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Avec Fabrice Balanche, maitre de conférence à l'université Lyon 2
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00:0014h, Sud Radio, la France dans tous ses états, le fait du jour.
00:05Un peu plus d'un an après l'irruption d'un groupe de militants d'extrême-gauche en plein cours
00:09à l'université Lyon 2,
00:10le maître de conférence Fabrice Balanche lance une nouvelle alerte, rien n'a changé, l'extrême-gauche prospère et les
00:15universités plient.
00:17Que faire pour lutter contre ces dérives idéologiques ? On en parle avec le principal concerné, Fabrice Balanche, bonjour.
00:23Bonjour.
00:23Bonjour Fabrice Balanche, merci d'être en direct sur Sud Radio aujourd'hui pour parler de ce problème qui est
00:28douloureux pour l'université
00:29parce que c'est un sanctuaire du savoir et de la connaissance et depuis quelques années et en particulier depuis
00:35quelques mois
00:36avec quelques cas très précis notamment à Lyon, on voit qu'il y a une intromission de cette idéologie dans
00:42le fonctionnement de l'université.
00:44Pour parler très simplement et très clairement, à qui appartient le devoir, l'obligation de réglementer et de faire cesser
00:53ces abus ?
00:56Ça appartient à chaque présidence d'université. Les universités sont autonomes depuis 2007 grâce à la loi Pécresse et par
01:04conséquent ça relève vraiment de la présidence de l'université
01:07de faire cesser toutes ces dérives. Le problème c'est que beaucoup de présidents d'universités sont élus par un
01:15conseil d'administration
01:16dans lequel évidemment l'extrême gauche est extrêmement présente, que ce soit les syndicats enseignants et surtout les syndicats étudiants,
01:24Solidaires, UNEF et compagnie, on sait qu'elles dérivent, ils ont subi ces dernières années et par conséquent le président
01:30a du mal
01:30à aller à l'encontre de son conseil d'administration parce qu'il pourrait perdre la majorité pour le vote
01:37du budget ou des choses comme ça.
01:39Et puis quelquefois vous avez des présidents d'universités qui sont tout simplement idéologiquement en phase avec ces groupes d
01:46'extrême gauche.
01:47Donc évidemment ils ne feront rien pour les empêcher de prospérer.
01:50Fabrice Ballange, depuis le Moyen-Âge, les étudiants ont toujours été des gens qui chahutent.
01:55Il y a eu du chahut dans l'université française parisienne, il y a eu des épisodes célèbres.
01:59Alors bon, on sait bien que c'est une population qui aime contester, qui aime se rebeller, qui aime se
02:04révolter.
02:05Quel est l'aspect nocif aujourd'hui de cette contestation étudiante,
02:10teintée d'une idéologie à la fois dangereuse et nocive pour l'esprit de l'université elle-même ?
02:17Comment ça se fait qu'on en soit arrivé à de tels extrêmes ?
02:20L'exemple le plus nocif c'est tout de même la mort de Quentin de Ranck en février dernier,
02:25assassiné par un groupe de nervis d'extrême gauche.
02:28Ils n'étaient peut-être pas tous étudiants, mais enfin en marge d'une réunion de Rima Hassan à l
02:35'IEP de Lyon
02:36où elle n'avait rien à faire parce que ce n'est pas quelqu'un qui venait à l'IEP
02:39de Lyon
02:40pour présenter objectivement la situation en Palestine, mais pour faire de la politique, pour faire de la propagande.
02:48Donc voilà ce qui est nocif, c'est qu'aujourd'hui l'université est devenue pour l'extrême gauche,
02:54pour la France Insoumise un auditorium, un théâtre dans lequel ils font de la politique.
03:01Or, ce n'est pas la place de l'université.
03:05Qu'il puisse y avoir des débats géopolitiques, je veux bien, mais là, en fait, on a juste une seule
03:09version qui est donnée
03:12et qui mobilise des étudiants dans un sens.
03:17Donc ça c'est extrêmement nocif, extrêmement pernicieux.
03:19Quel est, à votre avis, je suppose que vous avez une opinion assez tranchée sur la question,
03:25quel est l'objectif de cette idéologie, de ces mouvements politiques d'extrême gauche ?
03:29C'est d'avoir un contrôle sur la connaissance, sur le savoir, sur l'université ?
