00:00Bonjour Salvatore Adamo.
00:02Bonjour Elodie Thuigo.
00:03Vous êtes cet auteur-compositeur-interprète Italo-Belge sur le papier,
00:08mais français dans le cœur du public du drapeau tricolore.
00:12Cela fait presque sept décennies que vous avez, comme femme, maîtresse, meilleure amie, la musique à Salvatore.
00:18Elle a autant su vous consoler, vous faire vibrer, vous émouvoir, vous amuser, vous consolider,
00:22qu'elle a su nous accompagner dans des moments joyeux comme tristes au cours de nos vies.
00:25« Quelle belle destinée pour ce petit garçon que vous étiez et qui rêvait musique et concert aux côtés d'un père mineur et d'une mère au foyer.
00:32C'est votre grand-père qui vous a offert votre première guitare,
00:35sans savoir qu'elle allait être la première pièce à un édifice colossal construit avec rigueur et passion au fil du temps,
00:42soit 100 millions d'albums vendus.
00:45Salvatore, au cours de cette carrière improbable avec des chansons incontournables,
00:49« Tombe la neige » en 1963, « Vous permettez, monsieur, les filles du bord de mer » en 1964,
00:53ou encore « Mes mains sur t'enches » en 1965.
00:56Oui, Salvatore, vous êtes un artiste qui fait partie de nous.
00:58Vous êtes associé à nos souvenirs, à nos vies.
01:01Alors, à ceux qui vous ont qualifié voix désagréable au début de votre carrière,
01:05au moment de la sortie de votre premier single « Sans toi, mamie »,
01:08vous n'avez jamais répondu autrement qu'avec humilité.
01:12Un doux héritage, un de vos parents qui ont fui la misère,
01:14la Sicile pour vous offrir un avenir meilleur.
01:16Aujourd'hui, vous sortez un double album vinyle,
01:19avec un titre qui est déjà très poétique, des nefs et des groseilles,
01:23pas moins de 26 titres en CD, 12 en vinyle.
01:27À 80 printemps, Salvatore, ce qui saute aux oreilles en écoutant ses chansons,
01:32c'est que votre voix, elle n'a pas bougé.
01:34Elle a pris un peu de grave, si j'osais.
01:39Bonjour d'abord, et merci de ses compliments, ça me touche beaucoup, merci.
01:45Oui, ma voix, elle a ce grain ensablé.
01:52Il y a peut-être quelques chansons pour lesquelles j'ai dû baisser d'un ton ou d'un demi-ton,
01:57mais je me reconnais encore moi-même.
02:01Ce qui est assez fou, c'est la passion que vous avez gardée intacte,
02:06de cette passion que vous aviez déjà enfant, cette envie que vous aviez chantée.
02:11Cette flamme, cette conscience aussi d'avoir le privilège de vivre en faisant ce que j'aime.
02:19Je le souhaite à tout le monde.
02:21Ce serait le monde parfait si on pouvait tous vivre en faisant ce qu'on aime.
02:25Ça montre à quel point vous avez toujours eu aussi les yeux grands ouverts
02:28au cours de toute cette vie, toute cette carrière.
02:32Vous êtes toujours nourri d'ailleurs, Salvatore, du regard des autres,
02:35mais pas que, de leur vie aussi.
02:37Oui, je ne sais pas si vous faites allusion à cette chanson qu'ils appellent Migrants,
02:42que j'ai voulu intégrer dans l'album,
02:45parce qu'avec les gros problèmes que nous vivons aujourd'hui,
02:50on a un peu oublié que tous les jours, il y a encore des migrants qui meurent dans les mers.
02:54Et mes parents étaient des migrants.
02:57Ils n'avaient pas forcément la mort aux trousses, mais bien la misère.
03:02Voilà, son but, c'est juste de réclamer un peu plus d'humanité pour ces gens-là.
03:08On l'entend là, que ça nourrit vos chansons.
03:10On voit votre père mineur.
03:12C'est incroyable, comme il a cru en vous très, très vite, Salvatore.
03:15Il a tout donné pour vous.
03:16Vous êtes tombé malade un jour.
03:17Il a décidé d'arrêter la mine, alors que c'était la seule solution pour ramener un salaire.
03:20Quand on vous a dit que vous aviez une voix désagréable, il est monté au créneau.
03:26Il a trouvé cette idée incroyable du jukebox.
03:29Vous gardez quoi de lui, Salvatore ?
03:32D'abord, son image est intacte, comme celle de ma mère.
03:37Je ferme les yeux, je les vois tout de suite.
03:38Je garde à mon père cette bienveillance, cette envie qu'il avait, comme il était assez habile avec les mots.
03:50Et à un moment donné, il était même, sans être lui-même syndicaliste, il trouvait pour ses collègues qu'il y avait des problèmes, les mots pour expliquer leurs problèmes.
