00:00Bonjour Soane Massy.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes l'une des plus grandes voix de la scène folk et chahabi contemporaine,
00:06une artiste franco-algérienne qui mêle depuis plus de 20 ans poésie, engagement et douceur.
00:11Vous avez sorti il y a quelques semaines votre huitième album, Zagat,
00:14un disque profondément lumineux malgré les blessures du monde
00:18où l'espoir dialogue sans cesse avec la mélancolie.
00:20Un retour très attendu après quatre années de silence discographique.
00:25Et ce retour a d'ailleurs été salué récemment,
00:27lors de la 24e édition des Victoires du Jazz à la Maison de la Radio et de la Musique.
00:30Donc ici même, vous avez reçu le prix de l'album de Musique du Monde.
00:34Quand on écoute Zagat, qui signifie Sazgat, on est immédiatement frappé par le changement de ton.
00:40Vous avez troqué la douceur acoustique que l'on vous connaissait par des guitares électriques,
00:43une énergie très rock, presque urgente, comme si la musique devait désormais réveiller les consciences.
00:48Est-ce que cet album est né d'un besoin de crier davantage face à la violence du monde ?
00:54J'avais un besoin de m'exprimer et de mettre des mots sur mes inquiétudes,
01:01mes angoisses par rapport à ce qui se passe maintenant pour toute l'humanité
01:06et surtout pour les futures générations.
01:10Ça me rend triste, je suis peinée et sincèrement, je me pose toujours la question de dire
01:18qu'est-ce qu'on va laisser à nos enfants ?
01:20Effectivement, cet album est traversé par la guerre, par l'exil, l'exploitation humaine, les ravages écologiques.
01:26Vous abordez vraiment tout ce qui vous passionne, tout ce qui vous heurte,
01:30mais aussi par une immense force intérieure.
01:32C'est un album coup de poing, on ne peut pas dire autrement,
01:35profondément engagé, qui refuse malgré tout de céder au désespoir.
01:38Est-ce que pour vous, l'espoir est aujourd'hui devenu presque finalement un acte de résistance ?
01:43Tout à fait, tout à fait.
01:45Et à travers tous les temps, l'espoir a été toujours un moteur de résistance.
01:57Et les gens qui ont résisté, certains et beaucoup ont écrit leur nom dans l'histoire.
02:06Vous avez commencé très jeune à écrire, c'est important de connaître votre parcours.
02:09Vous avez commencé à écrire des poèmes, d'ailleurs, avant d'apprendre la guitare.
02:14Vous aviez 17 ans quand vous commencez la guitare.
02:16Est-ce que la poésie reste aujourd'hui la racine de tout chez vous, finalement ?
02:22Jusqu'à maintenant, la poésie reste ancrée en moi.
02:29Et souvent, souvent, quand j'ai besoin de repères ou de me ressourcer, je retourne vers la poésie.
02:39Parce que c'est une forme d'art qui représente pour moi la beauté et l'inspiration.
02:47Dans tout ce que vous faites, et on le retrouve dans cet album, on sent que la famille est toujours
02:51présente quelque part.
02:52On sent que c'est un refuge.
02:53D'ailleurs, vous avez été élevé comme ça, vous avez toutes ces valeurs-là.
02:56En 2003, dans l'album Deb, d'ailleurs, vous écriviez Darjebi, la maison de mon grand-père.
03:04Une chanson bouleversante qui était née au moment, d'ailleurs, où votre famille avait quitté Alger pour la Kabylie.
03:11Que représente aujourd'hui cette figure des grands-parents dans votre construction personnelle ?
03:16On comprend qu'ils sont toujours là.
03:19Ils sont toujours là.
03:20Ils sont toujours là, c'est dans mon ADN, dans mon esprit.
03:26J'ai grandi à Alger, je ne parle pas bien le Kabylie, mais j'adore cette culture.
03:33Ça m'a nourrie, j'ai été élevée avec des sonorités, avec ses musiques, avec ses histoires, avec ses mémoires.
03:42Elle est là, j'essaie de le transmettre à mes filles.
03:44On l'a découvert aussi, ça, dans OURIA, ce besoin de liberté.
03:48Ça représente quoi, la liberté, pour vous, Soine-moi aussi ?
03:50C'est la vie, c'est ma vie.
03:51Je pense qu'on ne peut pas vivre si on n'est pas libre, libre de s'exprimer, libre de
03:57ses mouvements, libre de penser.
03:59C'est très important pour moi, c'est primordial.
04:02Est-ce que ça vous fait peur, ce qui se passe, par exemple, en Afghanistan,
04:04où, justement, les femmes sont muselées, où on leur interdit même une simple notion de plaisir ?
04:11Certaines n'ont même plus accès à des lacs, parce qu'on considère que le fait de mettre des pieds
04:15dans l'eau,
04:15de pouvoir discuter entre elles, ça justifie qu'on leur interdise ça ?
04:21Il n'y a rien qui justifie de vivre des interdits comme ça, que ce soit au Moyen-Orient ou
04:30en Afghanistan.
04:35Mais c'est pour ça que je dis que j'encourage toutes les jeunes femmes qui sont dans ces pays
04:41-là à étudier,
04:42parce que c'est la seule clé pour retrouver sa place et sa liberté.
04:49On parle du titre d'Ici et là-bas, avec la complicité de Gaëlle Fay.
04:53Cette chanson, elle nous attrape, vous chantez à l'unisson, cette histoire de sang,
04:59que peu importe d'où on vient, on a le même sang qui coule dans nos veines.
05:02Aimer, semer la paix, cultiver nos graines, permet-il donc de poser les armes ?
05:07Souad ?
05:09Tout à fait.
05:10Je pense qu'avoir une double culture est une vraie richesse.
05:16emportons-nous des graines et c'est à nous de les faire fleurir et d'essayer de passer toutes les
05:26frontières
05:26et penser à l'homme et à la femme qu'on est et qu'est-ce qu'on peut apporter
05:32à notre société
05:33avec nos bagages, avec notre différence, en faire plutôt une richesse et construire des pans.
05:45Il y a une autre chanson qui est très très forte, sans doute la plus forte de l'album, selon
05:48moi, c'est Saut.
05:52Cette chanson, elle est différente.
05:53Elle a une dimension, elle prend au trip.
05:57Elle nous prend par la main, peu importe où on se situe sur la carte du monde.
06:02On est tous concernés par cette chanson sans forcément comprendre les paroles.
06:05Comment vous l'expliquez, ça, Souad ?
06:07Ça me touche beaucoup.
06:10En fait, dans cette chanson, c'est vrai que c'est un condensé de tout ce qui me traverse
06:16et tout ce qui m'inquiète dans ce monde.
06:18D'abord, il y a le cri de ces enfants innocents qui n'ont rien demandé à personne
06:25et qui subissent les guerres, les injustices.
06:33Voilà, je voulais leur donner une voix, une place, un prénom.
06:39Et après, dans le refrain, je parle de ce qui se passe dans le monde.
06:43C'est qu'on est en train de...
06:47On ne pense pas à ce qu'on va laisser, à ce qu'on va léguer à nos enfants,
06:52qu'on pense toujours à s'enrichir.
06:57Et c'est la nature qui paye le prix.
07:00Et bien sûr, c'est nous qui allons payer le prix, malheureusement, plus tard.
07:07On ne pense pas à ce qu'on va laisser, à ce qu'on va laisser.
07:07On ne pense pas à ce qu'on va laisser.
07:07On ne pense pas à ce qu'on va laisser, à ce qu'on va laisser, à ce qu'on
07:07va laisser.
07:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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