03:32C'est de préparer la société à des moments de tension ?
03:36C'est de la politisation des masses à outrance, à partir de l'élite qui est le monde étudiant ?
03:42Alors vous savez, les universités de sciences humaines et sociales,
03:45c'est essentiellement celles-ci qui sont concernées par le problème.
03:49Ça fait des années que les différents gouvernements de gauche, de droite, les négligent
03:53parce qu'on considère qu'elles ne sont pas stratégiques pour l'incient.
03:55Ce qui est stratégique, c'est les sciences dures, c'est les écoles de commerce, c'est les grandes écoles.
04:00En fait, les gouvernements ont oublié que c'est dans ces facultés de sciences humaines et sociales
04:05qu'on forme les professeurs du primaire, du secondaire,
04:10une grande partie de la fonction publique territoriale, les astic centres sociaux,
04:13enfin tout ce que Bourdieu appelait la main gauche de l'État.
04:16Donc c'est des millions de personnes, des millions d'enseignants, de professionnels du social
04:23qui vont être modelés par cette idéologie d'extrême-gauche
04:28et qui vous assurent ensuite à ces groupes d'extrême-gauche et à la France insoumise
04:32un socle électoral qui leur permet d'espérer être au deuxième tour de l'élection présidentielle
04:38ou d'avoir assez d'alliés finalement dans la société et dans les institutions
04:44pour pouvoir imposer ça donc ça.
04:47Mais à ce niveau-là, Fabrice Ballange, vous parliez tout à l'heure de la responsabilité du président de l
04:51'université,
04:51je pense qu'à un moment donné le dossier remonte au pouvoir public et à nos gouvernants et à nos
04:56dirigeants politiques.
04:57Voilà, alors la police interne, effectivement, c'est les présidents de l'université qui doivent la faire,
05:03mais le responsable, c'est évidemment le ministre de l'enseignement supérieur, c'est le gouvernement
05:07qui doit prendre en compte cette situation, cette dérive politique
05:12et qui ne doit plus considérer les universités comme des sanctuaires garants de la neutralité, du savoir scientifique,
05:19mais se rendre bien compte qu'il y a eu un entrisme qui s'est produit
05:24et qui est dangereux pour la cohésion nationale.
05:28Donc là, ça veut dire l'interdiction totale des réunions politiques à l'université
05:32et puis, moi je le pense fermement, une réforme de cette loi sur l'autonomie des universités
05:38pour les reprendre en main.
05:40Cet entrisme est comparable à celui que l'on constate à Sciences Po ?
05:43A peu près la même nature ?
05:46Je ne connais pas Sciences Po Paris, mais effectivement, ce qu'on en apprend, ça y ressemble.
05:52Ce qui est intéressant avec Sciences Po Paris, c'est que vous avez un directeur
05:55qui a été nommé par Emmanuel Macron pour remettre l'institution sur les rails
05:59parce que c'est tout de même la vitrine de la France.
06:01C'est là où on forme les élites.
06:03Donc, dès que ça commence à toucher les élites, là, on réagit.
06:07On réagit.
06:08Mais voilà, c'est ce que je vous disais.
06:10Pour les autres universités où l'entrisme, où la gangrène est là,
06:15eh bien là, on ne s'en occupe toujours pas.
06:18De peur d'avoir un ou deux millions d'étudiants dans la rue
06:21et de déstabiliser, évidemment, le gouvernement.
06:23Lyon est particulièrement visé et concerné par cet entrisme
06:26où c'est une réalité que l'on retrouve dans toutes les grandes universités françaises,
06:30à des proportions différentes.
06:31Mais est-ce que Lyon est plus touché que d'autres ?
06:35Alors, Lyon est peut-être plus médiatisé
06:39parce qu'on a eu quand même une cascade d'affaires,
06:41la mienne, l'antisémitisme, etc.
06:45Mais vous avez l'IEP de Grenoble
06:48où il y a un collègue, Vincent Tournier,
06:50qui est suspendu parce que ce qu'il a dit dans un cours
06:53n'a pas plu à des étudiants.
06:55Et donc, il y a une cabale contre lui absolument ignoble
06:58par les mêmes qui défendent la liberté d'expression,
07:01qui défendent le droit de dire que le Hamas est un mouvement de résistance.
