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  • il y a 3 mois
Des programmes de formation pour les agriculteurs ou aspirants agriculteurs pour leur permettre de transiter vers l’agroécologie ou de s’installer avec ce modèle : c’est la mission de l’association Fermes d’Avenir. Pour cela, ils se rendent dans les fermes les plus vertueuses de France.

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Transcription
00:06L'invité de ce Smart Impact c'est Marion Enzer, bonjour.
00:10Bonjour Thomas.
00:10Bienvenue, vous êtes la directrice générale de Ferme d'Avenir,
00:13c'est une association qui accélère la transition vers l'agroécologie.
00:17Quand a-t-elle été créée, de quoi il s'agit ?
00:19Alors Ferme d'Avenir, c'est une association qui a été créée en 2013
00:23avec l'objectif d'accélérer la transition agricole
00:25en fournissant des programmes de formation, d'accompagnement et de financement
00:29aux agriculteurs et aux aspirants agriculteurs
00:31pour les aider à faire transiter leurs fermes
00:33ou à s'installer tout simplement en agroécologie.
00:35Avec quel type de programme, quelle formation vous proposez
00:39à celles et ceux qui viennent vous voir ?
00:40Alors on a deux grands types de formations,
00:42on a des formations plutôt théoriques et courtes
00:45où en fait des personnes qui sont au début de parcours de formation
00:47viennent tester leur véritable intérêt.
00:49On leur fait visiter des fermes, on les met face à la réalité
00:53de ce que c'est d'être agriculteur en agroécologie,
00:55les modèles économiques pour vraiment qu'ils valident leur intérêt
00:59dans une reconversion professionnelle,
01:00puisque souvent on a des gens qui sont en reconversion professionnelle.
01:03Et suite à ça, on a un autre programme de formation plus long
01:06et plus pratique qui s'appelle le programme compagnonnage.
01:09Donc on s'est tout simplement inspiré des compagnons du devoir
01:12qui se formaient à l'artisanat en faisant le Tour de France.
01:16Nous on propose un Tour de France des fermes agroécologiques
01:18où des candidats à l'installation peuvent apprendre le métier
01:21en tournant sur les fermes les plus vertueuses de nos territoires
01:23et ensuite s'installer durablement sur leurs propres fermes.
01:26Alors c'est une association, ces formations elles sont payantes,
01:29c'est quoi le modèle en quelque sorte de fermes d'avenir ?
01:32Alors on est une association, mais on a le droit aussi
01:34d'avoir un petit peu de revenus qui viennent de ces formations.
01:38Justement, on a certaines formations qui sont financées
01:41par des centres de formation agricole comme Vivea
01:44ou par Pôle emploi pour les gens qui sont en reconversion professionnelle.
01:47Et le programme compagnonnage, c'est un vrai programme d'intérêt général
01:50qu'on fait co-financé par du mécénin
01:52pour pouvoir justement le rendre disponible à un maximum de personnes
01:56qui n'auraient pas forcément les moyens de payer une formation
01:58qui dure presque un an.
02:00L'association fait partie de ce groupe SOS
02:02qui est un géant de l'économie sociale et solidaire.
02:05Qu'est-ce que ça vous apporte ?
02:06Nous ça nous apporte énormément de choses
02:08parce qu'en fait, quand on est au groupe SOS,
02:10on peut mutualiser les fonctions support avec d'autres associations.
02:14Donc les fonctions support, ça va être les RH, les conseils juridiques,
02:17tout ce qui est finances, compta, contrôle de gestion.
02:21Donc nous, ça nous permet de pouvoir nous concentrer
02:24sur notre cœur de métier qui est l'agriculture.
02:26Et en parallèle, le groupe SOS, il a un système vraiment
02:29de solidarité entre associations.
02:30C'est que les associations qui sont en meilleure santé financière
02:33peuvent aider les associations qui, elles, ont plus de difficultés.
02:36Et dans une période comme en ce moment, c'est vraiment très utile.
02:39Vous le sentez, la baisse de financement des associations ?
02:42Je posais à peu près la question à tous les représentants du monde associatif
02:45et je n'en ai pas trouvé un qui m'a répondu non.
02:47J'aimerais bien pouvoir vous dire, ah non, nous, ça va.
02:49Mais non, c'est très très dur.
