi assassin, Vassi a du sang sur les mains.
04:00Je ne m'inquiète vraiment pas pour moi, mais je m'inquiète vraiment pour la salubrité du débat public.
04:07Attaquer un directeur d'établissement d'enseignement supérieur avec une telle virulence, du fait des décisions qu'il prend, c
04:13'est objectivement s'en prendre à l'autonomie des établissements d'enseignement supérieur.
04:17Quand la politique attaque la science, je pense que c'est toujours très mauvais pour la démocratie, et donc j
04:23'appelle franchement chacun à rester serein, à conserver son calme.
04:27Pour ma part, je ne fais pas de politique, mais je m'inquiète quand la politique attaque l'université.
04:32On reproche, Louise Vassi, de faire de la politique, quand à ce même micro, vous disiez au moment de votre
04:37nomination, on recrute les étudiants les plus compétents, pas les plus militants.
04:41Certains ont interprété ça comme une façon de dire, au fond, la fête est finie à Sciences Po.
04:46Non, d'abord, la fête n'est vraiment pas finie à Sciences Po, l'ambiance est excellente, il y a
04:50une vie associative absolument remarquable, et on a des étudiants, c'est vrai, totalement exceptionnel.
04:56Vous savez, je me balade du fait de mes fonctions pour voir mes homologues aux Etats-Unis, en Chine, et
05:01partout, un message, vos étudiants sont les meilleurs.
05:04Et ils sont les meilleurs du fait de leur niveau, mais aussi du fait de leur capacité de créativité et
05:10d'action collective.
05:11Donc non, on ne fait pas de politique. Sciences Po, ça n'est ni de droite ni de gauche, c
05:16'est un endroit excellent, et c'est ça ma ligne de conduite, et j'entends continuer à la mener.
05:21Un mot encore avant de parler de Parcoursup. En novembre 2024, vous aviez interdit une conférence de Rima Hassan à
05:26Sciences Po, décision qui avait d'ailleurs été validée par la justice administrative.
05:30Est-ce que si Jean-Luc Mélenchon veut venir faire une conférence à Sciences Po, il est le bienvenu ?
05:34Mais Jean-Luc Mélenchon est déjà venu à Sciences Po, de même que Manuel Bompard et Clémence Guettet.
05:39L'interdiction de la venue de cette personnalité politique n'avait rien à voir avec le fond des propos qu
05:46'elle tient.
05:46La liberté à Sciences Po est totale, on peut tenir toutes les positions qu'on souhaite, même radicales.
05:52En revanche, quand on appelle les étudiants à se soulever et à commettre des désordres, évidemment il y a un
05:58risque pour l'ordre public.
06:00Donc tous les responsables politiques en vue de 2027 sont les bienvenus à Sciences Po, s'ils veulent venir faire
06:05une conférence, répondre aux questions des étudiants ?
06:07J'espère bien, c'est-à-dire qu'on est quand même l'école qui travaille sur la politique.
06:12Nous ne sommes pas nous-mêmes un objet politique, mais nous travaillons sur la politique.
06:15Donc si la politique ne peut pas venir débattre à Sciences Po, c'est un problème.
06:19Et ça rejoint le sujet de la libération des amphis.
06:23Nul n'est propriétaire des espaces communs, mais tout le monde peut les utiliser.
06:26Louis Vassi, hier soir les lycéens en terminale ont vu tomber les premiers résultats de Parcoursup.
06:31On sait à quel point ça peut être des moments angoissants pour eux, pour leur famille.
06:34Est-ce que Sciences Po est toujours aussi attractif ou est-ce que vous avez payé les critiques, les polémiques
06:40de ces dernières années ?
06:41Alors Sciences Po est non seulement toujours attractive, mais je dirais que Sciences Po est plus attractive que jamais.
06:47Et je le dis pour ceux d'entre nous autour de la table, nous sommes quelques-uns qui ont fait
06:51Sciences Po.