07:04Et Vincent Tournier, qui a simplement dit
07:06qu'une société où il y avait une dénatalité
07:08c'était un signe d'affaiblissement et de décadence,
07:12on le suspend de ces cours pour ça.
07:14C'est un tribunal populaire,
07:17on se croirait en Union soviétique.
07:18C'est absolument incroyable.
07:20Après, vous avez au Rennes 2
07:22où il y a eu un reportage de CNews
07:24qui était pas mal pour montrer aussi toutes les dérives.
07:28Vous aviez été interpellé dans l'enceinte de l'université
07:31lorsque vous avez été molesté, agressé,
07:33ou c'était à l'extérieur ?
07:35Non, non, c'était dans l'enceinte de l'université
07:38puisque j'étais en train de faire un cours
07:39et puis vous avez un commando d'une vingtaine de personnes
07:42qui est arrivée en criant sioniste, raciste,
07:45c'est vous les terroristes.
07:46Bon, j'ai pas été molesté, c'était une intimidation.
07:49Molesté verbalement, on va dire,
07:51verbalement et psychologiquement.
07:53Non, la présidence de l'université avait quand même réagi immédiatement
07:56ou ils ont mis du temps à réagir à ça après cette affaire ?
07:59Non, ils ont réagi immédiatement
08:01en m'attribuant la protection fonctionnelle
08:04mais ensuite, elle a déclaré dans la presse
08:07que ça m'étonnait pas ce qui m'arrivait
08:09parce que vu mes propos sur Gaza,
08:12ben oui, je pense que le Hamas est un mouvement terroriste.
08:15Donc, voilà.
08:17Non, elle m'a complètement ensuite lâché
08:20voire même planté une cible dans le dos
08:22et puis l'université se réfugie derrière le dossier judiciaire
08:27en disant qu'elle n'a pas de prise sur la suite de l'affaire
08:30parce que l'affaire a tout de même été classée par la justice
08:34malgré que Elisabeth Borne et plusieurs membres du gouvernement
08:38ont dit qu'on prendrait des sanctions exemplaires
08:40par rapport à ce qui s'était produit
08:41mais en fait, il ne s'est rien produit.
08:44Aucun des membres du commando n'a été identifié
08:46parce que du côté de l'université, on n'a pas voulu les identifier
08:50et aujourd'hui, l'affaire est classée
08:54et personne n'a été condamné
08:58ou même de passer devant une commission de discipline interne.
09:02Pourtant, Fabrice Balanche, les autorités universitaires et scolaires
09:05savent que lorsque, j'allais dire, la République ne prend pas sa responsabilité
09:09on peut aboutir à la situation, à la tragédie de Samuel Paty
09:13lorsqu'on dit que c'est l'enseignant qui a créé le contexte
09:17qui a été maladroit dans son expression, qui l'a bien cherché
09:19c'est incroyable que les rectorats et les présidences puissent tenir ce discours
09:23eux-mêmes sont...
09:26En ce qui me concerne, pas le rectorat, mais la présidence de l'université
09:30Dans votre allusion, je faisais allusion à la présidence
09:33c'est curieux qu'on incrimine d'abord l'enseignant
09:36celui qui représente l'institution et l'autorité
09:40et pas ceux qui se comportent de façon...
09:42Qu'il y ait une critique sur votre action
09:44et qu'il y ait une critique sur ce que Samuel Paty aurait pu dire
09:46dans le cadre du débat républicain et du dialogue
09:48c'est une chose
09:49on a abouti à une tragédie avec une décapitation
09:52et vous, les propos qui ont été tenus contre vous
09:54étaient quand même une violence extrême, on est d'accord
09:57Oui, alors ça, ça fait partie, si vous voulez, de la culture de l'excuse en permanente
10:03Vous savez, quand j'étais à l'institut de formation des professeurs
10:06la première chose qu'on nous a appris, c'est qu'il n'y a pas de mauvais étudiants
10:11il n'y a que des mauvais professeurs
10:13Donc voilà, ça c'est ce qui est écrit en lettres d'or
10:15au-dessus des ISPE, des instituts de formation des professeurs
10:18Ensuite, vu que politiquement, évidemment, je ne suis pas dans la ligne gauche, extrême gauche
10:24forcément, je suis un intrus dans cette université
10:27et je ne peux avoir que tort
10:30Ça ne représente pas la réalité des sensibilités politiques de l'université
10:34Les étudiants, bon, il y a, comme on évoquait tout à l'heure
10:38il y a une capacité à la contestation et à la rébellion dans le milieu étudiant
10:42et encore, on se demande pourquoi
10:44Pour autant, les autres expressions peuvent-elles s'exprimer dans l'université française ?