02:50Pour vous donner un exemple, l'année dernière,
02:53quand on déposait, on répond à des appels à projets de fondations
02:56ou de grandes entreprises.
02:58L'année dernière, entre 2025 et 2026,
03:01notre taux de réussite à ces dossiers a été divisé par trois.
03:04On a trois personnes à temps plein
03:06qui vont aujourd'hui chercher des fonds
03:07pour pouvoir financer nos programmes d'intérêt général.
03:09Donc c'est très difficile.
03:11En 2025, je crois qu'il y a 10 000 postes
03:13qui ont été supprimés dans le milieu de l'impact.
03:15Le milieu, il souffre.
03:16Donc on appelle plus que jamais les entreprises
03:19qui ont les moyens de pouvoir se lancer dans le mécénat
03:22pour financer des causes d'intérêt général
03:23et le grand public aussi à pouvoir faire des dons.
03:26L'agroécologie, je veux bien, on aurait pu commencer par là.
03:29Ce n'est pas seulement le bio, c'est quoi l'agroécologie ?
03:32L'agroécologie, c'est une agriculture
03:34qui va s'inspirer de la nature
03:35pour répondre aux grands enjeux alimentaires
03:37et agricoles de notre temps et de demain.
03:41Donc en fait, il y a une agriculture
03:43qui va répondre à la fois aux enjeux environnementaux,
03:46économiques et sociétaux.
03:47Et dans l'agroécologie, il y a plusieurs grands courants.
03:50Donc oui, il y a l'agriculture bio dont vous avez parlé,
03:52qui est une agriculture qui se passe d'intrants,
03:53de pesticides, d'engrais de synthèse.
03:55Mais il y a aussi d'autres courants
03:56qui sont tout aussi intéressants.
03:58L'agriculture de conservation des sols, par exemple,
04:00qui va être une agriculture qui limite le labour,
04:02qui limite le travail du sol
04:04et qui va mettre des couverts permanents
04:05pour que le sol soit couvert en permanence.
04:07Il va y avoir l'agroforesterie, par exemple,
04:09qui va replanter des arbres et des haies sur les fermes.
04:12Donc il y a différents courants.
04:13Et nous, les fermes de notre réseau,
04:14elles vont utiliser un petit peu toutes ces pratiques
04:17pour arriver sur des modèles
04:18qui arrivent à la fois à préserver
04:20les capitaux naturels et humains,
04:22tout en étant viables économiquement.
04:23Oui, alors c'est une vraie question.
04:24Parce qu'on a vu, malheureusement,
04:26qu'il y avait des déconversions d'agriculteurs
04:29qui étaient passés au bio.
04:31Pourquoi ? Parce que nous, consommateurs,
04:33on en a moins acheté.
04:34Peut-être aussi parce que ces produits-là
04:36sont parfois plus chers dans la grande distribution.
04:39Bref, je ne vais pas ouvrir ce débat,
04:40mais il est important.
04:42Est-ce que vous l'avez ressenti, ça ?
04:44Est-ce que vous, vous avez malgré tout
04:46l'impression qu'il y a un mouvement de fond ?
04:48Ou alors oui, il y a des gens qui se sont dit
04:49« Mais attendez, je ne vais pas venir voir les fermes d'avenir
04:51puisqu'il y a des gens qui reviennent en arrière. »
04:54Alors, on a senti une énorme poussée de candidats
04:57suite au Covid.
04:58Parce que voilà, les gens avaient été enfermés,
05:00ils étaient en crise de sens,
05:02ils avaient envie d'aller faire des métiers à l'extérieur.
05:04Et effectivement, nous, notre rôle chez Ferme d'avenir,
05:06c'est de pousser cet élan, mais avec lucidité.
05:10Donc, les gens vont vraiment les confronter
05:12à ce que c'est la réalité du milieu agricole.
05:14Et surtout, qu'est-ce que ça veut dire
05:16d'équilibrer une ferme entre engagement écologique
05:18et viabilité économique ?
05:19Donc oui, c'est très bien de faire les choses engagées,
05:22de faire du bio, de la conservation des sols.
05:24Mais il ne faut pas oublier, effectivement,
05:25la viabilité économique.
05:28Ça existe.
05:29Nous, on a plein des fermes d'avenir.
05:30C'est notre cœur de métier, en fait,
05:32d'identifier ces fermes qui arrivent à concilier ça
05:34et d'aller détailler leurs bonnes pratiques
05:37pour pouvoir les excuser.