04:01Et il était un peu devenu le porte-parole du quartier de baraquement dans lequel nous vivions.
04:10Et voilà, cette empathie qu'il avait, cette solidarité, il me l'a transmise d'une certaine façon.
04:17Et puis, il m'a mis sur des rails dont il est difficile de sortir, même à mon âge.
04:24Voilà, je suis toujours, j'essaye d'être aussi bon que lui.
04:30Il y a un duo qui nous embarque, celui avec Axel Red.
04:33Enfin, il y a deux duos.
04:34Il y en a un, on va en parler avec Axel Red, notamment, intitulé « Entre toi et moi ».
04:37Vous chantez « Il y a la guerre et le pardon, le temps des promesses quand la vie était poésie.
04:42Il y a le temps qui s'arrête encore.
04:43Il y a nos cœurs qui battent si fort d'être encore ensemble au réveil. »
04:47C'est un regard sur la difficulté de la vie de couple, finalement.
04:50Oui, vous avez mis le doigt dessus, oui, parce que, bon, la vie de couple, bien sûr, il y a l'amour qui est le ciment.
04:58Après, il y a de la patience, il y a de la philosophie, il y a de l'humour.
05:04Il y a du pardon, comme je le dis dans la chanson.
05:07Ce serait ennuyeux, une vie sans nuage, non ?
05:10On n'apprécierait plus le soleil.
05:12C'est la force de cet album, de ce double album, Salvatore, c'est qu'il affronte, la violence affronte la douceur.
05:18Et c'est toujours la douceur qui l'emporte, finalement, à condition d'accepter les nuances.
05:24Oui, là, vous m'avez démasqué.
05:26Oui, c'est ça.
05:28J'essaye de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
05:34Mais même dans les moments difficiles, je suis quelqu'un qui garde l'espoir.
05:40Je sais qu'il y aura une solution au bout de la grisaille, oui.
05:45Est-ce que, par moments, vous avez douté ?
05:46J'arrête pas de douter.
05:50Vous savez pas, sur cet album, combien j'ai douté.
05:56En fait, j'étais parti pour faire un album normal, 12 ou 13 chansons.
06:01Et puis, j'ai eu un problème de santé.
06:04Donc, j'étais au repos forcé.
06:07Et que pouvait-je faire d'autre que d'écrire des chansons ?
06:10Mais après, il y a eu le contenu de la chanson.
06:16Est-ce qu'on va bien me comprendre ?
06:19Est-ce qu'on ne va pas me prendre pour passéiste ?
06:22Voilà, il y a plein de questions qui se sont posées.
06:25Et là, j'espère que le choix est harmonieux,
06:28parce qu'il m'en reste quand même une petite centaine.
06:30Comment allez-vous aujourd'hui ?
06:34Je touche du bois, je touche ma tête.
06:37Je vais bien.
06:38J'ai récupéré une certaine énergie.
06:41Et j'ai le bonheur, le privilège d'encore faire des concerts.
06:45Et là, quel que soit l'état d'esprit, l'état de santé, si j'ose dire,
06:51au premier pas sur scène, le public vous porte.
06:54Et je le sens chaque fois que je suis sur scène.
06:57Vous nous racontez ce que vous ressentez,
06:59et vous nous racontez, nous, à travers ça.
07:03Dans ce double album, c'est la douceur, encore une fois,
07:06qui l'emporte avec tout ce qui va avec.
07:09Vous nous dites, il y a des jours où on se déchire
07:13quand les mots deviennent des armes.
07:14Il faut parfois donc accepter de briser nos incertitudes.
07:18Salvatore ?
07:19Oui, vous savez, je suppose que je parle au nom de mes collègues.
07:27Nous sommes des gens difficiles à vivre.
07:30Moi, je peux être en tête à tête, en train de dîner avec mon épouse,
07:34et j'ai encore une chanson dans la tête.
07:37Donc, des fois, je me sens coupable de ne pas donner toute l'attention
07:45que les êtres que j'aime, de leur donner toute l'attention qu'ils méritent.
07:51Là, j'ai deux petites filles magnifiques, dont une est sur l'album.
07:56On va en parler, justement.
07:58J'aimerais aller tous les jours à Londres les voir, et je ne peux pas.
08:02C'est une moyenne d'une fois par mois, et encore.
08:07En même temps, ça me brise le cœur.
08:10Et de l'autre, je sais que je ne peux pas faire autrement.
08:12Et je sais que je compte sur leur amour et leur compréhension.
08:16J'ai un rapport extraordinaire avec mes petites filles.
08:19D'ailleurs, je le chante.
08:20Je ne peux pas faire autrement.
08:25Je ne veux pas parler.
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