06:52Je dois dire que c'est beaucoup plus difficile d'entrer à Sciences Po aujourd'hui que pour notre génération.
06:58Notamment parce que les classes prépa sont un peu moins populaires qu'elles n'ont pu l'être par le
07:02passé.
07:02Et donc je pense que la journée d'hier pour nous, c'est presque une des plus belles journées.
07:08Parce que bien sûr, il y aura des déceptions, mais on sait aussi qu'il y a à peu près
07:111300 étudiants qui ont reçu un mail en disant qu'ils étaient admis à Sciences Po.
07:15J'imagine la joie qui est associée au fait de recevoir ce mail.
07:18Et c'est une joie qui est normale, parce qu'en réalité à Sciences Po, on va changer la vie
07:23des gens.
07:23Et dans les profils, il y a eu un certain nombre d'ouvertures, notamment depuis la politique opérée par Richard
07:29Descoings.
07:29Mais il y a toujours cette image d'une école réservée aux élites, réservée à des catégories sociales les plus
07:37favorisées.
07:38Est-ce que parmi ces 1300 qui ont reçu ce mail en disant qu'ils étaient admis à Sciences Po,
07:41est-ce que ça vient confirmer ou infirmer ce biais ?
07:44Vous savez, Sciences Po, ce n'est pas l'école de l'élite, c'est l'école du mérite.
07:48Et je vais vous dire pourquoi.
07:50Je regarde les dossiers.
07:51Il se trouve que, comme j'aime bien mettre les mains dans le cambouis, j'en ai regardé 200 personnellement.
07:55Et donc j'ai regardé hier si l'un des dossiers que j'avais vu a été admis.
07:59Et donc Juliette dans la Nièvre, elle est tout simplement, si elle nous écoute, surtout il faut confirmer son choix
08:05et venir à Sciences Po.
08:05Elle était première tous les trimestres dans toutes les matières, environ à 19.
08:09Donc c'est ça vraiment Sciences Po, si vous voulez.
08:12Et oui, nous avons une politique d'ouverture sociale.
08:14Elle est extrêmement forte.
08:15Je rappelle qu'il y a plus de boursiers à Sciences Po que dans la moyenne des universités parisiennes, qui
08:20parfois sont moins sélectives que nous.
08:22Louis Vessy, pour terminer, je voudrais aussi qu'on parle des étudiants étrangers.
08:25Oui.
08:25Ce qui est un phénomène intéressant, c'est qu'il y a une hausse importante des étudiants étrangers, et en
08:30particulier des étudiants américains.
08:32Donc vous dites merci Donald Trump ?
08:34Alors je dis que quand la situation internationale est troublée, c'est à Sciences Po qu'on vient trouver refuge.
08:41Et ça prouve, je crois, qu'on va assez bien, en effet.
08:44Enfin là, il y a un phénomène spécifique, visiblement, d'étudiants qui, compte tenu du climat, notamment dans les universités
08:50américaines,
08:52trouvent une forme d'exil à Sciences Po ?
08:54Bien sûr, et parfois c'est des étudiants américains, c'est parfois des étudiants d'autres nationalités qui ne veulent
09:00plus aller aux Etats-Unis.
09:01Et quand vous commencez à reconsidérer vos choix, Sciences Po arrive très vite grâce à l'investissement que cette institution
09:07a fait bien avant moi, d'ailleurs,
09:08qui est celui de l'internationalisation.
09:10Et donc, en termes de chiffres, c'est quoi pour les étudiants américains ?
09:13Alors on est à 33% d'augmentation, toute nationalité confondue, et en effet 50% d'augmentation pour les
09:17Américains.
09:17Et c'est un gros chiffre, parce que la particularité de Sciences Po, c'est que les Américains, c'est
09:20la première nationalité étrangère.
09:22Merci beaucoup, Louis Vassy, patron de Sciences Po, d'être venu beaucoup d'inter.
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