05:38Pourquoi est-ce que cette ferme,
05:40elle arrive à vivre de son métier et pas tel autre ?
05:42Qu'est-ce qu'elle fait différemment ?
05:44Comment est-ce qu'elle commercialise ?
05:45Est-ce qu'elle fait de la transformation ?
05:46Dans quelle filière elle valorise ses produits ?
05:48Pour ensuite donner ces bonnes pratiques
05:50lors de nos programmes de formation et d'accompagnement.
05:52Donc c'est possible, mais clairement,
05:54il faut arriver parfois à faire des compromis
05:56entre un idéalisme qu'on peut avoir vu
05:58dans des documentaires ou lu dans des livres
06:00et la réalité vraiment du métier d'agriculteur.
06:03Vous expérimentez le modèle CARE.
06:05Alors c'est une logique de comptabilité écologique.
06:08C'est un peu ça.
06:08Ça permet de chiffrer précisément le montant
06:10de la dette écologique des fermes.
06:12Comment ça marche déjà ?
06:13Exactement.
06:14Donc en fait, la comptabilité tout court déjà,
06:17finalement, c'est des lunettes qu'on va mettre
06:19sur les comptes d'une entreprise pour comprendre
06:21sa performance, prendre des décisions.
06:22La comptabilité écologique, c'est la même chose,
06:25mais en réintégrant les capitaux naturels et humains
06:28dans le bilan de l'entreprise.
06:29Et nous, on expérimente l'une de ces méthodes
06:31qu'on appelle CARE sur le bilan des entreprises agricoles
06:35que sont des fermes.
06:36Et c'est très intéressant parce que ça permet en fait
06:38de chiffrer la dette écologique de ces fermes,
06:41qui va être assez importante sur des fermes conventionnelles
06:44et évidemment plus résiduelles sur les modèles
06:45que nous, on porte, mais c'est utile parce que ça permet
06:48de mettre à plat sur un territoire, sur une filière
06:50ou à l'échelle d'une ferme, de mettre des coups
06:54sur cette dette écologique et ensuite de mettre des acteurs
06:57autour de la table en disant, maintenant,
06:58comment on finance cette transition finalement ?
07:00Cette comptabilité écologique, elle n'est pas uniquement
07:05réservée aux fermes, au monde agricole.
07:07Ça peut marcher pour toutes celles et ceux
07:08qui nous regardent en ce moment.
07:10N'importe quelle entreprise peut faire un bilan
07:12en triple capital.
07:14Nous, c'est juste que comme c'est notre secteur d'activité
07:16et que l'agriculture a un rôle majeur dans la transition,
07:19ça représente 50% du territoire français.
07:21Donc, s'il y a un secteur sur lequel il faut investir aujourd'hui
07:24pour pouvoir régénérer la biodiversité, stocker du carbone,
07:27c'est l'agriculture.
07:28Donc, c'est pour ça que nous, on fait ça pour ensuite pouvoir aussi
07:31appliquer ces méthodes de comptabilité écologique
07:33à l'échelle d'une filière ou à l'échelle d'un territoire
07:36pour encore une fois ensuite aller voir les acteurs
07:38qui ont, entre guillemets, l'argent pour pouvoir financer.
07:41Le levier de la finance.
07:42Exactement.
07:43Et alors, qu'est-ce qui les freine aujourd'hui ?
07:46De quels moyens, de quels acteurs vous avez besoin
07:50pour grandir encore et faire en sorte
07:53qu'il y ait de plus en plus de fermes d'avenir ?
07:54En fait, aujourd'hui, le principal frein à la transition agricole,
07:57c'est l'argent, la rémunération des agriculteurs.
08:00En fait, on ramène toujours tout à ça
08:02parce que finalement, si les agriculteurs avaient les moyens
08:04de faire leur transition, ils le feraient.
08:06Il y a le Shift Project qui a fait une étude l'année dernière,
08:08une grande consultation des agriculteurs
08:10qui dit que 85% des agriculteurs voudraient transiter
08:13vers ces nouveaux modèles, mais ils n'ont pas forcément les moyens.
08:16Et l'un des messages qu'on porte chez Ferme d'Avenir,
08:18c'est de dire que finalement,
08:20aujourd'hui, les agriculteurs, ils ont deux métiers.