10:48Il y a aussi des gens du centre, du centre droit, des socialistes
10:51des gens de la droite nationale, de la droite dure
10:53Ces gens-là existent ? Ils peuvent quand même s'exprimer ?
10:58On a vu tout de même, ces dernières années, lorsque Elisabeth Badinter ou d'autres
11:04voulaient faire des conférences à l'université
11:06C'était tout simplement interdit
11:08On ne les laissait pas faire
11:10Récemment encore, à Brest, il y avait une conférence sur un sujet lié à la défense
11:15où vous avez une trentaine de squadristes, de petits fascistes
11:20qui sont venus interrompre la conférence pour refuser l'entrisme de l'armée dans l'université
11:27Donc non, à l'IEP de Lyon, par exemple, les deux dernières années
11:32il y a eu huit conférenciers politiques qui se sont succédés
11:35et six étaient LFistes et puis deux écologistes, je crois
11:39Donc il y a quand même un prisme très à gauche
11:45et les autres n'ont pas la possibilité de s'exprimer
11:47Et attention, parce que vous avez au sein des universités
11:52des commissions disciplinaires
11:54Il y avait un très bon article dans le Figaro cet an dernier
11:57où vous avez des collègues qui sont traînés devant des commissions disciplines
12:02comme c'est le cas de Vincent Tournier à Grenoble
12:06parce qu'il a été dénoncé sur cette question de la natalité par des étudiants
12:12alors qu'il n'y a absolument rien de repréhensible
12:15Moi-même, il y a eu une procédure qui avait été lancée contre moi il y a un an
12:20au motif d'islamophobie
12:22c'est-à-dire que vous avez des petits censeurs qui sont là derrière
12:25et qui traquent dans vos paroles quelque chose qui pourrait être tendancieux
12:31en tout cas ils vont le présenter de cette manière
12:33et vous avez donc cette épée de Damoclès
12:35qui plane au-dessus de la tête de bon nombre d'enseignants
12:38donc ils s'autocensurent, ils font extrêmement attention
12:41parce que la commission disciplinaire interne aux universités
12:45elle est extrajudiciaire
12:49ça se règle en interne
12:51et donc comme vous avez une commission qui est elle aussi orientée politiquement
12:55ça revient à vous faire un procès de Moscou
12:57le fait est de considérer que Elisabeth Banater ou Marcel Gaucher sont des éléments d'extrême droite
13:02ça veut dire que le curseur est quand même de façon posée de façon très extrême
13:09mais enfin bon ça sera un autre débat
13:10ça ne nous rassure pas
13:12la balle est dans le camp
13:13la balle est dans le camp des pouvoirs politiques
13:15là je pense du pouvoir politique
13:16je pense que là au point où ça en est
13:17je pense que ça doit être le législateur qui doit prendre des dispositions
13:20pour que cette situation ne s'aggrave pas
13:24vous avez d'ailleurs une commission d'enquête sur l'enseignement supérieur
13:27qui est en cours au Sénat
13:29c'est ça que je fais la vision
13:31parce qu'on se préoccupe évidemment de toutes ces dérives en haut lieu
13:36et ce qui vous explique que vous avez une suite aujourd'hui énorme
13:39des étudiants vers le supérieur privé
13:42où vous avez près d'un tiers des étudiants qui sont dans des filières privées
13:47ce qui conduit d'ailleurs le ministre à faire une loi
13:49pour essayer d'encadrer, de réglementer un petit peu le supérieur privé
13:53mais c'est quand même un signe de défiance de la population française
13:57par rapport aux services publics universitaires
14:00espérons que nos gouvernants et nos représentants de la nation
14:04en tirant les conclusions opportunes et courageuses qu'il faut
14:06merci Fabrice Ballange d'avoir été avec tout sur Sud Radio
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