08:22Ils ont un premier métier qui est celui de nous nourrir,
08:25de produire, pour lequel ils sont reconnus par la société
08:27et ils sont rémunérés pour cela.
08:29Mais ils ont un deuxième métier
08:30qui est de préserver nos biens communs.
08:33Donc, notre eau, notre climat, notre biodiversité,
08:36qui est un peu un angle mort parce que finalement,
08:38on n'y pense pas et pour lequel ils ne sont pas rémunérés.
08:40Et pourtant, c'est un rôle dans la société
08:42qu'ils font tous un petit peu déjà finalement.
08:44Même les agriculteurs conventionnels,
08:46ils ont un rôle sur leur territoire,
08:47un rôle d'entretien des paysages.
08:49Quand ils entretiennent une haie pour leur collectivité,
08:52quand ils curent un fossé,
08:53c'est déjà un rôle un petit peu d'acteur territorial
08:55et d'acteur avec un rôle écologique.
08:57Et donc, si on veut, demain, qu'il n'y ait plus d'arbitrage
09:00entre production et pratique égro-écologique,
09:04il faut pouvoir les rémunérer pour ce rôle-là.
09:06Donc, il va falloir qu'on se mette collectivement autour de la table
09:08et que tous les acteurs, publics comme privés,
09:11acceptent de les rémunérer pour ce métier.
09:12Mais je suis d'accord avec vous,
09:13mais il y a un modèle qui fonctionne,
09:15c'est le modèle de C'est qui le patron ?
09:16Complètement.
09:17Avec le consommateur qui est finalement le patron
09:20et est au cœur des négociations du modèle
09:24et qui permet à des agriculteurs d'être mieux rémunérés.
09:26Moi, je me pose, ça fait des mois que je me pose, des années même,
09:29la question de pourquoi ce modèle, il n'est pas appliqué partout ?
09:34Ah ben, c'est une bonne question.
09:35En fait, je pense que si, demain,
09:37tous les consommateurs français achetaient C'est qui le patron ?
09:39Eh ben, ça se multiplierait.
09:41Et C'est qui le patron, c'est très intéressant
09:42parce qu'en fait, ça cible le cœur du problème
09:45qui est la rémunération des agriculteurs
09:47et la répartition de la valeur au sein des filières.
09:50Après, tous les produits C'est qui le patron ne sont pas en bio.
09:52Il y a un axe majeur sur le social et l'économique,
09:55mais ce n'est pas encore abouti au niveau environnemental.
09:59Il commence à faire des produits bio, ce qui est génial.
10:01Nous, on les aime beaucoup,
10:02mais ça ne joue pas sur tous les enjeux environnementaux
10:06de la transition agricole.
10:07Il nous reste une minute.
10:08Il y a une dernière question qui est très importante,
10:09c'est la transmission des fermes.
10:11Il y a un agriculteur sur deux
10:13qui part bientôt à la retraite, je ne sais plus.
10:16Oui, jusqu'à 2030.
10:17Voilà, c'est ça, jusqu'à 2030.
10:18Donc, c'est vraiment une échéance très courte.
10:22Vous, vous êtes un moyen de répondre à cette question
10:24puisque c'est des Français en reconversion,
10:27souvent, qui viennent vous voir ?
10:28Oui, nous, on a beaucoup de gens en reconversion.
10:30Les gens en reconversion, ça représente 30 à 40 %
10:32des installations aujourd'hui
10:33et la moitié d'entre eux s'installent en bio.
10:35Donc, c'est très prometteur.
10:36C'est vraiment un vivier très important
10:39pour pouvoir prendre la relève agricole.
10:41Il y a des gens qui ont envie de faire ce métier.
10:42Mais aujourd'hui, pour le rendre encore plus attractif,
10:45il va falloir, encore une fois, jouer sur cette rémunération des agriculteurs
10:48parce que qui aurait envie de se lancer dans un métier à risque
10:51où on travaille beaucoup et on n'est peu rémunéré ?
10:53Donc, pour pouvoir continuer à avoir des gens
10:56qui ont envie de faire ce métier, il va falloir agir là-dessus.
10:59Merci beaucoup, Marion Hanzer.
11:00Et à bientôt sur Bsmart4Chain.
11:02C'est l'heure du débat de ce Smart Impact,
11:04une assurance vie garantie, 100 % engagée et responsable.
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